‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 29 sur 73 · SAINTE PRAXÈDE · texte numérisé non relu

SAINTE PRAXÈDE

Fraxède viendrait de prasin, vert, elle verdit et porta fleur àe virginité.

Sainte Praxède, vierge, fut la sœur de sainte Pudentienne, de saint Donat et de saint Timothée qui furent

• Bréviaire; — Martyrologes,

u. ir»

instruits dans la foi par les apôtres. Au milieu de la fureur d'une persécution, ils ensevelirent les corps d'un grand nombre de chrétiens, et donnèrent leurs biens aux pauvres; enfin ils reposèrent en paix, vers Tan du Seigneur 16S, sous Marc et Antoine le second.

SAINTE MARIE-M AGDELEINE *

Marie signifie mer amère, ou illuminatrice, ou illuminée. Ces trois significations font comprendre les trois excellentes parts qu*elle a choisies, savoir : la part de la pénitence, de la contemplation intérieure et de la gloire céleste. C'est de ces trois parts que le Seigneur a dit : « Marie a choisi une excellente part qui ne lui sera pas enlevée. » La première part ne lui sera pas enlevée à cause de la fin qu'elle se proposait d'acquérir, la béatitude; ni la seconde à cause de la continuité, parce que la contemplation de la vie est continuée par la contemplation de la patrie : ni la troisième en raison de son éternité. Kn tant donc qu'elle a choisi rexcellenle part de pénitence, elle est appelée mer anière, parce qu'elle y eut beaucoup d'amertumes : ce (|ui est clair par l'abondance des larmes qu'elle répandit et avec lesquelles elle lava les pieds du Seigneur. Kn t^nt qu'elle a choisi l'excellente part de la gloire céleste, elle reçoit le nom d'illuminatrice, parce qu'elle y a reçu avec avidité ce qu'elle a dans la suite rendu avec abondance : elle y a reçu la lumière avec laquelle elle a plus tard éclairé les autres. En tant qu'elle a choisi l'excellente part de la gloire céhesle, elle est nommée illuminée, parce qu'elle est maintenant illuminée dans son esprit par la lumière de la parfaite connaissance, et (jue, dans son corps, elle sera illuminée de clarté. Madeleine veut dire restant coupable (monens rea) ou bien encore munie, invaincue, magnifique, qualités qui indiquent ce qu'elle fut avant, pendant, et après sa conversion.

Haban, .Maur, Bréviaires de Provence.

Avant sa conversion en effet, elle restait coupable et engagée à la damnation éternelle ; pendant sa conversion, elle était munie et invaincue, parce qu'elle était armée de pénitence ; elle se munit donc excellemment de toutes les armes de la pénitence ; car autant elle a eu de délectation, autant elle en a fait l'objet de ses holocaustes. Après sa conversion elle fut maf^nîfique par la surabondance de grâces, car où avait abondé le péché, là a surabondé la grâce *.

Marie, surnommée Magdeleine, du château de Magdalon, naquit des parents les plus illustres, puisqu'ils descendaient de la race royale. Son père se nommait Syrus et sa mère Eucharie. Marie possédait en commun avec Lazare, son frère et Marthe, sa sœur, le château de Magdalon, situé à deux milles de Génézareth, Béthanie qui est proche de Jérusalem, et une grande partie de Jérusalem. Ils se partagèrent cependant leurs biens de cette manière : Marie eut Magdalon d'où elle fut appelée Magdeleine, Lazare retint ce qui se trouvait à Jérusalem, et Marie posséda Béthanie. Mais comme Magdeleine recherchait tout ce qui peut flatter les sens, et que Lazare avait son temps employé au service militaire, Marthe, qui était pleine de prudence, /ii^ouvernait avec soin les intérêts de sa sœur et ceux de son frère; en outre elle fournissait le nécessaire

• Pour la vie de sainte Marie-Majçdeleine, consulter les Monumentâ de Vapoitolat, par M. Faillon, prêtre de Saint-Sulpice. Cette publication extraordinaire confirme les faits de la lé-^ gende, à l'exception du pèlerinage du prince à Rome et à Jérusalem avec saint Pierre. Toutefois, M. Faillon ne paraît rejeter c« fait qu'en s'appuyant sur l'impossibilité où le prince aurait pu d'être reconnu par saint Pierre à la croix qu'il portail sur l'épaule. Ce qui ne paraît pas rigoureux.

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aux soldats, à ses serviteurs, et aux pauvres. Tontefois ils vendirent tous leurs biens après l'ascension de J.-C. et en apportèrent le prix aux apôtres. Comme donc Magdeleine reg^orgeait de richesses et que la volupté est la compagne accoutumée de nombreuses possessions, plus elle brillait par ses richesses et sa beauté, plus elle salissait son corps par la volupté; aussi perdit-elle son nom propre pour ne plus porter que celui de pécheresse. Comme J.-C. prêchait çà et là, inspirée par la volonté divine, et ayant entendu dire que J.-C. dînait chez Simon le lépreux, Magdeleine y alla avec empressement, et n'osant pas, en sa qualité de pécheresse, se mêler avec les justes, elle resta aux pieds du Seigneur, qu'elle lava de ses larmes, essuya avec ses cheveux et parfuma d'une essence précieuse : car les habitants du pays, en raison de l'extrême chaleur du soleil, usaient de parfums et de bains. Comme Simon le pharisien pensait à part soi que si J.-C. était un prophète, il ne se laisserait pas toucher par une pécheresse, le Seigneur le reprit de soTi orgueilleuse justice et remit à cette femme tous ses péchés. C'est à cette Marie-Magdeleîne que le Seigneur accorda tant de bienfaits et donna de si grandes marques d'affection. Il chassa d'elle sept démons, il IVmhrasa entièrement d'amour pour lui ; il en fit son amie de préférence ; il était son hôte; c'était elle qui, dans ses courses, pourvoyait à ses besoins, et en tonte occasion il prenait sa défense. Il la disculpa aufjfès du pharisien qui la disait immonde, auprès de sa sœur qui la traitait de paresseuse, auprès de Judas qui l'appelait prodigue. En voyant ses larmes.

" ne put retenir les siennes. Par son amour, elle ob- ^^ni que son frère, mort depuis trois jours, fût ressuscité ; ce fut à son amitié que Marthe, sa sœur, dut d'êlre délivrée d'un flux de sang, dont elle était afflifî^e depuis sept ans; à ses mérites Martille, servante "C sa sœur, dut d'avoir l'honneur de proférer ce mot ^' doux qu'elle dit en s'écriant : « Bienheureux le sein Çwi vous a porté. » D'après saint Ambroise, en efi*et, ^ ®sl de Marthe et de sa servante qu'il est question en ^^' endroit. C'est elle, dis-je, qui lava les pieds du ^^gneurde ses larmes, qui les essuya avec ses che- ^'^^X, qui les parfuma d'essence, qui, le temps de la gr^ce arrivé, fit tout d'abord une pénitence exemplaire, U^i choisit la meilleure part, qui se tenant assise aux P*^ds du Seigneur écouta sa parole, et lui parfuma la ^*^e, qui était auprès de la croix lors de la passion, H^î prépara des aromates dans l'intention d'embaui^erson corps, qui ne quitta pas le sépulcre quand les disciples se retirèrent ; ce fut à elle la première i|ue J.-C. apparut lors de sa résurrection, et il la fit /'apôtre des apôtres.

