‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 42 sur 57 · I/ANNONCIATION DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

I/ANNONCIATION DE NOTRE-SEIGNEUR

1/annonciation du Seii;;iieur est ainsi appelée parer que, à pareil jour, un ani;;c annonça Tavénemcnt du Fils de Dieu dans la chair. Il a été convenable que rincariiation du Filsdiî Dieu fiU précédée par Tannonciation de Tangc, et cela pour trois raisons : 1** pour conserver un certain ordre, savoir : afin que Tordre de la réparation correspondît à l'ordre de la prévarication. Car de môme que le diable tenta la femme

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pour l'amener au doute, du doute' au cônsenlemenl, du consentement à la cluite, de môme l'ange annonça à la Vierge pour Texciler à la foi, par la foi au consentement et par le consentement à ce qu'elle conçût le Fils de Dieu 5 2° à raison du ministère de l'ange; car l'ange étant le ministre et le serviteur du Très-Haut, et la bienheureuse Vierge ayant été choisie pour être la mère de Dieu, il est de toute convenance que le ministre serve la maîtresse, il était donc juste que Tannonciation fût faite à la Sainte Vierge par le ministère d'un ange; 3® pour réparer la chute de l'ange. En effet puisque l'incarnation n'avait pas seulement pour objet de réparer la chute de l'homme, mais aussi de réparer la ruine de l'ange, les anges n'endevaient donc pas être exclus. Et comme la femme n'est pas exclue de la connaissance du mystère* de Tlncarnation et de la résurrection, de même aussi le messager angélique ne le doit pas ignorer. H y a plus. Dieu a annoncé à la femme l'un et l'autre mystère par le moyen d'un ange, savoir: Tlncarnationàla Vierge Marie et la résurrection à Marie-Madeleine. — La bienheureuse Vierge étant donc restée depuis la troisième année de son âge jusqu'à la quatorzième dans le temple avec les autres vierges, et ayant fait vœu de conserver la chasteté, à moins que Dieu n'en disposât autrement, Joîseph la prit pour épouse après qu'il en eut reçu une révélation divine, et que son rameau eut reverdi, ainsi qu'il est rapporté plus au long dans l'histoire de la Nativité de la bienheureuse Marie. Il alla à Bethléem, d'où il était originaire, afin de pourvoir à tout ce qui était nécessaire pour les noces; quant à Marie, elle revint à Na- I. 24-

zareth dans la maison de ses parents. Nazareth veut dire fleur. (( Ainsi, dit saint Bernard, la fleur voulut naître d'une fleur, dans une fleur, et dans la saison des fleurs. » Ce fut donc là que Tange lui apparut et la salua en disant : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes be'nie entre les femmes. Saint Bernard s'exprime ainsi : « L'exemple de Gabriel nous invite à saluer Marie, comme aussi le tressaillement de saint Jean, ainsi que le profit que nous retirons du consentement de la Bienheureuse Vierge. » Mais ici, il convient de rechercher les motifs pour lesquels le Seigneur a voulu que sa mère se mariât. Saint Bernard en donne trois raisons : « Il fut nécessaire, dit ce Père, que Marie fût mariée avec Joseph, puisque 1° par là le mystère reste caché aux démons ; 2** l'époux est le garant de la virginité ; 3** et la pudeur, comme la réputation de la Vierge, est sauve ; 4** c'était afin que l'opprobre fût eflFacé dans toutes les conditions de la femme, savoir, dans les mariées, les viergres vi les veuves : trois conditions dans lesquelles se trouva la Vierge elle-même ; 3° afin qu'elle pût recevoir des services de son époux ; 6*^ pour être une preuve de la bonté du mariage; 7** pour que la suite de sa généalogie fût établie par son mari. Or, l'ange lui dit ; Salut, pleine de grâce. Saint Bernard dit en expliquant ces mots : « La grâce de la divinité est dans son sein, la grâce de la charité dans son cœur, la t-râce de Taffahilité dans sa bouche : dans ses mains la grâce de la miséricorde et de la largesse. » Il ajoute ; « Elle est vraiment pleine, car de sa plénitude tous les captifs reçoivent rédemption; malades, guérîson;

