‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 11 sur 73 · L'INVENTION DE LA SAINTE CROIX · texte numérisé non relu

L'INVENTION DE LA SAINTE CROIX

l.ettc fête est appelée l'Invention de la Sainte Croix, parce qu'on rapporte que la sainte croix fut trouvée à pareil jour. Mais auparavant, elle avait été trouvée par Selh, fils d* Adam,

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dans le paradis terrestre, comme il est raconte plus bas ; par* SalomOD, sur le Liban ; par la reine de Saba, dans le temple de Salomon ; par les Juifs, dans Teau de la piscine ; et en ce jour par sainte Hélène, sur le mont du Calvaire.

L'Invention de la Sainte Croix eut lieu plus de deux cents ans après la résurrection de J.-C. On lit dans l'évangile de Nicodème (ch. xix) qu'Adam étant devenu malade, Seth, son fils, alla à la porte du paradis et demanda de l'huile du bois de la miséricorde pour oindre le corps de son père afin qu'il recouvrât la santé. L'archange Michel lui apparut et lui dit : « Ne pleure pas et ne te mets point en peine d'obtenir de Thuile du bois de la miséricorde, car il te sera absolument impossible d'en obtenir, avant que cinq mille cinq cents ans soient révolus. Cependant on croit que d'Adam jusqu'à la passion du Seigneur il s'écoula seulement 5099 ans. On lit encore ailleurs que Tange lui offrit un petit rameau et lui ordonna de le planter sur le mont Liban. Mais on lit, dans une histoire apocryphe des Grecs, que l'ange lui donna du bois de l'arbre par le fruit duquel Adam avait péché, en l'informant que son père serait guéri quand ce bois porterait du fruit. A son retour, Seth trouva son père mort et il planta ce rameau sur sa tombe. Cette branche plantée devint en croissant un grand arbre qui subsista jusqu'au temps de Salomon. (Mais il faut laisser au lecteur à juger si ces choses sont vraies, puisqu'on n'en fait mention clans aucune chronique, ni dans aucune histoire authentique.) Or, Salomon considérant la beauté de cet arbre le fit couper et mettre dans la maison du Bois *.

* Au in« livre des Kois, ch. vu, il est question de cette mai- II. * 4-

Cependant, ainsi que le dit Jean Beleth (ch. cli), on ne pouvait le mettre nulle part, et il n'y avait pas moyen de lui trouver un endroit où il pût être employé convenablement : car il était tantôt trop long*, tantôt trop court : si on l'avait raccourci dans les proportions qu'exigeait la place où on le voulait employer, il paraissait si court qu'on ne le regardait plus comme bon à rien. En conséquence, les ouvriers, de dépit, le rejetèrent et le mirent sur une pièce d'eau pour qu'il servît de pont aux passants. Or, quand la reine de Saba vint entendre la Sagesse de Salomon, et voulut passer sur cette pièce, elle vit en esprit que le Sauveur du monde devait être suspendu à ce bois, et pour cela elle ne voulut point passer dessus, mais aussitôt elle l'adora. Cependant dans VHisloire scholaslique (liv. III Rois, c. xxvi), on lit que la reine de Saba vit cette pièce dans la maison du Bois, et en revenant à son palais elle communiqua à Salomon que sur ce bois devait être suspendu celui dont la mort devrait être la cause de la destruction du royaume des Juifs. C'est pourquoi Salomon le fît ôter du lieu où il était, et enterrer dans les entrailles les plus profondes de la terre. Dans la suite on y établit la Piscine Probatique où les Nathinéens* lavaient les victimes, et ce n'est pas seulement à la descente de l'ange, mais

son qui fut construite par Salomon. Elle reçut le nom de maison du Bois, saillis, à cause de la quantité de cèdres qui entra dans sa construction.

* C'étaient des Gabaonites qui étaient attachés au service du temple depuis Josué. Cf. Paralipomènes, ix, 2; Sigonius, De lîepub. Hebrœor., liv. IX, ch. vu.

