II
({ue lu n'es pas chrétien. » L'évèque s'y refusa avec horreur. Julien fil creuser une fosse profonde nu'oii fit remplir de serpents venimeux. Cyriaque y fut jeté, mais les serpents moururent aussitôt. Julien ordonna alors que Cyriaque fût jeté dans une chaudière pleine d'huile bouillante. Or, comme le saint voulait y entrer spontanément, il se signa, et pria le Seigneur de le baptiser une seconde fois dans Teau du martyre, mais Julien furieux lui fit percer la poitrine avec une épée. Ce fut ainsi que saint Cyriaque mérita de consommer Son martvre dans le Seiijrneur.
La grandeur de la vertu de la Croix est manifeste dans ce notaire fidèle, trompé par un magicien qui le conduisit en un lieu où il avait fait venir des démons, en lui promettant des richesses immenses. Il vit un Ethiopien de haute stature, assis sur un trône élevé, et entouré d'autres Ethiopiens debout, armés de lances et de bâtons. Alors l'Ethiopien demanda à re magicien : « Quel est cet enfant ? » Le magicien répondit: « Seigneur, c'est votre serviteur. » Le démon dit au notaire : « Si tu veux m'adorer, être mon serviteur, et renier ton Christ, je te ferai asseoir à ma droite. » Mais le notaire se hâta de faire le signe (le la croix et s'écria ([u'il était de toute son âme le serviteur du Sauveur J.-C. Il n'eut pas plutôt fait le si;^ne de la croix que toute cette multitude de démons disparut. Peu de temps après, ce même notaire entra un jour avec son maître dans le temple de Sainte- Sophie; se trouvant ensemble devant une image du Sauveur, le maître remarqua que cette image avait les yeux fixés sur le notaire qu'elle regardait attentive-
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ment. Plein de surprise, le maître fit passer le jeune homme à droite et vit que l'image avait encore tourné les yeux de ce côté, en les dirigeant sur le notaire. Il le fit de nouveau revenir à gauche, et voici que l'image tourna encore les yeux et se mit à regarder le notaire comme auparavant. Alors le mattre te conjura de lui dire ce qu'il avait fait à Dieu pour mériter que l'image le regardât ainsi. Il répondit qu'il n'avait la conscience d'aucune bonne action, si ce n'est qu'il n'avait pas vouîu renier le Sauveur devant le diable^
SAINT JEAN, APOTRE, DEVANT LA PORTE LATINE
Saint Jean, apôtre etévangéliste, prêchait à Ephèse quand il fut pris par le proconsul, et invité à immoler aux dieux. Comme il rejetait cette proposition, il est mis en prison : on envoie alors à l'empereur Doinitien une lettre dans laquelle saint Jean est signalé comme un grand sacrilège, un contempteur des dieux et un adorateur du crucifié. Par l'ordre de Domitien, il est conduit à Rome, où, après lui avoir coupé tous les cheveux par dérision, on lejelte dans une chaudière d'huile bouillante sous laquelle on entretenait un feu ardent : c'était devant la porte de la ville qu'on appelle Latine. Il n'en ressentit cependant aucune douleur, et en sortit parfaitement sain. En ce lieu donc, les chrétiens bâtirent une église, et ce jour est solennisé comme le jour du martyre de saint Jean.