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tristes, consolation; pécheurs, pardon ; justes, grâce; anges, allégresse ; enfin toute la Trinité, gloire, le Fils de riiomme, substance de la chair humaine. » Le Seigneur est avec vous : « Avec vous est le Seigneur qui est Père, qui a engendré celui que vous avez conçu : le Seigneur Saint-Esprit, duquel vous avez conçu ; et le Seigneur Fils que vous revêtez de votre chair. » Vous êtes bénie entre les femmes^ c'est-à-dire, par dessus toutes les femmes, car en effet vous serez mère et vierge et mère de Dieu. Les femmes étaient sujettes à une triple malédiction d'opprobre, malédiction de péché et malédiction de supplice : la malédiction d'opprobre atteignait celles qui ne concevaient point, ce qui fait dire à Rachel : « Le Seigneur m'a tirée de l'opprobre où j'ai été» (Genèse, xxx, 20) ; la malédiction du péché était pour celles qui concevaient : ce qui fait dire à David : « Voilà que j'ai été conçu dans les iniquités » (Ps. l). La malédiction du supplice affligeait celles qui enfantaient : il est dit dans la Genèse (m) : « Vous enfanterez dans la douleur. » Seule la Vierge Marie est bénie entre toutes les femmes ; elle dont la virginité est unie à la fécondité, dont la fécondité est unie à la sainteté dans la conception, et à la sainteté de laquelle vient se joindre la joie dans l'enfantement. Elle est pleine de gnWes, au témoignage de saint Bernard, pour quatre raisons, qui brillèrent en son esprit : ce furent la dévotion de l'humilité, le respect de la pudeur, la grandeur de sa foî, et le martyre de son cœur.

On ajoute : Le Seigneur est avec vous, pour quatre qualités qui resplendirent du ciel en sa personne

(c*esl encore la pensée de saint Bernard). Ce sont la sanctification de Marie, la salutation angélique, la venue du Saint-Esprit et l'Incarnation du Fils de Dieu. II est dit encore : Vous êtes bénie entre les femmes^ pour quatre autres privilèges qtii, d'après saint Bernard, resplendirent en sa chair : elle fut la reine des vierges, féconde sans corruption, enceinte sans être incommodée, elle mit au monde sans douleur. — Aussitôt quelle eut entendu, elle fut troublée du discours de l'ange et elle examinait en elle-même ce que c'e'lail que cette salutation. Elle fut donc troublée du discours de l'ange, mais non de son apparition, parce que la bienheureuse Vierge avait souvent vu des anges, mais elle ne les avait jamais entendu parler de cette manière. « L'ange, dit saint Pierre de Ravenne, était venu doux en apparence, mais terrible en ses paroles. Aussi celui dont la vue l'avait doucement Ti^jouie, la troubla^ quand il parla. » « Le trouble qu'elle ressentit, dit saint Bernard, est reflFet de sa pudeur virginale ; si elle ne fut pas troublée outre mesure, elle le dut à sa force d'âme ; en se taisant et en réfléchissant, elle donnait une preuve de prudence et de discrétion. » Et alors lange la rassura et lui dit : <( Ne craigne:^ point j Marie^vous ave:i> trouvé grâce auprès du Seigneur. » « Vous avez trouvé, ajoute saint Bernard, la grâce de Dieu, la paix des hommes, la destruction de la mort, la réparation de la vie. » — Voici que vous concevrexi et que vous enfantere::^ un fils, et vous lui donuereX' le nom de JésuSy c'est-à-dire, de Sauveur, car il sauvera son peuple de ses péchés. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut.

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« Ce qui signifie, dit saint Bernard : celui qui est le ^rand Dieu, sera grand, c'est-à-dire, grand homme, grand docteur, grand propliète. » Alors Marie dit à l amie : comment cela se pourra-t-il faire j puisque je ne connais point d'Iiomme ? c'est-à-dire, puisque je ne me propose pas d'en connaître. Elle fut donc vierge, d'esprit, de cœur et de propos délibéré. Mais voilà que Marie interroge ; or, qui interroge, doute. Pourquoi alors n'y eut-il que Zacharie qui ait été frappé de mutisme? Sur cela saint Pierre de Ravenne apporte quatre raisons: «Celui, dit-il, qui connaît les cœurs, ne considère pas seulement les paroles, mais le fond môme des cœurs, il a porté son jugement non pas sur ce qu'ils ont dit, mais sur ce qu'ils ont pensé. La cause par laquelle ils interrogent n'est pas pareille, leur espérance n'est pas la môme. Marie a cru contre la nature, Zacharie a douté pour la nature. Celle-ci s'informe de l'enchaînement des faits, l'autre prétend innpossibles les choses que Dieu veut être faites. Celuilà, malgré les exemples qui Ty poussent, ne parvient pas à la foi; celle-ci y accourt sans avoir de modèle. Elle admire qu'une vierge enfante et il contesta la conception. Marie ne doute donc pas du fait, mais elle en demande le mode et les circonstances : car comme il y a trois modes de conception, le naturel, le spirituel et le merveilleux, elle s'informe de quel mode elle doit concevoir. Et Vange lui repondit en disant : Le Saint-Esprit viendra en vous, et lui-même opérera la conception en vous. C'est pour cela que l'on dit : qui a été conçu du Saint-Esprit, pour quatre raisons. 1® Pour montrer que c'est par l'ineffable charité di-

