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église, le lieu où J.-C. montant au ciel posa les pieds, ne put jamais éire recouvert par un pavé; il y a plus, le marbre sautait à la figure de ceux qui le posaient. Une preuve que cet endroit avait été foulé par les pieds de J.-C, c'est qu'on voit imprimés des vestiges de pieds, et que la terre conserve encore une figure qui ressemble à des pas qui y ont été gravés. » II. Pourquoi J.-C. n'est-il pas monté de suiteaprès sa résurrection, mais a-t-il voulu attendre pendant (|uarantejours?Il y en a trois raisons : 1"* pour qu'on ait la certitude de la résurrection. Il était en effet plus difficile de prouver la vérité de la résurrection que celle de la Passion : car, du preipier au troisième jour, on pouvait prouver la vérité delà passion: mais pour avoir la preuve certaine de la résurrection, il fallait un plus grand nombre de témoignages ; et c'est pour cela qu'il était nécessaire qu'il y eût plus de temps entre la résurrection et l'ascension, qu'entre la })assion et la résurrection. A ce sujet, saint Léon, pape, sVwplique comme il suit dans un sermon sur rascension : « Aujourd'hui est accompli le nombre de quarante jours qui avait été disposé par un arranjuement très sainl, et qui avait été dépensé au profit de notre instruction. Le Seigneur, en prolongeant, jusqu'à ce moment, l<» délai de sa présence corporelle, voulait affermir la foi en la résurrection «par des témoignages authentiques. Rendons grâces à cette divine économie et au retard nécessaire que subirent les saints pères. Ils doutèrenl, eux, afin que nous, nous ne doutassions pas. » 2^Pourconsoler les apùtres. Or, puisque les consolations divines surpassent les tribulations et
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qoe le temps de la passion fut celui delà tribulation des apôtres, il devait donc y avoir plus de jours de consolation que de jours de tribulation. 3* Pour une signification mystique : c'est pour donner à comprendre que les consolations divines sont aux tribulations comme un an est à un jour, comme un jour est à une heure, comme une heure est à un moment. Il est clair que les consolations divines sont aux tribulations comme un an est à un jour par ce passage d'Isaïe (c. lxi) : « Je dois prêcher l'année de la réconciliation du Seigneur et le jour de la vengeance de notre Dieu. » Voilà donc que pour un jour de tribulation, il rend nne année de consolation. 11 est clair que les consolations divines sont aux tribulations comme un jour est à une heure, par ce fait que le Seigneur resta mort pendant quarante heures; c'est le temps delà tribulation : et qu'après être ressuscité, il apparut pendant quarante jours à ses disciples, et c'était le temps de la consolation. Ce qui fait dire à la Glose : « Il était resté mort pendant quarante heures, c'est pour cela qu'il confirmait, pendant quarante jours, la certitude qu'il avait repris la vie. » Isaïe laisse à entendre que les consolations sont aux tribulations comme une heure est à un moment ; quand il dit (c. liv) : « J'ai détourné mon visage de vous pour un moment, dans le temps de ma colère; mais je vous ai regardés ensuite avec une compassion qui ne finira jamais. »
HI. La manière dont il monta au ciel fut 1^ accompagnée d'une grande puissance, selon ce que dit Isaïe (lxiii) : « Quel est celui qui vient d'Edom, marchant avec une force toute puissante? » Saint Jean dit aussi
(iir) : « Personne n'est monté au ciel, par sa propre force, que celui qui est descendu du ciel, c'est-à-dire, le Fils de Thomnie qui est dans le ciel. » Car quoiqu'il fiU monté sur un groupe de nuages, cependant il ne Ta point fait parce que ce groupe lui fût devenu nécessaire, mais c'était pour montrer que toute créature est prête à obéir à son créateur. En effet il est monté par la puissance de sa divinité, et c'est en cela qu'est caractérisée la puissance ou le souverain domaine, d'après ce qui est rapporté dans les histoires ecclésiastiques au sujet d'Enoch et d'£lie : car Enoch fut transporté, Eliefut soulevé, tandis que J.-C. a monté par sa puissance propre. « Le premier, dit saint Grégoire, fut engendré et engendra, le second fut engendré mais n'engendra pas, le troisième ne fut pas engendré et n'engendra pas. » Il monta au ciel 2° publiquement, à la vue de ses disciples : aussi estil dit (Actes, i) : « Ils le virent s'élever. » (Saint Jean) <( .levais à celui qui m'a envoyé et personne de vous ne me demande : où allez-vous ? » la glose dit ici : « C'est donc publiquement, afin qu'il ne vienne à la pensée de personne de soulever des questions sur ce (|ui se voit à l'œil nu. » 11 voulut monter, à la vue de ses disciples, [)our qu'ils fussent eux-mêmes des témoins de l'ascension, qu'ils conçussent de la joie en voyant la nature humaine portée au ciel, et qu'ils désirassent y suivre J.-C. Il monta au ciel 3" avec joie, au milieu des concerts des anges. Le Psaume dit (xLvi) : « Dieu est monté au mifieu des cris de joie. » « Au moment de l'Ascension de J.-C, dit saint Augustin, le ciel est tout stupéfait, les astres sont dansl'admi-
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ration, les bataillons sacrés applaudissent, les trompettes sonnent, et mêlent leur harmonie à celle des choeurs joyeux. » — Il monta 4** avec rapidité. « 11 part avec ardeur, dit le Psalmiste, pour courir comme un géant dans sa carrière ; » car en effet il monta avec une extraordinaire vitesse puisqu'il parcourut un si ^prand espace comme en un moment. — Le rabbin Moïse, très grand philosophe, avance que chaque cercle, ou chaque ciel de quelque planète que ce soit, a de profondeur un chemin de SOO ans, c'est-à-dire, que l'espace en est si étendu qu'un homme mettrait cinq cents ans à le parcourir sur un chemin uni : la distance d'un ciel à un autre est de même, dit-il, un chemin de 500 ans ; et comme il y a sept cieux, il y aura, d'après lui, à partir du centre de la terre jusqu'aux profondeurs du ciel de Saturne, qui est le septième un chemin de sept mille ans; et jusqu'au point W plus éloigné du ciel, sept mille cinq cents ans, c'est- ;'i-dire, un espace si grand que quelqu'un qui marcherait sur une plaine mettrait 7300 ans à le parcourir, s'il pouvait vivre assez. Or, l'année se trouve composée de 363 jours, et le chemin qu'on fait en un jour est de quarante milles, chaque mille a deux mille pas ou coudées. » Voilà donc ce que dit le rabbin Moyse. Or, s'il dit la vérité, Dieu le sait, car lui seul connaît cette mesure puisqu'il a tout fait en nombre, en poids et en mesure. C'est donc là le grand élan que prit J.-C. de la terre au ciel. Et au sujet de cet élan et de quelques autres que fit J.-C. citons les paroles de saint Ambroise : « J.-C. prit son essor et vint dans ce monde; il était avec son père et il vint dans II. 6*
une Vierge, de la Vierge il passa dans le berceau ; il descendit dans le Jourdain ; il monta sur la croix ; il descendit dans le tombeau ; il ressuscita du tombeau et il est assis à la droite de son père. »
IV. Avec qui a-t-il monté? Il faut savoir qu'il monta avec un grand butin d'hommes et une grande multitude d'anges. Qu'il soit monté avec un nombreux butin d'hommes, cela est évident par ces paroles du Psaume lxvii : « Vous êtes monté en haut ; vous avez pris un grand nombre de captifs ; vous avez fait des présents aux hommes. » Qu'il soit monté avec une multitude d'anges, cela est évident, encore par ces questions qu'adressèrent, lors de l'ascension de Jésus-Christ, les anges d'un ordre inférieur à ceux d'un ordre supérieur, ainsi qu'il se trouve dans Isaïe : « Quel est celui qui vient d'Edom, de Bosra avec sa robe teinte de rouge ? » La Glose dit ici que plusieurs des anges qui n'avaient pas une pleine connaissance des mystères de Tincarnation, de la passion et de la résurrection, en voyant monter au ciel le Seigneur avec une multitude d'anges et de saints personnages, et cela par sa propre puissance, se mettent à admirer ce mystère deTincarnalion et delà passion; alors ils disent aux anges qui accompagnent le Seigneur : (( Quel est celui-ci qui vient... etc. » et encore avec le Psaume : « Quel est ce roi de gloire? » Saint Denis, au livre de la Hiérarchie angélique (ch. vu), semble insinuer que pendant que J.-C. montait, trois questions furent adressées par les anges. La première fut celle des anges majeurs les uns aux autres : la seconde fut celle des anges majeurs à J.-C. ; la troi-
