‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 30 sur 73 · II · texte numérisé non relu

II

Tange du Seigneur ouvrit la prison et les laissa s'en aller en liberté. Quand le roi l'eut appris, il envoya à la hâte des soldats pour les ressaisir. Un pont sur lequel passaient les soldats vint à s'écrouler, et tous furent noyés dans le fleuve. A cette nouvelle, le roi, qui regrettait ce qu'il avait fait et qui craignait pour soi et pour les siens, envoya prier les disciples de revenir chez lui et leur permit de lui demander tout ce qu'ils voudraient. Ils revinrent donc et convertirent à la foi tout le peuple de la cité. Louve fut très chagrinée en apprenant ces faits ; et quand les disciples la vinrent trouver pour lui présenter l'autorisation du roi, elle répondit : « Prenez mes bœufs qui sont en tel endroit ou sur la montagne ; attelez-les à un char, portez le corps de votre maître, puis dans le lieu qu'il vous plaira, bâtissez à votre goût. » Or, elle parlait en louve, car elle savait que ces bœufs étaient des taureaux indomptés et sauvages ; c'est pour cela qu'elle pensa qu'on ne pourrait ni les réunir, ni les atteler, ou bien que si on pouvait les accoupler, ils courraient çà et là, briseraient le char, renverseraient le corps et tueraient les conducteurs eux-mêmes. Mais il n'y a point de sagesse contre Dieu (Prov.,xxi). Ceux-ci, ne soupçonnant pas malice, gravissent la montagne, où ils rencontrent un dragon qui respirait du feu ; il allait arriver sur eux, quand ils firent le signe de la croix pour se défendre et coupèrent ce dragon par le milieu du ventre. Ils firent aussi le signe de la croix sur les taureaux qui, instantanément, deviennent doux comme des agneaux ; on les attelle ; et on met sur le char le corps de saint Jacques avec la pierre sur la-

quelle il avait été déposé. Les bœufs alors, sans que personne les dirigeât, amenèrent le corps au milieu du palais de Louve qui, à cette vue, resta stupéfaite. Elle crut et se fit chrétienne. Tout ce que les disciples demandèrent, elle le leur accorda ; elle dédia en l'honneur de saint Jacques son palais pour en faire une église qu'elle dota magnifiquement ; puis elle finit sa vie dans la pratique des bonnes œuvres. — Le pape Calixte dit cpi'un homme du diocèse de Modène, nommé Bernard, était captif et enchaîné au fond d'une tour ; constamment il invoquait saint Jacques. Le saint lui apparut : « Viens, lui dit-il, suis-moi en Galice » ; puis il brisa ses chaînes et disparut ; alors le prisonnier suspendit ses chaînes à son cou, monta au haut de la tour d*où il ne fit qu'un saut sans se blesser, bien que la tour eût soixante coudées de hauteur. — Un homme, dit Bède, avait commis à plusieurs reprises un fM^ché énorme; or, l'évêque, peu rassuré en l'absolvant en confession, envoya cet homme à Saint-Jacques en lui donnant une cédule sur laquelle ce péché avait été écrit. Le pèlerin posa, le jour de la fête du saint, la cédule sur l'autel et pria saint Jacques de lui remettre le péché par ses mérites ; après quoi il ouvrit la cédule et trouva tout effacé ; il rendit grâces à Dieu et à saint Jacques et raconta publiquement le fait à toutle monde. — Trente hommes de la Lorraine, au rapport de Hubert de Besançon, allèrent vers Fan 1080 à Saint-Jacques, et se donnèrent l'un à l'autre, un seul excepté, la promesse de s'entr'aider. Or, l'un d'eux étant tombé malade, ses compagnons l'attendirent pendant 1 5 jours; mais enfin tous l'abandonnent à l'exception de celui-là

seul qui ne s'était pas engaçé. Il le garda au pied du mont Saint-Michel ; mais sur le soir le malade mourut. Or, le survivant eut une grande peur occasionnée par la solitude de l'endroit, par la présence du cadavre, par la nuit qui menaçait d'être noire, enfin par la férocité des barbares du pays ; à l'instant saint Jacques lui apparut sous la figure d'un chevalier et le consola en disant : « Donne-moi ce mort, et toi, monte derrière moi sur le cheval. » Ce fut ainsi que, cette nuit-là, avant le lever du soleil , ils firent quinze journées de chemin et arrivèrent à Montjoie qui n'est qu'à une demilieue de Saint-Jacques. Là le saint les mil à terre et commanda de convoquer les chanoines de Saint- Jacques pour ensevelir le pèlerin qui était mort, et de dire à ses compagnons, que, pour avoir manqué à leur promesse, leur pèlerinage ne vaudrait rien. Le pèlerin accomplit ces ordres, et ses compagnons furent très saisis et pour le chemin qu'il avait fait, et des paroles qu'il leur rapporta avoir été dites par saint Jacques.

D'après le pape Calixle*, un Allemand, allant avec son fils à Saint-Jacques, vers l'an du Seigneur 1090, s'arrêta pour loger à Toulouse chez un hôte qui l'enivra et cacha une coupe d'argent dans sa malle. Quand ils furent partis le lendemain, Thôte les poursuivit comme des voleurs et leur reprocha d'avoir volé sa coupe (Tarifent. Comme ils lui disaient qu'il les fît punir s'il pouvait trouver la coupe sur eux, on ouvrit leur malle

* Oïl parai! douter si ropusciile sur les miracles de saint Jacques appartient au pape (^alixte. II est tiré tout entier de N'iricent de Heauvais : Spécu/. ///>/., liv. XWH. — Césaire d'Ilesterhach récite le fait qui suit, liv. Vïll, eh. i.viii.