vine que le Verbe de Dieu s'est fait chair : « Dieu a tellement aimé le monde, dit saint Jean (m), qu'il lui a donné son Fils unique. » C'est la raison qu'en donne le Maître des sentences *. 2* Pour faire voir qu'il y a ici une grâce accordée sans qu'elle eût été méritée, en sorte que quand on dit : qui a été conçu du Saint- Espvitj il reste démontré que c'est l'effet seulement d'une grâce qui n'a été précédée par aucun mérite de la part des hommes. Cette raison est de saint Augustin. 3° Pour montrer que c'est par la vertu et par l'opération du Saint-Esprit qu'il a été conçu. Cette raison vient de saint Ambroise. 4' Pour le motif de la conception, et cette raison est celle de Hugues de Saint- Victor. Il dit que le motif de la conception naturelle, c'est l'amour du mari pour sa femme, et de la femme pour son mari : « II en fut de même dans la Vierge, dit-il ; parce qwt l'amour du Saint-Esprit brûlait sinijl^iilirrement dans son cœur, alors l'amour du Saint- Es[)rit opérait des merveilles dans sa chair. » Et Ui vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Ce (|ui s'expli(|ue ainsi d'a[)rès la glose: L'ombre se forme ordinairement de la lumière et d'un corps interposé : La vierge, aussi bien qu'un pur homme, ne pouvait prendre la plénitude de la divinité, mais la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, alors que dans Marie, la lumière incorporelle de la divinité a pris le corps de riunnanité, afin qu'ainsi il fût possible à Dieu de souffrir. Saint Bernard paraît toucher celte explication quand il dit : « Parce que Dieu est esprit,

" Piorrc Lombard, évcquc de Paris.

et que nous sommes Tombre de son corps, il s'est abaissé jusqu'à nous afin que par le moyen de la chair vivifiée, nous voyions le Verbe dans la chair, le soleil dans le nuage, la lumière dans la lampe, et la chandelle dans la lanterne. » Voici comment saint Bernard explique encore ce passage : « C'est comme si l'ange disait : ce mode par lequel vous concevrez du Saint- Esprit, J.-C., la vertu de Dieu le cachera de son ombre dans son asile le plus secret, afin qu'il soit connu de lui et de vous seulement. C'est comme s'il disait encore : Pourquoi me demandez-vous ce que vous allez éprouver en vous-même ? Vous le saurez, vous le saurez, oui, heureusement vous le saurez, mais ce sera par l'entremise du docteur qui sera en même temps auteur. J'ai été envoyé pour annoncer la conception virginale, mais non pour la créer. Ou bien encore : il vous couvrira de son ombre, c'est-à-dire, il éteindra en vous l'ardeur du vice. » El voici que voire cousine Elisabelh a conçu un fils dans sa vieillesse. L'ange dit : voici; pour montrer qu'il avait opéré dans le voisinage une grande nouveauté. Il y a quatre causes pour lesquelles la conception d'Elisabeth est annoncée à Marie; elles sont de saint Bernard.

La première c'est le comble de l'allégresse, la seconde la perfection de la science, la troisième la perfection de la doctrine, la quatrième la condescendance de la miséricorde. Voici en effet les paroles de saint Jérôme : « La conception d'une cousine stérile est annoncée à Marie, afin de causer joie sur joie, alors qu'à un miracle vient se joindre un autre miracle : ou bie:i c'est qu'il élait tout à fait convenable que la