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sième fui adressée par les anges inférieurs à ceux d'un ordre plus élevé. Les plus grands se demandent donc les uns aux autres : « Quel est celui-ci qui vient d'Edom, de Bosra, avec sa robe teinte de rouge? » Edom veut dire sanglant meurtrier, Bosra signifie fortifié, c'est comme s'ils se disaient : « Ouel est celui-ci qui vient de ce monde ensanglanté par le péché et fortifié contre Dieu par la malice ? » Ou bien encore : « Quel e^l celui-ci qui vient d'un monde meurtrier et d'un enfer fortifié ? » Et le Seigneur répondit : « C'est moi dont la parole est la parole de justice, et je suis combattant pour sauver (Is., lxiii). » Saint Denis dit ainsi : « C'est moi, dit-il, qui parle justice et jugement pour le salut. » Dans la rédemption du genre humain, il y eut justice, en tant que le créateur ramena la créature qui s'était éloignée, de son maître, et il y eut jugement, en ce que J.-C, par sa puissance, chassa le diable, usurpateur, de l'homme qu'il possédait. Mais ici saint Denis pose cette question : u Puisque les anges supérieurs sont le plus près de Dieu, et qu'ils sont immédiatement illuminés par lui, pourquoi s'adressent-ils des questions, comme s'ils avaient le désir de s'instruire mutuellement? » Saint Denis répond lui-même et son commentateur expose que : en s'interrogeant, ils montrent que la science a pour eux de Tattrait; en se questionnant d'abord les uns les autres, ils manifestent qu'ils n'osent pas d'euxmêmes devancer la procession divine. Ils commencent donc par s'interroger tout d'abord pour ne prévenir, par aucune interrogation prématurée, l'illuin ination que Dieu opère en eux. Donc cette question
n'est pas un examen de la doctrine, mais un aveu d'içnorance. — La seconde question est celle qu'adressèrent à J.-C. ces an^es de premier degré : « Pourquoi donc, disent-ils, votre robe est-elle roupie, et pourquoi vos vêtements sont-ils comme les vêtements de ceux qui foulent dans le pressoir? » On dit que le Seigneur avait un vêtement, c'est-à-dire, son corps, rou'^e ou plein de sang, par la raison qu'en montant au ciel, il portait encore sur lui les cicatrices de ses plaies : car il voulut conserver ces cicatrices en son corps, pour cinq motifs ainsi énumérés par Bède dont voici les paroles : « Le Seigneur conserva ses cicatrices et il les doit conserver jusqu'au jugement, pour affermir la foi en sa résurrection, pour les montrer à son père alors qu'il le supplie en faveur des hommes, pour que les bons voient avec quelle miséricorde ils ont été rarrhetés, et les méchants reconnaissent avoir été justement damnés ; enfin pour porter les trophées authentiques de la victoire éternelle qu'il a remportée. » Donc à cette question le Seigneur répondit ainsi : a J*ai été seul à fouler le vin, sans qu'aucun homme dt^ tous les peuples fût avec moi. » La croix peut être appelée un pressoir, sous la pression duquel il a tellement été écrasé qu'il a répandu tout son sang. Ou bien ce qu'il appelle pressoir, c'est le diable qui a tellement enveloppé et étreint le genre humain dans les liens du péché qu'il a exprimé tout ce qu'il y avait en lui de spirituel, en sorte qu'il n'en reste que la cape. Mais notre guerrier a foulé le pressoir, il a rompu les liens des pécheurs, et après avoir monté au ciel, il a ouvert la demeure du ciel et a répandu le
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vin du Saint-Esprit. La troisième question est celle qu'adressèrent les anges inférieurs aux supérieurs : <c Quel est, dirent-ils, ce roi de gloire ? » Voici ce que dit saint Augustin par rapport à cette question et à la réponse qu'il était convenable d'y donner : « L'immensité des airs est sanctifiée par le cortège divin, et toute la troupe des démons qui vole dans l'air se hâte de fuir à la vue de J.-C. qui s'élève. » Les anges accoururent à sa rencontre et demandent : « Qui est ce roi de gloire ? » D'autres anges leur répondent : « C'est celui qui est éclatant par sa blancheur et par sa couleur de rose ; c'est celui qui n'a ni apparence, ni beauté : il fut faible sur le bois, fort quand il partage le butin ; il fut vil dans un corps chétif, et équipé au moment du combat ; il fut hideux en sa mort, et beau dans sa résurrection ; il reçut une blancheur éclatante de la Vierge sa mère, et il était rouge de sang sur la croix : sans éclat au milieu des opprobres, il brille dans le ciel. »
V. A quel titre il monUi. Il en eut trois, répond saint Jérôme, avec lé Psaume (xliv). La vérité, la douceur et la justice. « La vérité, car vous avez accompli ce que vous aviez promis par la bouche des prophètes; la douceur, car vous vous êtes laissé immoler comme une brebis pour la vie de votre peuple ; la justice, parce que vous avez employé non pas la puissance, mais la justice pour délivrer l'homme, et la force de votre droite vous dirigera merveilleusement : la puissance, ou la force vous dirigera, vers le ciel. »
VL Où il monta: Il faut savoir que J.-C. monta
au-dessus de tous les cieux, selon l'expression de saint Paul dans son épître aux Ephésiens (iv) : o Celui qui est descendu, c'est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. » L'apôtre dit: « Au-dessus de tous les cieux », car il y en a plusieurs au-dessus desquels il monta. Il y a le ciel matériel, le rationnel, Finlellectuel et le supersubstantiel. Le ciel matériel est multiple,* savoir : l'aérien, l'éthéré, Tolympien, l'igné, le sidéral, le cristallin, et l'empyrée. Le ciel rationnel, c'est l'homme juste appelé ciel puisqu'il est l'habitation de Dieu ; car de même que le ciel est le trône et Thabitation de Dieu, selon cette expression d'Isaïe (lxvi) : « Le ciel est mon trône » ; de même Tàme juste, d'après le livre de la Sagesse, est le trône de la sagesse. L'homme juste est encore appelé ciel, en raison des saintes habitudes, parce que les saints par leur manière de vivre et leurs désirs habitent dans le ciel, comme le disait l'apôtre : « Notre conservation est dans les cieux. » En raison encore des bonnes œuvres continuelles ; parce que de même que le ciel roule par un mouvement continu, de même aussi les saints se meuvent continuellement dans les bonnes œuvres. Le ciel intell(»ctuel, c'est l'ange. En effet l'ange est appelé ciel parce ([ue, ainsi que les cieux, il est élevé à une très haute dignité et excellence. Quant à cette dignité et excellence, 1° Denys parle de cette manière dans son livre des ^ums divins (chap. iv) : « Les esprits divins sont au-dessus des autres êtres ; leur vie l'emporte sur celle des autres créatures vivantes ; leur intelligence et leur connaissance dépassent le sens et la rai-
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son : mieux que tous les êtres, ils tendent au beau et au bien et y participent. » 2' Ils sont extrêmement beaux en raison de la nature et de la gloire. Saint Denys encore en parlant de leur beauté dit au même livre : « L'ange est la manifestation de la lumière cachée ; c'est un miroir pur, d'un éclat brillant, sans tache aucune ni souillure, immaculé, recevant, s'il esl permis de le dire, la beauté, la forme excellente de la divinité. » 3^ Ils sont pleins de force en raison de leur vertu et de leur puissance. Le Damascène parle ainsi de leur force au livre II, chap. m : « Ils sont forts et disposés à l'accomplissement de la volonté de Dieu; et partout on les trouve réunis, tout aussitôt que, par un simple signe de Dieu, ils en perçoivent les ordres. » Le ciel possède hauteur, beauté et force. L'Ecclésiastique dit au sujet des deux premières qualités (xliii) : « Le firmament est le lieu où la beauté des corps les plus hauts parait avec éclat : c'est l'ornement du ciel, c'est lui qui en fait luire la gloire. » Au livre de Job il est dit (xxxviij par rapport à la force : « Vous avez peut-être formé avec lui les cieux qui sont aussi solides que s'ils étaient d'airain fondu. » — Le ciel supersubstantiel, c'est le siège de l'excellence divine, d'où J.-C. esl venu et jusqu'où il remonta plus tard. Le Psaume l'indique par ces paroles (vu) : « Il part de l'extrémité du ciel, et il va jusqu'à l'autre extrémité. » Donc J.-C. monta audessus de ces cieux jusqu'au ciel supersubslantiel. Le Psaume porte qu'il monta au-dessus de tous les cieux matériels quand il dit (viii) : « Seigneur, votre magnificence a été élevée au-dessus des cieux. » H monta
