‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 23 sur 73 · SAINT LÉON, PAPE · texte numérisé non relu

SAINT LÉON, PAPE

On lit dans le livre des Miracles de la Sainte Vierge que saint Léon, pape, célébrant la messe le jour de Pflques dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, pendant qu'il distribuait la communion aux fidèles, une dame lui baisa la main, ce qui excita en lui une violente tentation de la chair. Mais l'homme de Dieu exerça contre soi-même une cruelle vengeance et ce jour-là, cette main qui l'avait scandalisé, il se la coupa en secret et

Voici rintcrprélation du nom (!c saint Léon par M. Jchau Batallier: <( Léon fut appelé proprement Lion : car tout ainsi comme le propre lion faist il fit. Il est vrai que quand les entans des lions naissent ils sont tous morts et ne se peuvent mouvoir: et lors le lion cric tant et va cntour que par le cry do luy il les vivifie, et leurs mcct la vie au corps par la chaleur (io son alaîne,et tout ainsi saît Léon fist : car ceulx qui estaient mors en pechie il cria et brayt tant que par sa saincte cùversation et prédication il leur mist es corps lesperit de vraye foi : cl les fist vivre en Dieu nostrc Seigneur Ihesucrist. »

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la jeta. Dans la suite, il s'éleva des murmures parmi le peuple de ce que le souverain Pontife ne célébrait plus comme de coutume les saints mystères. Alors saint Léon s'adressa à la Sainte Vierge et s'en remit entièrement à ce qu'elle voudrait. Elle lui apparut donc et lui remit la main de ses très saintes mains, l'affermi!, puis elle lui ordonna de paraître en public et d'offrir le saint sacrifice à son Fils. Saint Léon apprit à tout le peuple ce qui lui était arrivé, et il montra à tous la main qui lui avait été rendue. Ce fut lui qui célébra le concile de Chalcédoine oi^ il établit que les vierges seules recevraient le voile ; et il y fut aussi décidé que la vierge Marie serait appelée Mère de Dieu. En ce temps-là encore, Attila ravageait l'Italie. Saint Léon passa alors trois jours et trois nuits en prières dans l'église des Apôtres; après quoi il dit aux siens : « Qui veut me suivre, me suive. » Et quand il fut arrivé auprès d'Attila, celui-ci n'eut pas plutôt vu saint Léon qu'il descendit de cheval, se prosterna aux pieds du saint et le pria de lui demander ce qu'il voudrait. Saint Léon lui demanda de quitter l'Italie et de délivrer les captifs. Comme Attila recevait de la part des siens des reproches de ce que celui qui avait triomphé du monde se laissait vaincre par un prêtre, il répondit : « J'ai pourvu à ma silreté et à la vôtre: car j'ai vu à sa droite un guerrier redoutable tenant uneépée nue à la main, qui me disait : « Si tu ne lui obéis pas, tu périras avec tous les tiens*. » Quand le bienheureux Léon écrivit la lettre à Fabien, évêquc

• Victor Tuomncnsîs, Prosp^r, \saio.

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de C.-P., contre Enlychès et Nestorius, il la posa sur le tombeau de saint Pierre et après avoir passé quelque temps dans le jeûne et la prière, il dit : « Les erreurs que je pourrais avoir commises comme homme dans cette épître, corrigez-les et amendez-les, vous à qui l'Eglise a été confiée. » Et quarante jours après, comme il était en prières, saint Pierre lui apparut et lui dit : « J'ai lu et amendé. » Saint Léon prit la lettre <ju'il trouva corrigée et amendée de la main de TapcHre.Une autre fois, saint Léon passa quarante jours en prières au tombeau de saint Pierre, et le conjura de lui obtenir le pardon de ses péchés: saint Pierre lui apparut et lui dit : « J'ai prié pour vous le Seigneur, et il a pardonné tous vos péchés. Seulement vous aurez à vous informer de ceux auxquels vous avez imposé les mains, c'est-à-dire que vous aurez à rendre compte si vous vous êtes bien ou mal acquitté de cette fonction envers autrui*. » Il mourut vers Tan du Seigneur 460.

Pierre eut trois noms : il s'appela \' Simon Barjona. Siirion veut (lire obéissant^ ou se ih'vant n la tristesse, Barjona, /î/s de colombe^ en syrien bar veut dire fils, el en hébreu, Jona sii^nifie

"' Sophone, ch. cxlix.