Or, comme le saint apôtre n'en continuait pas moins à prêcher J.-C, il fut, par Tordre de Domilien, relégué dans THe de Pathmos. Toutefois les empereurs romains, qui ne rejetaient aucun Dieu, ne persécutaient pas les apôtres parce que ceux-ci prêchaient J.-C. ) mais parce que les apôtres proclamaient la divinité de Jésus-Christ sans Tautorisation du Sénat qui avait défendu que cela ne se fît de personne. — C'est pourquoi dans VHistoire ecclésiastiquey on lit que Pilate envoya une fois une lettre à Tibère au sujet de Jésus- Christ *. Tibère alors consentit à ce que la foi fût reçue par les Romains, mais le Sénat s'y opposa formellement, parce que J.-C. n'avait pas été appelé Dieu d'après son autorisation. Une autre raison rapportée par une chronique, c'est que J.-C. n'avait pas tout d'abord apparu aux Romains. Un autre motif c'est que J.-C. rejetait le culte de tous les dieux qu'honoraient les Romains. Un nouveau motif encore, c'est que J.-C. enseignait le mépris du monde et que les Romains étaient des avares et des ambitieux. M* Jean Beleth assigne de son côté une autre cause pour laquelle les empereurs et le Sénat repoussaient J.-C. et les apôtres : c'était que J.-C. leur paraissait un Dieu trop orgueilleux et trop jaloux, puisqu'il ne daignait pas avoir d'égal. Voici une autre raison donnée par Orose (liv. VII, ch. iv) : « le Sénat vit avec peine que c'était à Tibère et non pas à lui que Pilate avait écrit au sujet des miracles de J.-C. et c'est sur ce prétexte qu'il ne voulut pas le mettre au rang des dieux.
* Eusèbe, 1. II, c. ii.
Aussi Tibère irrité fit périr un grand nombre de sénaleurs, et en condamna d'autres à Texil. » — La mère de Jean, apprenant que son fils était détenu à Rome, el poussée par une compassion de mère, s'y rendit |K>ur le visiter. Mais quand elle fut arrivée, elle apprit qu'il avait été relégué en exil. Alors elle se retira dans la ville de Vétulonia en Campanie, où elle rendit son âme à Dieu. Son corps resta longtemps enseveli dans un antre, mais dans la suite, il fut révélé à saint Jacques, son fils. Il répandit alors une grande et suave odeur et opéra de nombreux et éclatants miracles ; il fut transféré avec grand honneur dans la ville qu'on vient de nommer.
LA LITANIE MAJEURE ET LA LITANIE MINEURE (les rogations)
Deux fois par an arrivent les litanies ; à la fête de sjinl Marc, c'est la litanie majeure, et aux trois jours qui précèdent Tascension du Seigneur, c'est la litanie mineure. Litanie veut dire supplication, prière ou rogation. La première a trois noms différents, qui sont : litanie majeure, procession septiforme, et croix n:>ires.
I. On rappelle litanie majeure pour trois motifs, savoir ; à raison de celui qui l'institua, ce fut saint (irégoire, le grand pape ; à raison du lieu où elle fut instituée qui est Rome, la maîtresse et la capitale du monde, parce qu'à Rome se trouvent le corps du prince
des apôtres et le saint siè^e apostolique ; à raison de la cause pour laquelle elle fut instituée : ce fut une grande et très grave épidémie. En effet les Romains, après avoir passé le carême dans la continence, et avoir reçu à Pâques le corps du Seigneur, s'adonnaient sans frein à la débauche dans les repas, aux jeux et à la luxure ; alors Dieu provoqué leur envoya une épouvantable peste qu'on nomme inguinale, au<p trement apostume ou enfle de Taîne. — Or, cette peste était si violente que les hommes mouraient subitement, dans les chemins, à table, au jeu, dans les réunions, de sorte que, s'il arrivait, comme on dit, que quelqu'un éternuâl, souvent alors il rendait l'âme. Aussi entendait-on quelqu'un éternuer, aussitôt on courait et on criait : « Dieu vous bénisse » et c'est là, dit-on, l'origine de cette coutume de dire : Dieu vous bénisse, à quelqu'un qui éternue.
Ou bien encore, d'après ce qu'on en rapporte, si quelqu'un bâillait, il arrivait souvent qu'il mourait tout de suite subitement. Aussi, dès qu'on se sentait Tenvie de bâiller, tout de suite, on se hâtait de faire sur soi le signe de la croix ; coutume encore en usage depuis lors. On peut voir dans la vie de saint Grégoire l'origine de cette peste.