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encore à la vertu de ce bois que Ton attribue que l'eau en était troublée et que les infirmes y étaient guéris. Or, quand approcha le temps de la passion de J.-C, on rapporte que cette pièce surnagea, et les Juifs, en la voyant, la prirent pour en fabriquer la croix du Seigneur. On dit encore que cette croix fut faite de quatre essences de bois, savoir de palmier, de cyprès, d'olivier et de cèdre. De là ce vers :

Ligna Crucis palma, cedrus, cupressus, oliva.

Car dans la croix, il y avait le bois qui servait de montant droit, la traverse, la tablette de dessus, et le tronc où était fixée la croix, ou bien, selon Grégoire de Tours*, la tablette qui servait de support, sous les pieds de J.-C. Par là on peut voir que chacune des pièces pouvait être d'une de ces essences de bois dont on vient de parler. Or, l'apôtre paraît avoir eu en vue ces différentes sortes de bois quand il dit : ce Afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur » (Ep. aux Ephés., c. ii, 18). Ces paroles sont expliquées comme il suit par l'illustre docteur saint Augustin : « La largeur de la croix du Seigneur, dit-il, c'est la traverse, sur laquelle on a étendu ses mains ; sa longueur allait depuis la terre jusqu'à cette traverse en largeur sur quoi tout le corps de iMl. fut attaché, moins les mains ; sa hauteur, c'est à partir de cette largeur jusqu'à l'endroit de dessus où se trouvait la tète ; sa profondeur, c'était la partie

* Afiracul.f liv. I, c. vi.

cachée et enfoncée dans la terre. Dans la croix on trouve décrites toutes les actions d'un homme chrétien, qui sont de faire de bonnes œuvres en J.-C, de lui être persévéramment attaché, d'espérer les biens célestes, et ne pas profaner les sacrements.

Ce bois précieux de la croix resta caché sous terre deux cents ans et plus : mais il fut découvert ainsi qu'il suit par Hélène, mère de l'empereur Constantin. En ce temps-là, sur les rives du Danube, se rassembla une multitude innombrable de barbares voulant passer le fleuve, et soumettre à leur domination tous les pays jusqu'à l'occident. Dès que l'empereur Constantin le sut, il décampa et vint se placer avec son année sur le Danube. Mais la multitude des barbares s'augmcntant, et passant déjà le fleuve, Constantin fui frappé d'une grande terreur, en considérant qu'il aurait à livrer bataille le lendemain. Or, la nuit suivante, il est réveillé par un ange qui l'avertit de regarder en l'air. Il tourne les yeux vers le ciel et voit le signe de la croix formée par une lumière fort resplendissante, et portant écrite en lettres d'or cette inscription : (( In hoc s'ujno vinces, parce signe tu vaincras. » Réconforté par cette vision céleste, il fit faire une croix semblable qu'il ordonna de porter à la tète de son armée: se précipitant alors sur les ennemis, il les mit en fuite et en tua une multitude immense. Après quoi Constantin convoqua tous les pontifes des temples et s'informa avec beaucoup de soin de quel Dieu c'était le signe. Sur leur réponse qu'ils l'ignoraient, vinrent plusieurs chrétiens qui lui firent connaître le mystère de la sainte croix et la foi de la Trinité. Constantin

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crut alors parfaitement en J.-C. et reçut le saint baptême des mains d'Eusèbe, pape, ou selon quelques livres, évèque de Césçiréc. Mais dans ce récit, il y a beaucoup de points contredits par ÏHisloire iriparliie et par Y Ecclésiastique^ par la Vie de saint Silvestre et les Gestes des pontifes romaiyis. D'après certains auteurs, ce ne fut pas ce Constantin que le pape Silvestre baptisa après sa conversion à la foi, comme piaraissent l'insinuer plusieurs histoires, mais ce fut Constantin, le père de ce Constantin, ainsi qu'on le voit dans des historiens. En effet ce Constantin reçut la foi d'une autre manière rapportée dans la légende de saint Silvestre, et ce n'est pas Eusèbe de Césarée qui le baptisa, mais bien saint Silvestre. Après la mort de son père, Constantin, qui n'avait pas perdu le souvenir de la victoire remportée par la vertu de la sainte croix, fit passer Hélène, sa mère, à Jérusalem pour trouver cette croix, ainsi que nous le dirons plus bas.