el on trouva l'objet : on les traîna de suite chez le. juge. Il y eut un jugement qui prononçait que tout leur avoir fût adjugé à l'hôte, el que l'un des deux serait pendu. Mais comme le père voulait mourir à la place du fils et le fils à la place du père, le fils fut |iendu et le père continua, tout chagrin, sa route v^s Saint-Jacques. Or, vingt-six jours après, il revint, s'arrêta auprès du corps de son fils et il poussait des cris lamentables ; quand voici que le fils attaché à la potence se mit à le consoler en disant : « Très doux père, ne pleure pas; car je n'ai jamais été si bien; jusqu'à ce jour saint Jacques m'a sustenté, et il me restaure d'une douceur céleste. » En entendfint cela, le père courut à la ville, le peuple vint, détacha le fils du pèlerin qui était sain et sauf, et pendit l'hôte. — Hugues de Saint-Victor raconte qu'un pèlerin allait à SaintrJacques, quand le démon lui apparut sous la figure de ce saint et lui rappelant toutes les misères de la vie présente, il ajouta qu'il serait heureux s'il se tuait en son honneur. Le pèlerin saisit une épée et se tua tout aussitôt. Et comme celui chez lequel il avait reçu l'hospitaHté passait pour suspect et craignait beaucoup de mourir, voilà que, à l'instant, le mort ressuscite, et dit qu'au moment où le démon, à la persuasion duquel il s'étajt donné la mort, le conduisait au supplice, le bienheureux Jacques était venu, l'avait arraché des mains du démon et l'avait mené au trône du souverain juge; et là, malgré les accusations du démon, il avait obtenu d'être rendu à la vie. — Un jeune homme du territoire de Lyon, selon le récit de Hugues, abbé de Cluny, avait coutume d'aller souu. 18-

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vent à Saint-Jacques et avec dévotion. Une fois, qu'il y voulait aller, il tomba, cette nuit-là même, dans le |iéché de fornication. II partit donc; et une nuit, le diable lui apparut sous la figure de saint Jacques et lui dit : « Sais-tu qui je suis? » Le jeune homme lui demanda qui il était, et le diable lui dit : « Je suis l'apôtre Jacques que tu as coutume de visiter chaque année. Tu sauras que je me réjouissais beaucoup de ta dévotion, mais dernièrement, en sortant de ta maison, tu as commis une fornication et sans t'étre confessé, tu as eu la présomption de l'approcher de moi, comme si ton pèlerinaiçe pût plaire à Dieu et à moi. Cela n'esll pas convenable : car quiconque désire venir à moi e pèlerinage doit d'abord s'accuser de ses péchés, e confession et ensuite faire le pèlerinage pour expi ses péchés. » Après avoir dit ces mots, le démon disparut. Alors le jeune homme tourmenté se dispo à revenir chez lui, à se confesser, et ensuite à reco mencer son voyage. Et voici que le diable lui ap raissant de nouveau, sous la figure de l'apôtre, le A. suada complètement de son projet, en l'assurant c jamais son péché ne lui serait remis, s'il ne se c pait radicalement les membres qui servent à la g& ration, (|u'au reste il serait plus heureux, s'il voiil se tuer et être martyr en son honneur et nom. dant la nuit, et (|uand ses compagnons dormaient, te jeune homme prit une épée, se coupa les membres r/e la génération, ensuite il se perça le ventre avec le même instrument. Ses compagnons à leur réveil, voyant cela, eurent grande peur, et prirent aussiUM la fuite de crainte de passer pour coupables de cel

homicide. Néanmoins pendant qu'on préparait sa fosse, celui qui était mort revint à la vie. Tout le monde s'enfuit épouvanté, et le pèlerin raconta ainsi ce qui lui était arrivé : « Quand je me fus tué à la suggestion du malin esprit, les démons me prirent ; et ils me conduisaient vers Rome, quand voici saint Jacques qui accourut après nous, en reprochant vivement ces tromperies aux démons. Et après s'être disputés longtemps, saint Jacques les y forçant, nous vînmes dans un pré où la sainte Vierge s'entretenait avec un grand nombre de saints. Jacques l'ayant implorée pour moi, la sainte Vierge adressa des reproches sévères aux démons et ordonna que je revinsse à la vie. Alors saint Jacques me prit et me ressuscita, comme vous voyez. » Et trois jours après, il ne lui restait de ses blessures que des cicatrices ; après quoi il se remit en roule, et quand il eut rejoint ses compagnons, il leur raconta tout ce qui s'était passé.

Un Français, ainsi que le raconte le pape Calixte, allait, en Tan liOO, avec sa femme et ses fils, à Saint- Jacques, tant pour éviter la mortalité sévissant en France, que pour accomplir le désir de visiter saint Jacques. Arrivé à Pampelune, sa femme mourut, et sort hôte s'empara de tout son argent et du cheval qui servait de monture à ses enfants. 11 s'en alla désolé portant plusieurs de ses enfants sur ses épaules, et menant les autres par la main. Un homme avec un âne le rencontra et touché de compassion, il lui prêta son âne, afin que les enfants montassent dessus. Quand le pèlerin fut arrivé à Saint-Jacques, pendant qu'il veillail et priait, le saint apôtre lui apparut et lui de-

manda s'il le connaissait : et il répondit que non : alors le saint lui dit : « Je suis i*apôtre Jacques qui t*ai prêté mon âne et je te le prête encore pour ton retour : mais tu sauras d'avance que ton hôte mourra en tombant de l'étage de sa maison ; tu recouvreras alors tout ce qu'il t'avait volé. » Les choses étant arrivées ainsi, cet homme revint joyeux à sa maison ; et quand il eut descendu ses enfants de dessus l'âne, cet animal disparut. — Un marchand, injustement dépouillé par un tyran, était détenu en prison, et invoquait saint Jacques à son secours. Saint Jacques lui apparut en présence de ses cardes, et le conduisit jusqu'au haut de la tour qui s'abaissa aussitôt de telle sorte que le sommet était au niveau de la terre : il en descendit sans faire un saut et s'en alla délivré. Les gardes qu^ le poursuivaient passèrent auprès de lui, sans le voir — Hubert de Besançon raconte que trois militairesi du diocèse de Lyon, allaient à Saint- Jacques. L'u.^ d'eux, à la prière d'une pauvre femme qui le lui ava^ demandé pour Tamour de saint Jacques, portait sia son cheval un petit sac qu'elle avait : plus loin, il ret contra un homme malade et qui n'avait plus la forc^ de continuer sa route, il le mit encore sur son cheva? quant à lui, il portait le bourdon du malade avec le sac de la femme en suivant Tanimal : mais la chaleur du soleil et la fatigue du chemin l'ayant accablé, à son arrivée en Galice, il tomba très gravement malade : et comme ses compagnons l'intéressaient au sahil de son âme, il resta muet pendant trois jours ; mais au quatrième, alors que ses compagnons attendaient le moment de son trépas, il poussa un long soupir el