II. On l'appelle procession septiforme, de la coutume qu'avait établie saint Grégoire de partager en sept ordres ou rangs les processions qu'il faisait de son temps. Au premier rang était tout le clergé, au second tous les moines et les religieux, au troisième les religieuses, au quatrième tous les enfants, au cinquième tous les laïcs, au sixième toutes les veuves et
les continentes, au septième toutes les personnes mariées. Mais comme il n'est plus possible à présent d'obtenir ces sept divisions de personnes, nous y suppléons parle nombre des litanies; car on doit les répéter sept fois avant de déposer les insignes.
III. On l'appelle les croix noires, parce que les hommes se revêtaient d'habits noirs, en signe de deuil, à cause de la mortalité, et comme pénitence, et c'est peut-être aussi pour cela qu'on couvrait de noir les croix et les autels. Les fidèles doivent aussi revêtir alors des habits de pénitence.
On appelle litanie mineure, celle qui précède de trois jours la fête de l'Ascension. Elle doit son institution à saint Mamert, évêque de Vienne, du temps de l'empereur Léon qui commença à régner l'an du Seigneur 458. Elle fut donc établie avant la litanie majeure. Elle a reçu le nom de litanie mineure, de rogations et de procession. On l'appelle litanie mineure pour la distinguer de la première, parce qu'elle fut établie par un moins grand évêque, dans un lieu inférieur et pour une maladie moindre. Voici la cause de son institution : Vienne était affligée de fréquents et affreux tremblements de terre qui renversaient beaucoup de maisons et d'églises. Pendant la nuit, on entendait, des bruits et des clameurs répétés. Quelque chose de plus terrible encore arriva ; le feu du ciel tomba le jour de Pâques et consuma le palais royal tout entier. Il y eut un autre fait plus merveilleux. De même que par la permission de Dieu, des démons entrèrent autrefois dans des pour- CL^aux, de même aussi par la permission de Dieu, pour
hs péchés des hommes, ils entraient dans des loups et dans d'autres bêtes féroces et sans craindre persDune, ils couraient en plein jour non seulement par les chemins mais encore par la ville, dévorant çà ot là des enfants, des vieillards et des femmes. Or, comme ces malheurs arrivaient journellement, Icvsaint évêque Mamert ordonna un jeûne de trois jours et institua des litanies ; alors cette tribulation s'apaisa. Dans la suite, cette pratique s'établit et fut approuvée par l'Eglise ; de sorte qu'elle s'observe universellement. — On l'appelle encore rogations, parce qu'alors nous implorons les suffrages de tous les saints : et nous avons raison d'observer celte pratique en ces tempsci, de prier les saints et de jeûner pour différents motifs : 1° pour que Dieu apaise le fléau de la guerre, parce que c'est particulièrement au printemps qu'il éclate; 2° pour qu'il daigne multiplier par leur conservation les fruits tendres encore ; 3° pour mortifier chacun en soi les mouvements déréglés de la chair qui sont plus excités à cette époque. Au printemps en effet le sang a plus de chaleur et les mouvements déréglés sont plus fréquents ; 4° afin que chacun se dispose à la réception du Saint-Esprit ; car par le jeûne, l'homme se rend plus habile, et parles prières il devient plus digne. Maftre Guillaume d'Auxerrc assigne deux autres raisons : i" comme Jésus-Christ a dit en montant au ciel : « Demandez et vous recevr.^z », l'Eglise doit adresser ses demandes avec plus de confiance; 2° l'Eglise jeûne et prie afin de se dépouiller de la chair par la mortification des sens, et de s'acquérir des ailes à Taidede l'oraison ; car l'orai-
son, ce sont les ailes au moyen desquelles rame s'envole vers le ciel, pour ainsi suivre les traces de J.-C. qui y est monté afin de nous ouvrir le chemin et qui a volé sur les ailes des vents. En effet l'oiseau, dont le corps est épais et les ailes petites, ne saurait bien voler, comme cela est évident par l'autruche.