vierge apprît de la bouche de l'ange, avant de le connaître par un homme, une parole qui devait être dîvulgu,ée en tous lieux, afin que la mère de Dieu ne parût pas écartée des conseils de son fils, si elle restait dans l'ignorance des événements qui arrivaient si prés d'elle sur la (erre. Ou plutôt encore, Marie, instruite et de Tavénement du Sauveur, et de celui du Précurseur, quant au temps et à l'enchaînement des faits, pouvait dans la suite découvrir la vérité aux écrivains et aux prédicateurs deTEvangile; ou bien, afin que sachant (|ue sa cousine déjà vieille et cependant enceinte, Marie qui était toute jeune encore, pensât à lui être utile, et donner au petit prophète Jean le moyen de faire sa cour au Seigneur et d'opérer, en présence d'un miracle, un miracle plus admirable encore. » Plus loin saint Bernard dit : « 0 vierge, hàtezvous de répondre. 0 ma dame, répondez une parole el recevez le verbe, j)roiioncez-vous et recevez la divinité, dites un mot qui ne dure qu'un instant et renfermez en vous Téternel. Levez-vous, courez, ouvrez. Levez-vous pour prouver votre foi, courez pour montrer votre dévouement, ouvrez pour donner une marque d(* votre consentement. » Alors Marie, étendant les mains et tournant les veux vers le ciel : Yoic'u ditelle, laservanledu Seifjueur, qu'il mesoit fait selon votre parole. Saint Bernard s'exprime ainsi : « On rapporte (|ue les uns ont re<;u le V erbe de Dieu dans l'oreille, les autres dans la bouche, et dans la main. Pour Marie elle Ta reru dans son oreille, par la salutalionangélique; dans son cœur, par la foi; dans sa bouche, par la confession; dans sa main, par le toucher; dans sonsein, par

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l'incarnation; dans son giron, quand elle le tenait; lans ses bras, lorsqu'elle TofFrit. » Qu'il me soit fait \elon votre parole. Saint Bernard explique ainsi ce passage : « Je ne veux point qu'il me soit fait en forme de parole vide et déclamatoire, ni en figure, ni en imagination ; mais je veux qu'il descende en moi par l'inspiration calme du Saint-Esprit, que sa personnalité prenne chair, et qu'il habite corporellement en mon sein. » Et aussitôt le Fils de Dieu fut conçu en ses entrailles; il réunissait les perfections d'un Dieu et les perfections d'un homme, et dès le premier jour de sa conception, il avait la même sagesse, la même puissance que quand il atteignit l'âge de trente ans. Hors Marie partit^ s'en alla vers les montagnes de la Uidée chez Elisabeth et après quelle l'eut saluée, Jean \ressaillit dans le sein de sa mère. La glose dit : Ne e pouvant faire avec la langue, il tressaille de cœur )our saluer J.-G. et commencer l'office de Précurseur. ^a sainte Vierge aida sa cousine, pendant trois mois, usqu'à la nais^^ance de saint Jean qu'elle leva de terre le ses mains, comme on lit dans le Livre des Justes. le fut à pareil jour, dit-on, que dans le cours des emps. Dieu opéra quantité de merveilles racontées ►ar un poète dans les beaux vers suivants :

Salve, festa dies, qute vulnera nostra cocrces,

Angélus est missiis, et passas in cruce Christus.

Est Adam factus et eodem tempore lapsus,

Ob mcritum décima» cadit Aboi fratris ab cnse.

Offert Melchisedech, Ysaac supponitur aris.

Est decollatus Christi baptista beatus.

Est Petrus creptus, Jacobus sub llcrode pcremptus,

382 LA LÉGENDE POHÉE

Corpora Sanctorum cum Chrislo multa resurguut. Lairo diilce lamen per Ghristum suscipit, amen *.

Un soldat ** riche et noble renonçant au siècle, entra dans Tordre des Cisterciens; et parce qu'il ne savait pas les lettres, les moines n'osant pas renvoyer chez les laïcs un si noble personnage, lui donnèrent un maître, pour savoir si par aventure il pourrait apprendre quelque chose et, par ce moyen, le faire rester chez eux. Mais après avoir reçu pendant bien du temps les leçons de son maître, il ne put apprendre rien absolument que ces deux mots : Ai^e Maria. Il les retint avec un tel amour que partout où il allait, en lont ce qu'il faisait, à chaque instant il les ruminait. Enfin il vient à mourir et il est enseveli avec les autres frères dans le cimetière : Or, voici que sur sa tombe pousse un lys magnifique et sur chaque feuille sont écrits en lettres d'or ces mots : Ave Maria. Tout le monde accourut pour contempler un si ti^rand

^ Voici comme maistre Jean Batallier traduit cette poésie: le frère lehan qui translatay ce liure les vueil aussi inetlrc en frAcays en la manière (|ue sensuit.

le te saluo iour tressait Abraham flst de Ysaac autel.

