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pour Simon qu'il le pensait certaînenrïent être le gardien de sa vie, son salut, et celui de toute la ville. Un jour donc, devant Néron (c'est ce qu'en dit saint Léon, pape), sa fij^urc changeait subitement, et il paraissait tantôt plus vieux et tantôt plus jeune. Néron, qui voyait cela, le regardait comme étant vraiment le fils de Dieu. C'est pourquoi Simon le magicien dit à Néron, toujours d'après saint Léon : « Afin que tu saches, illustre empereur, que je suis le fils de Dieu, fais-moi décapiter et trois jours après je ressusciterai. » Néron ordonna donc au bourreau qu'il eût à décapiter Simon. Or, le bourreau, en croyant couper la tète à Simon, coupa celle d'un bélier : grâce à la magie, Simon échappa sain et entier, et ramassant les membres du bélier il les cacha ; puis il se cacha pendant trois jours : or, le sang du bélier resta coagulé dans la même place. El le troisième jour Simon se montra à Néron et lui dit : « Fais essuyer mon sang qui a été répandu ; car me voici ressuscité trois jours après que j'ai été décollé, comme je l'avais promis. » En le voyant Néron fut stupéfait et le regarda comme le vrai fils de Dieu. Un jour encore qu'il était dans une chambre avec Néron, le démon qui avait pris sa forme parlait au peuple dehors : enfin les Romains l'avaient en si grande vénération qu'ils lui élevèrent une statue sur laquelle ils mirent cette inscription : Simoni Deo sancto*, A Simon le Dieu saint.
Saint Pierre et saint Paul, au témoignage de saint Léon, allèrent chez Néron et dévoilèrent tous les ma-
■ N'ovez Kiisrhc, lib. II, c. xiii, ol Tillcmont, l. Il, p. 482,
léfîces de Simon, et saint Pierre ajouta que, de même qu'il y a en J.-C. deux substances, savoir : celle de Dieu et celle de Thomme, de même en ce magicien, se trouvaient deux substances, celle de l'homme et celle du diable.
Or, Simon dit, d'après le récit de Marcel et de saint Léon* : « Je ne souffrirai pas plus longtemps cet ennemi ; je commanderai à mes anges de me venger de cet homme. » Pierre lui répondit : « Tes anges, je ne les crains point, mais ce sont eux qui me craignent. » Néron ajouta : « Tu ne crains pas Simon qui prouve sa divinité par ses œuvres? » Pierre lui répondit : « Si la divinité existe en lui, qu'il me dise en ce moment ce que je pense ou ce que je fais : je vais d'avance te dire tout bas à l'oreille quelle est ma pensée pour qu'il n'ait pas l'audace de mentir. » « Approche-loi, reprît Néron, et dis-moi ce que tu penses. » Or, Pierre s'approchant dit à Néron tout bas : H Ordonne qu'on m'apporte un pain d'orge et qu'on me le donne en cachette. » Or, quand on le lui eut a[)porté, Pierre le bénit et le mit dans sa manche, et dit ensuite : « Que Simon, qui s'est fait Dieu, dise ce que j'ai pensé, ce que j'ai dit, ou ce qui s'est fait. » Simon répondit : « Que Pierre dise plutôt ce que je pense moimême. » Et Pierre dit : « Ce que pense Simon, je prouverai que je le sais, pourvu que je fasse ce à quoi il a pensé. » Alors Simon en colère s'écria : « Qu'il vienne de grands chiens et qu'ils te dévorent. » Tout à coup apparurent de très grands chiens qui se jetèrent sur
* Sigebert de Gcmblours, Trilhènie,CoDrad Gessner.