On l'appelle encore procession, parce qu'alors l'Eçlise fait généralement la procession. Or, on y porte la croix, on sonne les cloches, on porte la bannière ; en quelques églises on porte un dragon avec une queue énorme, et on implore spécialement le patronage de tous les saints. Si l'on y porte la croix et si l'on sonne les cloches, c'est pour que les démons effrayés prennent la fuite. Car de même qu'à l'armée le roi a les insignes royaux, qui sont les trompettes et les étendardSy de même J.-C , le roi éternel dans son Eglise militante, a les cloches pour trompettes et les croix pour étendards ; et de même encore qu'un tyran serait en grand émoi, s'il entendait sur son domaine les trompettes d'un puissant roi son ennemi, et s'il en voyait les étendards, de même les démons, qui sont dans l'air ténébreux, sont saisis de crainte quand ils sentent sonner les trompettes de J.-C, qui sont les cloches, et qu'ils regardent les étendards qui sont les croix. — Et c'est la raison qu'on donne de la coutume de l'Église de sonner les cloches, quand on voit se former les tempêtes; les démons, qui en sont les auteurs, entendant les trompettes du roi éternel, prennent alors répouvante et la fuite, et cessent d'amonceler les tempêtes : il y en a bien encore une autre raison, c'est que les cloches, en cette occasion, avertissent les
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fidèles el les provoquent à se livrer à la prière dans le péril qui les menace. La croix est réellement encore l'étendard du roi éternel, selon ces paroles de l'Hymne :
Vexilla reg-is prodeunt ; Fulisç'et Crucis mysterium Quo carne carnis conditor Suspensus est patibulo *.
Or, les démons ont une terrible peur de cet étendard, selon le témoi;jnaçe de saint Chrysostome : « Partout où les démons aperçoivent le signe du Seigneur, ils fuient efFrayés le bâton qui leur a fait leurs blessures. » C'est aussi la raison pour laquelle, en certaines églises, lors des tempêtes, on sort la croix de l'église et on Texpose contre la tempête, afin que les démons, voyant l'étendard du souverain roi, soient effrayés et prennent la fuite. C'est donc pour cela que la croix est portée à la procession, et que Ton sonne les cloches, alors les démons qui habitent les airs prennent l'épouvante et la fuite, et s'abstiennent de nous incommoder**. Or, on y porte cet étendard pour représenter la victoire de la Résurrection et celle de
* LV'Iendard du Roi apparaît; le mystère de la Croix éclate : le créateur de Thommc, homme lui-même, est suspendu à un jLCibet.
Ce sont les paroles de la Ire strophe de Thymne du temps de la Passion, telle qu'elle se récitait avant la correction exécutée avec plus ou moins de piété et de bonheur au xviie siècle.
** Saint Paul, au ne chapitre de la Lettre aux Ephésiens, appelle le démon, le Prince de la puissance de Tair, Principe m potentat is aeris hujus.
rAscension de J.-C. qui est monté aux cieux avec un grand butin. Cet étendard qui s'avance dans les airs, c'est J.-C. montant au ciel. Or, ainsi que Tétendard porté à la procession est suivi de la multitude des fidèles, ainsi J.-C montant au ciel est accompagné d'un cortège immense de saints. Le chant des processions représente les cantiques et les louanges des anges accourant au-devant de J.-C. qui monte au ciel, et l'accompagnant de leurs acclamations puissantes et unanimes jusque dans le ciel.
Dans quelques églises encore, et principalement dans les églises gallicanes, c'est la coutume de porter, derrière la croix, un dragon avec une longue queue remplie de paille ou de quelque autre matière semblable, les deux premiers jours ; mais le troisième jour cette queue est vide : ce qui signifie que le diable a régné en ce monde au premier jour qui représente le temps avant la loi et le second jour qui marque le temps de la loi, mais au troisième jour c'est-à-dire, au temps de la grâce, après la Passion de J.-C, il a été expulsé de son royaume. En cette procession nous réclamons encore le patronage de tous les saints.