Après l'ascension du Seigneur, c'est-à-dire quatorze ans après la passion, les Juifs ayant massacré depuis longtemps déjà saint Etienne et ayant chassé les autres disciples de leur pays, ces derniers se retirèrent dans les régions habitées par les gentils, pour y semer la parole de Dieu. Il y avait pour lors avec les apôtres saint Maximin, l'un des 72 disciples, auf|uel Marie-Magdeleine avait été spécialement recommandée par saint Pierre. Au moment de cette dispersion, saint Maximin, Marie-Magdeleine, Lazare, son n. X 16'

frère, Marthe, sa sœur, et Martille, suivante de Marthe, et enfin le bienheureux Cédonius, Taveugle-né guéri par le Seigneur, furent mis par les infidèles sur un vaisseau tous ensemble avec plusieurs autres chrétiens encore, et abandonnés sur la mer sans aucun pilote afin qu'ils fussent engloutis en même temps. Dieu permit qu'ils abordassent à Marseille. N'ayant trouvé là personne qui voulût les recevoir, ils restaient sous le portique d'un temple élevé à la divinité du pays. Or, comme sainte Marie-Magdeleine voyait le peuple accourir pour sacrifier aux dieux, elle se leva avec un visage tranquille, le regard serein, et par des discours fort adroits, elle le détournait du culte des idoles et lui prêchait sans cesse J.-G. Tous étaient dans Tadmiration pour ses manières fort distinguées, pour sa facilité à parler, et pour le charme de son éloquence. Ce n'était pas merveille si une bouche qui avait embrassé avec autant de piété et de tendresse les pieds du Sauveur, eût conservé mieux que les autres le parfum de la parole de Dieu.

Alors arriva un prince du pays avec son épouse qui venait sacrifier aux idoles pour obtenir un enfant. Magdeleinc, en leur annonçant J.-C, les dissuada d'offrir des sacrifices. Quelques jours s'étant écoulés, Maçdeleine, se montra dans une vision à cette dame cl lui dit : « Pourquoi, vous qui vivez dans rabondancc, laissez-vous les saints de Dieu mourir de faim et de froid ? » Elle finit par la menacer que si elle ne persuadait pas cl son mari de venir au secours de la misère des saints, elle encourrait la colère du Dieu tout puissant. Toutefois la princesse n'eut pas la force de

découvrir sa vîsîon à son mari. La nuit suivante Mag-

deleine lui apparut et lui dit la même chose; mais

^^tte femme négligea encore d'en faire part à son

*^pou,\. Une troisième fois, au milieu du silence de la

"^il, Marie apparut à Tun et à l'autre ; elle frémis-

^^H et le feu de sa colère jetait une lumière qui au-

^^ït fait croire que loute la maison était en flammes.

^* Dors-tu, tyran, dit-elle ? membre de Satan qui est

^n père, tu reposes avec cette vipère, la femme, qui

'^'a pas voulu te faire connaître ce que je lui ai dit :

Te reposes-tu, ennemi de la croix de J.-C. ? Quand

^on estomac est rempli d'aliments de toutes sortes, tu

laisses périr de faim et de soif les saints de Dieu. Tu

^s couché dans un palais ; autour de loi ce ne sont

^i^e tentures de soie, et tu les vois désolés et sans asile,

^^ tu passes oulre. Non, cela ne finira pas de cette

sorte : et ce ne sera pas impunément que tu auras

"■fféré de leur faire du bien. » Elle dit et se retira.

•^ «On réveil la femme, haletante et effrayée, dit à

''^'^ mari troublé comme elle : « Mon seigneur, avez-

^^s eu le même songe que moi? » « Oui, répondii-

^ ^l je ne puis m'empècher d'admirer et de craindre.

^^ ^Tons-nous donc à faire? » « Il vaut mieux pour

,. ti5^^ reprit la femme, nous conformer à ce qu'elle

^ ^ plutôt que d'encourir la colère de son Dieu dont

^ nous menace. » Ils reçurent donc les saints chez

^> et leur fournirent le nécessaire.

* ^r, un jour que Marie-Magdeleine prêchait, le prince

t on vient de parler lui dit : « Penses-tu pouvoir - ^l^ifier la foi que tu prêches ? » « Oui, reprit-elle, ^uis prête à la défendre ; elle est confirmée par les

miracles quotidiens et la prédication de mon maflre saint Pierre, qui préside à Rome. Le prince et son épouse lui dirent : « Nous voilà disposés à obtempérer à tous tes dires, si tu nous obtiens un fils du Dieu que tu prêches. » « Alors, dit M agdeleine, ce ne sera pas moi qui serai un obstacle. » Et la bienheureuse pria pour eux le Seigneur qu'il leur daignât accorder un fils. Le Seigneur exauça ses prières et la dame conçut. Alors son mari voulut partir pour aller trouver saint Pierre, afin de s'assurer si ce qu'avait annoncé Magdeleine touchant J.-C. était réellement la vérité. Sa femme lui dît: « Quoi ! monseigneur, pensez-vous partir sans moi? Point du tout; si vous partez, je partirai, si vous venez, je viendrai, si vous restez, je resterai. » Son mari lui dit: « Il n'en sera pas ainsi, ma dame ; car vous êtes enceinte et sur la mer on court des dangers sans nombre ; vous pourriez donc facilement être exposée; vous resterez en repos à la maison et vous veillerez sur nos possessions. » Elle n'en persista pas moins, et obstinée comme l'est une personne de son sexe, elle se jeta avec larmes aux pieds d:* son mari qui obtempéra enfin à sa demande. Alors Marie mit le signe de la croix sur leurs épaules de crainte que Tantique ennemi ne leur nuisît en route. Ils chargèrent un vaisseau de tout ce qui leur était nécessaire, et après avoir laissé le reste àla gardedeMarie-Madgdeleine, ils partirent. Ilsn'avaient voyagé qu'un jour et une nuit quand la mer commença à s'enfler, le vent à gronder, de sorte que tous les passagers et principalement la dame enceinte et débile, ballottés ainsi par les vagues, furent en proie

SAINTE MARIE-MÀGDELEINE 249

aux plus graves inquiétudes ; les douleurs de Tenfantement saisirent la femme tout à coup, et au milieu de ses souffrances et de la violence de la tempête, elle mil un enfant au monde et expira. Or, le petit nouveau-né palpitait éprouvant le besoin de se nourrir du lait de sa mère qu'il semblait chercher en poussant des vagissements pitoyables. Hélas ! quelle douleur ! En recevant la vie, cet enfant avait donné la mort à sa mère, il ne lui restait plus qu'à mourir lui-même puisqu'il n'y avait personne pour lui administrer la nourriture nécessaire à sa conservation. Que fera le pèlerin envoyant sa femme morte, et son fils qui, par ses cris plaintifs, exprimait le désir de prendre le sein? Il se lamentait beaucoup en disant : « Hélas ! malheureux ! que feras-tu? Tu as souhaité un fils et tu as perdu la mère qui lui donnait la vie. » Les matelots criaient : rc Qu'on jette ce corps à la mer, avant que nous ne soyons engloutis en même temps que lui, car tant qu'il sera avec nous, cette tempête ne cessera pas. » Et comme ils avaient pris le cadavre pour le jeter à la mer : « Un instant, dit le pèlerin, un instant : si vous ne voulez pas attendre ni pour la mère ni pour moi, nyez pitié au moins de ce petit enfant qui crie ; attendez un instant, peut-être que la mère a seulement j>erdu connaissance dans sa douleur et qu'elle vit encore. )x Et voici que non loin du vaisseau apparut une cx>Hine ; à cette vue, il pensa qu'il n'y avait rien de mieux à faire que d'y transporter le corps de la mère et l'enfant plutôt que de les jeter en pâture aux bêles marines. Ce fut par prières et par argent qu'il parvint à obtenir des matelots d'aborder. Et comme le rocher