Voici maintenant un récit tout différent de cette victoire, d'après VHistoire Ecclésiastique (ch. ix). Elle rapporte donc que Maxence ayant envahi l'empire romain, l'empereur Constantin vint lui présenter la bataille \is-à-vis le pont Albin. Comme il était dans une grande anxiété, et qu'il levait souvent les yeux au ciel pour implorer son secours, il vit en songe, du côté de l'orient dans le ciel, briller une croix, couleur de feu : des anges se présentèrent devant lui et lui dirent : « Constantin, par cela tu vaincras. » Et, selon le témoignage de VHistoire tripavtite *, tandis que

• Liv. IX, c. IX.

Constantin s'étonnait de ce prodige, la nuit suivante, J.-C. lui apparut avec le signe vu dans le ciel ; il lui ordonna de faire des images pareilles qui lui porteraient bonheur dans les combats. Alors Constantin fut rendu à la joie et assuré de la victoire ; il se marqua le front du signe qu'il avait vu dans le ciel, fit transformer les enseignes militaires sur le modèle de la croix et prit à la main droite une croix d'or. Après quoi il sollicita du Seigneur que cette droite, qu'il avait munie du signe salutaire de la croix, ne fût ni ensanglantée, ni souillée du sang romain, mais qu'il remportât la victoire sur le tyran sans effusion de sang. Quant à Maxence, dans Tintention de tendre un piège, il fit disposer des vaisseaux, fit couvrir le fleuve de faux ponts. Or, Constantin s'étant approché du fleuve, Maxence accourut à sa rencontre avec peu de monde, après avoir donné ordre aux autres corps de le suivre; mais il oublia lui-même qu'il avait fait construire un faux pont, et s'y engagea avec une poignée de soldats. Il fut pris au piège qu'il avait tendu lui-même, car il tomba dans le fleuve qui était profond; alors Constantin fut acclamé empereur à l'unanimité. D'après ce qu'on lit dans une chronique assez authentique, Constantin ne crut pas parfaitement dès ce moment; il n'aurait même pas alors reçu le baptême; mais peu (le temps après, il eut une vision de saint Pierre et de saint Paul ; et quand il eut reçu la vie nouvelle du baptême et obtenu la guérison de sa lèpre, il crut parfaitement dans la suite en J.-C. Ce fut alors qu'il envoya sa mère Hélène à Jérusalem pour chercher la croix du Seigneur. Cependant saint Ambroise, dans

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la lettre où il rapporte la raorl de Théodose, et V Histoire tripartile *, disent que Constantin reçut le baptême seulement dans ses derniers moments; s'il le différa jusque-là, ce fut pour pouvoir le recevoir dans le fleuve du Jourdain. Saint Jérôme en dit autant dans sa chronique. Or, il est certain qu'il fut fait chrétien sous le pape saint Silvestre, quant à savoir s'il différa son baptême, c'est douteux ; ce qui fait qu'en la légende de saint Silvestre, il y a là-dessus, comme en d'autres points, bien peu de certitude. Or, l'histoire de l'Invention de la sainte croix, telle qu*on la lit dans les his-. toires ecclésiastiques conformes en cela aux chroniques, paraît plus authentique de beaucoup que celle qu'on récite dans les églises. Il est en effet constant qu'il s'y trouve des endroits peu conformes à la vérité, si ce n'est -qu'on veuille dire, comme ci-dessus, que ce ne fut pas Constantin, mais son père qui portait le même nom : ce qui du reste ne paraît pas très plausible, quoique ce soit le récit de certaines histoires d'outre-mer.