SAINT JACQUES hh MAJEUR 281

dit : <( Grâces soient rendues à Dieu et à saint Jacques, aux mérites duquel je dois d'être délivré. Je voulais bien faire ce que vous me recommandiez, mais les démons sont venus m'étrangler si violemment que je ne pouvais rien prononcer qui eût rapport au salut de mon âme. Je vous entendais bien, mais je ne pouvais nuUementrépondre. Cependant saint Jacques vienld'entrer ici portant à la main gauche le sac de la femme, et à sa droite le bâton du pauvre auxquels j'avais prêté aide en chemin, de sorte qu'il avait le bourddh en guise de lame et le sac pour bouclier, il assaillit les diables comme s'il eût été en colère, et en levant le bâton, il les effraya et les mit en fuite. Maintenant c'est s^râce à saint Jacques que je suis délivré et que la parole m'a été rendue. Appelez-moi un prêtre, car je ne puis plus être longtemps en vie. » Et se tournant vers Pun deux, il lui dit : « Mon ami, ne reste plus davantage au service de ton maître, car il est vraiment damné et dans peu il mourra de malemort. » Quand cet homme eut été enseveli, le soldat rapporta à son maître ce qui avait été dit : celui-ci n'en tint compte, et refusa de s'amender : mais peu de temps après il mourut percé d'un coup de lance dans une bataille*. Le pape Calixte rapporte qu'un homme de Vézelai, dans un pèlerinage qu'il fit à Saint-Jacques, se trouvant à court d'argent, avait honte de mendier. En se reposant sous un arbre, il songeait que saint Jacques le nourrissait. Et à son réveil, il trouva près de sa tête un pain cuit sous la cendre, avec lequel il vécut quinze

Saint Anselme, t. II, p. 335.

2S2 LA LKGENDG DOHKE

jours, tant qu'il arriva chez lui. Chaque jour il en mangeait deux fois suffisamment, et le jour suivant, i le retrouvait entier dans son sac. — Le pape Calixl< raconte que vers Tan du Seigneur HOO, un cîtoyei de Barcelone, venu à Saint-Jacques, se contenta d< demander de ne plus tomber à l'avenir dans les maini des ennemis. En revenant par la Sicile, il fut pris ei mer par les Sarrasins et vendu plusieurs fois dans le marchés, mais toujours les chaînes qui le liaient S' brisaient. Ayant été vendu pour la treizième fois, i fut garrotté avec des chaînes doubles. Alors il invoqu; saint Jacques qui lui apparut et lui dit : <( Quand li étais dans mon église, tu as demandé la délivranc du corps au préjudice du salut de ton âme ; c'est pou cela que tu es tombé dans ces périls ; mais parce qu le Seigneur est miséricordieux, il m'a envoyé pour t racheter. » A l'instant ses chaînes se rompirent, c passant à travers le pays et les châteaux des Sarrasins emportant avec lui une partie de sa chaîne pour témoi gner du miracle, il arriva dans son pays, au vu et l'admiration de tous. Lorsque ([uehju'un le voulait prei dre, il n'avait qu'à montrer sa chaîne etTennemi s'ei fuyait : et quand les lions et autres bétes féroces voi laient se jeter sur lui, en passant dans les désert seulement en voyant sa cliuhie, ils étaient saisis d'un grande terreur et s'éloignaient. — L'an du Seignei 1238, la veille de saint Jacques, en un château appe Prato situé entr^? Florence et Pistoie, un jeune homm< (léçn, par une sini[)licité 4<^rossière, mit le feu aux hit do son lutom* (|iii voulait usurper son bien. Pris ( convaincu, il lui ccuidauiur à être brillé, après avoi

SAr.NT cmusTOPHE 283

été traîné à la queue d'un cheval. H confessa son péché el se dévoua à saint Jacques. Après avoir été traîné en chemise sur un terrain pierreux, il ne ressentit aucune blessure sur le corps et sa chemise ne fut pas même déchirée. Enfin on le lie au poteau, on amasse «lu bois autour; le feu est mis, le bois et les liens brûlent ; mais comme il ne cessait d'invoquer saint Jacques, aucune tache de feu ne fut trouvée ni à sa chemise, ni à son corps. On voulait le jeter une seconde fois dans le feu, le peuple l'en arracha, et Dieu fut loué magnifiquement dans la personne de son saint apôtre.

Christophe, avant son haptéme, se nommait Réprouvé, mais dans la suite il fut appelé Christophe, comme si on disait : qui porte le Christ, parce qu'il porta le Christ en quatre manières: sur ses épaules, pour le faire passer ; dans son corps, par la macération ; dans son cœur, par la dévotion et sur les lèvres, par la confession ou prédication.

Christophe était Chananéen ; il avait une taille gigantesque, un aspect terrible, et douze coudées de haut. D'après ce qu'on lit en ses actes, un jour qu'il se trouvait auprès d'un roi des Chananéens, il lui vint à l'esprit de chercher quel était le plus grand prince du monde, et de demeurer près de lui. II se présenta chez un roi très puissant qui avait partout la réputation de

* L'hymne 0 béate mundi auctor, du bréviaire mozarabe fait allusion, dans ses seize strophes, à tous les points de cette légende.