était si dur qu'il ne put creuser une fosse, il plaça le corps enveloppé d'un manteau dans un endroit des plus écartés de la montagne et déposant son fils contre son sein, il dit : « 0 Marie-Magdeleine ; c*est pour mon plus grand malheur que tu as abordé à Marseille ! Pourquoi faut-il que j'aie eu le malheur d'entreprendre ce voyage d'après tes avis? As-tu demandé à Dieu que ma femme conçût afin qu'elle pérît ? Car voici qu'elle a conçu et, en devenant mère, elle subit la mort; son fruit est né et il faut qu'il meure, puisqu'il n'y a personne pour le nourrir. Voici ce que j'ai obtenu par ta prière, je t'ai confié tous mes biens, je les confie à Ion Dieu. Si tu as quelque pouvoir, souviens-toi de l'îime de la mère et à ta prière que Ion Dieu ait pitié de l'enfant et ne le laisse pas périr. » Il enveloppa alors dans son manteau le corps de sa femme et de son fils et remonta sur le vaisseau.

Quand il fut arrivé chez saint Pierre, celui-ci vint à sa rencontre, et en voyant le signe de la croix attaché sur ses épaules il lui demanda qui il était et d'on il venait. Le pèh^rln lui raconta tout ce qui s'était passé. — Pierre lui dit : « La paix soit avec vous, vous avez hicn fait de venir et vous avez été bien inspiré de croire. Ne vous tourmentez pas si votre femme dori, el si son enfant repose avec elle ; car le Seigneur a le pouvoir de donner à qui il veut, de reprendre ce qu'il a donné, de rendre ce qui a été enlevé, et de chani^er votre douleur en joie. » Or, saint Pierre le condui sit lui-même à Jérusalem et lui montra chacun des en droits où J.-C. avait prêché, el avait fait des miracles comme aussi le lieu où il avait souffert, el celui d'c

il était monté aux deux. Après avoir été instruit avec soin dans la foi par saint Pierre, il remonta sur un vaisseau après deux ans révolus, dans l'intention de regagner sa patrie. Dieu permet que, dans le trajet, ils passassent auprès de la colline où avait été déposé le corps de sa femme avec le nouveau-né, et par prière et par argent il obtint d'y débarquer. Or, le petit enfant, qui avait été gardé sain et sauf par sainte Marie- Magdeleine, venait souvent sur le rivage, et comme tous les enfants, il avait coutume de se jouer avec des coquillages et des cailloux. En abordant, le pèlerin vit donc un petit enfant qui s*amusait, comme on le fait à son âge, avec des pierres ; il ne se lassait pas d'admirer jusqu'à ce qu'il descendît de la nacelle. En l'apercevant, Tenfant, qui n'avait jamais vu de sem- Wable chose, eut peur, courut comme il avait coutume de le faire au sein de sa mère sous le manteau "<î laquelle il se cacha. Or, le pèlerin, pour mieux s'assu- ^^^ de ce qui se passait, s'approcha de cet endroit et y trouva un très bel enfant qui prenait le sein de sa mère. '' 'accueillit dans ses bras. « 0 bienheureuse Marie- "3g*deleine, dit-il, quel bonheur pour moi ! comme tout me réussirait, si ma femme vivait et pouvait retouï^^er avec moi dans notre patrie ! Je sais, oui, je ^*^» et je crois sans aucun doute que vous qui m'avez doriné un enfant et qui l'avez nourri sur ce rocher pci^dant deux ans, vous pourriez, par vos prières, rendre à sa mère la santé dont elle a joui auparavant. » X ces mots, la femme respira et dit comme si elle se réveillait : « Votre mérite est grand, bienheureuse Maric-Magdeleine, vous êtes glorieuse, vous qui, dans les

douleurs de l'enfantement, avez rempli pour moi Tof- Hce de sage-femme, et qui en toute circonstance m'avez rendu les bons soins d'une ser^'ante. )> En entendant ces paroles, le pèlerin fut plein d'admiration» « Vivez- vous, dit-il, ma chère épouse ? » « Oui, répondit-elle, je vis ; je viens d'accomplir le pèlerinage <jue vous avez fait vous-même. C'est saint Pierre quL vous a conduit à Jérusalem et qui vous a montré tous^ les lieux où J.-C. a souffert, est mort et a été ense— veli, et beaucoup d'autres encore ; moi, c'est avec sainte^ Marie-Magdeleine pour compagne et pour guide que j'ai vu chacun de ces lieux avec vous; j'en ai conGé le souvenir à ma mémoire. » Alors elle énuméra tous les endroits où J.-C. a souffert, raconta les miracles qui avaient eu son mari pour témoin, sans la moindre hésitation. Le pèlerin joyeux prit la mère et Tenfant, s'embarqua et peu après ils abordèrent à Marseille, où, étant entrés, ils trouvèrent sainte Marie-Magdeleine annonçant la parole de Dieu avec ses disciples. Us se jetèrent à ses pieds en pleurant, lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, et reçurent le saint baptême des mains du bienheureux Maximin. Alors ils détruisirent dans Marseille tous les temples des idoles, et élevèrent des églises en l'honneur de J.-C, ensuite ils choisirent à l'unanimité le bienheureux Lazare pourévêque de la cité. Enfin conduits par l'inspiration de Dieu, ils vinrent à Aix dont ils convertirent la population à la foi de J.-C. en faisant beaucoup de miracles et où le bienheureux Maximin fut de son côté ordonné évêque.

Cependant la bienheureuse Marie-Ma^deleine, qui

aspirait ardemment se livrer à la contemplation des choses supérieures, se retira dans un désert aflFreux où elle resta inconnue l'espace de trente ans, dans un endroit préparé par les mains des anges. Or, dans ce lieu, il n'y avait aucune ressource, ni cours d'eau, ni arbres, ni herbe, afin qu'il restât évident que notre Rédempteur avait disposé de la rassasier, non pas de nourritures terrestres, mais seulement des mets du ciel. Or, chaque jour, à l'instant des sept heures canoniales, elle était enlevée par les anges au ciel et elle y entendait, même des oreilles du corps, les concerts charmants des chœurs célestes. Il en résultait que, rassasiée chaque jour à cette table succulente, et ramenée par les mêmes anges aux lieux qu'elle habitait, elle n'éprouvait pas le moindre besoin d'user d'aliments corporels. ^^ prêtre, qui désirait mener une vie solitaire, plaça ^ <*el]ule dans un endroit voisin de douze stades do *^'lede Marie-Magdeleine. Un jour donc, le Seigneur ^^^ni les yeux de ce prêtre qui put voir clairement comment les anijes descendaient dans le lieu où demeu- ^^^ la bienheureuse Marie, la soulevaient dans les airs ^^'3 rapportaient une heure après dans le même lieu, ^^ chantant les louanges du Seigneur. Alors le prêtre, ^'^anl s'assurer de la réalité de cette vision, après ^*tre recommandé par la prière à son créateur, se di- ^'çea avec dévotion et courage vers cet endroit ; il 'ïen était éloigné que d'un jet de pierre, quand ses jambes commencèrent à fléchir, une crainte violente le saisit et lui ôta la respiration : s'il revenait en arrière, ses jambes et ses pieds reprenaient des forces pour marcher, mais s'il rebroussait chemin pour tenter de