'^* La ])lupart des faits qui ont rapport à saint Pierre et que si Gênaient les livres saints sont eonsitj^nés iei. Le reste est tiré d'un livre connu sous le nom iV Itinéraire de saint Clément^ ret^irdc comme apocryphe, mais cité par un çrand nombre d'auteurs des [)remiers siècles.

colombe. En effet, il fut obéissant; quand J.-C, l'appela, il obéit au premier mot d*ordredu Seigneur : il se livra à la tristesse quand il renia J.-C. « Il sortit dehors et pleura amèrement. • Il fut fils de colombe parce qu'il servit Dieu avec simplicité d'intention. 2'> Il fut appelé Céphas, qui signifie chef ou pietTe, ou blâmant de bouche: chef, en raison qu'il eut la primauté dans la prélature; pierre, en raison de la fermeté dont il fit preuve dans sa passion ; blâmant de bouche, en raison de la constance de sa prédication. 3** Il fut appelé Pierre, qui veut dire connaissantf déchaussant, déliant : parce qu'il connut la divinité de J.-C. quand il dit : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant n ; il se dépouilla de toute affection pour les siensy comme de toute œuvre morte et terrestre, lorsqu'il dit: « Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre » ; il nous délia des chaînes du péché par les clefs ([u'il reçut du Seigneur. Il eut aussi trois surnoms : i» on l'appela Simon Johanna, qui veut dire beauté du Seigneur;^^ Simon, fils de Jean, qui veut dire à qui il a été donné ; 3® Simon Barjona, qui veut dire fils de colombe. Par ces différents surnoms on doit entendre qu'il posséda la beauté de mœurs, les dons des vertus, l'abondance des larmes, car la colombe gémit au lieu de chanter. Quant au nom de Pierre, ce fut J.-C. qui permit qu'on le lui donnât puisqu'il dit (Jean, i) : « Vous vous appellerez Géphas, qui veut dire Pierre. » t^ Ce fut encore J.-C. qui le lui donna après le lui avoir promis, selon (|u'il est dit dans saint Marc (m): « Et il donna à Simon le nom de Pierre. » S" Ce fut J.-C. qui le lui confirma, puisqu'il ditdans saint Mathieu (xvi) : « Et moi je vous dis que vous êtes Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. »> Son martyre fut écrit par saint Marcel, par saint Lin, pape, par Hégésippe et par le pape Léon.

Saint Pierre, fut celui de tous les apôtres qui eut ]a plus grande ferveur: car il voulut connaître celui qui trahissait le Seigneur, en sorte que s'il l'eiHconnu, dit saint Augustin, il l'eût déchiré avec les dents : et c'est pour cela que le Seigneur ne voulait pas révéler le nom de ce traître. Saint Chrysostome dit aussi qui»

si J.-C. avait prononcé son nom, Pierre aussitôt se sérail levé et l'aurait massacré sur l'heure. Il marcha sur la mer pour aller au-devant du Seigneur ; il fut choisi pour être le témoin de la Transfiguration de son maître et pour assistera la résurrection de la fille de Jaîrc; il trouva, dans la bouche du poisson, la pièce d'argent de quatre dragmes pour le tribut ; il reçut du Seigneur les clefs du royaume des cieux; il eut la commission de faire paître les brebis ; au jour de la Pentecôte, par sa prédication, il convertit trois mille hommes ; il prédit la mort d'Ananie et de Saphire ; il guérit Enée de sa paralysie ; il baptisa Corneille ; il ressuscita Tabithe ; il rendit la santé aux infirmes par l'ombre de son corps ; mis en prison par Hérode, il fut délivré par un ange. Pour sa nourriture et son vêtement, il nous témoigne lui-même quels ils furent, au livre de saint Clément: « Je ne me nourris, dit-il, que de pain avec des olives et raremen t avec des légumes ; quant à mon vêtement, vous le voyez, c'est une tunique et un manteau, et avec cela je ne demande rien autre chose. » On rapporte aussi qu'il portait toujours dans son sein un suaire pour essuyer les larmes qu'il versait fréquemment ; car quand la douce allocution du Seigneur et la présence de Dieu lui venaient à la mémoire, il ne pouvait retenir ses pleurs, tant était grande la tendresse de son amour. Mais quand il se rappelait la faute qu'il commit en reniant J.-C., il ré- [)andait des torrents de larmes : il en contracta tellement l'habitude de pleurer, que sa figure paraissait (ouïe bnllée, selon l'expression de saint Clément. Le même saint rapporte qu'en entendant le chant du coq.

saint Pierre avait coutume de se lever pour faire oraison et de pleurer abondamment. Saint Clément dit encore, comme on le trouve dans VHisloire ecclésiastique *j que lorsqu'on menait au martyre la femme de saint Pierre,celui-ci tressaillit d'une extraordinaire joie, et l'appelant par son propre nom, il lui cria : « O ma femme, souvenez-vous du Seigneur. » Une fois, saint Pierre avait envoyé deux de ses disciples prêcher; après avoir cheminé pendant vingt jours, Tun d'eux mounit, et l'autre revint trouver saint Pierre, et lui raconter Taccident qui était .arrivé (on dît que ce fut saint Martial, ou selon quelques autres, saint Materne. On lit ailleurs que le premier fut saint Front, et que son compagnon, celui qui était mort, c'est-à-dire le second, fui le prêtre Georges). Alors saint Pierre lui donna son bâton avec ordre d'aller retrouver son compagnon et de poser ce bâton sur le cadavre. Quand il l'eut fait, ce mort de quarante jours se leva tout vivant**.