n'avoir point d'égal en grandeur. Ce roi en le voyant raccueillit avec bonté et le fit rester à sa cour. Or, un jour, un jongleur chantait en présence du roi une chanson où revenait souvent le nom du diable ; le roi, qui était chrétien, chaque fois qu* il entendait prononcer le nom de quelque diable, faisait de suite le signe de croix sur sa figure. Christophe, qui remarqua cela, était fort étonné de cette action, et de ce que signifiait un pareil acte. II interrogea le roi à ce sujet et celui-ci ne voulant pas le lui découvrir, Christophe ajouta : « Si vous ne me le dites, je ne resterai pas plus longtemps avec vous. » C'est pourquoi le roi fut contraint de lui dire : « Je me munis de ce signe, quelque diable que j'entende nommer, dans la crainte qu'il ne prenne pouvoir sur moi et ne me nuise. » Christophe lui répondît : « Si vous craignez que le diable ne vous nuise, il est évidemment plus grand et plus puissant que vous ; la preuve en est que vous en avez une terrible frayeur. Je suis donc bien déçu dans mon attente ; je pensais avoir trouvé le plus grand et le plus puissant seigneur (lu monde; mais maintenant je vous fais mes adieux, car je veux chercher le diable lui-même, afin de le [)rendrc pour mon maître et devenir son serviteur. » 11 quitta ce roi et se mit en devoir de chercher le diable. Or, comme il marchait au milieu d'un désert, il vit une grande multitude de soldats, dont l'un, à l'aspect fcroce^t terrible, vint vers lui et lui demanda oit il allait. Christophe lui répondit: «Je vais chercher le seigneur diable, afin de le prendre pour maître et scii^neur. » Celui-ci lui dit : « Je suis celui que tu cherches. » Christophe tout réjoui s'engagea pour être son

SAINT CIIRISTOPHK 285

serviteur à toujours et le prit pour son seigneur. Or, comme ils marchaient ensemble, ils rencontrèrent une croix élevée sur un chemin public. Aussitôt que le diable eut aperçu cette croix, il fut effrayé, prit la fuite et, quittant le chemin, il conduisit Christophe à travers un terrain à l'écart et raboteux, ensuite il le ramena sur la route. Christophe émerveillé de voir cela lui demanda pourquoi il avait manifesté tant de crainte, lorsqu'il quitta la voie ordinaire, pourfairc un détour, et le ramener ensuite dans le chemin. Le diable ne voulant absolument pas lui en donner le motif, Christophe dit : « Si vous ne me l'indiquez, je vous quitte à l'instant. » Le diable fut forcé de lui dire : « Un homme qui s'appelle Christ fut attaché à la croix ; dès queje vois l'image de sa croix, j'entre dans une grande peur, et m'enfuis effrayé. » Christophe lui dit : a Donc ce Christ est plus grand et plus puissant que toi, puisque tu as une si grande frayeur en voyant l'image de sa croix? J'ai donc travaillé en vain, et n'ai pas encore trouvé le plus grand prince du monde. Adieu maintenant, je veux te quitter et chercher ce Christ. »

Il chercha longtemps quelqu'un qui lui donnât des renseignements sur le Christ; enfin il rencontra un ermite qui lui prêcha J.-C. et qui l'instruisit soigneusement de la foi. L'ermite dit <\ Christophe : « Ce roi que tu désires servir réclame cette soumission : c'est qu'il te faudra jeûner souvent. » Christophe lui répondît : « Qu'il me demande autre chose, parce qu'il m'est absolument impossible de faire cela. » « Il te faudra encore, reprend l'ermite, lui adresser des prières. » a Je ne sais ce quc*est, répondit Chrisl()[)he, et je ne

piiis me soumettre à cette exigence. » L'ermite lui dit : (( Connais-tu tel fleuve où bien des passants sont en péril de perdre la vie? » « Oui, dit Christophe. L'ermite reprit : « Comme tu as une haute stature et que tu es fort robuste, si tu restais auprès de ce fleuve, et si tu passais tous ceux qui surviennent, tu ferais quelque chose de très agréable au roi J.-C. que tu désires servir, et j'espère qu'il se manifesterait à toi en ce lieu. » Christophe lui dit : « Oui, je puis bien remplir cet office, et je promets que je m'en acquitterai pour lui. » Il alla donc au fleuve dont il était question, et s'y construisit un petit logement. Il portait à la main au lieu de bâton une perche avec laquelle il se maintenait dans l'eau ; et il passait sans relâche tous les voyageurs. Bien des jours s'étaient écoulés, quand, une fois qu'il se reposait dans sa petite maison, il entendit la voix d'un petit enfant qui l'appelait en disant : 0 Christophe, viens dehors et passe-moi. » Christophe se leva de suite, mais ne trouva personne. Rentré chez soi, il entendit la môme voix qui l'appelait. Il courut dehors de nouveau el ne trouva personne. Une troisième fois il fut appelé comme auparavant, sortit et trouva sur la rive du tlcuve un enfant qui le pria instamment de le passer. Christophe leva donc Tenfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser. Et voici que l'eau du fleuve se gonflait peu à peu, l'enfant lui pesait comme une masse de plomb; il avançait, et Teau gonflait toujours, l'enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe (l'un ])oi(ls intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait daiLS de grandes angoisses et craignait de périr.

SAINT GHHISTOPHE 287

1/ échappa à g^rand peine. Quand il eul franchi la rif y'ière, il déposa l'enfanl sur la rive et lui dit : Enfant, lu m'as exposé à un grand danger, et tu m'as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourd à porter. » L'enfant lui répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, auquel tu as en cela rendu service ; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis la petite maison, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits. » A l'instant il disparut. En arrivant, Christophe ficha donc son bâton en terre, et quand il se leva le matin, il trouva que sa perche avait poussé des feuilles et des dattes comme un palmier. Il vint ensuite à Samos, ville de Lycie, où il ne comprit pas la langue que parlaient les habitants, et il pria le Seigneur de lui en donner l'intelligence. Tandis qu'il restait en prières, les juges le prirent pour un insensé, et le laissèrent. Christophe, ayant obtenu ce qu'il demandait, se couvrit le visage, vint à l'endroit où combattaient les chrétiens, et il les affermissait au milieu de leurs tourments. Alors un des juges le frappa au visage, et Christophe se découvrant la figure : « Si je n'étais chrétien, dit-il, je me vengerais aussit(H de cette injure. » Puis il ficha son bâton en terre en priant le Seigneur de le faire reverdir pour convertir le peuple. Or, comme cela se fit à Tinstant, huit mille hommes devinrent croyants. Le roi envoya alors deux cents soldats avec ordre d'amener Christophe par de-