s'approcher du Heu en question, autant de fois la lassitude s'emparait de son corps, et son esprit s'engourdissait. L'homme de Dieu conoprit donc qu'il y avait h\ un secret du ciel auquel l'esprit humain ne pouvait atteindre. Après avoir invoqué le nom du Sauveur il s'écria : « Je t'adjure par le Seigneur, que si tu es un homme ou bien une créature raisonnable habitant cette caverne, tu me répondes et tu me dises la vérité. « Et quand il eut répété ces mots par trois fois, la bienheureuse Marie-Magdeleine lui répondit : « Approchez plus près, et vous pourrez connaître la vérité de tout ce que votre âme désire. » Quand il se fut approché tout tremblant jusqu'au milieu de la voie à parcourir, elle lui dit : « Vous souvenez-vous qu'il est question, dans l'Évangile, de Marie, cette fameuse pécheresse, qui lava de ses larmes les pieds du Sauveur, et les essuya de ses cheveux, ensuite mérita le pardon de ses fautes ? » Le prêtre lui répondit : « Je m'en souviens, et depuis plus de trente ans la sainte église croit et confesse ce fait. » « C'est moi, dit-elle, qui suis celte femme. J'ai demeuré inconnue aux hommes l'espace de trente ans, et comme il vous a été accordé de le voir hier, chaque jour, je suis enlevée au ciel [)ar les mains des anges, et j'ai eu le bonheur d'entendre des oreilles du corps les admirables concerts des cliœurs célestes, sept fois par chaque jour. Or, {)uisqu'il m'a été révélé par le Seigneur que je dois sortir de ce monde, allez trouver le bienheureux Maximin, et dites-lui que, le jour de Pâques prochain, à riKMire qu'il a coutume de se lever pour aller à matines, il entre seul dans son oratoire et qu'il m'y trou-

vera transportée par le ministère des anges. » Le prêtre entendait sa voix, comme on aurait dit de celle d*un ange, mais il ne voyait personne. Il se hâta donc d'aller trouver saint Maximin, et lui raconta tous ces détails. Saint Maximin, rempli d'une grande joie, rendit alors au Sauveur d'immenses actions de grâce, et au jour et à Theure qu'il lui avait été dit, en entrant dans son oratoire, il voit la bienheureuse Marie-Magdeleine debout dans le chœur, au milieu des anges qui l'avaient amenée. Elle était de deux coudées audessus de terre, debout au milieu des anges et priant I^ieu, les mains étendues. Or, comme le bienheureux Maximin tremblait d'approcher auprès d'elle, Marie dit en se tournant vers lui : « Approchez plus près ; •»e fuyez pas votre fille, mon père. » En s'approchant, '*^^'on qu'on le lit dans les livres de saint Maximin '^^i-méme, il vit que le visage de la sainte rayonnait "^* telle sorte par les continuelles et longues conimu- '"cations avec les anges, que les rayons du soleil ^*taient moins éblouissants que sa face. Maximin con- ^^qua tout le clergé et le prêtre dont il vient d'être P^rté. Marie -Magdeleine reçut le corps et le sang du ^*g»eur des mains de l'évêque, avec une grande i^^Oiidance de larmes. S'étant ensuite prosternée devant ï^ base de l'autel, sa très sainte âme passa au Seigneur : i^l^rès qu'elle fut sortie de son corps, une odeur si suave i'^^répanditdans le lieu même, que pendant près de sept jours, ceux qui enlraientdans Toratoire la ressentaient. Le bienheureux Maximin embauma le très saint corps avec différents aromates, Tensevelit, et ordonna qu'on l'ensevelît lui-même auprès d'elle après sa mort.

Hégésippe, ou bien Joseph, selon d'autres, est assez d'accord avec celte histoire. Il dit, en effet, dans son traité, que Marie-Magdeleine, après Tascension du Seigneur, poussée par son amour envers J.-C. et par Tennui qu'elle en avait, ne voulait plus jamais voir face d'homme ; mais que dans la suite elle vint au territoire d'Aix, s'en alla dans un désert où elle resta inconnue l'espace de trente ans, et, d'après son récit, chaque jour, elle était transportée dans le ciel pour les sept heures canoniales. Il ajoute cependant qu'un prêtre, étant venu chez elle, la trouva enfermée dans sa cellule. Il lui donna un vêtement sur la demande qu'elle lui en fit. Elle s'en revêtit, alla avec le prêtre à l'église où après avoir reçu la communion, elle éleva les mains pour prier et mourut en paix vis-à-vis Tautel. — Du temps de Charlemagne, c'est-à-dire, l'an du Seigneur 769, Gyrard, duc de Bourgogne, ne pouvant avoir de fils de son épouse, faisait de grandes largesses aux pauvres, et construisait beaucoup d'églises et de monastères. Ayant donc fait bâtir l'abbaye de Vézelai, il envoya, de concert avec Tabbé de ce monastère, un moine avec une suite convenable, à la ville d'Aix, pour en rapporter, s'il était possible, les reliques de sainte Marie-Magdeleine. Ce moine arrivé à Aix trouva la ville ruinée de fond en comble par les païens ; le hasard lui fit découvrir un sépulcre dont les sculptures en marbre lui prouvèrent que le corps <le sainte Marie-Magdeleine était renfermé dans Tintérieiir; en effet riiisloire de la sainte était sculptée avec un art merveilleux sur le tombeau. Une nuit donc le moine le brisa, prit les reliques et les emporta-

SAINTE MARIE-MAGDELEINC 2o7

à son hôtel. Or, cette nuit-là même, la bienheureuse Marie-Magdeleine apparut à ce moine et lui dit de n'avoir aucune crainte mais d'achever l'œuvre qu'il avait entreprise.