Nous avons donné plus haut quelques-unes des raisons pour lesquelles nous prions alors les saints. II y en a encore d'autres générales pour lesquelles Dieu nous a ordonné de le prier ; ce sont : notre indigence, la gloire des saints et l'honneur de Dieu. En effet les saints peuvent connaître les vœux de ceux qui leur adressent des supplications; car dans ce miroir éternel, il aperçoivent quelle joie c'est pour eux, et quel secours c'est pour nous. La première raison donc
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c'est notre indigence : elle provient ou bien de ce que nous méritons peu; quand donc ces mérites de notre part sont insuffisants, nous nous aidons de ceux d'autrui : ou bien cette indigence se manifeste dans la contemplation : Or, puisque nous ne pouvons conlempiiir la souveraine lumière en soi, nous prions de pouvoir la regarder dans les saints : ou bien cette indigence réside dans l'amour : parce que le plus souvent riiomme étant imparfait ressent en soi-même plus (raffcclion pour un saint en particulier que pour Dieu même. La seconde raison, c'esl la gloire des saints : car Dieu veut que nous les invoquions pour obtenir par leurs suffrages ce que nous demandons, afin de les glorifier eux-mêmes et en les glorifiant de les louer. La troisième raison, c'est l'honneur de Dieu ; en sorte (jue le pécheur qui a offensé Dieu, honteux, pour ainsi dire, de s'adresser à Dieu personnellement, peut implorer ainsi le patronage de ceux qui sont les amis de Dieu. Dans ces sortes de processions on devrait répéter souvent ce canticpie angélique : Suncie Deus, sancle l'ortiSy sancle et inunoylalis^ miserere nobis. En effet saint Jean Damascène, au livre III, rapporte que Ton célébrait des litanies à Constantinople, à l'occasion de certaines calamités, quand un enfant fut enlevé au ciel du milieu du peuple ; revenu au milieu de la foule, il chanta devant tout le monde ce canti(]ue qu'il avait appris des anges et bientôt après cessa la calamité. Au concile de r'Jialcédoine, ce cantique fut approuvé. Saint Damascène conclut ainsi : « Pour nous, nous disons ([ue par ce cantique les démons sont éloignés. » Or, il v a quatre motifs de louer et d'autoriser ce chant : 1°
parce que ce fui un ange qui l'enseigna ; 2° parce qu'en le récitant cette calamité s'apaisa; 3*» parce que le concile de Chalcédoine l'approuva ; 4° parce que les démons le redoutent *. »
Saint Bôniface souffrit le martyre, sous Dioclétien et Maxiraien, dans la ville de Tarse ; mais il fut enseveli à Rome sur la voie latine. C'était l'intendant d'une noble matrone appelée Aglaê. Ils vivaient criminellement ensemble; mais touchés l'un et l'autre par la grâce de Dieu, ils décidèrent que Bôniface irait chercher des reliques des martyrs dans l'espoir de mériter, au moyen de leur intercession, le bonheur du salut, par les hommages et Thonneur qu'ils rendraient à ces saints corps. — Après quelquesjours de marche, Bôniface arriva dans la ville de Tarse et s'adressant à ceux qui l'accompagnaient : « Allez, leur dit-il, chercher où nous loger : pendant ce temps j'irai voir les martyrs au combat ; c'est ce que je désire faire tout d'abord. » Il alla en toute hâte au lieu des exécutions : et il vit les bienheureux martyrs, l'un suspendu par les pieds sur un foyer ardent, un autre étendu sur
* Une lettre du pape Félix III ; Marcel dans sa Chronique; Nicëphore, liv. IV, eh. xlvi; le concile de C. P. racontent le même fait.
•• Bréviaire; — Martyrologe d'Adon, au 5 juin. Ruinart a donné ces actes dans son recueil.
