‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 15 sur 73 · SAINTS NÉRÉE ET ACHILLÉE · texte numérisé non relu

SAINTS NÉRÉE ET ACHILLÉE

Nérée veut dire conseil de lumière : ou bien s'il vient de Nerethy qui veut dire lumière, ett<«, qui se hâte; ou bien encore de Ne et reus, non coupable. 11 fut donc un conseil de lumière par la prédication de la virginité ; une lumière par sa manière de vivre honorable; il se hâta d*aimcr le ciel; il ne fut point coupable en raison de sa pureté de conscience. Achilleus vient de achi^ qui veut dire mon frère, et césa, salut : salut de ses frères. Leur martyre fut écrit par Eulhicès, Victorinus et Macre ou Marce, serviteurs de J.-C.

* Bréviaire; — Martyrologes ; — Eusèbe, Ilist, Eccf,

SALNTS NÉRÉE ET ACHILLEE H 9

Nérée et AchîIIée, eunuques chambellans de Domilillê, nièce de l'empereur Domitien, furent baptisés par Tapôtre saint Pierre. Or, comme cette Domitille était fiancée à Âurélien, fils d'un consul, et qu'elle était couverte de pierreries et de vêlements de pourpre, Nérée et Achillée lui prêchèrent la foi, et lui suggérèrent une grande estime pour la virginité qu'ils lui montrèrent comme approchant de Dieu, rendant semblable aux anges, née avec Thomme, tandis qu'une femme mariée était sous la sujétion de son mari, qu'elle était frappée de coups de poing et de pied, qu'elle mettait trop souvent au monde des enfants clifTormes, supportant de plus avec peine les pieux avis de leur mère, qu'enfin elle était forcée d'endurer de grandes contrariétés de la part d'un époux. Doniitille leur répondit entre autres choses : « Je sais que mon père fut jaloux et que ma mère eut à souffrir de sa part une foule de mauvais traitements : mais celui que je dois avoir pour mari lui ressemblera-t-il? » Ils lui dirent : « Tant que les hommes sont seulement fiancés, ils paraissent doux ; mais dès qu'ils sont mariés, ils deviennent cruels et impérieux : quelquefois ils préfèrent des suivantes à leurs dames. — Toute sainteté perdue peut se recouvrer par la pénitence, il n'y a que la virginité qui ne se puisse recouvrer : car la culpabilité peut être effacée par la pénitence, mais la virginité ne se peut réparer : elle ne saurait prétendre à regagner l'état de sainteté qu'elle a perdu. » Alors Flavie Domitille crut, fit vœu de virginité, reçut le voile des mains de saint Clément. — A cette nouvelle son fiancé se fit autoriser par Domitien à la

reléguer dans l'île Pontia, avec les saints Nérée et Âchîllée, dans la pensée qu'il pourrait ainsi la faire revenir sur la résolution prise par elle de garder la virginité. Quelque temps après, dans un voyage en cette ile, il fit de riches présents h ces deux saints pour les engager à influencer cette vierge : mais ils s'y refusèrent absolument; et s'attachèrent à la fortifier dans ses bonnes dispositions. Comme on les poussait à sacrifier, ils dirent qu'ayant été baptisés par l'apôtre saint Pierre, rien ne pouvait les faire immoler aux idoles. Ils furent décapités vers l'an du Seigneur 80, et leurs corps furent ensevelis auprès du tombeau de sainte Pétronille. Il y en eut d'autres, comme Victorin, Euthicès et Maron qui étaient attachés à Domitille, qu'Âurélien faisait travailler tout le jour comme des esclaves dans ses domaines, et le soir il leur faisait manger le pain des chiens. Enfin il ordonna de fouetter Euthicès jusqu'à ce qu'il eût rendu l'âme ; il fit étouffer Victorin dans des eaux fétides et écraser Maron sous un énorme quartier de roche. Or, quand on eut jeté sur lui cette pierre que soixante-dix hommes pouvaient remuer à peine, il la prit sur les épaules et la porta comme paille légère l'espace de deux milles ; et comme un grand nombre de personnes avaient alors embrassé la foi, le fils du consul le fit tuer. Après quoi, il ramena Domitille de l'exil, et lui envoya deux vierges, Euphrosine et Théodora, ses sœurs de lait, pour la faire changer de résolution : mais Domitille les convertit à la foi. Alors Aurélien vint avec les deux fiancés de ces jeunes personnes et trois jongleurs pour célébrer ses noces, ou du moins, pour

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la posséder par la violence. Mais comme Domitille avait converti ces deux jeunes gens, Aurélien fit entrer Domitille dans une chambre nuptiale, ordonna à ses jongleurs déchanter et aux autres de se livrer à la danse avec lui, dans la volonté de faire violence ensuite à la sainte. Alors les baladins s'épuisèrent à chanter et les autres à danser ; Aurélien lui-même ne cessa de danser pendant deux jours, jusqu'à ce qu'exténué de fatigue, il expira. Son frère Luxurius sollicita la permission de tuer tous ceux qui avaient reçu la foi, il mit le feu à l'appartement desdites vierges, qui rendirent l'esprit en faisant leurs prières. Le lendemain matin, saint Césaire ensevelit leurs corps qu'il avait retrouvés intacts.