A son retour, il était éloigné d'une deroi-lieue de son monastère, quand il devint absolument impossible de remuer les reliques, jusqu'à l'arrivée de l'abbé avec les moines qui les reçurent en procession avec çrand honneur. Un soldat qui avait l'habitude de venir chaque année en pèlerinage au corps de la bienheureuse Marie-Magdeleine, fut tué dans une bataille. On l'avait mis dans le cercueil et ses parents en pleurs se plaignaient avec confiance à sainte Magdeleine de ce qu'elle avait laissé mourir, sans qu'il eût eu le temps de se confesser et de faire pénitence, un homme qui lui avait ^té si dévot. Tout à coup, à la stupéfaction générale, ^'«i qui était mort ressuscita, demanda un prêtre, et *près s'être dévotement confessé et avoir reçu le via- ^«e, il mourut en paix aussitôt. — Un navire sur '^uel se trouvaient beaucoup d'hommes et de femmes "^ Haufragre. Mais une femme enceinte, se vovant en "^Hger de périr dans la mer, invoquait, autant qu'il ^^it en son pouvoir, sainte Magdeleine, et faisait vœu, 1^^ si, grâce à ses mérites, elle échappait au naufrage ^^ mettait un fils au monde, elle le dédierait à son mo- ^^stère. A l'instant, une femme d'un aspect et d'un port vénérable lui apparut, la prit par le menton, et '^ conduisit saine et sauve sur le rivage, quand tous l^s autres périssaient *. Peu de temps après, elle mit au

Vincent de B., Hitt,, 1. XXIV, c. xxxv n.

monde un fils, et accomplit fidèlement son vœu. — • Il y en a qui disent que Marie-Magdeleine était fiancée à saint Jean Tévançéliste, et qu'il allait l'épouser quand .I.-C. l'appela au moment de ses noces. Indignée de ce que le Seigneur lui avait enlevé son fiancé, Magdeleine s'en alla et se livra tout à fait à la volupté. Mais parce qu'il n'était pas convenable que la vocation de Jean fût pour Magdeleine une occasion de se damner, le Seigneur, dans sa miséricorde, la convertit à la pénitence; et en l'arrachant aux plaisirs des sens, il la combla des joies spirituelles qui se trouvent dans l'amour de Dieu. Quelques-uns prétendent que si N.-S. admit saint Jean dans une intimité plus grande que les autres, ce fut parce qu'il l'arracha à l'amour de Magdeleine. Mais ce sont choses fausses et frivoles ; car frère Albert, dans le prologue sur l'Evangile de saint Jean, pose en fait que cette fiancée dont saint Jean fut séparé au moment de ses noces par la vocation de J.-C, resta vierge, et s'attacha parla suite à la sainte Vierge Marie, mère de J.-C. et qu'enfin elle mourut saintement. — Un homme privé de la vue vrnait au monastère de Vrzelai visiter le corps de sainte Marie-Mat^deleine, quand son conducteur lui dit qu'il rommenc^ait î\ apercevoir l'église. Alors l'aveiigle s'écria à haute voix : « 0 sainte Marie-Magde- Idno ! que ne pnis-je avoir le bonheur de voir une fois votre éq^lise ! » et à l'instant ses veux furent ouverts. — Un homme avait écrit ses péchés sur une feuille qu'il posa sous la nappe de l'autel de sainte Marie-Magdeleine, en la priant de lui en obtenir la rér.iission. Peu de temps après il reprit sa feuille et

SAINTE MARIE-MAGDELEINE 2u0

tous les péchés en avaient été effacés. — Un homme détenu en prison pour de l'argent qu'on exigeait d*^ lui invoquait à son secours sainte Marie-Magdeleine ; ol voici qu'une nuit lui apparut une femme d'une beauté remarquable qui, brisant ses chaînes et lui ouvrant la porte, lui commanda de fuir. Ce prisonnier se voyant délivré s'enfuit aussitôt *. — Un clerc de Flandre, nommé Etienne, était tombé dans de si grands crimes, en s'adonnant à toutes les scélératesses, qu'il ne voulait pas plus entendre parler des choses qui regardent le salut qu'il ne les pratiquait. Cependant il avait une grande dévotion en sainte Marie-Magdeleine ; il jeûnait ses vigiles et honorait le jour de sa fête. Une fois qu'il visitait son tombeau, sainte Marie-Magdeleine lui apparut, alors qu'il n'était ni tout à fait endormi, ni tout à fait éveillé; elle avait la figure d'une belle femme ; ses veux étaient tristes, et elle était soutenue à droite et à ^uche par deux anges : alors elle lui dit : « Je t'en prie, Etienne, pourquoi te livres-tu à des actions indignes de moi ? Pourquoi n'es-tu pas touché des paroles pressantes que je t'adresse de ma propre bouche? dès rinstant que tu as eu de la dévotion pour moi, j'ai toujours prié d'une manière pressante le Seigneur pour toi. Allons, courage, repens-toi, car je ne t'abandonnerai pas que tu ne sois réconcilié avec Dieu. » Et il se sentit inondé de tant de grâces que, renonçant au monde, il entra en religion et mena une vie très parfaite. A sa mort, on vit sainte Marie-Magdeleine

• Viacent de B., Hi$t.^ I. XXIV, c. xxxv, ms. de la Bible, Bibliothèque nationale, u^ 5i96.

apparaître avec des anges auprès de son cercueil, et porter au ciel, avec des cantiques, son âme sous la forme d'une colombe*.

SAINT APOLLINAIRE

Apollinaire vient de pollens, resplendissant^ et de ares, vertu > resplendissant de vertus : ou bien de polio, qui signifie admi- u rable et naris, narine ; par quoi l'on entend la discrétion c'est comme si Ton disait : homme d'une discrétion admirable; Il peut encore venir de a, sans, de polluo, souiller, et arei vertu, homme vertueux non souillé par le vice.

Saint Apollinaire fut disciple de saint Pierre qi renvoya de Rome à Ravenne où, après avoîr jSfuéri femme du- tribun, il la baptisa avec son mari et sa f»t. mille. Le juge en fut informé et Apollinaire fut mandl^ le premier pour comparaître devant lui. On le cou — duisit au temple de Jupiter pour qu'ilsacrifiât. Comme ^ il disait aux prt^tres que For des idoles et Targent qu'on y suspendait seraient mieux employés en les donnant aux pauvres qu'à les exposer ainsi devant les dfMnons, il fut saisi aussitôt et battu avec des fouets jiiSfju'à rester à demi mort : mais il fut recueilli par ses disciples et soigné pendant sept mois dans la maison (riine veuve. De là il vint à Classe** pour y guérir un noble qui était muet ***. Comme il entrait dans la maison, une jeune fille possédée d'un esprit immonde

* Denys le Chartr., »S>rwo« iv, de sainte Marie-Magdeleine. ** Bourt!^ à 3/4 de lieue de Ravenne dont il est le port. ** Brèriaïrt' romain.

S\INT APOLLINAIRE 261

s^<:::ria : « Retîre-toi d'ici, serviteur de Dieu; sinon

je t.e ferai jeter hors de la ville les mains et les pieds liés. » Saint Apollinaire la reprit aussitôt et força le d^nnon à s'en aller. Après avoir invoqué le nom du ^îgneur sur le muet et l'avoir guéri, plus de cinq ^^ràts hommes reçurent le don de la foi. Cependant '^s. païens l'accablèrent à coups de fouet pour Fem- P^cher de nommer J.-C. : mais le saint étendu par ^ï*re criait que c'était le vrai Dieu. Alors ils le firent ^^Hir debout et nu-pieds sur des charbons ardents, '^^is comme il prêchait encore J .-C. avec la plus grande ^^^Tïstance, ils le chassèrent hors de la ville*.

Dans le même temps, Rufus, patricien de Ravenne, ^Ont la fille était malade, avait appelé saint Apolli- '^Bire pour la guérir : mais celui-ci était à peine entré ^l^ns la maison qu'elle mourut. Rufus lui dit : « Il eût ^lé à souhaiter que tu ne fusses pas entré chez moi, ^ar les grands dieux irrités n'ont pas voulu guérir ma fille : mais toi, que lui pourras-tu faire? » « Ne crains rien, lui répondit Apollinaire; seulement jure-moi que si ta fille ressuscite, tu ne l'empêcheras pas de s'attacher à son créateur. » 11 le promit et saint Apollinaire ayant fait une prière, la fille ressuscita. Elle confessa le nom de J.-C, reçut le baptême avec sa mère et une grande multitude de personnes, et elle vécut dans la virginité**. Quand C4ésar apprit cela, il écrivit au préfet du prétoire de faire sacrifier Apollinaire, ou de l'envoyer en exil. Apollinaire ayant refusé

* Bréviaire romain.