au-dessus (le tous les cieux matériels jusqu'au ciel empyrée lui-même, non pas comme Elie qui monta clans un char de feu, jusqu*à la région sublunaire sans la traverser, mais qui fut transporté dans le paradis terrestre dont l'élévation est telle qu'il touche à la région sublunaire (Rois, IV, ii ; Ecx:lé., viii), sans aller au delà. C'est donc dans le ciel empyréeque réside J.-C. ; c'est là sa propre et spéciale demeure avec les anges et les autres saints. Et celte habitation convient à ceux qui Toccupenl. Ce ciel en effet l'emporte sur les autres en dignité, en priorité, en situation et en proportions : c'est aussi pour cela que c'est une habitation digne de J.-C, qui surpasse tous les cieux rationnels et intellectuels en dignité, en éternité, par son état d'immutabilité et par les proportions de sa puissance. De même aussi, c'est une habitation conve^ nable pour les Saints : car ce ciel est unifonne, immobile, d'une splendeur parfaite et d'une capacité immense : et cela convient bien aux anges et aux saints qui ont été uniformes dans leurs œuvres, immobiles dans leur amour, éclairés dans la foi ou la science, et remplis du Saint-Esprit. Il est évident que J.-C. monta au-dessus de tous les cieux rationnels, qui sont tous les saints, par ces paroles du Cantique des cantiques (il) : « Le voici qui vient sautant sur les montagnes, passant par-dessus lt\s collines. » Par les montagnes on entend les anges, et par les collines les hommes saints. Il est évident qu'il monta au-dessus de tous les cieux intellectuels, qui sont les anges, par ces mots du Psaume (cm) ; « Seigneur, vous moulez sur les nuées et vous marchez sur les ailes des vents. ».
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« II a monté au-dessus des chérubins, il a volé sur les ailes des vents (xcviii). » Il est encore évident que Jésus-Christ monta jusqu'au ciel supersubstantiel, c'està-dire, jusqu'au siège de Dieu, par ces paroles de saint Marc (xvi): « Et le Seigneur Jésus, après leur avoir ainsi parlé, fut élevé dans le ciel ; et il y est assis à la droite de Dieu. » La droite de Dieu, c'est l'égalité en Dieu. Il a été singulièrement dit et donné à mon Seigneur, par le Seigneur de siéger à la droite de sa gloire, comme dans une gloire égale, dans une essence consubstantielle, pour une génération semblable en tout point, pour une majesté qui n'est pas inférieure, et pour une éternité qui n'est pas postérieure. On peut dire encore que J.-C. dans son ascension atteignit quatre sortes de sublimités : celle du lieu, celle de la récompense acquise, celle de la science, celle de ia vertu. De la sublimité du lieu qui est la première, il est dit aux Ephésiens (iv) : « Celui qui est descendu, c'est le même qui a monté au-dessus de tous les cieux. » De la sublimité de la récompense acquise qui est la seconde, on lit aux Philippiens (ii) : « Il s'est rendu obéissant jusqu*à la mort et la mort de la croix : c'est pourquoi Dieu l'a élevé. » Saint Augustin dit sur ces paroles : « L'humilité est le mérite de la distinction et la distinction est la récompense de l'humilité. » De la sublimité de la science, le Psaume (xcviii) dit : « II monta au-dessus des chérubins » ; c'est autant dire, au-dessus de toute plénitude de science. De la sublimité de la vertu qui est la quatrième, il estdit aux Ephésiens : « Parce qu'il a monté au-dessus des Séraphins. » (m) « L'amour de J.-C. envers nous surpasse toute connaissance. »
VlI.Pourquoi J.-C, est-il monté au ciel. Il y a neuf fruits ou avantages à retirer de l'Ascension. Le 1'' avantage, c'est l'acquisition de Famour de Dieu (Saint Jean, xvi) :« Si je ne m'en vais pas, le Paraclel ne viendra pas. » Ce qui fait dire à Saint Augustin : « Si vous m'êtes attachés comme des hommes de chair, vous ne serez pas capables de posséder le Saint-Esprit. » Le 2*^ avantage, c'est une plus grande connaissance de Dieu (Saint Jean, xiv): « Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez certainement parce que je m'en vais à mon Père ; car mon Père est plus grand que moi. » Saint Augustin dit à ce propos: « Si je fais disparaître cette forme et cette nature d'esclave, par laquelle je suis inférieur à mon Père, c'est afin que vous puissiez voir Dieu avec les yeux de l'esprit. » Le 3® avantage, c'est le mérite de la foi. A ce sujet saint Léon s'exprime de la sorte dans son sermon 12* sur l'Ascension : « C'esl alors que la foi plus éclairée commence à comprendre à l'aide de la raison que le Fils est égal au Père ; il ne lui est plus nécessaire de toucher la substance corporelle de J.-C, par laquelle il est inférieur à son Père, (-'est là le privilège des grands esprits de croire, sans appréhension, ce que IVeil du corps ne saurait apercevoir, et de s'attacher, par le désir, à ce à quoi l'on ne peut atteindre par la vue. » Saint Augustin dit au livre de ses Confessions : « Il a bondi comme un géant pour fournir sa carrière. Il n'a pas apporté de lenteur, mais il a couru en proclamant par ses paroles, par ses actions, par sa mort, par sa vie ; en descendant sur la terre, en montant au ciel, il crie pour que nous revenions à lui, et il a dis-
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paru aux yeux de ses apôtres, afin que nous rentrions dans noire cœur pour Vy trouver. » Le 4® avantage, c'est la sécurité, s'il est monté au ciel, c'est pour être notre avocat auprès de son Père. Nous pouvons bien être en sûreté, quand nous pensons avoir un pareil avocat devant le Père. (Saint Jean, I, ii) : « Nous avons pour avocat auprès du Père J.-C, qui est juste; car c'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés. » Saint Bernard dit en parlant de cette sécurité : « Tu as, ô homme, un accès assuré auprès de Dieu : Tu v vois la mère devant le Fils, et le Fils devaut le Père : cette mère montre à son fils sa poitrine el ses mamelles ; le Fils montre à son Père son côté et ses blessures. Il ne pourra donc y avoir de refus, là où il y a tant de preuves de charité. » Le 5* avantage, c'est notre dignité. Oui, notre dignité est extraordinai rement grande, puisque notre nature a été élevée jusqu'à la droite de Dieu. C'est pour cela que les anges, en considération de celte dignité dans les hommes, se sont désormais refusés à recevoir leurs adorations, comme il est dit dans l'Apocalypse (xix) : « Et je nie prosternai (c'est saint Jean qui parle) aux pieds de l'ange pour l'adorer. Mais il me dit : gardez-vpus bien de le faire ; je suis serviteur de Dieu comme vous, et comme vos frères. » La Glose fait ici cette remarque : ^ Dans Tancienne loi, l'ange ne refusa pas l'adoration de l'homme, mais après Tascension du Seigneur, quand il eut vu que l'homme était élevé au-dessus de lui, il appréhenda d'être adoré. » Saint Léon parle ainsi dans son 2* sermon sur l'Ascension : « Aujourd'hui la faiblesse de notre nature a été élevée en J.-C, au-
dessus de toutes les plus grandes puissances jusqu'au trône où Dieu est assis. Ce qui rend plus admirable la grâce de Dieu, c'est qu'en enlevant ainsi au regard des hommes ce qui leur imprimait à juste titre un respect sensible, elle empêche la foi de faillir, l'espérance de chanceler et la charité de se refroidir. » — Le 6* avantage, c'est la solidité de notre espérance. Saint Paul dit aux Hébreux (iv) : « Ayant donc pour grand pontife Jésus, Fils de Dieu, qui est monté au plus haut des cieux, demeurons fermes dans la profession que nous avons faite d'espérer. » Et plus loin (vi) : « Nous avons mis notre refuge dans la recherche et l'acquisition des biens à nous proposés par Tespé* rance, qui sert à notre âme comme une ancre ferme et assurée laquelle pénètre jusqu'au dedans du voile où Jésus, notre précurseur, est entré pour nous. » Saint Léon dit encore à ce sujet : « L'Ascension de J.-C. est le gage de notre élévation, d'autant que là où la gloire du chef a précédé, le corps espère y parvenir. » Le 7® avantage est de nous montrer le chemin. Le prophète Michée dit (m) : « Il a monté pour nous ouvrir le chemin. » Saint Augustin ajoute : « Le Sauveur s'est fait lui-même notre voie. Levez-vous et marchez, vous avez un chemin tout tracé ; gardezvous d'être lents. » Le huitième avantage, c'est de nous ouvrir la porte du ciel : car de même que le premier Adam a ouvert les portes de l'enfer, de même le second a ouvert les portes du paradis. Aussi TEglise chanlc-l-elle : Tu deviclo movlis aculeo, etc. * : « Après
* Paroles du Te Deum.