SAINT PANCRACE

Pancrace vient de pan, qui sic^nifie tout, et gratus, ac^réablc, et citius, vite, tout prompt à être agréable, car dès sa jeunesse il le fut. Le Glossaire dit encore que Paneras veut dire rapine, pancf'atiarius, soumis aux fouets, Paneras, pierre de différentes couleurs : en effet, il ravit des captifs pour butin, il fut soumis au tourment du fouet, et il fut décoré de toutes sortes de vertus.

Pancrace, issu d'illustres parents, ayant perdu en Phrygie son père et sa mère, resta confié aux soins de Denys, son oncle paternel. Ils se rendirent tous les deux à Rome où ils jouissaient d'un riche patri-

* Bréviaire; — Martyrologes.

moine : dans leur quartier était caché, avec les fidèles, le pape Corneille, qui convertit à la foi de J.-G. Denys et Pancrace. Denys mourut en paix, mais Pancrace fut pris et conduit par devant César. Il avait alors environ quatorze ans. L'empereur Dioctétien lui dit : (( Jeune enfant, je te conseille de ne pas te laisser mourir de maie mort; car, jeune comme tu es, tu peux facilement te laisser induire en erreur, et puisque ta noblesse est constatée et que tu es le fils d'un de mes plus chers amis, je t'en prie, renonce à cette folie, afin que je te puisse traiter comme mon enfant. » Pancrace lui répondit : « Bien que je sois enfant par le corps, je porte cependant en moi le cœur d'un vieillard, et grâce à la puissance de mon Seigneur J.-C. la terreur que tu nous inspires ne nous épouvante pas plus que ce tableau placé devant nous. Quant à tes Dieux que tu m'exhortes à honorer, ce furent des trompeurs, des corrupteurs de leurs belles-sœurs; ils n'ont pas eu même derespect pour leurs père et mère : que si aujourd'hui tu avais des esclaves qui leur ressemblassent tu les ferais tuer incontinent. Je m'étonne que tu ne rougisses pas d'honorer de tels dieux. » L'empereur donc, se réputant vaincu par un enfant, le fît décapiter sur la voie Aurélienne, vers l'an du Seigneur 287. Son corps fut enseveli avec soin par Cocavilla, femme d'un sénateur. Au rapport de Grégoire de Tours *, si quelqu'un ose prêter un faux serment sur le tombeau du martyr, avant qu'il soit arrivé au chancel du chœur, il est aussitôt possédé du démon

* Âfiracu/orurrif lib. I, c. xxxix.

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et devient hors de lui, ou bien il tombe sur le pavé et meurt. II s'était élevé un procès assez important entre deux particuliers. Or, le juge connaissait parfaitement le coupable. Le zèle de la justice le porta à les mener tous les deux à Tautel de saint Pierre ; et là il força celui qu'il savait avoir tort à confirmer par serment sa prétendue innocence, en priant l'apôtre de venger la vérité par une manifestation quelconque. Or, le coupable ayant fait serment et n'ayant éprouvé aucun accident, le juge, convaincu de la malice de cet homme, et enflammé du zèle de la justice s'écria : « Ce vieux Pierre est ou trop bas, ou bien il cède à moindre que lui. Allons vers Pancrace; il est jeune, requérons de lui ce qui en est. » On y alla; le coupable eut l'audace de faire un faux serment sur le tombeau du martyr ; mais il ne put en retirer sa main et expira bientôt sur place. C'est de là que vient la pratique encore observée aujourd'hui de faire jurer, dans les cas difficiles, sur les reliques de saint Pancrace.

124 LA LKGENDE DOREE

Des lètes qui tombent pendant le temps du

pèlerinage.

Après avoir parlé des fêtes qui arrivent pendant le temps de la Réconciliation, temps reproduit par TEglise de Pâques à Toctave de la Pentecôte^ il reste à s'occuper des fêtes qui arrivent dans le temps du pèlerinage ; TEglise le reproduit depuis Toctavc (le la Pentecôte jusqu'à TAvent. Ce temps ne commence pas toujours ici, car il varie d'après la fête de Pâques.