saint Pierre : mais celui-ci leur présenta le pain bénit, et à l'instant, il les mit en fuite. Alors saint Pierre dît à Néron : « Tu le vois, je t'ai montré que je savais ce que Simon méditait contre moi, et ce ne fut point par des paroles, mais par des actes : Car celui qui avait promis qu'il viendrait des anges contre moi, a fait venir <les chiens, afin de faire voir que les anges de Dieu, ne sont autres que des chiens. » Simon dit alors : w Écoutez, Pierre et Paul ; si je ne puis vous rien faire ici, nous irons où il faut que je vous juge; mais pour le moment, je veux bien vous épargner. »
Alors, selon que le rapportent Hégésippc et saint Lin, Simon, enflé d'orgueil, osa se vanter de pouvoir ressusciter des morts ; et il arriva qu'un jeune homme mourut. On appela donc Pierre et Simon et de Tavis de Simon on convint unanimement que celui-là serait tué qui ne pourrait ressusciter le mort. Or, pendant que Simon faisait ses enchantements sur le cadavre, il sembla aux assistants que la tète du défunt s'agitait. Alors tous se mirent à crier en voulant lapider saint Pierre. Le saint apôtre put à peine obtenir le silence qu'il réclama : (( Si le mort est vivant, dit-il, qu'il se lève, qu'il se promène, qu'il parle : s'il en est autrement, sachez que l'action d'agiter la tête du cadavre est de la fantasmagorie. Qu'on éloigne Simon du lit alin que les ruses du diable soient pleinement mises à nu. » On éloigne donc Simon du lit, et l'enfant resta inmiobile. Alors saint Pierre, se tenant éloigné, fit une prière, puis élevant la voix : <( Jeune homme, s'é- ( ria-t-il, au nom de Jésus de Nazareth qui a été crucifié, lève-loi et marche. » El à l'instant il se leva en
SAINT FIERHE, APOTRE 181
vie et marcha. Comme le peuple voulait lapider Simon saint Pierre dit : « II est bien assez puni de se reconnaître vaincu dans ses artifices; or, notre maître nous a enseigné à rendre le bien pour le mal. » Alors Simon dit : « Sachez, vous, Pierre et Paul, que vous n'obtiendrez rien de ce que vous désirez ; car je ne daignerai pas vous faire gagner la couronne du martyre. » Saint Pierre reprit : « Qu'il nous arrive ce que nous désirons : mais à toi il ne peut arriver rien de bon, car chacune de tes paroles est un mensonge. » Saint Marcel dit qu'alors Simon alla à la maison de son disciple Marcel, cl qu'il y lia à la porte un chien énorme en disant : « Je verrai à présent si Pierre, qui vient d'ordinaire chez toi, pourra entrer. )> Peu d'instants après saint Pierre arriva, et en faisant le signe de la croix, il délia le chien. Or, ce chien se mit à caresser tout le monde, et ne poursuivait que Simon : il le saisit, le renversa par terre, et il voulait l'étrangler, quand saint Pierre accourut et cria au chien de ne point lui faire de mal; or, cette bête, sans toucher son corps, lui arracha tellement ses habits qu'elle le laissa nu sur la terre. Alors le peuple et surtout les enfants coururent après le chien en poursuivant Simon jusqu'à ce qu'ils Feussent chassé bien loin de la ville, comme ils eussent fait d'un loup. Simon ne pouvant supporter la honte de cet affront resta un an sans reparaître. Marcel, en vovant ces miracles, s'attacha désormais à saint Pierre. Dans la suite, Simon revint et rentra de nouveau dans les bonnes grâces de Néron. Simon donc, d'après saint Léon, convoqua le peuple, et déclara qu'il avait été outrageusement traité par les Galiléens, et pour ce II. 12-
motif^ il dit vouloir quitter cette ville qu'il avait coutume de protéger ; qu'il fixerait un jour où il monterait au ciel, car il ne daignait plus rester davantage sur la terre. Au jour fixé, il monta donc sur une tour élevée, ou bien, d'après saint Lin, il monta au Capitole et, couvert de laurier, il se jeta en l'air et se mit à voler. Or, saint Paul dit à saint Pierre : « C'est à moi de prier et à vous de commander. » Néron dit alors : « Gel homme est sincère, et vous n'êtes que des séducteurs. » Or, saint Pierre dit à saint Paul : « Paul, levez la tête et voyez. » Et quand Paul eut levé la tête et qu'il eut vu Simon dans les airs, il dit à Pierre : « Pierre, que tardez-vous? achevez ce que vous avez commencé : déjà le Seigneur nous appelle. » Alors saint Pierre dit: « Je vous adjure. Anges de Satan, qui le soutenez dans les airs, par N.-S. J.-C, ne le portez plus davantage, mais laissez-le tomber. » A l'instant il fut lâché, tomba , se brisa la cervelle, et expira *. Néron, à cette nouvelle, fut très fâché d'avoir perdu, quant à lui, un pareil homme et il dît aux apôtres : « Vous vous êtes rendus suspects envers moi ; aussi vous punirai-je d'une manière exemplaire. » Il les remit donc entre les mains d'un personnage très illustre, appelé Paulin, qui les fil enfermer dans la prison Mamertine sous la ijarde de Processus et de Martinien, soldats que saint Pierre convertit à la foi : ils ouvrirent la prison et laissèrent aller les apôtres en liberté. C'est pour cela que,
* Ce fait (le la chute et de la mort de Simon le magicien est constaté par les Constifutions apostoliques d'Arnobc, par saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise, saint Augustin, Isidore de Peluse, Théodorat, Maxime de Turin, etc.