avoir vaincu raidillon de la mort, vous avez ouvert aux croyants le royaume des cieux. » Le 8® avantai^e, c'est de nous préparer une place. « Je vais, dit J.-C. dans saint Jean, je vais vous préparer une place. » Saint Augustin commente ainsi ces paroles : « Seigneur, préparez ce que vous préparez : car vous nous préparez pour vous, et c'est vous-même que vous nous préparez, quand vous préparez une place où nous habiterons en vous et où vous habiterez en nous. »
Ainsi que l'atteste l'histoire sacrée des Actes, aujourd'hui le Saint-Esprit fut envoyé sur les Apôtres sous la forme de langues de feu. Au sujet de cette mission ou venue, il y a huit considérations à faire : i® par qui il fut envoyé; 2° de combien de manières il est ou il fut envoyé ; 3** en quel temps ; 4° combien de fois; ?>** de quelle manière; 6^ sur qui; 7° pourquoi ; S'* par quel moyen il fut envoyé.
I. Par qui le Saint Esprit fut-il envoyé ? C'est le Père qui envoya ce Saint-Esprit, c'est le fils aussi, et le Saint-Esprit se donna lui-même et s'envoya. Ce fut le Père, d'après ces paroles de J.-C. en saint Jean ixiv) : « Le Paraclet qui est le Saint-Esprit, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. » Ce fut le fils : on lit au xvi*^ chap. de saint Jean : « Mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. » En prenant un point de comparaison avec les choses II. "
d'ici-bas, Teiivoyé a trois sortes de rapports avec celui qui Teuvoie ; il lui donne Fêtre, comme le rayon est envoyé par le soleil : il lui donne sa force, comme la flèche envoyée par l'archer; il lui donne juridiction ou autorité, comme un messager envoyé par son supérieur. Sous ce triple point de vue, la mission peut convenir au Saint-Esprit : car il est envoyé par le Père et le Fils en qui résident l'être, la force et Tautorité dans leurs opérations. Néanmoins, l'Esprit-Sainl lui-même s'est aussi donné et envoyé : ce qui est insinué dans ces paroles de saint Jean (xvi) : « Quand TEsprit de vérité sera venu. » En efl'et selon que le dit saint Léon, pape, en son sermon de la Pentecôte : (( La bienheureuse Trinité, l'incommutable divinité est une en substance, ses opérations sont indivises, elle est unie dans sa volonté, pareille en toute puissance, égale en gloire : mais elle s'est partagée l'œuvre de notre rédemption, cette miséricordieuse Trinité, de sorte que le Père se laissa fléchir, le Fils se fil propîtiation et le Saint-Espi it nous embrasa de son amour. » Or, puisrpie le Saint-Esprit est Dieu, on peut donc dire avec vérité qu'il se donne lui-même. Saint Amhroisè prouve ainsi la divinité du Saint-Esprit dans son livre Du Saint-Esprit : « La gloire de sa divinité est manifestement prouvée par ces quatre moyens. On connaît (pi'il est Dieu, ou bien parce qu'il est sans péclié, ou bien parce qu'il pardonne le péché, ou bien parce que ce n'est pas une créature, mais qu'il est créateur, ou bien enfin parce (|u'il n'adore pas, mais (ju'il est adoré. » H est évident par là que la Trinité se donna toutt* à nous : « parce (pie, dit saint Augus-
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tîn, le Père nous a donné tout ce qu'il a ; il nous a donné son Fils pour prix de noire rédemption, le Saint- Esprit comme privilège de notre adoption, et il se réserve lui-même tout entier comme l'héritage de notre adoption. » De même aussi, le Fils s'est donné entièrement à nous, selon ce mot de saint Bernard : « Il est pasteur, il est pâture, il est rédemption. Il nous a donné son âme pour rançon, son sang pour breuvage, sa chair pour aliment et sa divinité pour récompense. » De môme encore le Saint-Esprit nous a gratifiés et nous gratifie de tous ses dons, parce qu'il est dit dans la I'* épître aux Corinthiens (xii) : « L'un reçoit du Saint-Esprit le don de parler avec sagesse, un autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science; un autre reçoit le don de la foi par le même Esprit. » Saint Léon, pape, ajoute : « C'est le Saint-Esprit qui inspire la foi, qui enseigne la science : il est la source de l'amour, le cachet de la chasteté et le principe de tout salut. »
II. De combien de manières le Saint-Esprit est ou fut envoyé. Il faut savoir que le Saint-Esprit est envové d'une manière visible et d'une manière invisible. Elle est invisible quand il pénètre dans les cœurs saints : elle est visible quand il se montre sous un signe visible. Saint Jean parle de sa mission invisible quand il dit (m) : c< L'Esprit souffle où il veut et vous entendez sa voix, mais vous ne savez ni d'où il vient, ni où il va. » Cela n'a rien d'étonnant, parce que, selon le mot de saint Bernard en parlant du Verbe invisible : « II n'est pas entré par les yeux, puisqu'il n'a pas de couleur ; ni par les oreilles, parce qu'il n'a
iOO LA LÉGENDE DOREE
pas rendu de son ; ni par les narines, parce qu'il n'est pas mêlé avec Fair, mais avec Tesprit, qu'il n'infecte pas l'air mais qu'il le fait : il n'est pas entré par la bouche, puisqu'il n'est ni mangé ni bu; ni par le toucher du corps, puisqu'il n'est pas palpable. Vous demandez donc, puisque ses voies sont si impénétrables, comment je connais sa présence : je l'ai reconnue par la crainte que j'éprouve en mon cœur : c'est par la fuite du vice que j'ai remarqué la puissance de sa force : je n'ai qu'à ouvrir les yeux et à examiner ; alors j'admire la profondeur de sa sagesse : c'est par le plus petit amendement dans mes mœurs que j'ai ressenti la bonté de sa douceur ; c'est par la réformation et le renouvellement intérieur de mon âme que j'ai aperçu, autant qu'il m'a été possible, l'éclat de sa beauté ; c'est en vovant toutes ces merveilles à la fois que j'ai été saisi devant son infinie grandeur. » Une mission est visible quand elle est indiquée par un signe visible. Or, le Saint-Esprit s'est montré sous cinq formes visibles : 1^ sous la forme d'une colombe au-dessus de J.-C. qui venait d'être baptisé. Saint Luc dit (m) que le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle semblable à une colombe ; 2^ sous la forme d'une nuée lumineuse au moment de la transfiguration. Saint Mathieu dit (xvi) : «Lorsqu'il parlait encore, une nuée lumineuse vint le couvrir. » La glose ajoute : « Dans le baptême de N.-S., comme dans sa transfiguration glorieuse, le Saint- Esprit a manifesté le mystère de la sainte Trinilé, là dans une colombe, ici dans une nuée lumineuse » ; 3 " sous la forme d'un souffle. On lit dans saint Jean