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vaut lui ; mais Tayaut trouvé eu oraisou ils craiî^nireut de lui signifier cet ordre ; le roi envoya encore un pareil nombre d'hommes, qui, eux aussi, se mirent à prier avec Christophe. 11 se leva et leur dit : « Qui cherchez-vous? » Quand ils eurent vu son visage; ils dirent : « Le roi nous a envoyés pour te garrotter et t'amènera lui. » Christophe leur dit : « Si je voulais,, vous ne pourriez me conduire ni garrotté, ni libre, mc Ils lui dirent : « Alors si tu ne veux pas, va librement partout où bon te semblera, et nous dirons au rcr: que nous ne t'avons pas trouvé. » « Non, il n'en serra pas ainsi, dit-il ; j'irai avec vous. » Alors il les convertit à la foi, se fit lier par eux les mains derrière dos, et conduire au roi en cet état. A sa vue, le r— 3 fut effrayé et tomba à l'instant de son siège. Rele = ensuite par ses serviteurs, il lui demanda son nom sa patrie. Christophe lui répondit : a Avant mon hsm^j tcme, je m'appelais Réprouvé, mais aujourd'hui je m nomme Christophe. » Le roi lui dit : « Tu t'es donn^ un sot nom, en prenant celui du Christ crucifié, qu^ ne s'est fait aucun bien, et qui ne pourra t'en faire. Maintenant donc, méchant Chananéen, pourquoi ne sacrifies-tu pas à nos dieux? » Christophe lui dit : « C'est à bon droit que tu t'appelles Dagnus*^ parce que tu es la mort du monde, l'associé du diable; et tes dieux sont l'ouvrage de la main des hommes. » Le roi lui dit : « Tu as été élevé au milieu des bêtes féroces; (u ne peux donc proférer que paroles sauvages et choses inconnues des hommes. Or, maintenant,

* Damne uu danyeri ou plutôt dat^uo, |)oiguard ?

si tu veux sacrifier, tu obtiendras de moi de grands honneurs, sinon, tu périras dans les supplices. )> Et comme le saint ne voulut pas sacrifier, Dagnus le fit mettre en prison ; quant aux soldats qui avaient été envoyés à Christophe, il les fit décapiter pour le nom de J.-C. Ensuite il fit renfermer avec Christophe dans la prison deux filles très belles, dont Tune s^appelait Nicée et l'autre Âquilinie, leur promettant de grandes récompenses, si elles induisaient Christophe à pécher avec elles. A cette vue, Christophe se mit tout de »uUc en prière. Mais comme ces filles le tourmentaient par leurs caresses et leurs embrassements, il se leva et leur dit : « Que prétendez-vous et pour quel motif avez-vous été introduites ici? » Alors elles furent effrayées de l'éclat de son visage et dirent : « Ayez pitié de nous, saint homme, afin que nous puissions croire au Dieu que vous prêchez. » Le roi, informé de cela, se fit amener ces femmes et leur dit : « Vous avez donc aussi été séduites. Je jure par les dieux fl^e si vous ne sacrifiez, vous périrez de malemorl. » Elles répondirent : « Si tu veux que nous sacrifiions, ^ïnmande qu'on nettoie les places et que tout le "^onde s'assemble au temple. » Quand cela fut fait, et ^^l'elles furent entrées dans le temple, elles dénouèrent leurs ceintures, les mirent au cou des idoles qu'elles firent tomber et qu'elles brisèrent ; puis elles dirent aux assistants : « Allez appeler des médecins pour fuérir vos dieux. » Alors par Tordre du roi, Aquilinie est pendue ; puis on attacha à ses pieds une pierre énorme qui disloqua tous ses membres. Quand elle eut rendu son âme au Seigneur, Nicée, sa sœur, fut

290 LA LtGENDE DOKÉE

jetée dans le feu ; mais comme elle en sortit saine et sauve, elle fut tout aussitôt après décapitée. Après quoi Christophe est amené en présence du roi qui le fait fouetter avec des verges de fer; un casque de fer rougi au feu est mis sur sa tête ; le roi fait préparer un banc en fer où il ordonne de lier Christophe et sous lequel il fait allumer du feu qu'on alimente avec de la poix. Mais le banc fond comme la cire, et le saint reste sain et sauf. Ensuite le roi le fait lier à un poteau et commande à quatre cents soldats de le percer de flèches : mais toutes les flèches restaient suspendues en Fuir, et aucune ne put le toucher. Or, le roi, pensant qu'il avait été tué parles archers, se mit à l'insulter; tout à coup une flèche se détache de l'air, vient retourner sur le roi qu'elle frappe à l'œil, et qu'elle aveugle. Christophe lui dit : « C'est demain que je dois consommer mon sacrifice ; tu feras donc, tyran, de la boue avec mon sang; tu t'en frotteras l'œil et lu seras guéri. » Par ordre du roi on le mène au lieu où il devait être décapité; et quand il eut fait sa prière, on lui trancha la tête. Le roi prit un peu de son sang, et le mettant sur son œil, il dit : a Au nom de Dieu et de saint Christophe. » Et il fut guéri à Tinstant. Alors le roi crut, et porta un édit par lequel quiconque blasphémerait Dieu et saint Christophe serait aussitôt puni par le glaive. — Saint Ambroise parle ainsi de ce martyr dans sa préface : « Vous avez élevé. Seigneur, saint Christophe, à un tel degré de vertu, et vous avez donné une telle grâce à sa parole, que par lui vous avez arraché à Terreur de la gentilité pour les amener à la croyance chrétienne, quarante-huit mille hommes.

LES SEPT DORMANTS 29 i

Nîcée et Aquilinie qui depuis longtemps se livraient publiquement à la prostitution, il les porta à prendre des habitudes de chasteté, et leur enseigna à recevoir la couronne. Bien que lié sur un banc de fer au milieu d'un bûcher ardent, il ne redouta pas d'être brûlé par ce feu, et pendant une journée entière, il ne put èlre percé par les flèches de toute une soldatesque. Il y a plus, une de ces flèches crève l'œil d'un des bourreaux, et le sang du bienheureux martyr mêlé à la terre lui rend la vue et en enlevant l'aveuglement du corps, éclaire son esprit : car il obtint sa grâce auprès de vous et il vous a prié avec supplication d'éloigner les maladies et les infirmités*. »

Les sept dormants étaient originaires d'Ephèse. L'empereur Dèce qui persécutait les chrétiens, étant

*^Ces derniers mots nous expliquent le motif pour lequel saint Christophe est représenté avec des proportions gigantesques principalement aux portails des églises. On se croyait à l'abri des maladies et des infirmités dès lors qu*on avait vu la statue du saint, de là ces vers :

Christophore sancte, virtutes sunt tibi tantœ, Qui te mane vident, nocturno tempore rident. Christophore sancte, speciem quicumque tuetur, Ista nempe die non morte mala morietur. Christopnorum videas, postea tutus eas.