après le nftarlyrfedes apôtres, Paulin manda Processus et Marlinien, et quand il eut découvert qu'ils étaient chrétiens, on leur trancha la tête par ordre de Néron. Or, les frères pressaient Pierre de s'en aller, et il ne le fil qu'après avoir été vaincu par leurs instances. Saint Léon et saint Lin assurent qu'arrivé à la porte où est aujourd'hui Sainte-Marie ad passus *, Pierre vit J.-C. venant à sa rencontre, et il lui dit : « Seigneur, où allez-vous? » J.-C; répondit : « Je viens à Rome pour V être crucifié encore une fois. » « Vous seriez crucifié encore une fois, répartit saint Pierre. » « Oui, lui répondit le Seigneur. » Alors Pierre lui dit : « Seigneur, je retournerai donc, pour être crucifié avec vous. » Et après ces paroles, le Seigneur monta au ciel à la vue de Pierre qui pleurait. Quand il comprit que c'était de son martyre à lui-même que le Sauveur avait voulu parler, il revint, et raconta aux frères ce qui venait d*arriver. Alors il fut pris par les officiers de Néron et mené au préfet Agrippa. Saint Lin dit que sa figure devînt comme un soleil. Agrippa lui dit : « Es-tu donc celui qui se glorifie dans les assemblées où ne se trouvent que la populace et de pauvres femmes que tu éloignes du lit de leurs maris? » L'apôtre le reprit en disant qu'il ne se glorifiait que dans la croix du Seigneur. Alors Pierre, en qualité d'étranger, fut condamné a
* Origène sur saint Jean, saint Ambroîsc, sermon 08, saint Grégoire le Grand, sur le Psaume ci.
Celle église existe encore sur la voie Appiennc et est conniio sous le nom Domine quo vadis.
Hetychius, De excidio HievosoL ; saint Athanase, De faya sua; Innocent III, Pierre de Blois.
élre crucifié, mais Paul, en sa qualité de citoyen romain, fut condamné à avoir la tête tranchée.