(xx) : « Il souffla et leur dit : « Recevez le SaiiU- « Esprit » ; 4* sous la forme de feu ; 5° sous la forme de langue: et c'est sous cette double forme qu'il a apparu en ce jour. Or, s'il s'est montré sous ces cinq formes, c'est pour donner à comprendre qu'il en opère les propriétés dans les cœurs oii il vient. P II s'est montré sous la forme d'une colombe. La colombe g^cmil au lieu de chanter, elle n'a pas de fiel, elle se cache dans les fentes des rochers. De même le Saint-Esprit fait gémir sur leurs péchés ceux qu'il remplit. « Nous rugissons tous comme des ours, dit Isaîe (lix), nous gémissons et nous soupirons comme des colombes. » « Le Saint-Esprit lui-même, dit saint Paul (Rom., viii), prie pour nous, par des gémissements ineffables, » c'est-à-dire qu'il nous fait prier et gémir. 2"^ Il n'y a en lui ni fiel ni amertume. Et la Sagesse dit (xii) : «< Seigneur, oh ! que votre Esprit est bon, et qu'il est tloux en toute sa conduite I » (vu) « Ilesthumain,doux, bon; parce qu'il rend doux, bon et humain; doux dans les discours, bon de cœur et humain en action. » 3"* 11 habite dans les fentes du rocher, c'est-à-dire dans les plaies de J.-C. « Levez-vous, est-il dit dans le Cantiijue (il), ma bien-aimée, mon épouse, et venez, vous qui êtes ma colombe (la glose ajoute : vous qui réchauffez mes poussins, par l'infusion du Sainl-Esprit), qui habitez les creux de la pierre (la glose : dans les blessures de J.-C). » Jérémie parle ainsi au chap. iv des Lamenlaiioiis : « Le Christ, le Seigneur, l'esprit de notre bouche a été pris à cause de nos péchés. » Nous lui avons dit : « Nous vivrons sous votre ombre
parmi les nations. » C'est comme s'il disait : c< L'Esté n. i
prit-Saint, qui est de notre bouche, et cette bouche, c'est celle de N.-S. J.-C, parce qu'il est notre bouche et notre chair, nous fait dire à J.-C. : « Nous vivrons en ayant toujours à la mémoire votre ombre, c'est-àdire voire passion, dans laquelle le Christ fut environné de ténèbres et méprisé. » La nuée est élevée au-dessus de la terre, elle procure le rafratchissement et engendre la pluie : ainsi fait le Saint-Esprit de ceux qu'il remplit, il les élève au-dessus de la terre et leur inspire le mépris des choses terrestres. Selon ces paroles d'Ezéchiel : (vrii) « L'Esprit m'a élevé entre le ciel et la terre. » (i) « Partout où allait l'Esprit, et où l'Esprit s'élevait, les roues s'élevaient aussi, et le suivaient, parce que l'Esprit de vie était dans les roues. » Saint Grégoire dit de son côté : « Quand on a goûté de l'Esprit, à l'instant toute chair devient insipide. » L'Esprit-Saint refroidit contre les ardeurs du vice. Aussi a-t-il été dit à Marie (saint Luc, i) : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très- Haut vous couvrira de son ombre, » c'est-à-dire, elle vous refroidira contre toutes les ardeurs du vice. C'est pour cela que TEspril-Saint est appelé eau, parce qu'il a une vertu régénérative. « Si quelqu'un croit en moi, dit J.-C. (saint Jean, vu), il sortira de son cœur des fleuves d'eau vive » — ce qu'il entendait de l'Esprit-Saint que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Enfin rEs[)rlt-Saint engendre une pluie de larmes. Le psaume (gxlvii) dit : a Son Esprit soufflera et les eaux couleront », c'est-à-dire les larmes. 3* Il s'est montré sous la forme d'un souffle. Le souffle est agile, chaud, doux cl nécessaire pour la respi-
ration : de même aussi l'Esprit-Saint est agile, c'està-dire prompt à se répandre ; il est plus actif que toutes les substances agissantes. La glose explique ainsi ces paroles des Actes : « On entendit tout d'un coup un grand bruit, comme d'un vent impétueux, qui venait du ciel », la grâce du Saint-Esprit, dit-elle, ne connaît pas les obstacles d'un retard. En second lieu, il est chaud pour embraser : «Je suis venu, estil dit en saint Luc (xii), apporter le feu sur la terre, et que veux-je, sinon qu'il brûle. » Ce qui l'a fait comparer dans le Cantique (xv) à l'auster qui est un vent chaud : « Retirez-vous, aquilon, venez, vent du midi, soufflez de toutes parts dans mon jardin et que les parfums en découlent. » En troisième lieu, il est doux poui* adoucir. Aussi pour indiquer sa douceur, on donne le nom d'onction ; comme dans la r*^ épître canonique de saint Jean (ii) : « Son onction vous enseigne toutes choses » ; 2'^ le nom de rosée. L'Eglise chante en effet (i) : « Que l'Esprit-Sainl répande sa rosée céleste pour rendre nos cœurs féconds en bonnes œuvres. Et sui roris intima aspersione fecundet, » 3'* Le nom de souffle léger. On lit au IIP livre des Rois (xix) : « Après le feu, on entendit le souffle d'un petit vent doux» et le Seigneur y était. En quatrième lieu, il est nécessaire pour la respiration. Le souffle est tellement nécessaire pour respirer, que s'il cessait pendant une heure, l'homme mourrait aussitôt. Il faut l'entendre aussi en ce sens du Saint-Esprit. D'oCi vient que le psaume dit : « Vous leur ôterez l'esprit, et ils tomberont dans la défaillance et retourneront dans leur poussière. Envoyez votre Esprit et ils se-
ront créés de nouveau, et vous renouvellerez la face de la terre. » Saint Jean dit aussi (vi) : « C'est TEsprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont elles-mêmes esprit et vie. » i^ Il s'est montré sous la forme de feu. 5° Sous la forme de langue, d'après ces paroles des Actes (ii) : « En même temps ils (les disciples) virent paraître comme des laniçuesde feu quiseparlaçèrent et qui s'arrêtèrent sur chacun d'eux. » Plus bas se trouvera l'explication de ces deux formes.