SAINT URBAIN

Urbain vient d*urbanité, ou bien de ur, flambeau ou feu, et de banal, réponse. Ce fut un flambeau par Thonnêteté de sa conduite, un feu par son ardente charité, une réponse par sa doctrine. 11 fut un flambeau ou une lumière, parce que la lumière est agréable à la vue, immatérielle en essence, céleste en situation, très utile pour agir. De même ce saint fut aimable dans sa conversation, immatériel dans son mépris du monde, céleste en contemplation, utile dans sa prédication.

Urbain succéda au pape Calixte. De son temps, il s'éleva une très grande persécution contre les chrétiens. Enfin Alexandre devint empereur et sa mère Mammée avait été convertie au christianisme parOrigène. Ses prières vraiment maternelles obtinrent de son fils qu'il cesserait de persécuter les fidèles. — Cependant Almachius, préfet de la ville, qui avait fait trancher la tête à sainte Cécile, sévissait avec fureur contre les chrétiens; il fit donc rechercher avec soin

* Tiré des Actes de sainte Cécité,

SAINT URBAIN 123

saint Urbain, par le moyen d'un de ses officiers nommé Carpasius ; on le trouva dans un antre avec trois prêtres et trois diacres. Tous furent jetés en prison. Almachius fit comparaître Urbain devant son tribunal, et lui reprocha d'avoir séduit cinq mille hommes avec la sacrilège Cécile et les illustres personnages Tiburce et Valérien : il lui réclama aussi les trésors de Cécile.

Urbain lui répondit : « Ainsi que je le vois, c'est plutôt la cupidité qui te porte à sévir contre les saints que l'honneur des dieux. Le trésor de Cécile est monté au ciel par les mains des pauvres, » Comme saint Urbain et ses compagnons étaient fouettés avec des lanières garnies de plomb, Urijain se mit à invoquer le nom du Seigneur en disant Elijon *. Le préfet souriant : « Ce vieillard, dit-il, veut passer pour savant, voilà pourquoi il parle de manière à ne pouvoir être compris. » Or, comme on ne pouvait pas les vaincre, ils furent reconduits en prison, où saint Urbain donna le baptême à trois tribuns qui vinrent le trouver, et au geôlier Anolin. Le préfet ayant appris que ce dernier était devenu chrétien, le fit amener à son tribunal et comme il refusa de sacrifier, il fut décapité.

Quant à saint Urbain il fut traîné devant une idole avec ses compagnons et forcé de lui offrir de l'encens : alors le saint se mit en prières et l'idole tomba

* D'après saint Isidore de Séville (liv. Vil, ch. i, des Elymologie»), ce mot hébreu est un des noms de Dieu et signifie élevé, grand, le Très-Haut,

CQ tuant vingt-deux prêtres chargés d'entretenir le feu. On déchira cruellement les chrétiens, et on les conduisit ensuite pour sacrifier : mais ils crachèrent sar ridole, firent sur leur front le signe de la croix et après s'être donné l'un à l'autre le baiser de paix, ils reçurent la couronne du martyre en ayant la tête coupée, sous l'empire d'Alexandre, vers Tan du Seigneur 220. Carpasiusfut saisi aussitôt par le malin esprit, blasphéma ses dieux, et malgré lui, il fit un grand éloge des chrétiens; enfin il fut suffoqué par le démon. A cette vue, sa femme Arménie reçut le baptême, avec sa fille Lucine et toute sa famille, des mains du saint prêtre Fortunat. Après quoi elle ensevelit les corps des martyrs avec honneur.

SAINTE PÉTRONILLE

Pétronîlle, dont saint Marcel a écrit la vie, était la fille de l'apôtre saint Pierre. Elle était d'une beauté extraordinaire et elle souffrait de la fièvre par la volontédc son père; or, un jour que les disciples logeaient chez saint Pierre, Tite lui dit : « Puisque vous guérissez tous les infirmes, pourquoi laissez-vous Pétronille souffrante ? » « C'est, répondit saint Pierre, que cela lui vaut mieux : néanmoins, pour que l'on ne puisse pas conclure de mes paroles qu'il est impossible de la guérir, il lui dit: « Lève-toi promptement, Pé-

• Martyrologe d'Adon.

SAINTE PÉTRONILLE 127

troniIle,et sers-nous. » Elle fut guérie aussitôt, se leva et les servit. Quand elle eut fini de les servir saint Pierre lui dit : « Pétronille, retourne à ton lit. » Elle y revint aussitôt et la fièvre la reprit comme auparavant : mais dès qu'elle eut eu acquis la perfection dans Famour de Dieu, il la guérit complètement. Le comte Flaccus vint la trouver afin de la prendre pour femme à cause de sa beauté. Pétronille lui dit donc : <f Si tu désires m'avoir pour épouse, fais-moi venir des vierges qui me conduisent jusqu'à ta maison. » Comme il s'en occupait, Pétronille se livra au jeûne et à la prière, reçut le corps du Seigneur, se coucha et trois jours après elle rendit son âme à Dieu. Flaccus, se voyant déçu, s'adressa à Félicula, compagne de Pétronille, et lui intima ou de Tépouser ou de sacrifier aux idoles.