•• /bid.

de sacrifier, le préfet le fit fouetter et ordonna qu'on rétendît au chevalet pour le torturerJ^e saint persistant à confesser J.-C, il fit jeter de l'eau bouillante sur ses plaies et voulut l'envoyer en exil après l'avoir garrotté d'une masse énorme de fer. Les chrétiens, à la vue d'une si grande impiété, s'enflammèrent contre les païens, se jetèrent sur eux et eu tuèrent plus de deux cents. Alors le préfet se cacha, jeta Apollinaire au fond d'une prison très profonde, ensuite il le fit mettre sur un vaisseau après l'avoir enchaîné, et le fit partir en exil avec trois clercs qui suivaient le saint. Il s'éleva une tempête, et il n'y eut de sauvé que lui, les deux clercs et deux soldats qu'il baptisa. Revenu ensuite à Ravenne, où les païens le prirent et le conduisirent au temple d'Apollon, aussitôt qu'il eut aperçu la statue de l'idole, il la maudit et tout aussitôt, elle tomba. A cette vue, les prêtres le menèrent au juge Taurus. Ce juge, après que le saint eut rendu l'usage (le ses yeux à son fils qui était aveugle, se convertit à la foi, et garda Apollinaire pendant quatre ans dans son domaine. Les prêtres des faux dieux Payant accuse à Vespasien, celui-ci répondit que quiconque insultait les dieux devait sacrifier ou bien être chassé de la ville : « II n'est pas juste, ajoutait-il, que nous vengions les dieux ; mais, s'ils s'irritent, ils pourront se venger eux-mêmes de leurs ennemis. » Alors le patrice Démosthène, sur le refus que lui fit saint Apollinaire de sacrifier, le confia à un centurion déjà chrétien. Celui-ci demanda au saint de venir au quartier des lépreux pour y échapper à la fureur des gentils ; mais le peuple l'y poursuivit et le frappa si longtemps qu'il

SAINT APOLLINAIRE 263

en mourut, après sept jours employés par lui à donner des avis à ses disciples; il fut enseveli ensuite avec les plus g^rands honneurs au même endroit par les chrétiens, sous Tempire de Vespasien, Tan du Seigneur 70. — Saint Ambroise s*exprime ainsi sur ce martyr dans la préface : « Le très digne prélat Apollinaire est envoyé par le prince des apôtres Pierre à Ravenne, annoncer aux incrédules le nom de Jésus. Après y avoir opéré un grand nombre de miracles eu faveur de ceux qui croyaient en J.-C, il fut souvent accablé sous les coups de fouet; et son corps déjà vieux fut soumis à des traitements horribles de la part des impies. Mais afin que les fidèles ne fussent pas ébranlés dans la foi en présence de pareils tourments, il opérait des miracles comme les apôtres par la puissance de N.-S. J.-C. Après ses supplices, il ressuscite une jeune personne, il rend la vue aux aveui^les, la parole aux muets, il délivre une possédée du démon, il guérit un lépreux, il rend la sanlé à un pestiféré dont les membres tombaient en dissolution ; il renverse une idole et le temple qui Tabritait. 0 Pontife le plus digne de toute admiralion et de tout éloge, qui mérita de recevoir le pouvoir des apôtres avec la dignité épiscopale ! 0 courageux athlète de J.-C, sur le déclin et le froid des ans, il prêche au milieu des tortures avec constance J.-C, le Rédempteur du monde ! »

Christine, oinle du chrême ; elle eut en effet le baume de bonne odeur dans son genre de vie, Thuile de dévotion «dans le cœur, et la bénédiction à la bouche.

Sainte Christine ** naquit de parents très nobles, à Tyr***, en Italie. Son père la mit dans une tour avec douze suivantes; elle y avait des dieux d'argent et d'or. Comme elle était fort belle et que plusieurs la recherchaient en mariage, ses parents ne voulurent l'accorder à personne afin qu'elle restât consacrée au culte des dieux. Mais, instruite par le Saint-Esprit à avoir en horreur les sacrifices des idoles, elle cachait dans une fenêtre les encens avec lesquels on devait sacrifier. Son père étant venu, les suivantes lui dirent : « Ta fille, notre maîtresse, méprise nos divinités et refuse de leur sacrifier ; elle dit au reste qu'elle est chrétienne. » Le père, par ses caresses, l'exhortait à honorer 1;îs dieux, et elle lui dit: «Ne m'appelles pas ta fille, mais bien celle de celui auquel on doit le sacrifice de louantes ; car ce n'est pas à des dieux mortels, mais au Dieu du ciel cjue j'offre des sacrifices. » Son père lui répliqua: « Ma fille,'ne sacrifie pas seulement à un

'^ Alphauus, archevêque de Salerne en 1083, a donné les actes (le celte sainte qui se trouvent ici en abrégé.

** Cette légende est un abrégé fidèle de la vie et du martyre de sainte Christine écrite au xi* siècle par Alphanus, archevêque de Salcrne.

"'* Ville de Toscane engloutie dans le lac Bolsène.

Dieu, de peur d'encourir la haine des autres, w Christine lui répondit : « Tu as bien parlé, tout en ne connaissant pas la vérité ; j'offre en effet des sacrifices au Père, au Fils, et au Saint-Esprit. » Son père lui dit : « Si tu adores trois dieux, pourquoi n'adores-tu pas aussi les autres? » Elle répondît: « Ces trois ne font qu'une seule divinité. » Après cela Christine brisa les dieux de son père et en donna aux pauvres l'or et l'argent. Quand le père revint pour adorer ses dieux, <*t qu'il ne les trouva plus, en apprenant des suivantes ce que Christine en avait fait, il devint furieux et commanda qu'on la dépouillât et qu'elle fût fouettée par douze hommes jusqu'à ce qu'ils fussent épuisés eux-mêmes. Alors Christine dit à son père : « Homme sans honneur et sans honte, abominable aux yeux de Dieu ! ceux qui me fouettent s'épuisent ; demande pour eux à tes dieux de la vigueur, si tu en as le courage! » Et son père la fit charger de chaînes et jeter en prison. Quand la mère apprit cela, elle déchira ses vêtements, alla trouver sa fille et se prosternant à ses pieds, elle dit : « Ma fille Christine, lumière de mes yeux, aie pitié de moi. » Christine lui répondit : « Que m'appelez-vous votre fille ? ne savez- vous pas c|ue je porte le nom de mon Dieu ? » Or, la mère, n'ayant pu faire changer sa fille de résolution, revint trouver son mari auquel elle déclara les réponses de Christine. Alors le père la fit amener devant son tribunal et lui (lit: (( Sacrifie aux dieux, sinon tu seras accablée dans les supplices; tu ne seras plus appelée ma fille. )> Elle lui répondit: « Vous m'avez fait grande grâce de ne plus m'appeler maintenant fille du diable. Celui qui