Hélène arrivée à Jérusalem fit réunir autour d'elle les savants qu'on trouva dans toute la contrée. Or, cette Hélène était d'abord restée dans une hôtellerie**, mais épris de sa beauté, Constantin se l'attacha, selon que saint Ambroise l'avance en disant : « On assure qu'elle fut hôtelière, mais elle fut unie à Constantin

• Liv. III, ch. XII.

•• Le mol latin »tabularia voudrait dire servante de cour. Saint Ambroise parait l'indiquer quelques lignes plus loin. Nous avons mieux aimé donner un féminin au mot hôtelier, h<)telière est un mot qui a vieilli.

Tancieii qui, dans la suite, posséda l'empire. Bonne hôtelière, qui chercha avec lant de soin la crèche du Seigneur! Bonne hôtelière, qui connut cet hôtelier dont les soins î^uérirent cet homme blessé par les brigands * ! Bonne hôtelière, qui a regardé toutes choses comme des ordures afin de gagner J.-C.**! Et pour cela Dieu l'a tirée de Tordure pour l'élever sur un trône » (saint Ambroise). D'autres affirment, et c'est l'opinion émise dans une chronique assez authentique, que cette Hélène était fille de Clohel, roi des Bretons ; Constantin en venant dans la Bretagne la prit pour femme, parce qu'elle élait fille unique. Delà vient que l'île de Bretagne échut à Constantin après la mort de Clohel. Les Bretons eux-mêmes l'attestent; on lit pourtant ailleurs qu'elle était de Trêves. Or, les Juifs, remplis de crainte, se disaient les uns aux autres : « Pour quel motif pensez-vous que la Reine nous ait convoqués auprès d'elle? » L'un d'eux nommé Judas dit : « Je sais, moi, qu'elle veut apprendre de nous l'endroit où se trouve le bois de la croix sur lequel le Christ a été crucifié. Gardez-vous bien d'être assez présomptueux pour le lui découvrir. Sinon tenez pour très cerlai^ que notre loi sera détruite et que toutes les traditions de nos pères seront totalement abolies : car Zachée mon aïeul l'a prédit à mon père Siméon et mon père m'a dit avant de mourir : « Fais « attention, mon fils, à l'époque où l'on cherchera la (( croix du Christ : dis où elle se trouve, avant d'être

* Allusion à la parabole du Samaritain de TEvangile. ** Expression de saint Paul dans l'Epître aux Philippiens, c. III. 8.

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« mis à la torture; car à dater de cet instant le pouvoir <f des Juifs, à jamais aboli, passera entre les mains « de ceux qui adorent le crucifié, parce que ce Christ « était le filsde Dieu. » Alors j'ai répondu : « Mon père, si vraiment nos ancêtres ont su que ce Christ était le fils de Dieu, pourquoi Tont-ils attaché au gibet de la croix? » « Le Seigneur est témoin, répondit-il, que je n'ai jamais fait partie de leur conseil ; mais que souvent je me suis opposé à leurs projets : or, c'est parce que le Christ reprochait les vices des Pharisiens qu'ils le firent crucifier : mais il est ressuscité le troisième jour et il a monté au ciel à la vue de ses disciples. Mon frère Etienne, que les Juifs en démence ont lapidé, a cru en lui. Prends garde donc, mon fils, de n'oser jamais blasphémer le Christ ni ses disciples. » — (Il ne paraît cependant pas très probable que le père de ce Judas ait existé au temps de la Passion de J.-C., puisque de la passion jusqu'au temps d'Hélène, sous laquelle vécut Judas, il s'écoula plus de 270 ans; à moins qu'on ne veuille dire qu'alors les hommes vivaient plus longtemps qu'à présent.) — Cependant les Juifs dirent à Judas: « Nous n'avons jamais entendu dire choses semblables. Quoi qu'il en soit, si la Reine l'interroge, aie soin de ne lui faire aucun aveu. » Lors donc qu'ils furent en présence de la Reine, et qu'elle leur eut demandé le lieu où le Seigneur avait été crucifié, pas un d'eux ne consentit à le lui indiquer ; alors elle les condamna tous à être brûlés. Ils furent saisis d'effroi et signalèrent Judas, en disant : « Princesse, voici le fils d'un juste et d'un prophète qui a connu parfaitement la loi ; demandez-lui tout ce que