A l'occasion de cette sentence, Denys en son épître à Timothée parle ainsi de la mort de saint Paul : « O mon frère Timothée, si tu avais assisté aux derniers moments de ces martvrs, tu aurais défailli de tristesse et de douleur. Qui est-ce qui n'aurait pas pleuréquand fut rendue la sentence qui condamnait Pierre à être crucifié et Paul à être décapité ? Tu aurais alors vu la foule des çentils et des Juifs les frapper et leur cracher au visage. » Or, arrivé l'instant où ils devaient consommer leur affreux martyre, on les sépara l'un de l'autre et on lia ces colonnes du monde, non sans que les frères fissent entendre des gémissements et des sanglots. Alors Paul dit à Pierre : « La paix soit avec vous, fondement des églises, pasteur des brebis et des agneaux de J.-C. » Pierre dit à Paul : « Allez en paix, prédicateur des bonnes mœurs, médiateur et guide du salut des justes. » Or, quand on les eut éloignés l'un de l'autre, je suivis mon maître; car on ne les tua point dans le même quartier (saint Denys). Quand saint Pierre fut arrivé à la croix, saint Léon et Marcel rapportent qu'il dit : « Puisque mon maître est descendu du ciel en terre, il fut élevé debout sur lia croix ; pour moi qu'il daigne appeler de la terre au ciel, ma croix doit montrer ma tête sur la terre et diriger mes pieds vers le ciel. Donc, parce que je ne suis pas digne d'cHre sur la croix de la même manière que mon Seigneur, retournez ma croix et crucifiez-moi la tête en bas. » Alors on retourna la croix et on l'attacha les pieds en haut et les mains en bas. Mais, en
ce moment, le peuple rempli de fureur voulait tuer Néron el le gouverneur, ensuite délivrer Tapôtre qui les priait de ne point empêcher qu'on le martyrisât. Mais le Seigneur, ainsi que le disent Hégésippe et Lin, leur ouvrit les yeux, et comme ils pleuraient, ils virent des anges avec des couronnes composées de fleurs de roses et de lys, et Pierre au milieu d'eux sur la croix recevant un livre que lui présentait J.-C, et dans lequel il lisait les paroles qu'il proférait. Alors saint Pierre, au témoignage du même Hégésippe, se mit à dire sur la croix : « C'est vous. Seigneur, que j'ai souhaité d'imiter ; mais je n'ai pas eu la présomption d'être crucifié droit: c'est vous qui êtes toujours droit, élevé et haut ; nous sommes les enfants du premier homme qui a enfoncé sa tête dans la terre, et dont la chute indique la manière avec laquelle l'homme vient au monde ; nous naissons en effet de telle sorte que nous paraissons être répandus sur la terre. Notre condition a été renversée, el ce que le monde croit être à droite est certainement à gauche. Vous, Seigneur, vous me tenez lieu de tout ; tout ce que vous êtes, vous Têtes pour moi, et il ny a rien autre que vous seul. Je vous rends grâce de toute mon âme par laquelle jo vis, par laquelle j'ai l'intelligence et par laquelle je parle. » On connaît par là deux autres motifs pour lesquels il ne voulut pas être crucifié droit. Et saint Pierre voyant que les fidèles avaient été témoins de sa gloire, rendit grâces à Dieu, lui recommanda les chrétiens el rendit l'esprit. Alors Marcel el Apulée qui étaient frères, disciples de saint Pierre, le descendirent de la croix et l'ensevelirent en Tembaumanl avec divers aro-
mates. Isidore dans son livre deja Naissance et de la Mort des Saints s'exprime ainsi : « Pierre après avoir fondé l'église d'Antioche, vint à Rome, sous l'empereur Claude, pour confondre Simon ; il prêcha l'Evangile pendant vingt-cinq ans en cette ville dont il occupa le siège pontifical^ et la trente-sixième année après la Passion du Seigneur, il fut crucifié par Néron, la télé en bas, ainsi qu'il l'avait voulu. Or, ce jour-là même, saint Pierre et saint Paul apparurent à Denys, selon qu'il le rapporte en ces termes dans la lettre citée plus haut : « Ecoute le miracle, Timothée, mon frère, vois le prodige, arrivé au jour de leur supplice : car j'étais présent au moment de leur séparation. Après leur mort, je les ai vus, se tenant par la main l'un et l'autre, entrer par les portes de la ville, revêtus d'habits de lumière, ornés de couronnes de clarté et de splendeur. » Néron ne demeura pas impuni pour ce crime et bien d'autres encore qu'il commit ; car il se tua de sa propre main. Nous allons rapporter ici en peu de mots quelques-uns de ses forfaits. On lit dans une histoire apocryphe, toutefois, que Sénèque, son précepteur, espérait recevoir de lui une récompense digne (le son labeur ; et Néron lui donna à choisir la branche de l'arbre sur laquelle il préférait être pendu, en lui disant que c'était là la récompense qu'il en devait recevoir. Or, comme Sénèque lui demandait à quel titre il avait mérité ce genre de supplice, Néron fit vibrer plusieurs fois la pointe d'une épée au-dessus de Sénèque qui baissait la tè(e pour échapper aux coups dont il était menacé ; car il ne voyait point sans effroi le moment où il allait recevoir la mort. El