naît de Satan est démon ; tu es le père de ce même Satan. » Son père ordonna qu'on lui raclAt les chairs avec des peignes et que ses jeunes membres fussent disloqués. Christine prit alors de sa chair qu'elle jeta à la figure de son père en disant: «Tiens, tyran, mange la chair que lu as engendrée. » Alors le père la fit placer sur une roue sous laquelle il fit allumer du feu avec de Thuile; mais la flamme qui en jaillit fit périr quinze cents personnes. Or, son père, qui attribuait tout cela à la magie, la fit encore une fois renfermer en prison, et quand la nuit fut venue, il commanda à ses gens de lui lier une pierre énorme au cou et de la jeter dans la mer. Ils le firent, mais aussitôt des anges la prennent, J.-C. lui-même vient à elle et la baptise dans la mer en disant : « Je te baptise en Dieu, mon père, et en moi J.-C. son fils, et dans le Saint- Esprit. » Et il la confia à Tarchange Michel qui l'amena sur la terre. Le père, qui apprit cela, se frappa le front en disant : « Par quels maléfices fais-tu cela, de pouvoir ainsi exercer ta magie dans la mer ? » Christine lui répondit : « Malheureux insensé! c'est de J.-C. ([ue j'ai reçu cette grâce. » Alors il la renvoya dans lu prison avec ordre de la décapiter le lendemain.

Or, cette nuit-là même, son père Urbain fut trouvé mort. Il eut pour successeur un juge inique, appelé Elias *, qui fit préparer une chaudière dans laquelle on mit bouillir de l'huile, de la résine et de la poix pour y jeter Christine. Quatre hommes agitaient la cuve afin que la sainte fiU consumée plus vite. Alors elle

Alpha nus le nomme Idion.

loua Dieu de ce qu'après avoir reçu une seconde naissance, il voulait qu'elle fût bercée comme un petit enfant. Le juge irrité ordonna qu'on lui rasât la tête et qu'on la menât nue à travers la ville jusqu'au temple d'Apollon. Quand elle y fut arrivée, elle commanda à ridole de tomber, ce qui la réduisit en poudre. A cette nouvelle le juge s'épouvanta et rendit l'esprit. Julien lui succéda : il fit chauffer une fournaise et y jeter Christine ; et elle resta intacte pendant cinq jours * qu'elle passa à chanter et à se promener avec des anges. Julien, qui apprit cela et qui l'attribua à la magie, fit jeter sur elle deux aspics, deux vipères et deux couleuvres. Les serpents lui léchèrent les pieds, les aspics ne lui firent aucun mal et s'attachèrent à ses mamelles, et les couleuvres en se roulant autour de son cou léchaient sa sueur. Alors Julien dit à un enchanteur : « Est-ce que tu es aussi magicien ? irrite les bêtes. » Et comme il le faisait, les serpents se jetèrent sur lui et le tuèrent en un instant. Christine commanda ensuite aux serpents, les envoya dans un désert et elle ressuscita le mort. Julien aloi's ordonna de lui enlever les mamelles, d'où il coula du lait au lieu de sang. Ensuite il lui fit couper la langue; Christine n'en perdit pas l'usage de la parole ; elle ramassa sa langue et la jeta à la figure de Julien, qui, atteint à l'œil, se trouva aveuglé. Julien irrité lui envoya deux flèches au cœur et une autre à son côté. En recevant ces coups elle rendit son esprit à Dieu, vers l'an du Seigneur 287, sous Dioclétien. Son corps repose dans un château

* Trois heures, d'après Alphanus.

268 LA LKGENDE DORKE

qu'on appelle Bolsène situé entre la Ville vieille et Viterbe. La tour qui était vis-à-vis de ce château a été renversée de fond en comble.

SAIiNT JACQUES LE MAJEUR*

Cet apùtre fut appelé Jacques, fils de Zébédée^ Jacques, frère de Jean, Boanergès, c*est-à-dirc iils du tonnerre, et Jacques le Majeur. On appelle Jacques, tils de Zébédée, non pas seulement parce qu'il fut son fils selon la chair, mais pour faire com> prendre son nom. Zébédée signifie donnant ou donné, et saint Jacques se donna lui-même à J.-C. par sa mort qui fut un martyre ; et il a été donné de Dieu pour être notre patron*'' spirituel. On l'appelle Jacques, frère de Jean, parce qu'il fut son frère et selon la chair et selon la ressemblance de la conduite. Tous les deux en effet eurent le même zèle, le même, désir de savoir, et tirent les mêmes souhaits. Ils eurent le même zèle pour venger le Seigneur ; en effet comme les Samaritains ne voulaient pas recevoir J -C., Jacques et Jean dirent : « Voulez-vous que nous commandions que le feu du ciel descende et qu'il consume ces gens-là ? » Ils eurent le même içoût pour apprendre : ce furent eux principalement qui interrogèrent J.-C. au sujet du jour du jugement et des autres choses à venir. Ils firent les mêmes souhaits, car tous les deux voulurent avoir leur place pour s'asseoir l'un à la droite et l'autre à la gauche de J.-C. Ou Tappelle Hls du tonnerre, en raison (lu bruit que faisaient ses prédications, parce qu'il effrayait 1rs méchants, il excitait les paresseux, et il s'attirait Tadmiration générale par la profondeur de ses paroles. Il en fut de lui comme de saint Jean, dont Bède dit : « Il a retenti si haut

'■ Pour la légende de saint Jacijues, on peut consulter les noies de Bivar sur la Chronique de Dexter. Les traditions des «'•«j^lises d'Espagne s'y trouvent exposées fort au long. " Le lecteur se rappelle que l'iuiteur s'appelle Jacques.

que s'il eût retenti un peu plus, le monde entier n'aurait pu le contenir. » On l'appelle Jacques le Majeur comme l'autre est appelé le Mineur : lo en raison de vocation ; car il fut appelé le premier par J.-C; 2* en raison de familiarité; car J.-G. paraît avoir été plus familier avec lui qu'avec l'autre ; on en a la certitude, puisque le Sauveur l'admettait dans ses secrets ; ainsi il l'admit à la résurrection de la jeune fille, et à sa glorieuse transfiguration ; 3* en raison de sa passion ; car ce fut le premier des apôtres qui souffrit le martyre. De même qu'on rappelle majeur pour avoir été le premier à l'honneur de l'apostolat, de même on peut l'appeler majeur pour avoir été appelé le premier à la gloire de l'éternité.