*• S* Grégoire de Tours, De gloria martyr, ^ I. 1, c. xcv ; Paul diacre, 1. I, c. m ; Nicéphore, Cai. 1. XIV, c. xlv, rapportent la légende des Sept Dormants qu'analyse J; de Voragine.

29â LA LÉGENDE DORÉE

venu en celte ville, fit construire des temples danj Tenceinte de cette cité, afin que tous se réunissent i lui pour sacrifier aux idoles. Or, il avait ordonné qu'oi cherchât tous les chrétiens ; et quand ils avaient éU pris, il les forçait à sacrifier ou à mourir ; on éprouvî doDC généralement une si grande crainte des supplice! que l'ami reniait son ami, le père son fils, et le fih son père. Alors se trouvaient dans cette ville sept chré tiens, qui furent saisis d'une gi*ande douleur quand ÎL virent ce qui se passait. C'étaient Maximien, Malchus Marcien, Denys, Jean, Sérapion et Constantin. Comncr ils étaient les premiers officiers du palais, et qu'ils nk^ prisaient les sacrifices offerts aux idoles, ils restaie^ cachés dans leur maison, se livrant aux jeûnes et a^ oraisons. Accusés et traduits devant Dèce ; puis cc^ vaincus d'être chrétiens, on leur donna le temps revenir à résipiscence et ils furent relâchés, jusqim*. retour de Tempereur. Mais dans cet intervalle, ils dâ tribuèrent leur patrimoine entre les pauvres, et pa rent la résolution de se retirer sur le mont Célion, cz ils se décidèrent à rester cachés. Pendant longtein{> - Tim d'eux se procurait ce qui leur était nécessaire rt chaque fois qu'il entrait dans la ville, il se déguisa J en mendiant. Or, quand Dèce fut revenu dansEphèsc^j il ordonna de les chercher pour les obliger à sacrifier- Malchus, qui les servait, revint efTrayé trouver ses compagnons et leur faire part de la fureur de l'empereur. Ils furent saisis de crainte; alors Malchus leur présenta les pains qu'il avait apportés, afin que, fortifiés par la nourriture, ils en devinssent plus braves pour le combat. Après leur repas du soir, ils s'assiren

^l s'eatretînrenl avec tristesse et larmes, et à l'instant, par la volonté de Dieu, ils s'endormirent. Quand vint le matin, on les chercha et on ne put les trouver. Or, Dèce était désolé d'avoir perdu de pareils jeunes gens ; on les accusa de s'être cachés jusqu'alors sur le mont ('élion, et de persister dans leur résolution : on ajouta qu'ils avaient donné leurs biens aux pauvres. Dèce ordonna donc de faire comparaître leurs parents qu'il "Menaça de mort, s'ils ne déclaraient tout ce qui était ^enu à leur connaissance au sujet des absents. Leurs Parents les accusèrent comme les autres et se plaignissent de ce qu'ils avaient distribué leurs richesses aux pauvres. Alors Dèce réfléchit à la conduite qu'il tiendrait à leur égard, et par l'inspiration de Dieu, il fit Jucher avec des pierres l'entrée de la caverne afin ^^'y étant renfermés, ils y mourussent de faim et de 'Misère. On exécuta ses ordres et deux chrétiens, Théo- ^^re et Rufin, écrivirent la relation de leur martyre ^^*îls placèrent avec précaution entre les pierres. Or, Q^Hnd Dèce et toute la génération qui existait alors ^^t disparu, trois cent soixante-douze ans après, la ^**^ntième année de l'empire de Théodose, se propagea * hérésie de ceux qui niaient la résurrection des morts, ^^héodose, qui était un empereur très chrétien, fut '^mpli de tristesse de voir la foi indignement attaquée. 'I se revêtit d'un cilice, et s'étant retiré dans l'intérieur de son palais, il pleurait tous les jours. Dieu, qui vit cela dans sa miséricorde, voulut consoler ces affligés et affermir l'espérance de la résurrection des morts ; il ouvrit les trésors de sa tendresse et ressuscita les .sept niartyrs, comme il suit. Il inspira à un citoyen II 19-

d'Ephèse Tidée de faire construire sur le mont Célîon des étables pour les bergers. Les maçons ayant ouvert la grotte, les saints se levèrent et se saluèrent, dans la pensée qu'ils n'avaient dormi qu'une nuit ; puis se rappelant leur tristesse de la veille, ils demandèrent à Malchus, qui les approvisionnait, ce que Dèce avait décrété à leur égard. Il répondit : a Comme je vous l'ai dit hier soir, on nous a cherchés pour nous contraindre à sacrifier aux idoles : voilà les pensées de l'empereur par rapport à nous. » Maximien répondit : <( Et Dieu sait que nous ne sacrifierons pas. » Après avoir encouragé ses compagnons, il dit à Malchus de descendre à la ville pour acheter du pain, en lui recommandant d'en prendre plus qu'il n'avait fait la veille, et de leur communiquer à son retour les ordonnances de l'empereur. Malchus prit cinq sols, sortit de la caverne. En voyant les pierres il fut étonné ; mais comme il pensait à autre chose, l'idée des pierres fit peu d'impression sur lui. Alors qu'il arrivait, non sans une certaine appréhension, à la porte de la ^^lle, il fut singulièrement surpris de la voir surmontée du signe de la croix ; de là il alla à une autre porte. Quand il vil le même signe, il fut très étonné de voir une croix au-dessus de toutes les portes, et de trouver la ville changée ; il se signa, et revint à la première porte en pensant qu'il rêvait. Enfin il se rassure, se c^chc le visage et pénètre dans la ville. Comme il entrait chez les marchands de pain, il entendit qu'on parlait de J.-C; il fut stupéfait : « Qu'est ceci, peusiil-il ? hier personne n'osait prononcer le nom de J.-C, et aujourd'hui ils se confessent tous chrétiens ?