quatre pièces de bois et soumis à un supplice lent, un troisième labouré avec des ongles de fer, un quatrième auquel on avait coupé les mains, et le dernier élevé en Tair et étranglé par des bûches attachées à son cou. En considérant ces différents supplices dont se rendait l'exécuteur un bourreau sans pitié, Boniface sentit grandir son courage, et son amour pour J.-C et s'écria : « Qu'il est grand le Dieu des saints martyrs! » Puis il courut se jeter à leurs pieds et embrasser leurs chaînes : « Courage, leur dit-il, martyrs de J.-C. ; terrassez le démon, un peu de persévérance ! Le labeur est court, mais le repos sera long ensuite, viendra le temps où vous serez rassasiés d'un bonheur ineffable. Ces tourments que vous endurez pour l'amour de Dieu n'ont qu'un temps ; ils vont cesser et tout à l'heure, vous passerez à la joie d'une félicité qui n'aura point de fin ; la vue de votre roi fera votre bonheur; vous unirez vos voix au concert des chœurs angéliques, et revêtus de la robe brillante de l'immortalité vous verrez du haut du ciel vos bourreaux impies tourmentés tout vivants dans l'abîme d'une éternelle misère. » — Le juge Simplicien, qui aperçut Roniface, le fit approcher de son tribunal et lui demanda : (( Qui es-tu? » « Je suis chrétien, répondit-il, et Boniface est mon nom. » Alors le juge en colère le fit suspendre et ordonna de lui écorcher le corps avec des ongles de fer, jusqu'à ce qu'on vît ses os à nu : ensuite il fit enfoncer des roseaux aiguisés sous les ondes de ses mains. Le saint martvr, les yeux levés au ciel, supportait ses douleurs avec joie. A cette vue, le juge farouche ordonna de lui verser du plomb fondu
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dans la bouche. Mais le saint martyr disait : « Grâces v(ius soient rendues, Seigneur J.-C., Fils du Dieu vivant. » Après quoi, Simplicien fit apporter une chaudière qu ou emplit de poix. On la fît bouillir et Boniface y fut jeté la tête la première. Le saint ne souffrit rien ; alors le juge commanda de lui trancher la tète. Aussitôt un affreux tremblement de terre se fit ressentir et beaucoup d'infidèles, qui avaient pu apprécier le courage de cet athlète, se convertirent. — Cependant les compagnons deBonifacele cherchant partout et ne l'ayant point trouvé, se disaient entre eux : (c II est quelque part dans un lieu de débauche, ou occupé à faire bonne chère dans une taverne. » Or, pendant qu'ils devisaient ainsi, ils rencontrèrent un des geôliers. « N'as-lu pas vu, lui demandent-ils, un étranger, un Romain? » « Hier, leur répondit-il, un étranger a été décapité dans le cirque. » « Comment était-il? » « C'était, ajoutèrent-ils, un homme carré de taille, épais, à la chevelure abondante, et revêtu d'un manteau écarlate. » « Eh bien ! répondit le geôlier, celui que vous cherchez a terminé hier sa vie par le martyre. » « Mais, reprirent-ils, l'homme que nous cherchons est un débauché, un ivrogne. » « Venez le voir, dit le geôlier. » Quand il leur eut montré le tronc du bienheureux martyr et sa tête précieuse, ils s'écrièrent : « C'est bien celui que nous cherchons : \euillez nous le donner. » Le geôlier répondit : «Je ne puis pas vous délivrer son corps gratuitement. » Ils donnèrent alors cinq cents pièces d'or, et reçurent le corps du saint martyr qu'ils embaumèrent et renfermèrent dans des linges de prix ; puis l'ayant mis dans
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une litière, ils revinrent pleins de joie et rendant gloire à Dieu. Or, un ange du Seigneur apparut à Aglaé et lui révéla ce qui était arrivé à Boniface. A l'instant elle alla au-devant du saint corps et fit construire, en son honneur, un tonibcau-digne de lui, à une distance de Rome de cinq stades. Boniface fut donc martyrisé, le 14 mai, à Tharse, métropole de la CiHcie, et enseveli à Rome le 9 juillet. — Quant à Aglaë, elle renonça au monde et à ses pompes : après avoir distribué tous ses biens aux pauvres et aux monastères, elle affranchit ses esclaves, et passa le reste de sa vie dans le jeûne et la prière. Elle vécut encore douze ans sous Fhabit de religieuse, dans la pratique continuelle des bonnes œuvres et fut enterrée auprès de saint Boniface.