En ce temps-là, il se trouvait à Jérusalem un magicien, nommé Simon, qui se disait être la première vérité; il avançait que ceux qui croyaient en lui devenaient immortels ; enfin il prétendait que rien ne lui était impossible. On lit aussi, dans le livre de saint Clément, que Simon avait dit : « Je serai adoré comme un Dieu ; on me rendra publiquement les honneurs divins, et tout ce que j'aurai voulu faire, je le pourrai. Un jour que ma mère Rachel m'ordonnait d'aller dans les

• Eusèbe, lib. III, c. xxx ; — Clément d*Alexand., I. VÏI. Ses paroles à sa femme qu'on menait au martyre.

*• Harigarus, c. vi ; — Orton de Friocesque, Chronù/uey lïl, XV ; — Pierre de Cluny, Contre iex Petrobnisiens.

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champs pour faire la moisson, je vîs une faux parterre à laquelle je commandai de faucher d'elle-même : et elle faucha dix fois plus que les autres moissonneurs. » II ajouta, d'après saint Jérôme : « Je suis la parole de Dieu ; je suis beau, je suis le paraclet, je suis tout-puissant, je suis le tout de Dieu. » Il faisait aussi mouvoir des serpents d'airain ; rire des statues de bronze ou de pierre, et chanter des chiens. Simon donc, comme le dit saint Lin, voulant discuter avec saint Pierre et montrer qu'il était Dieu, saint Pierre vint le jour indiqué, au lieu de la conférence, et dit aux assistants : « La paix soit avec vous, mes frères, qui aimez la vérité. )) Simon lui dit : « Nous n'avons pas besoin de la paix, nous: car si la paix et la concorde existentiel, nous ne pourrons parvenir à trouver la vérité : ce sont les larrons qui ont la paix entre eux ; n'invoque donc pas la paix, mais la lutte : entre deux champions il y aura paix, quand l'un aura été supérieur à l'autre. » Et Pierre répondit : « Qu'as-tu à craindre d'entendre parler de paix ? C'est du péché que naît la guerre, et là on n'existe pas le péché, règne la paix. On trouve In vérité dans les discussions et la justice dans les œuvres. » El Simon reprit : « Ce que lu avances n'a pas de valeur, mais je le montrerai la puissance de ma divinité afin que tu m'adores aussitôt. Je suis la première vertu et je puis voler par les airs, créer de nouveaux arbres, changer les pierres en pain, rester dans le feu sans en être endommagé et tout ce que je veux, je le puis faire. » Saint Pierre donc discutait contre lui et découvrait tous ses maléfices. Alors Simon, voyant qu'il ne pouvait résister au saint apôtre, jeta

dans la mer tous ses livres de magie, de crainte d'être dénoncé comme magicien ; et alla à Rome afin de s'y faire passer pour Dieu. Aussitôt que saint Pierre eut découvert cela, il le suivit et partit pour Rome.

La quatrième année de l'empire de Claude, saint Pierre arriva à Rome, où il resta vingt-cinq ans. Et il ordonna évéques Lin et Clet, pour être ses coadjuteurs, Fun, comme le rapporte Jean Beleth *, dans l'intérieur de la ville, l'autre dans la partie qui était hors des murs. En se livrant avec grand zèle à la prédication, il convertissait beaucoup de monde à la foi, et guérissait la plupart des infirmes. Et comme dans ses discours il louait et recommandait toujours de préférence la chasteté, il convertit les quatre concubines d' Agrippa qui se refusèrent à retourner davantage auprès de ce gouverneur. Alors celui-ci entra en fureur et il cherchait l'occasion de nuire à l'Apôtre. Ensuite le Seigneur apparut à saint Pierre et lui dit : « Simon et Néron forment des projets contre ta personne ; mais ne crains rien, car je suis avec toi pour te délivrer, et je te donnerai la consolation d'avoir auprès de toi mon serviteur Paul qui demain entrera dans Rome. » Or, saint Pierre, sachant, comme le dit saint Lin, que dans peu de temps il devait quitter sa tente, dansl'assemblée des frères, il prit la main de saint Clément, l'ordonna évêque et le força à siéger en sa place dans sa chaire. Après cela Paul arriva à Rome, ainsi que le Seigneur l'avait prédit, et commença à prêcher J.-C. avec^aint Pierre. Or, Néron avait un tel attacliement

• Cap. cxxxviii.

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