Je *crois que ce n'est pas là la ville d'Ephèse : d'ailleurs elle est autrement bâtie ; c'est une autre ville, mais je ne sais laquelle. » Alors il prit des informalions : on lui répondit que c'était Ephèse. Se croyant le jouet d'une erreur, il songea à venir retrouver ses compagnons. Cependant il entra chez ceux qui vendaient du pain, et ayant donné son argent, les marchands étonnés se disaient l'un à l'autre que ce jeune homme avait trouvé un vieux trésor. Or, Malchus, en les voyant se parler en particulier, pensait qu'ils voulaient le mener à l'empereur, et, dans son effroi, il les pria de le laisser aller et de garder les pains et les pièces d'argent. Mais les boulangers le retinrent et lui dirent : « D'où es-tu? puisque tu as trouvé des trésors des anciens empereurs, indique-les-nous ; nous partagerons avec toi et nous te cacherons, car autrement tu ne peux t'en retirer.» Malchus ne savait quoi leur répondre, tant il avait peur. Alors les marchands, voyant qu'il se taisait, lui jetèrent une corde au cou, le traînèrent par les rues jusqu'au milieu de la ville. C'était une rumeur générale qu'un jeune homme avait trouvé des trésors. Tout le monde s'assemblait autour de lui, et le regardait avec admiration. Malchus voulait faire comprendre qu'il n'avait rien trouvé. Il examinait tout le monde et personne ne pouvait le connaître ; il regardait au milieu de la foule pour distinguer quelqu'un de ses parents (il les croyait vraiment encore en vie), et ne trouvant personne, il restait comme un hébété au milieu du peuple de la ville. Le fait vint aux oreilles de saint Martin, évêque, et du proconsul Antipaler, nouvellement arrivé dans la

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ville. Ils commandèrent aux citoyens de leur amener ce jeune homme avec précaution et d'apporter en même temps son argent. Pendant que les officiers le conduisaient à l'église, il pensait qu'on le menait à Tempereur. L'évêque donc et l'empereur, surpris de voir cet argent, lui demandèrent où il avait trouvé un trésor inconnu. 11 répondit qu'il n'avait rien trouvé, mais qu'il avait eu ces deniers dans la bourse de ses» parents. On lui demanda alors de quelle ville il était» Il répondit : « Je sais bien que je suis de cette ville^ si tant est que cette ville soit Ephèse. » Le proconsul dit : « Fais venir tes parents, afin qu'ils répondent pour toi. » Quand il eut cité leurs noms, personne ne les connaissant, on lui dit qu'il mentait pour pouvoir échapper, n'importe de quelle manière. « Comment te croire, dit le proconsul ? tu prétends que cet aident vient de tes parents, et l'inscription a plus de 377 ans ; elle date des premiers temps de l'empereur Dèce, et ces pièces ne sont pas du tout pareilles à celles qui ont cours chez nous. Et comment tes parents vivaientils à cette époque, quand tu es si jeune? Tu veux donc tromper les savants et les vieillards d*Ephèse ? Eh bien ! je vais te livrer à la rigueur des lois, jusqu'à ce que tu fasses l'aveu de ta découverte. » Alors Malchus se jeta à leurs pieds en disant : « Pour Dieu, seigneurs, dites-moi ce que je vous demande, et je vous dirai ce qui est dans mon cœur. L'empereur Dèce, qui se trouvait dans cette ville, où est-il à présent? » L'évoque lui répondit : « Mon fils, il n'y a plus aujourd'hui ici-bas d'empereur qui s'appelle Dèce ; il y a longtemps qu'il l'était. » Mais Malchus

^^^ i « C'est pour cela, seigneur, que je suis bien **tonné et que personne ne me croit : or, suivez-moi, ^^ ie vous montrerai mes compagnons qui sont au '•^^nt Célion, et vous les croirez. Ce que je sais, c'est 2^^ nous avons fui quand Dèce s'est présenté ici ; et, ^^r soir, j'ai vu entrer Dèce dans cette ville, si tant ^^'^t que ce soit Ephèse. » Alors Tévéque ayant réflé- ^*^î, dit au proconsul : « C'est une vision que Dieu ^^m montrer par le ministère de ce jeune homme. » **s Je suivirent donc avec une grande multitude de ^Uoyens. Malchus pénétra le premier dans le lieu où liaient ses compagnons : Tévêque, qui entra après lui, trouva entre les pierres la relation scellée de deux sceaux d'argent. Il assembla le peuple, la lut, à l'admiration de tous ceux qui l'entendirent ; et en voyant les saints de Dieu assis dans la caverne avec un nsage qui avait la fraîcheur des roses, ils se prosternèrent en glorifiant Dieu. Aussitôt Tévêque et le proconsul envoyèrent prier l'empereur de venir de suite voir les miracles qui venaient de s'opérer. Aussitôt l'empereur quitta le sac qu'il portait, se leva et vint de Constantinople à Ephèse en rendant gloire à Dieu. On alla au-devant de lui et on l'accompagna à la çrolte. Les saints n'eurent pas plutôt vu l'empereur que leur visage brilla comme le soleil ; ensuite l'empereur entra, se prosterna devant eux en glorifiant Dieu, se leva, les embrassa et pleura sur chacun d'eux en disant : « Je vous vois, comme si je voyais le Seigneur ressuscitant Lazare. » Alors saint Maximien lui dît : « Croyez-nous ; c'est pour vous que Dieu nous a ressuscites avant le jour de la grande résurrec-

tion, afin que vous croyiez indubitablement à la résurrection certaine des morts ; car nous sommes vraiment ressuscites et nous vivons : or, de même que l'enfant dans le sein de sa mère vit sans ressentir de lésion, de même, nous aussi, nous avons été vivants, reposant, dormant et n'éprouvant pas de sensations. » Quand il eut dit ces mots, les sept hommes inclinèrent la tête sur la terre, s'endormirent et rendirent l'esprit selon l'ordre de Dieu. Alors l'empereur se leva, se jeta sur eux avec larmes et les embrassa. Il ordonna ensuite de faire des cercueils d'or pour les renfermer ; mais cette nuit-là même, ils lui apparurent et lui dirent que jusqu'alors ils avaient reposé sur la terre et qu'ils étaient ressuscites de dessus la terre, qu'il les y fallait laisser, jusqu'à ce que le Seigneur les ressuscitât la seconde fois. L'empereur ordonna donc qu'on ornât ce lieu de pierres dorées, et que tous les évêques qui confessaient la résurrection fussent absous. Qu'ils aient dormi 377 ans, comme on le dit, la chose peul être douteuse, puisqu'ils ressuscitèrent Tan du Seigneur 448. Or, Dèce régna seulement un an et trois mois, en l'an 2;j2 ; ainsi, ils ne dormirent que cent quatre-ving(seize ans.

