SAINT MARCELLIN, PAPE
jugé par personne; mais vous-même, instruisez voire cause dans votre conscience, et jugez-vous de votre propre bouche *. » Alors il se repentit beaucoup, pleura et se déposa lui-même ; cependant, toute la foule le réélut encore. Les Césars, qui apprirent cela, firent saisir Marcellin une seconde fois, et comme il ne voulait absolument pas sacrifier, ils commandèrent de le décapiter. La fureur des ennemis se ralluma, en sorte que dans l'espace d'un mois, dix-sept mille chrétiens furent mis à mort. Pour Marcellin qui devait être décapité, il s'avoua indigne de la sépulture chrétienne ; en conséquence il excommunia tous ceux qui auraient la présomption de l'ensevelir. C'est pourquoi son corps resta 35 jours sans sépulture. Après ce temps, saint Pierre, apôtre, apparut à Marcel, son successeur**, et lui dit : « Frère Marcel, pourquoi ne m'ensevelis-lu pas? » Seigneur, lui répondit Marcel, n'êtes-vous pas déjà enseveli? » L'apôtre lui dit : « Je me répute non enseveli, tant que je verrai Marcellin sans sépulture. » « Mais, Seigneur, lui répartit Marcel, est-ce que vous ne savez pas qu'il a anathématisé tous ceux qui l'enseveliraient ? » Pierre dit : « N'est-il pas écrit : celui qui s'humilie sera élevé ? C'est à cela qu'il fallait faire attention ; allez donc l'ensevelir à mes pieds. » Il y alla aussitôt et accomplit honorablement les ordres de saint Pierre.
* Ciaconius, Notes sur Anastase, Vie de saint Marcellin. *• Idem, ibid.
Vital signifie vivant tel, car, tel il a vécu cxtérieuremcDt en œuvres, tel il a vécu intérieurement dans son cœur. Ou Vital vient de vie, ou vital vivant par les ailes. En efiPet il fut comme un des animaux divins que vit Ezéchiel, ayant sur le corps quatre ailes, savoir l'aile de l'espérance, avec laquelle il volait au ciel, l'aile de l'amour avec laquelle il volait vers Dieu, l'aile de la crainte avec laquelle il volait en enfer, l'aile de la connaissance par laquelle il volait en soi-même. On pense que sa passion fut trouvée dans le livre des saints Gervais et Protais.
Vital, soldat consulaire, engendra de Valérie, sa femme, Gervais et Protais. Etant venu à Ravenne avec le juge Paulin, il vit un médecin chrétien nommé Ursicin, condamné à être décapité après avoir subi de nombreux tourments, mais saisi d'une trop grande frayeur. Alors Vital lui cria : « Prenez garde, mon frère Lrsicin, vous qui exercez la médecine et qui avez souvent guéri les autres, de vous tuer vous-même d'une mort éternelle. Puisque vous êtes arrivé à la palme **, ne perdez pas la couronne que Dieu vous a préparée. » A ces mots Ursicin reprit courage; et se repenlaut de sa frayeur, il reçut de plein gré le martvre. Saint Vital alors le fit ensevelir honorablement, après rpioi il se refusa à accompagner son maître Paulin. Celui-ci fut excessivement indigné, d'abord de ce que Vital ne voulait pas venir avec lui, ensuite, de ce rpi'il empêcha Ursicin de sacrifier alors qu'il le
* Tiré du .Vnrfj/rofof/e d'Adon.
** Il y avait dans ce lieu un vieux palmier.
voulait faire, enfin de ce qu'il se montra ouvertement chrétien, et il ordonna qu'on le suspendtt au chevalet. Vital lui dit : « Tu es bien insensé si tu penses me tromper, moi qui me suis appliqué à délivrer les autres. » Alors Paulin dit à ses bourreaux : « Conduisez-le au palmier, et s'il refuse de sacrifier, creusez-y une fosse si profonde que vous arriviez juscju'à Teau et vous l'y enterrerez vif et couché sur le dos. » Les bourreaux le firent et enterrèrent en cet endroit saint Vital tout vif; ce fut sous Néron, qui commença à régner" vers Tan du Seigneur 52. Un prêtre des idoles, qui avait suggéré ce conseil, fut aussitôt saisi par le démon et pendant sept jours qu'il fut hors de sens, il s'écriait sur le lieu où était enseveli saint Vital : « Tu me brilles, saint Vital. » Et le septième jour, il fut précipité par le démon dans un fleuve où il périt misérablement. La femme de saint Vital, retournant à Milan, rencontra des gens qui sacrifiaient aux idoles. Ils l'exhortèrent à manger de ce qui avait été immolé : « Je suis chrétienne, répondit-elle, il ne m'est pas permis de manger de vos sacrifices. » L'entendant parler de la sorte ils la frappèrent si cruellement, cpie les personnes de sa maison, qui l'accompagnaient, la conduisirent demi-morte à Milan, où elle trépassa heureusement dans le Seigneur, trois jours après.