Saint Jacques, apôtre, fils de Zébédée, après Tascension du Seigneur, prêcha en Judée et dans le pays de Samarie ; il vint enfin en Espagne, pour y semer la parole de Dieu ; mais comme il voyait que ses paroles lie profitaient pas, et qu'il n'y avait gagné que neuf disciples, il en laissa deux seulement pour prêcher dans le pays, et il revint avec Icg autres en Judée. Cependant maître Jean Belelh dit qu'il ne convertit qu'un seul homme en Espagne. Pendant qu'il prêchait en Judée la parole de pieu, un magicien nommé Hermog^ène, d'accord avec les Pharisiens, envoya à saint Jacques un de ses disciples, nommé Philétus, pour prouver à l'apôtre que ce qu'il annonçait était faux. Mais l'apôtre rayant convaincu devant une foule de personnes par des preuves évidentes, et opéré en sa présence de noitibreux miracles, Philétus revint trouver Hermogène, en justifiant la doctrine de saint Jacques : il raconta en outre les miracles opérés par le saint, déclara vouloir devenir son disciple, et l'exhorta lui-même à l'imiter. Mais Hermogène en colère le rendit tellement

270 LV LKGEXDE DORKK

immobile par sa magie quMl ne pouvait remuer un seul membre : « Nous verrons, dit-il, si ton Jacques te déliera. » Philétus informa Jacques de cela par son valet, Tapôtre lui envoya son suaire et dit : « Qu'il prenne ce suaire et qu'il dise : « Le Seigneur relève (( ceux qui sont abattus ; il délie ceux qui sont encliaî- « nés (Ps. cxLv). » Et aussitôt qu'on eut touché Philétus avec le suaire, il fut délié de ses chaînes, se moqua des sortilèges d'Hermogène et se hâta d'aller trouver saint Jacques. Hermogène irrité convoqua les démons, et leur ordonna de lui amener Jacques garrollé avec Philétus, afin de se venger d'eux et qu'à l'avenir les disciples de l'apôtre n'eussent plus l'audace de l'insulter. Or, les démons qui vinrent vers Jacques se mirent à hurler dans l'air en disant : « Jacques, apôtre, ayez pitié de nous; car nous brûlons dès avant que notre temps soit venu. » Saint Jacques leur dit : « Pourquoi ètes-vous venus vers moi? » Ils répondirent : « C'est Hermogène qui nous a envoyés pour vous amener à lui, avec Philétus ; mais à peine nous dirigions-nous vers vous que l'ange de Dieu nous a liés avec des chaînes de feu et nous a beaucoup lourmentés. » « Que l'ange du Seigneur vous délie, reprit l'apôlre; retournez à Hermogène et amcnez-leinoi garroKé, mais sans lui faire de mal. » Ils s'en allèrent donc prendre Hermogène, lui lièrent les mains tlerrière le dos et l'amenèrent ainsi garrotté à saint Jacques, en disant : <( Où tu nous as envoyés, nous avons été brilles et horriblement tourmentés. » Et les démons dirent à saint Jacques : « Mettez-le sous notre puissance, afin que nous nous vengions des injures

que vous avez reçues et du feu qui nous a brûlés. » Saint Jacques leur dit : « Voici Philétus devant vous, pourquoi ne le tenez-vous pas ? » Les démons répondirent : « Nous ne pouvons même pas toucher de la main une fourmi qui est dans votre chambre. » Saint Jacques alors dit à Philétus : « Afin de rendre le bien pour le mal, selon que J.-C. nous l'a enseigné, Herinogène vous a liés ; vous, déliez-le. » Hermogène libre resta confus et saint Jacques lui dit : « Va librement ini tu voudras ; car nous n'avons pas pour principe de convertir quelqu'un malgré soi. » Hermogène réponilii : « Je connais trop la rage des démons : Si vous ne me donnez un objet que je porte avec moi, ils me tueront. » Saint Jacques lui donna son bâton : alors Hermogène alla chercher tous ses livres de magie et les apporta àTapôtre pour que celui-ci les brûlât. Mais saint Jacques, de peur que l'odeur de ce feu n'incommodât ceux qui n'étaient point sur leur garde, lui ordonna de jeter les livres dans la mer. Hermogène, à son retour, se prosterna aux pieds de l'apôtre et lui <iil : « Libérateur des âmes, accueillez un pénitent que vous avez épargné jusqu'ici, quoique envieux et calomniateur. » Dès lors il vécut dans la crainte de Dieu, au point qu'il opéra une foule de prodiges. Alors les Juifs, transportés de colère en voyant Hermogène converti, vinrent trouver saint Jacques et luireprochèrent de prêcher Jésus crucifié. Mais il leur prouva avec évidence par les Écritures la venue du rihrist et sa passion, et plusieurs crurent*.

^ On peut voir, dans le transept sud de la cathédrale d'Aniiens, des hauts reliefs reproduisant ce récit.

Or, Abiathar, qui était grand-prêtre celte année-là, excita une sédition parmi le peuple; il fit conduire à Hérode Agrippa l'apôtre, une corde au cou. Le prince ordonna de décapiter saint Jacques et un paralytique couché sur le chemin lui cria de le guérir. Saint Jacques lui dit: « Au nom de J.-C. pour la foi duquel on va me couper la têle, lève-toi guéri, et bénis ton créateur. » A Tinstant il se leva guéri et bénit le Seigneur. Or, un scribeappelé Josias, qui avait mis la corde au cou de l'apôtre et qui le tirait, à la vue de ce miracle, se jeta à ses pieds, lui adressa des excuses et demanda à se faire chrétien. Abiathar à cette vue le fit empoigner et lui dit: « Si tu ne maudis le nom du Christ, lu seras décapité en même temps que Jacques. » Josias reprit : « Maudit sois-tu toi-même, maudites soient les années, mais que le nom du Seigneur J.-C.soit béni dans les siècles. » Alors Abiathar lui fit frapper la bouche à coups de poing et envoya demandera Hérode l'autorisation de le décapiter avec Jacques*. Tous les deux allaient être décapités quand saint Jacques demanda au bourreau un vase plein d'eau, et baptisa Josias, immédiatement. L'un et Tautre consommèrent leur martyre, un instant après, en ayant la têle tranchée.

Saint Jacques fut décollé le 8 des calendes d'avril**, le jour de l'Annonciation du Seigneur; son corps fut transporté à Composlelle, le 8 des calendes d'août***

* Ou bien, selon une autre version, le fit décapiter sans on demander l'autorisation i\ Hérode.

** 25 mars.

♦** 25 juillet.

SAFXT JACQLES LE MAJEUU 273

^t enseveli le 3 des calendes de janvier*, parce que »«i couslructîon de son tombeau dura de aoiUà janvier. *^ Eglise établit qu'on célébrerait universellement wi ftle au 8 des calendes d'août, qui est un temps plus convenable. Or, après que saint Jacques eut été décollé, ainsi que le rapporte Jean Beleth, qui a écrit avec soin ''iiîsloire de cette translation **, ses disciples enlevèrent son corps pendant la nuit par crainte des Juifs, 'c mirent sur un vaisseau ; et abandonnant à la divine Providence le soin de sa sépulture, ils montèrent sur ce navire dépourvu de gouvernail ; sous la conduite de '^nge de Dieu, ils abordèrent en Galice, au royaume Je Louve. Il y avait alors en Espagne une reine qui portait réellement ce nom et qui le méritait. Les discopies déchargèrent le corps et le posèrent sur une P'crre énorme, qui, en se fondant comme de la cire ^^s le corps, se façonna merveilleusement en sarco- P"age. Les disciples vinrent dire à Louve : « Le Sei- 8^eurJ.-C. t'envoie le corps de son disciple, afin que ^^ reçoives mort celui que tu n'as pas voulu recevoir Vivant. » Ils lui racontèrent alors le miracle par lequel 'I avait abordé en son pays sans gouvernail, et lui de- 'najidèrent un lieu convenable pour sa sépulture. La reine entendant cela, toujours selon Jean Beleth, les adressa, par supercherie, à un homme très cruel, ou bien, d'après d'autres auteurs, au roi d'Espagne, afin d obtenir là-dessus son consentement; mais ce roi les lit nietlre en prison. Or, pendant qu'il était à table.

'^ 30 décembre.

** Chap. <:xL.

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