Qui noz plaies nous reslrains. Et Ilerode par son meschief

J^anpe y fut envoie ce iour Coppa a Baptiste le chief.

Dieu y soufïrit mort ce iour Pierre sa prison renua :

A ce iour fui fait Adam lioine : Et Ilerode iaqs tua. Et a ce iour mordit en la pomme. Avecques Dieu sacûmpaignie

A bel fut occis pour sa disme Suscita corps saintzgrant partie.

I>(; son propre frèro mesmes. Le larron qui eut en mémoire

Mehhiseilech olTrit a lautel : Ihesucrist. fust mis en sa gloyre.

'*^ La c}ironi(|ue de (irancey intitulée lioue de fortune, conimeiilèe par le P. Via^iiier, raconte ce fait comme étant arrivé iiii fils (lu comte de Blammonl le<|uel épousa la sixième fille de (îrancoy (('d\ Paulin Paris, Cabinet historique, t. I, p. 135).

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miracle. Oa retira la terre de la fosse et on trouva que la racine du lys partait de la bouche du défunt. On comprit alors avec quelle dévotion il avait répété ces deux mots, puisque Dieu le rendait illustre par l'honneur d'un si grand prodige*. — Un chevalier, dont le castel était sur un grand chemin, dépouillait sans merci tous les passants. Cependant tous les jours il saluait la Vierge mère de Dieu ; et quelque empêchement qui lui survînt, il ne voulut jamais passer un jour sans réciter la salutation angélique. Or, il arriva qu'un saint religieux vint à passer par là et le chevalier dont il est question ordonna de le dépouiller aussitôt. Mais le saint homme pria les brigands de le conduire à leur maître parce qu'il avaitquelques secrets à lui communiquer. Amené devant l'homme d'armes, il le pria de faire assembler toutes les personnes de sa famille et de son castel pour leur prêcher la parole de Dieu. Quand on fut réuni, le religieux dit : (( C4ertainement vous n'êtes pas tous ici; il mancjue encore quelqu'un. » Comme on l'assurait qu'ils y élaiiMit tous : « Cherchez bien, reprit le voyageur, et vous trouverez qu'il manque quelqu'un. » Alors Tun d'eux s'écria que le camérier seul n'était pas venu. Le religieux dit : (( Oui, c'est lui seul qui man([ue. » On envoie aussitôt le chercher et il se pla(;a au milieu des autres. Mais en vovant l'homme de Dieu, il roulait des yeux affreux, agitait la tête comme un fou et n'osait s'approcher de plus près. Alors le saint homme lui

* Thomas de r.alciiip;»n, l)»^iiys le (Iharlreiix, <*lr., rapportent aussi cette merveille.

dit : « Je t'adjure, par le nom de J.-C, de nous dire qui tu es et de découvrir en présence de l'assemblée le motif qui t'a conduit ici. » Et celui-ci répondit : « Hélas ! c'est parce que je suis adjuré et bien malgré moi que je suis forcé de me découvrir : en effet je ne suis pas un homme, mais un démon qui a pris la figure humaine et je suis resté sous cette forme depuis quatorze ans avec ce seigneur : notre prince m'a envoyé ici pour observer avec le plus grand soin le jour qu'il ne réciterait pas la salutation à sa Marie, afin que je m'emparasse de lui et l'étranglasses aussitôt ; en mourant ainsi dans ses mauvaises actions, il aurait été des nôtres : car chaque jour qu'il disait cette salutation, je ne pouvais avoir puissance sur -lui : de jour en jour je le surveille avec la plus grande attention et il n'en a passé aucun sans la saluer, d En entendant cela le chevalier tomba dans une véhémente stupeur, se jeta aux pieds de l'homme de Dieu, demanda pardon et, dans la suite, il changea de manière de vivre. Alors le saint homme dit au démon : « Je te commande, démon, au nom de N. S. J.-C., de t'en aller d'ici, et de ne plus revenir désormais en un lieu où tu auras l'audace de nuire à quiconque invoquera la glorieuse mère de Dieu. » Immédiatement après cet ordre, le démon s'évanouit et le chevalier laissa aller l'homme de Dieu libre, après lui avoir témoigné respect et remcrcîmenls*.

*^* Un livre intitulé : Fleurs des exemples, rapporte cette léfçcndc comme extraite d'un Anselme (|ui a écrit un livre de Miracles, c. xv.

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