Néron lui dit : « Maître, pourquoi baisses-tu la tête sous Tépée dont je te menace? » Sénèque lui répondit : « Je suis homme, et voilà pourquoi je redoute la mort, d'autant que je meurs malgré moi. » Néron lui dit : « Je te crains encore comme je le faisais alors que j'étais enfant : c'est pourquoi tant que tu vivras je ne pourrai vivre tranquille. » Et Sénèque lui dit : « S'il est nécessaire que je meure, accordez-moi au moins de choisir le genre de mort que j'aurais voulu. » « Choisis vite, répondit Néron, et ne tarde pas à mourir. » Alors Sénèque fit préparer un bain où il se fit ouvrir les veines de chaque bras et il finit ainsi sa vie épuisé de sang. Son nom de Sénèque fut pour lui comme un présage, se necans^ qui se tue soi-même : car ce fut lui qui en quelque sorte se donna la mort, bien qu'il y eût été forcé. On lit que ce même Sénèque eut deux frères : le premier fut Julien Gallio, orateur illustre qui se tua de sa propre main; le second fut Mêla, père du poète Lucain ; lequel Lucain mourut après avoir eu les veines ouvertes par Tordre de Néron, d'après ce qu'on lit. On voit, dans la même histoire apocryphe, que Néron, poussé par un transport infâme ; fit tuer sa mère et la fit partager en deux pour voir comment il était entretenu dans son sein. Les médecins lui adressaient des remontrances par rapport au meurtre de sa mère et lui disaient : « Les lois s'opposent et l'équité défend qu'un fils tue sa mère : elle t'a en fanté avec douleur et elle t'a élevé avec tant de labeur et de sollicitude. » Néron leur dit : a Faites-moi concevoir un enfant et accoucher ensuite, afin que je puisse savoir quelle a été la douleur de ma mère. )> Il avait
encore conyu cette volonté d'accoucher parce que, en passant dans la ville, il avait entendu les cris d'une femme en couches. Les médecins lui répondirent : « Cela n'est pas possible ; c'est contre les lois de la nature ; il n'y a pas moyen de faire ce qui n'est pas d'accord avec la raison. » Néron leur dit donc: « Si vous ne me faites pas concevoir et enfanter, je vous ferai mourir tous d'une manière cruelle. » Alors les médecins, dans des potions qu'ils lui administrèrent, lui firent avaler une grenouille sans qu'il s'en aper- (;0t, et, par artifice, ils la firent croîlre dans son ventre : bientôt son ventre, qui ne pouvait souffrir cet état contre nature, se gonfla, de sorte que Néron se croyait gros d'un enfant ; et les médecins lui faisaient observer un régime qu'ils savaient être propre à nourrir la grenouille, sous prétexte qu'il devait en user ainsi en raison de la conception. Enfin tourmenté par une douleur intolérable, il dit aux médecins: «Hâtez le moment des couches, car c'est à peine si la langueur où me met l'accouchement futur me donne le pouvoir de respirer. » Alors ils lui firent prendre une potion pour le faire vomir et il rendit une grenouille affreuse à voir, imprégnée d'humeurs et couverte de sang. Et Néron, regardant son fruit, en eut horreur lui-même et admira une pareille monstruosité : mais les médecins lui dirent qu'il n'avait produit un fœtus aussi difforme que parce qu'il n'avait pas voulu attendre le temps nécessaire. Et il dit : « Ai-je été comme cela en sortant des flancs de ma mère? » (( Oui, lui répondirent-ils. » 11 recommanda donc de nourrir son fœtus et qu'on renfermât dans une pièce
voûtée pour l'y soigner. Mais ces clioses-là ne se lisent pas dans les chroniques ; car elles sont apocryphes. Ensuite s'étant émerveillé de la grandeur de rincendie de Troie, il fit brûler Rome pendant sept jours et sept nuits, spectacle qu*il regardait d'une tour fort élevée, et tout joyeux de la beauté de cette flamme, il chantait avec emphase les vers de VIliade. On voit encore dans les chroniques qu'il péchait avec des filets d'or, qu'il s'adonnait à l'étude de la musique, de manière à remporter sur les harpistes et les comédiens : il se maria avec un homme, et cet homme le prit pour femme, ainsi que le dit Orose *. Mais les Romains, ne pouvant plus supporter davantage sa folie, se soulevèrent contre lui et le chassèrent hors de la ville. Lorsqu'il vit qu'il ne pouvait échapper, il affila un bâton avec les dents et il se perça par le milieu du corps : et c'est ainsi qu il termina sa vie. On lit cependant ailleurs qu'il fut dévoré par les loups. A leur retour, les Romains trouvèrent la grenouille cachée sous la voûte ; ils la poussèrent hors de la ville et la brûlèrent : et cette partie de la ville où avait été cachée la grenouille reçut, au dire de quelques personnes, le nom de Latran {Latens raua) (raine latente) **.