VOUS voulez, il vous l'indiquera. » Alors elle les congédia tous à rexceplion de Judas qu'elle retint et auquel elle dit : « Je le propose la vie ou la mort ; choisis ce que tu préfères. Montre-moi donc le lieu quî s'appelle Golgotha, où le Seigneur a été crucifié, afin que je puisse trouver sa croix. » Judas répondit : « Comment puis-je le savoir, puisque deux cents ans et plus se sont écoulés et que je n'étais pas né à cette époque ? » La Reine lui dit : « Par le crucifié, je te ferai mourir de faim, si tu ne me dis la vérité. » Elle ordonna donc qu'il fill jelé dans un puits desséché pour y endurer les horreurs de la faim. Or, après y être resté six jours sans nourriture, le septième il demanda à sortir, en promettant de découvrir la croix. On le retira. Quand il fut arrivé à l'endroit, après avoir fait une prière, tout à coup la terre tremble, il se répandit une fumée d'aromates d'une admirable odeur ; Judas lui-même, plein d'admiration, applaudissait des deux mains et disait : « En vérité, ô Christ, vous êtes le Sauveur du monde! » Or, d'après Y Histoire ecclé" siasliquCy il y avait, en ce lieu, un temple de Vénus construit autrefois par l'empereur Hadrien, afin que si quelque chrétien eût voulu y adresser ses adorations, il pariU adorer Vénus : et, pour ce motif, ce lieu avait cessé d'être fréquenté et était presque entièrement délaissé, mais la Reine fit détruire ce temple jusque dans ses fondements et en fit labourer la place. Après quoi Judas se ceignit et se mit à creuser avec courage. Quand il eut atteint à la profondeur de vingt pas, il trouva trois croix enterrées, qu'il porta incontinent à la reine. Or, comme Ton ne savait pas dis-

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liiiçuer celle de J.-C. d'avec celles des larrons, ou les plaça au milieu de la ville pour attendre que la gloire de Dieu se manifestât. Sur la onzième heure, passa le corps d'un jeune homme qu'on portait en terre : Judas arrêta le cercueil, mit une première et une seconde croix sur le cadavre du défunt, qui ne ressuscita pas, alors on approcha la troisième croix du corps et à l'instant il revint à la vie.

On litcependant, dans les histoires ecclésiastiques *, qu'une femme des premiers rangs de la ville gisait demi-morte, quand Macaire, évoque de Jérusalem, prit la première et la deuxième croix, ce qui ne produisit aucun résultat : mais quand il posa sur elle la troisième, cette femme rouvrit les yeux et fut guérie à l'instant. Saint Ambroise dit, de son côté, que Macaire distingua la croix du Seigneur, par le titre qu'avait fait mettre Pilate, et dont l'évêque lut l'inscription qu'on trouva aussi. Alors le diable se mit à vociférer en •l'air : « 0 Judas, disait-il, pourquoi as-tu fait cela? Le Judas qui est le mien a fait tout le contraire : car celui-ci, poussé par moi, fit la trahison, et loi, en me reniant, tu as trouvé la croix de Jésus. Par lui, j'ai gagné les âmes d'un grand nombre; par toi, je parais perdre celles que j'ai gagnées : par lui, je régnais sur le peuple; par toi, je suis chassé de mon royaume. Toutefois je te rendrai la pareille, et je susciterai contre loi un autre roi qui, abandonnant la foi du crucifié, te fera renier dans les tourments le crucifié. »

* Sozomènc, — llist. erc/,, I. II, c. i; — Nicéph. cal.,1. XVII, c. XIV, XV ; — Evagr., iv, iO.