III. En quel temps fut-il envoyé? Ce fut le cinquantième jour après Pâques, pour faire comprendre que la perfection de la loi vient du Saint-Esprit, ainsi que la récompense éternelle et la rémission des péchés. 1** H est la perfection de la loi, en ce que, d'après la glose, à dater du cinquantième jour où l'agneau avait été immolé d'avance, la loi fut donnée au milieu du feu; dans le Nouveau-Testament aussi, cinquante jours après la Pâque de J.-C, le Saint-Esprit descendit au milieu du feu. La loi, c'était sur le mont Sinaï, le Saint-Esprit, sur le mont Sion. La loi fut donnée au sommet d'une montagne, le Saint-Esprit dans le cénacle; d'où il paraît clairement que l'Espril-Saint lui-même est la perfection de la loi, parce que l'accomplissement de la loi, c'est l'amour. 2® C'est la récompense éternelle. La glose dit en effet : « De même que les quarante jours pendant lesquels J.-C. conversa avec ses disciples, désignent l'Eglise actuelle, de même le cinquantième jour auquel est donné le Saint-Esprit veut dire le denier de la récompense éternelle. » 3° C'est la rémission des péchés. La glose ajoute au même endroit : « De
LS SAIXT- ESPRIT 10
même que dans la cinquantième année arrivait Tindulg^nce du Jubilé, de même par le Saint-Esprit, les péchés sont remis. » Ce qui suit se trouve encore dans la Glose : « Dans ce jubilé spirituel, les accusés sont relâchés, les dettes remises, les exilés rappelés dans leur pairie, Théritage perdu est restitué, c'est-à-dire que les hommes vendus au péché sont délivrés du joujj de la servitude. » Les condamnés à mort sont relâchés cl délivrés : c'est pour cela qu'il est dit dans Tépître aux Romains (viii) : « La loi de l'esprit de vie qui est en J.-C. m'a délivré de la loi du péché et de la Hiort. » Les dettes des péchés sont remises; parce que (saint Pierre, i, 4) « la charité couvre la multitude des péchés. » Les exilés sont rappelés dans la patrie : Il est dit dans le Psaume (cxlii) : « Votre esprit, qui est bon, me conduira dans une terre unie. » L'héritage perdu est restitué : « L'Esprit, est-il dit dans Tépître aux Romains (viii), rend témoignage à notre espritque nous sommes enfants de Dieu. Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers. » Les esclaves sont délivrés du péché. Aux Corinthiens on trouve (II, 4) : (( Où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. » IV. Combien de fois fut-il envoyé aux apôtres : Il faut savoir, que, d'après la glose, il leur a été donné trois fois : 1" avant la Passion, 2^ après la Résurrection, 3** et après l'Ascension : la première fois pour faire des miracles, la seconde pour remettre les péchés, la troisième pour affermir leurs cœurs. La première fois, ce fut quand J.-C. les envoya prêcher, et leur donna la puissance de chasser tous les démons et de guérir les infirmités. Tous ces miracles sont l'œuvre
(lu saint- Esprit selon ces paroles de saint Mathieu (xii) : « Si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu jusqu'à vous. » Cependant, opérer des miracles n'est pas une conséquence de la possession du Saint-Espril, parce que selon la parole de saint Grégoire : (( Les miracles ne font pas l'homme saint, mais ils le montrent. » El parce que l'on fait des miracles ce n'est pas une raison, pour avoir l'Esprit-Saint, puisque les méchants eux-mêmes allèguent qu'ils ont fait des miracles. (Sainl Mathieu, vu) : « Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? N'avons-nous pas chassé les démons en votre nom? et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom? » Car Dieu fait des miracles par son autorité, les anges par l'infériorité de la matière, les démons, par des vertus naturelles qui résident dans les choses, les magiciens par des contrats secrets avec les démons, les bons chrétiens par une justice manifeste, les mauvais chrétiens par les apparences d'une justice reconnue. La seconde fois que J.-C. donna le Saint-Esprit aux apôtres, ce fui ({uand il souffla sur eux en disant : « Recevez leSainl- Espril, les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux auxquels vous les retiendrez. » Cependant nul ne saurait remettre le péché quant à la souillure qu'il produit et qui réside dans l'dme, ni quant à la culpabilité qui engage à la peine élernclle-; ni quant à l'offense faite à Dieu, toutes misères qui sont remises seulement par l'infusion de la grâce et en vertu de la contrition. On dit cependant que le prêtre absout, tant parce qu'il déclare le péni-
teiit absous de la faule que parce qu'il change la peine du purgatoire en une peine temporelle et qu'il remet une partie elle-même de la peine temporelle. La troisième fois qu'il donna le Saint-Esprit à ses apôtres, ce fut aujourd'hui, alors que leurs cœurs étaient tellement fortifiés qu'ils ne craignaient en rien les tourments : selon le mot du Psalmiste (xxxii) : « C'est l'esprit (le souffle) de sa bouche qui a produit toute leur force. » Et selon ces paroles de saint Augustin : « Telle esl la grâce du Saint-Esprit que s'il trouve la tristesse, il la dissipe, s*il trouve des désirs mauvais, il les consume; s'il trouve la crainte, il la chasse. » Saint Léon, pape, dit de son côté : « Si l'Esprit-Saint était Tobjet de l'espoir des apôtres, ce n'était pas tout d'abord pour habiter dans des cœurs sanctifiés, mais pour les enflammer davantage après leur sanctification, pour verser en eux une plus grande abondance de grâces. II les comblait de ses dons, il ne commençait pas leur conversion. Et cependant son œuvre n'était pas nouvelle, parce qu'il était plus riche en largesses. »
V, De quelle manière fut-il envoyé? Il fut envoyé avec bruit, en forme de langues de feu, et ces langues apparurent en se posant. Le bruit fut subit, venant du ciel, véhément et remplissant. Il fut subit parce que le Saint-Esprit ne connaît pas les obstacles d'un relard : il venait du ciel, parce qu'il rendit les apôtres célestes, il fut véhément, mot qui signifie : détruisant le malheur (vœ adimejis), soit parce qu'il détruit tout l'amour charnel dans l'esprit, d'où vient véhément {veheiis menlem) : Il fut remplissant, parce que l'Espril-Sainl remplit tous les apôtres d'après ce texte des Actes :
i08 LA LÉfiENDr. DOREE
« Ils furent tous remplis du Saint-Esprit. » Il y a trois signes auxquels on reconnaît la plénitude, et ces trois signes se trouvent dans les apôtres. Le premier c'est de ne pas rendre de son; par exemple le tonneau plein ne rend aucun son. Quand Job dit (vi) : « Le bœuf fait-il entendre ses mugissements lorsqu'il est devant une crèche pleine? c'est comme s'il disait : « Lorsque la crèche du cœur contient la plénitude de la grâce, il ne saurait jeter des murmures d'impatience. Les apôtres possédèrent ce signe, parce qu'au milieu de leurs tribulations, ils ne rendirent aiïciin son d'impatience ; il y a mieux : « Ils sortaient (lu conseil tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (Act., v). » Le second signe, c'est de ne pas pouvoir en contenir plus, et d'en posséder assez. En effet quand un vase est plein, il ne peut contenir autre chose ; comme aussi quand un homme est rassasié, il n'a plus d'appétit: de même les saints qui ont la plénitude de la grâce, ne peuvent recevoir aucun goût pour les amours terrestres, a Tout cela m'est à dégoût, est-il dit dans Isaïe (i). Je n'aime point les holocaustes de vos béliers.» De même ceux qui ontgoûté des douceurs divines n'ont pas soif des vanités tern*stres. « Celui, dit saint Augustin, qui aura bu du lleuve du paradis dont une goutte est plus grande que Tocéan, peut être assuré que la soif de ce monde sera étanchée en lui. » Les apôtres possédèrent ce signe, car ils ne voulurent avoir rien en propre, mais ils partagèrent tout en commun. Le troisième signe c'est <le déborder, comme et» lleuve dont il est parlé dans
rEx:cIésiaslique (xxiv) : « Il répand la sagesse comme lePhison répand ses eaux. » Ce qui signifie à la lettre : Le propre de ce fleuve, c'est de déborder et d'arroser tout ce qui l'entoure. Ainsi les apôtres commencèrent à déborder, parce qu'ils se mirent à parler différentes langues. C'est ici que la glose dit : a Voici le signe de la plénitude : le vase plein se répand : le feu ne peut rester caché en lui-même. » Ils commencèrent donc à arroser ce qui les entourait : de là vient que saint Pierre se mit à prêcher et convertit trois mille personnes. » Secondement, il fut envoyé en forme de langues de feu. Il y a là-dessus trois points à examiner : 1** pourquoi en langues et en langues de feu tout à la fois, 2** pourquoi en forme de feu plutôt qu'en un autre élément; 3° pourquoi en forme de langue plutôt que d'un autre membre. En premier lieu, il faut savoir que c'est pour trois raisons qu'il apparut en langues de feu : a) afin que les apôtres proférassent des paroles de feu ; b) afin qu'ils prêchassent une loi de feu, c'est-à-dire une loi d'amour. Voici les paroles de saint Bernard sur ces deux premières raisons : « Le Saint-Esprit est venu en langues de feu afin de dire des paroles de feu dans les langues de toutes les nations ; en sorte que ce furent des langues de feu qui pn^chaient une loi de feu ; » c) afin que les apôtres connussent que c'était par eux que parlait l'Esprit- Saint qui est feu; afin qu'ils n'eussent aucune défiance là-dessus ; afin qu'ils ne s'attribuassent pas les conversions des autres, et que tous écoutassent leurs paroles comme celles de Dieu.
