II. il
donner son consentemenf. Cependant cette vierge eut confiance en Dieu et conseilla à son père de la promettre à Gallican, s'il revenait vainqueur.* Toutefois elle voulait garder auprès de soi deux filles que Gallican avait eues d'une première épouse qui était morte, afin de pouvoir connaître par ces filles la conduite et les désirs de leur père : en même temps elle lui donnerait ses deux prévôts, Jean et Paul, dans l'espérance d'établir entre eux une plus étroite union ; elle priait Dieu pour qu'il daignât convertir Gallican et ses filles. Quand tout fut arrangé au gré de chacun, Gallican prit Jean et Paul auprès de soi et partit avec une armée nombreuse; mais ses troupes furent mises en déroute par les Scythes et lui-même fut assiégé par les ennemis dans une ville de Thrace. Alors Jean et Paul vinrent le trouver et lui dirent : « Fais un vœu au Dieu du ciel et tu auras le bonheur de vaincre. » Quand il l'eut fait, apparut aussitôt un jeune homme portant une croix sur l'épaule, et lui disant : « Prends ton épée et suis-moi. » Il la prend, se rue au milieu du camp ennemi, arrive jusqu'au roi, et le tue; la peur seule lui fait soumettre toute l'armée : il rend les ennemis tributaires des Romains. Deux soldats revêtus de leurs armes lui apparurent et le protégeaient de droite et de gauche. Ayant été fait chrétien. Gallican revint à Rome où il fut reçu avec de grands honneurs. Il pria Auguste de l'excuser s'il n'épousait passa fille, parce que son dessein était de vivre désormais dans la continence en Tlionneur de J.-C. Cela plut singulièrement à l'empereur : et les deux filles de Gallican ayant été converties à J.-C. par la vierge Constance, Galli-
can lui-même se démit de son commandement, donna tous ses biens aux pauvres et servit J.-C. dans la pauvreté avec d'aulres serviteurs de Dieu. Il faisait un grand nombre de miracles ; à sa vue seulement, les démons s'enfuyaient des corps des obsédés. Sa réputation de sainteté était tellement établie dans l'univers qu'on venait de l'orient et de l'occident pour voir un homme, de patrice devenu consul, laveries pieds des pauvres, dresser leurs tables, leur verser de Teau sur les mains, servir les malades avec sollicitude etremplir toutes les fonctions d'un pieux serviteur. A la mort de Constantin, Constance, fils de Constantin le Grand, in- ' feclé de l'hérésie d'Arius, prit en mains les rênes de Tempire; mais Constance, frère de Constantin, laissait deux fils, Galluset Julien : l'empereur Constance créa Gallus césar, et l'envoya contre la Judée en révolte; plus tard cependant, il le fit périr. Julien, craig^nant d'éprouver de la part de Constance le même sort que son frère, entra dans un monastère, où en affectant une grande dévotion, il fut ordonné lecteur. Il fit consulter le démon par un magicien : et il lui fut répondu qu'il serait élevé à l'empire. Quelque temps après, des affaires urgentes portèrent Constance à créer Julien césar et à l'envoyer dans la Gaule où il se comporta vaillamment en toute occasion. Constance étant mort, Julien Tapostat, que ce même Constance avait élevé à l'empire, ordonna à Gallican d'immoler aux dieux ou de s'éloigner; car il n'osait faire mourir un personnage si distingué. Gallican alla donc à Alexandrie où il reçut lacouronnedumartyre :les infidèles lui avaient percé le cœur. Julien, dévoré par une cupidité sacri-
lège, colorait son avarice sous des prétextes qu'il trouvait dans TEvangile ; car il enlevait les biens des chrétiens en disant : « Votre Christ dit dans l'Evaugilc : « Celui qui n'aura pas renoncé à tout ce qu'il possède « ne peut être mon disciple. » Ayant appris que Jean et Paul sustentaient les chrétiens pauvres avec les richesses que la viergeConslanccavaitlaissées, il leurdonna l'ordre de lui obéir en tout coinmeà Constantin. Mais ils répondirent : <( Tant que les glorieux empereurs Constantin et Constance, son fils, se faisaient honneur d'être les serviteurs deJ.-C, nous les servions; mais puisque tu as abandonné un« religion qui fait pratiquer tant de vertus, nous nous sommes entièrement éloignas de toi et nous refusons posi ti vement de t'obéir . » Julien leur fit répondre : « J'ai été élevé à la cléricature, et si je Tavais voulu, je serais parvenu au premier rang de l'Eglise, mais considérant que c'était chose vaine de vivre dans la paresse et l'oisiveté, j'ai préféré l'état militaire, et j'ai sacrifié aux dieux donf la protection m'a élevé à l'empire. C'est pour cela qu'ayant été nourris à la cour, vous ne devez pas cesser de vivre à mes côtés afin que je vous traite comme les premiers dans mon palais. Si vous me méprisez, il faut de toute nécessité que je fasse cesser cet état de choses. » Ils répliquèrent: « Puisque nous préférons servirDieu plutôt que toi, nous n'avons pas la moindre crainte de tes menaces, de peur d'encourir la haine du roi éternel. » A cela Julien reprit : « Si d'ici à dix jours vous poussez le mépris jusqu'à ne pas vous rendre de plein gré auprès de moi, vous ferez de force ce que vous ne vous souciez pas de faire de bonne volonté. » Les
saints lui répondirent: « Crois que les dix jours sont déjà expirés, et fais aujourd'hui ce que tu menaces d'exécuter alors. » « Vous pensez, dit Julien, que les chrétiens feront de vous des martyrs ; si vous ne ni'obéissez, je vous ferai châtier non comme des martyrs, mais comme des ennemis publics. » Alors Jean et Paul employèrent les dix jours entiers à donner en aumônes tous leurs biens aux pauvres. Le terme expiré, Térentien fut envoyé vers eux et leur dit : « Notre seigneur Julien vous envoie une petite statue en or de Jupiter pour que vous lui offriez de lencens, sinon, vous périrez également tous les deux. » Les saints lui répondirent: « Si ton seigneur est Julien, sois en paix aveclui; quant à nous, nous n'avons d'autre Seigneur que J.-G. » Alors il les fit décapiter en cachette, e( ensevelir dans une fosse de la maison ; puis il fit répandre le bruit qu'ils avaient été envoyés en exil.
Après quoi le fils de Térentien fut saisi par le démon, et il se mit à crier par la maison que le diable le tourmentait: à cette vue, Térentien confesse son crime, se fait chrétien, écrit la relation du martyre des saints et son fils est délivré. Ils souffrirent vers Tan du Seigneur 364. Saint Grégoire rapporte dans son Homélie sur l'Evangile : Si quis vult venire post me, qu'une dame revenant de visiter l'église de ces martyrs où elle allait souvent, rencontra deux moines en habit de pèlerin ; elle leur fit donner l'aumône ; mais comme celui qui était chargé de la leur offrir se disposait à le faire, ils s'approchèrent de plus près et lui dirent : « Tu nous aides maintenant, mais au jour du jugement, nous te réclamerons et nous ferons pour
toi tout ce que nous pourrons. » Ayant dit ces mots ils disparurent à leurs yeux. Saint Ambroise parle ainsi de ces martyrs dans lu préface : « Les bienheureux martyrs Jean et Paul ont véritablement accompli ces paroles de David : « Ah ! que c'est une chose (( bonne et agréable que les frères soient unis ensemble » (Ps. cxxxii) ; le même sein leur donna le jour, la même foi les unit, le môme martyre les couronna et la même gloire est leur partage dans le même Seigneur. »