Du temps du pape saint Corneille, des chrétiens
*♦ ffist,, lib. m, cap. vu.
** Sulpice Sévère, Hist., liv. II, no iO, Dialo|Çiie II; — Saint Augustin, Ciié de DieUy Hv. XX, chap.ix, rapportent des traditîoos étranges sur cet odieux personnaÉçe. Consultez une dissertation du chanoine d'Amiens de L'Kstocq, sur l'auteur du livre intitulé : De morte persecnforum.
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grecs volèrent les corps des apôtres et les emportèrent ; mais les démons, qui habitaient dans les idoles, forcés par une vertu divine, criaient : « Romains, au secours, on emporte vos dieux. » Les fidèles comprirent qu'il s'agissait des apôtres, et les gentils de leurs dieux. Alors fidèles et infidèles, tout le monde se réunit pour poursuivre les Grecs. Ceux-ci effrayés jetèrent les corps des apôtres dans un puits auprès des catacombes ; mais dans la suite les fidèles les en ôtèrent. Saint Grégoire raconte dans son Registre (liv. IV, ép. XXX,) qu'alors il se fit un si affreux tonnerre et des éclairs en telle quantité que tout le monde prit la fuite de frayeur, et qu'on les laissa dans les catacombes. Mais comme on ne savait pas distinguer les ossements de saint Pierre de ceux de saint Paul, les fidèles, après avoir eu recours aux prières et aux jeûnes, reçurent celte réponse du ciel : « Les os les plus grands sont ceux du prédicateur, les plus petits ceux du pécheur. » Ils 'séparèrent ainsi les os les uns des autres et les placèrent dans les églises qui avaient été élevées à chacun d'eux. D'autres cependant disent que saint Silvestre, pape, voulant consacrer les églises, pesa avec un grand respect les os grands et petits dans une balance et qu'il en mit la moitié dans une église et la moitié dans l'autre. Saint Grégoire rapporte dans son Dialogue* y qu'il y avait, dans l'église où le corps de saint Pierre repose, un saint homme d'une grande humilité, nommé Agontus : et il se trouvait, dans cette même église, une jeune fille paralytique qui y habitait; mais réduite à ramper sur
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les mains, elle était obligée de se traîner, les reins et les pieds par terre: et depuis longtemps elle demandait la santé à saint Pierre ; il lui apparut dans une vision et lui dît : « Va trouver Agontius, le custode, et il te guérira lui-même. » Celte jeune fille se mît donc à se traîner çà et là de tous côtés dans l'église, et à chercher qui était cet Agontius : mais celui-ci se trouva tout à coup au-devant d'elle : « Notre pasteur et nourricier, lui dit-elle, le bienheureux Pierre, apôtre, m'a envoyé vers vous, pour que vous me délivriez de mon infirmité. » Il lui répondit : « Si tu as été envoyée par lui, lè%e-toi. » El lui prenant la main, il la fit lever et elle fui guérie sans qu'il lui restât la moindre trace de sa maladie. Au même livre, saint Grégoire dit encore que Galla, jeune personne des plus nobles de Rome, fille du consul el patrice Symmaque, se trouva veuve après un an de mariage. Son âge et sa fortune demandaient qu'elle convolât à de secondes noces ; mais elle préféra s'unir à Dieu par une alliance spirituelle, dont les commencements se passent dans la tristesse mais par laquelle on parvient au ciel, plutôt que de se soumettre à des noces charnelles qui commencent toujours par la joie pour finir dans la tristesse. Or, comme elle était d'une constitution toute de feu, les médecins prétendirent qup si elle n'avait plus de commerce avec un homme, celte ardeur intense lui ferait pousser de la barbe contre l'ordinaire de la nature. (le qui arriva en effet peu de temps après. Mais Galla ne tint aucun compte de celle difformité extérieure, puisqu'elle aimait la beauté intérieure : el elle n'ap- [iréhenda point, malgré cette laideur, de n'être point