En second lieu, il fut envoyé sous la forme du feu
pour beaucoup de raisons. La 1'* se lire des sept espèces de grâce qu'il donne : car TEspril, comme le feu, abaisse les hauteurs par le don de crainte ; il amollit les duretés par le don de piété ; il illumine les lieux obscurs par la science ; il resserre les fluides par le conseil ; il consolide les choses sans consistance par la force ; il clarifie les métaux dont il ôte la rouille par le don d'intelligence ; il se dirige en haut par le don de sagesse. La 2® se tire de sa dignité et de son excellence : en efl^et le feu l'emporte sur tous les éléments, par son apparence, par son rang et par sa force : par son apparence, en raison de la beauté qu'il présente dans sa lumière ; par son rang, en raison de la sublimité de sa position. L'Esprit-Saint aussi l'emporte surloutencesdiflFérentscas. Quant à l'apparence TEsprit-Saint est appelé sans tache. Quanta son rang, il renferme toutes les intelligences; quant à sa force, il la possède en toute manière. La 3" se tire de ses différentes propriétés. Raban expose ainsi cette raison : « Le feu, desa nature, contient quatre propriétés : il brûle, il purge, il échauffe et il éclaire. Pareillement le Saint- Esprit brûle les péchés, purge les cœurs, chasse la tiédeur et éclaire Tignorance. Il brûle les péchés, selon cette parole du prophète Zacharie (xiii) : « Je les ferai passer par le feu où je les épurerai comme on épure l'argent. » C'était encore par ce feu que le prophète demandait à être brûlé quand il disait (Ps. xxv) : «Brûlez mes reins et mon cœur. » II purge les cœurs, selon ce mot d'Isaïe (iv) : « Ils seront appelés saints quand le Seigneur aura lavé Jérusalem du sang qui est au milieu d'elle, par un esprit de justice et un esprit d'ar-
LE SAINT-ESPRIT Hl
deur. » Il chasse la liédeur : c'est pour cela qu'il est dit (Rom., xii) de ceux qui sont remplis du Saint-Esprit : « Conservez-vous dans la ferveur de l'esprit. » Saint Grégoire dit aussi : <( Le Saint-Esprit est apparu en forme de feu parce qu'il dissipe rengourdissement de la froideur de tout cœur qu'il remplit, et qu'il l'enflamme du désir de son éternité, » II éclaire l'ignorance, diaprés ces paroles du livre de la Sagesse (ix) : « Et qui pourra connaître votre pensée, si vous ne donnez vous-mértie la sagesse, et si vous n'envoyez votre Esprit-Saint du plus haut des cieux ? » Comme aussi dans la T* épître aux Corinthiens (ii), on lit : « Or, Dieu nous a révélé par l'Esprit-Saint. » La 4® se prend de la nature de son amour : car l'amour a trois points de ressemblance avec le feu. 1° Le feu est toujours en mouvement, de même aussi l'amour du Saint- Esprit fait que ceux qui en sont. remplis sont toujours occupés à faire de bonnes œuvres ; et c'est la raison pour laquelle saint Grégoire dit : « Jamais l'amour de Dieu n'est oisif. S'il existe, il opère des merveilles ; mais s'il néglige les bonnes œuvres, l'amour n'existe pas. » 2® De tous les éléments le feu est celui qui consiste le plus dans la forme et qui tient le moins de la matière. Il en est ainsi de l'amour du Saint-Esprit : celui qui en est rempli est peu épris de l'amour des choses terrestres et a beaucoup d'attachement pour les choses célestes et spirituelles, de sorte qu'il n'aime plus les choses charnelles d'une manière charnelle, mais qu'il aime de préférence les choses spirituelles «Tune façon spirituelle. Saint Bernard distingue quatre sortes d'amours : l'amour de la chair pour la chair,
112 LA LKGENDE DORKE
l'amour de l'esprit pour la chair, l'amour de la chair pour l'esprit, et l'amour de Tesprit pour l'esprit luimême, 3° Le feu abaisse ce qui s'élève, il tend à s'élever, il resserre et unit les fluides. C4es trois propriétés font connaître les trois sortes de forces qui sont dans l'amour, comme le dit saint Denys dans son livre des Noms divins : « Il a une force inclinative, une force élévativeet une force coordinative. Il abaisse les choses supérieures au-dessous des inférieures, il élève les inférieures au-dessus des supérieures, il coordonne ensemble les choses semblables. » On trouve ces trois effets dans ceux que l'Esprit-Saint remplit : il les abaisse par l'humilité et le mépris d'eux-mêmes ; il les élève par le désir des choses supérieures, et il établit entre eux l'uniformité de mœurs. 3° Pourquoi le Saint-Esprit apparaft-il sous la forme de langues, plutôt que sous la forme d'un autre membre ? On en donne trois raisons. En effet la langue est un membre enflammé du feu de l'enfer, difficile à gouverner, et utile quand on en fait un bon usage. Or, si la langue était enflammée du feu de l'enfer, elle avait donc besoin du feu du Saint-Esprit (saint Jacques, m) : « La langue est un feu », car elle se gouverne avec difficulté : c'est pour cela qu'elle a, plus que les autres membres, besoin de la grâce du Saint-Esprit. Saint Jacques ajoute que la nature de l'homme est capable de dompter et a dompté en effet toutes sortes d'animaux. Si donc la langue est d'une telle utilité quand elle est bien dirigée, il fut donc nécessaire qu'elle ciH le Saint-Esprit pour guide. 11 apparut encore en forme (le langue, pour signifier qu'il est d'une grande néces-
site à ceux qui prêchent. Il les fail parler avec chaleur et intrépidité ; c'est pour cela qu'il fut envoyé en forme de feu. « Le Saint-Esprit, dit saint Bernard, est venu sur les apôtres en forme de langues de feu, afin qu'ils parlassent avec feu, et que les langues de feu préchassent une loi de feu. » Ils parlèrent avec confiance et intrépidité : « Ils furent tous, disent les Actes (iv), remplis du Saint-Esprit et se mirent à annoncer avec confiance la parole de Dieu. » Ils parlèrent plusieurs langues, selon que l'exigeait l'intelligence de leurs auditeurs. Aussi lisons-nous dans les Actes (ii) qu'ils se mirent à parler différentes langues. Leur prédication fut utile selon le besoin et pour l'édification de tous. <« L'Esprit du Seigneur est sur moi, dil Isaïe (lxi) : car le Seigneur m'a rempli de son onction, il m'a envoyé pour annoncer sa parole à ceux qui sont doux, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé. » Troisièmement, ces langues apparurent en se posant pour donner à entendre que le Saint-Esprit était nécessaire et à ceux qui président et à ceux qui jugent, parce qu'il confère l'autorité de remettre les péchés. « Recevez le Saint-Esprit, est-il dit dans l'évangile de saint Jean (xx) : les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez. » Il confère la science pour juger, selon ces paroles d'Isaïe : « Je répandrai mon esprit sur lui et il rendra la justice aux nations » (xui). Il confère la douceur pour supporter : « Je prendrai, dit le Seigneur à Moïse (Nombres, xi, 17), de l'Esprit qui est en vous et je leur en donnerai (aux anciens d'Israël) afin qu'ils soutiennent avec vous le fardeau de ce peuple. » L'Esprit de Moïse était un esprit de n. 8
douceur, selon que le témoig'ne le livre des Nombres (xii) : « Moïse était de tous les hommes le plus doux qui fût sur la terre. » — Il confère l'ornement de la sainteté pour embellir. Job dit (xxvi) : « L'Esprit du Seigneur a orné les cieux. »
VI. Sur qui fut-il envoyé? Sur les disciples qui étaient des réceptacles purs et préparés à recevoir le Saint-Esprit, pour sept qualités qui se trouvèrent eu eux. 1° Ils furent calmes d'esprit]; on le voit par ces mots : « Quand les jours de la Pentecôte furent accomplis », c'est-à-dire les jours de repos. En effet cette fête était consacrée au repos, a Sur qui reposera mon esprit, dit Isaïe (lxvi), si ce n^est sur celui qui est humble ? » 2^ Ils étaient unis par les liens de l'amour, ce qui est indiqué par ces paroles : « Ils étaient tous ensemble. » Il n'y avait en effet parmi eux qu'un seul cœur et une seule âme : car de même que l'esprit de l'homme ne vivifie les membres du corps qu'aUftant qu'ils sont unis dans la vie, de même le Saint- Esprit ne vivifie que les membres spirituels. Et comme le feu s'éteint dès lors qu'on éloigne les morceaux de bois, de même aussi l'Espril-Saint disparait où n'habite pas la concorde. C'est pour cela que l'on chante dans l'office des Apôtres * : « La divinité les a trouvés unis par la charité, elle les a inondés de lumière. » 3® Ils étaient renfermés dans un lieu. C'est pour cela qu'il est dit aux Actes : « Ils étaient dans un même local », c'esl-à-dire, dans le cénacle. « Je la conduirai, est-il dit dans Osée (ii), dans la solitude et je lui parlerai
* Nous n*avons pas trouvé ce texte dans la liturgie romaine.