Comme elle refusait de consentir à aucune de ces deux propositions, le préfet la fit mettre en prison où elle n'eut ni à manger ni à boire pendant sept jours ; après quoi il la fit tourmenter sur le chevalet, la tua et jeta son corps dans un cloaque. Cependant saint Nicodème Ten retira et lui donna la sépulture.

En conséquence, le comte Flaccus fit appeler Nicodème et comme celui-ci refusait de sacrifier, il le battit avec des cordes chargées de plomb. Son corps fut jeté dans le Tibre; mais son clerc Juste l'en ôta et l'ensevelit avec honneur.

SAINT PIERRE, EXORCISTE, ET SAINT MARCELLIN

Pendant que saint Pierre, exorciste, était détenu en prison par Archémius, la fille de ce dernier était tourmentée par le démon et comme c'était, pour ce père, un sujet toujours nouveau de désolation, saint Pierre lui dit que s'il croyait en J.-r^., à Tinstant la santé serait rendue à sa fille. Archémius lui dit: « Je m'étonne que ton Sei|S^neur puisse délivrer ma fille, quand il ne peut te délivrer, toi qu'il laisse souffrir pour lui de si grands tourments, w Pierre lui répondit : « Mon Dieu a le pouvoir de m'arracher à votre joug, mais il veut, par une souffrance passagère, nous faire parvenir à une gloire éternelle. » « Si, reprit Archémius, après que j'aurai doublé tes chaînes, ton Dieu te délivre et guérit ma fille, dès lors je croirai en J.-G. » Les chaînes furent doublées : saint Pierre apparut à Archémius, revêtu d'habits blancs et tenant à la main une croix. Alors Archémius se jeta à ses pieds et sa fille fut guérie. 11 reçut le baptême lui et tous les gens de sa maison ; il permit aux prisonniers de se retirer libres, s'ils voulaient se faire chrétiens. Beaucoup d'entre eux, ayant accepté la foi, furent baptisés par le bienheureux prêtre Marcellin. A cette nouvelle, le préfet donna ordre de lui amener tous les prisonniers ; Archémius les réunit donc, leur baisa les mains et leur

* Le récit est tire prescjuc tcxtiicllcinont du Martyrologe d'Adon, 2 juin.

SAINT PIERRE, EXORCISTE, ET SAINT MARCELLIN 129

dit que si quelqu'un d'eux voulait aller au martyre, il vînt avec intrépidité ; que s'il y en avait un qui ne le voulût pas, il se retirât sain et sauf. Or, le juge ayant découvert que Marcellin et Pierre les avaient baptisés, il les manda tous les deux à son tribunal, et les fit enfermer chacun dans une prison séparée. Pour Marcellin, il fut étendu tout nu sur du verre cassé ; on lui refusa l'eau et le feu ; quant à Pierre, il fut enfermé dans un autre cachot fort profond où on le mit dans des entraves très serrées. Mais un ange du Seigneur vînt voir Marcellin, le délia, puis il le ramena avec Pierre dans la maison d'Archémius, en donnant Tordre à tous les deux d'encourager le peuple pendant sept jours, et de se présenter ensuite devant le juge. Celui-ci ne les ayant donc pas trouvés dans la prison, manda Archémius et sur le refus de celui-ci de sacrifier, il le fit étouffer sous terre avec sa femme. Marcellin et saint Pierre en ayant eu connaissance, vinrent en cet endroit, et sous la protection des chr«»tiens, saint Marcellin célébra la mosse sept jours de suite dans cette même crypte. Alors les saints dirent aux incrédules : « Vous voyez que nous aurions pu délivrer Archémius et nous cacher ; mais nous n'avons voulu faire ni Tun ni Tautre. » Les gentils irrités tuèrent Archémius par le glaive; quant à sa femmr et à sa fille ils les écrasèrent à coups de pierres. Ils menèrent Marcellin et Pierre à la forêt noire (qu'on a depuis appelée blanche à raison de leur martyre) où ils les décapitèrent du temps de Dioclétien, l'an du Seigneur 287. Le bourreau appelé Dorothéus vil des anges qui portaient au ciel leurs âmes revêtues de vè- II. 1) .

lements spleiidides et ornées de pierres précieuses. En conséquence, Dorothée se fil chrétien et mourut en paix quelque temps après.

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