Ceci paraît se rapporter à Tempereur Julien : celuici, lorsque Judas fut devenu évêque de Jérusalem, Faccabla de nombreux tourments et le fit mourir martyr de J.-C. En entendant les vociférations du diable, Judas ne craignit rien, mais il ne cessa de maudire le diable en disant : «Que le Christ te damne dans l'abîme du feu éternel ! » Après quoi Judas est baptisé, reçoit le nom de Cyriaque, puis est ordonné évêque de Jérusalem, quand le titulaire fut mort. (Beleth, c. xxv). Mais comme la bienheureuse Hélène ne possédait pas les clous du Seigneur, elle pria Tévêque Cyriaque d'aller au Goiçotha et de les chei^ cher. Il y vint et aussitôt après avoir adressé des prières à Dieu, les clous apparurent brillants dans la terre, comme de Tor. Il les prit et les porta à la reine. Or, celle-ci se mit à genoux par terre et, après avoir incliné la tète, elle les adora avec grande révérence. Hélène porta une partie de la croix à son fils, et renferma l'autre dans des châsses d'argent qu'elle laissa à Jérusalem ; quant aux clous avec lesquels le corps du Seigneur avait été attaché, elle les porta à son fils. Au rapport d'Eusèbe de Césarée, elle en fit deux freins dont Constantin se servait dans les batailles, et elle mit les autres à son casque en guise d'armure. Quelques auteurs, comme Grégoire de Tours*, assurent que le corps du Seigneur fut attaché avec quatre clous : Hélène en mit deux au frein du cheval de l'empereur, le troisième à la statue de Constantin qui domine la ville de Rome, et elle jeta le quatrième dans la mer Adria-

* Miracul., lib. I, ch. vi.

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tique qui jusque-là avait été un gouffre pour les navigateurs. Elle ordonna que cette fête de l'Invention de la sainte croix fût célébrée chaque année solennellement. Voici ce que dit saint Ambroise * : « Hélène chercha les clous du Seigneur et les trouva. De Tun elle fit faire des freins ; elle incrusta l'autre dans le diadème : belle place que la tète pour ce clou ; c'est une couronne sur le front, c'est une bride à la main : c'est l'emblème de la prééminence du sentiment, de la lumière de la foi, et de la puissance impériale. » Quant à l'évéque saint Cyriaque, Julien l'apostat le fit mourir plus tard, pour avoir trouvé la sainte croix dont partout il prenait à tâche de détruire le signe. Avant de partir contre les Perses, il fit inviter Cyriaque à sacrifier aux idoles : sur le refus du saint, Julien lui fit couper le bras en disant : « Avec cette main il a écrit beaucoup de lettres qui ont détourné bien du monde de sacrifier aux dieux. » Cyriaque lui répondit : « Chien insensé, tu m'as bien rendu service ; car avant de croire à J.-C, trop souvent j'ai écrit des lettres que j'adressais aux synagogues des Juifs afin que personne ne crût en J.-C. et voilà que tu viens de retrancher de mon corps ce qui en avait été le scandale. » Alors Julien fit fondre du plomb qu'il ordonna de lui verser dans la bouche ; ensuite il fit apporter un lit en fer sur lequel Cyriaque fut étendu çt audessous on mit des charbons ardents et de la graisse. Comme Cyriaque restait immobile, Julien lui dit : « Si tu ne veux pas sacrifier aux idoles, dis au moins

* De obitu Theod., nos 47-48.

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