au coeur. » 4^' Us étaienl assidus dans la prière, d'après ces paroles des Actes (i) : « Ils persévéraient tous unanimement en prière. Et nous chantons * : « Les apôlres étaient en prière, alors qu'un bruit subit annonce la venue de Dieu. » Or, pour recevoir le Saint- Esprit, Toraison est nécessaire, comme le dit le livre de la Sagesse (vn) : « J'ai prié et l'esprit de sagesse est venu en moi » ; et dans saint Jean (xiv) : « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paradel. » 5® Ils étaient doués d'humilité, ce que veut dire ce mot, ils étaient assis. Le Psaume dit : « Vous envoyez les fontaines dans les vallées », c'est-à-dire, TOUS donnez aux humbles la grâce du Saint Esprit : ce qui est encore confirmé par ce texte : « Sur qui reposera mon esprit, si ce n*est sur celui qui est bamble ? » 6** Ils étaient en paix comme l'indiquent ces mots : « Ils étaient dans Jérusalem », qui signifie Vision de Paix. Saint Jean montre que la paix est nécessaire pour recevoir le Saint-Esprit (saint Jean, xx). Aussitôt qu'il leur eut souhaité la paix en disant : « La paix soit avec vous », il souffla aussitôt sur eux et dit : « Recevez le Saint-Esprit. » 7® Ils étaient élevés en contemplation : ceci est marqué en ce qu'ils reçurent le Saint-Esprit alors qu'ils se trouvaient dans la partie supérieure du cénacle. La glose dit en cet
• Hymne des Matines de la Pentecôte.
" Hora dieî tertîa,
Apostolisorantibus, Repente de cœlo sonus Deum venire nuntiat.
Version antérieure à la correction des hymnes romaines.
endroit : « Celui qui désire le Saint-Esprit s'élève audessus de la demeure de sa chair, qu'il foule par la contemplation de son esprit. »
VII. Pourquoi fut-il envoyé? Le Saint-Esprit fut envoyé pour six causes. Le texte suivant est l'autorité sur laquelle on s'appuie : « Mais le consolateur qui est l'Esprit-Saint que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. » 1° Il fut envoyé pour consoler les affligées. Paraclet veut dire consolateur. Isaïe dit : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, et il ajoute, pour apporter de la consolation à ceux qui pleurent dans Sion » (Isaïe, lxi), « L'Esprit-Saint, dit saint Grégoire, est appelé consolateur, parce que ceux qui gémissent d'avoir commis le péché sont préparés par lui à l'espoir du pardon, La tristesse qui s'était emparée de leur esprit affligé disparait ». 2^ Pour ressusciter les morts. Selon cette parole d'Ezéchiel (xxxvii) : « C'est l'Esprit qui vivifie : os arides, écoutez la parole du Seigneur. Je ferai entrer en vous l'Esprit et vous vivrez. » 3*^ Pour sanctifier ceux qui sont immondes. Aussi on dit l'Esprit, parce qu'il vivifie, et saint parce qu'il sanctifie et rend pur. Saint et pur, c'est une môme chose. Le Psaume (xlv) porte : « Un fleuve tranquille réjouit la cité de Dieu » ; ce fleuve c'est la grâce du Saint-Esprit qui purifie et qui ne tarit pas : la cité de Dieu, c'est l'Eglise de Dieu, et par ce fleuve, le Très-Haut a sanctifié son tabernacle. 4** Pour affermir l'amour au milieu de ceux qui sont désunis par la haine. « Mon Père lui-môme vous aime » (saint Jean, xiii). Le Père, c'est celui qui nous aime tout naturellement. S'il est notre Père, et que
SAINTS GORDIEN ET ÉPIMAQUE 117
nous sommes ses enfants^ et si nous sommes tous frères à Fégard les uns des autres, qu'une amitié parfai.le règne entre les frères. 5° Pour sauver les justes. Quand J.-C. dît : « Mon Père vous l'enverra en mon nom », il rappelle l'idée de Sauveur renfermée dans ce nom de Jésus. Donc c'est au nom de Jésus, c'està-dire de Sauveur que le Père a envoyé le Saint- Esprit afin de montrer qu'il est venu pour sauver les nations. 6' Pour instruire les ignorants : « Il vous enseignera toutes choses, dit J.-C. »
VIII. Par quel moyen a-t-ilété donné? Ce fut 1° par Toraison. Ainsi nous avons vu plus haut que c'était alors que les apôtres priaient, et en saint Luc : « Alors que Jésus priait, le Saint-Esprit descendit. » 2^ En écoutant avec dévotion et attention la parole de Dieu. « Pierre parlait encore que l'Espril-Saint tomba sur eux » (Actes, x). 3° Par Tassiduité aux bonnes œuvres, signifiée dans l'imposition des mains. « Alors ils imposaient les mains sur eux... n (Actes, viii). L'imposition des mains signifie encore l'absolution que l'on donne à confesse.
SAINTS GORDIEN ET EPIMAQUE
Gordien vient de geos, dogme ou maison, et dyan, brillant, comme maison brillante dans laquelle habitait Dieu : ainsi que saint Augustin le dit dans le livre de la Cité de Dieu. a Une bonne maison est celle dont les parties sont relativement
* Tiré du Martyrologe d'Adon.
bien disposées^ amples et éclairées. » Il en fut ainsi de ce saint qui fut disposé par l'imitation de la concorde, qui fut ample en charité et brillant de vérité. Epimaque vient de épi, sur et machin, roi, comme roi suprême ; il peut aussi venir d*épi, sur et machos, combat, qui combat pour les choses d'en haut.
Gordien, vicaire de l'empereur Julien, voulait forcer à sacrifier un chrétien nommé Janvier qui, par ses prédications, le convertit à la foi avec son épouse nommée Mariria et cinquante-trois autres hommes. Julien, à cette nouvelle, envoya Janvier en exil, et condamna Gordien à perdre la tête, s^il ne voulait pas sacrifier. Le bienheureux Gordien fut donc décapité et son corps fut jeté aux chiens. Mais comme il était resté l'espace de huit jours, tout à fait intact, sa famille le prit et l'ensevelit à un mille de la ville avec saint Epimaque que Julien avait fait tuer depuis quelque temps. Ce fut vers l'an du Seigneur 360.