aimée de Tépoux céleste. Elle quitta donc ses habits du monde, et se consacra dans le monastère élevé auprès de l'église de saint Pierre, où elle servit Dieu avec simplicité et passa de longues années dans l'exercice de la prière et de l'aumône. Elle fut enfin attaquée d'un cancer au sein. Comme deux flambeaux étaient toujours allumés devant son lit, parce que, amie de la lumière, elle avait en horreur les ténèbres spirituelles comme lès corporelles, elle vit le bienheureux Pierre, apôtre, au milieu de ces deux flambeaux, debout devant son lit. Son amour lui fit concevoir de l'audace et elle dit : « Qu'y a-t-îl, mon maître? Est-ce que mes péchés me sont remis? » Saint Pierre inclina la tête avec la plus grande bonté, et lui répondit : « Oui, ils sont remis, viens. » Et elle dit : « Que sœur Benotte vienne avec moi, je vous en prie. » Et il dit : « Non, mais qu'une telle vienne avec toi. » Ce qu'elle fit connaître à l'abbesse qui mourut avec elle trois jours après. — Saint Grégoire raconte encore dans le même ouvrage, qu'un prêtre d'une grande sainteté réduit à l'extrémité, se mit à crier avec grande liesse : « Bien, mes seigneurs viennent ; bien, mes seigneurs viennent; comment avez-vous daigné venir vers unsichétif serv^iteur? Je viens, je viens, je vous remercie, je vous remercie. » Et comme ceux qui étaient là lui demandaient à qui il parlait de la sorte, il répondit avec admiration : « Est-ce que vous ne voyez pas que les saints apôtres Pierre et Paul sont venus ici ensemble? » Et comme il répétait une seconde fois les paroles rapportées plus haut, sa sainte âme fut délivrée (le son corps. — H y a doute, chez quelques auteurs,
si ce fut le même jour que saint Pierre et saint Paul souffrirent. Quelques-uns ont avs^ncé que ce fut le même jour, mais un an après. Or, saint Jérôme et presque tous les saints qui traitent cette question s'accordent à dire que ce fut le mêmejouret la même année, comme cela reste évident d'après la lettre de saint Denysy et le récit de saint Léon (d'autres disent saint Maxime), dans un sermon où il s'exprime comme il suit : « Ce n'est pas sans raison qu'en un même jour et dans le même lieu, ils reçurent leur sentence du même tyran. Ils souffrirent le même jour afin d'aller ensemble à J.-C. ; ce fut au même endroit, afin que Rome les possédât tous les deux ; sous le même persécuteur, afin qu'une égale cruauté les atteignit ensemble.
Ce jour fut choisi pour célébrer leur mérite; le lieu pour qu'ils y fussent entourés de gloire ; le même persécuteur fait ressortir leur courage. » Bien qu'ils aient souffert le même jour et à la même heure, ce ne fut pourtant pas au même endroit, mais dans des quartiers différents : et ce que dit saint Léon qu'ils souffrirent au même endroit, doit s'entendre qu'ils souffrirent tous les deux à Rome. C'est à ce sujet qu'un poète composa ces vers :
Ense coronatur Paulus, cruce Petrus, eodem Sub duce, luce, loco, dux Nero, Roma locus '*,
• Traduction de Jean Baiallier:
Pol fut couronné d'une épée; Pierre eut la croix renversée.
Néron fut duc, si comme Ton nomme Le lieu fui la cité de Rom me.