Nazaire vient de Nazaréen qui sijs^nifie consacré, pur, ^

séparé, fleuri, ou i^arJanl. Dans l'homme, on trouve cin«i j-

facultés : la pensée, l'affection, l'intention, Taclion et la parole.

Or, la pensée doit être sainte, TafiTection pure, l'intention droite, raction juste, la parole modérée. Toutes ces qualités se sont rencontrées dans le bienheureux saint Nazaire ; sa pensée fut sainte, de là il est appelé consacré ; son affection pure, et il est appelé pur; son intention droite, de là le nom de séparé; car l'intention détermine les œuvres. Avec un œil simple et pur tout le corps est éclairé, et avec un œil mauvais et obscurci tout le corps est ténébreux. Ses actions furent justes, c'est pour cela qu'il est nommé fleuri, car le juste fleurira comme le lys; sa parole fut modérée, de là le nom de gardant, parce qu'il garda ses voies afin de ne point pécher par la langue.

Celse, exeelsuSy élevé, parce qu'il s'éleva au-dessus de luimême ; par la force de son courage il s'éleva au-dessus de la faiblesse de son jeune âge. On dit que saint Ambroise trouva la vie et la relation du martyre de ces deux saints dans le livre des saints Gervais et Protais; mais on lit dans quelques ouvrages qu'un philosophe plein de dévotion à saint Nazaire a écrit son martyre que Cératius plaça à leur chevet en ensevelissant les corps de ces saints *.

Nazaire était fils d'un personnaj^e très illustre, mais juif nommé Âfricanus et de la bienheureuse Perpétue, femme très chrétienne et d'une famille des plus distinguées de Rome. Elle avait été baptisée par Tapôtre saint Pierre. A l'âge de neuf ans, Nazaire était fort étonné de voir son père et sa mère apporter tant de divergence dans leurs pratiques religieuses ; puisque sa mère suivait la loi du baptême et son père la loi du sabbat. Il balançait beaucoup sur le parti auquel il se rattacherait, car l'un et l'autre de ses parents s'efforçaient de l'attirer à sa croyance. Enfin Dieu permit qu'il marchât sur les traces de sa mère, et il reçut le saint baptême du bienheureux Lin, pape. Son père, en

* Bréviaire romain.

300 L.V LÉGENDE DOREB

avant été instruit, tenta de le détourner de sa sainte résolution, en lui exposant, l'un après Tautre, les différents tourments qu'on infligeait aux chrétiens. Quant au fait de son baptême qu'on dit lui avoir été conféré par le pape saint Lin, Ton veut dire sans doute que celui-ci devait être pape plus tard, car il ne Tétait pas encore. Puisque, comme, il sera facile de s'en convaincre pur la suite, saint Nazaire vécut nombre d*années après son baptême et fut martyrisé par Néron qui fit crucifier saint Pierre, la dernière année de son règne ; or, saint Lin fut pape après la mort de saint Pierre. Au lieu de céder aux instances de son père, Nazaire prêchait J.-C. avec la plus grande constance ; alors ses parents, qui craignaient beaucoup qu'il ne fût tué, obtinrent par leurs prières qu'il sortirait de la ville de Rome ; il prit donc sept sommiers chargés des richesses de ses parents, parcourut les villes d'Italie et donna tout aux pauvres. Dix ans après son départ, il vint à Plaisance et de là à Milan où il trouva détenus en prison saint Gervais et saint Protais. Or, quand on apprit que Nazaire encourageait ces martyrs, on le traîna aussitôt au préfet et comme il persistait à confesser J.-C, il fut battu (le verges et chassé de la ville. Tandis qu'il allait d'un lieu à un autre, sa mère, qui était morte, lui apparut et après Tavoir encouragé, elle l'avertit de se diriger > ers les Gaules. Quand il arriva à une ville de la Gaule nommée Gemellus*, il y convertit beaucoup de monde ; et une dame lui offrit son fils nommé Celse qui était un charmant enfant, avec

' Tionôve.

pnère de le baptiser et de Teminener avec lui. Quand

le préfet des Gaules apprit cela, il le fit prendre avec

^else; on lui lia les mains derrière le dos ; on lui at-

^^cha une chaîne au cou et on le jeta en prison afin

1"^ le lendemain il fût tourmenté dans les supplices.

^^is la femme du préfet envoya dire à son mari que

^^^lune injustice de condamner à mort des inno-

^^'^Is; el qu'il ne fallait pas se charger de la vengeance

^^ dieux tout-puissants. Le président se rendit à ces

P^^oies ; il renvoya les saints absous, en leur recom-

^^tidant expressément de ne pas prêcher dansla ville.

^^saire vint donc à Trêves où le premier il annonça

•MU. Après y avoir converti beaucoup de personnes à

^ foi, il s'y bâtit une église. Corneille, vicaire de Né-

*^, instruit de cela, le manda à cet empereur qui en- ^^ja cent hommes pour le prendre. Ils le trouvèrent à ^^té de l'oratoire qu'il s'était construit, lui lièrent les *^sins et lui dirent : « Le grand Néron t'appelle. » "^azaire leur répondit : « Un roi inconvenant a des sol- ^els inconvenants ; car à votre arrivée pourquoi ne ^'avez-vous pas dit honnêtement : Néron t'appelle ? Je serais venu. » Ils le conduisirent donc enchaîné à ^éron. Quant au petit Çelse qui pleurait, ils lui donnaient des soufflets pour le forcer de suivre. Néron, les ayant vus, les fit mettre en prison, jusqu'à ce qu'il eût réfléchi sur la manière de les faire périr. Dans cet intervalle, une fois que Néron avait envoyé des chasseurs pour prendre des bêtes sauvages, une troupe de ces animaux entra subitement dans le verger de ce prince, où elle blessa beaucoup de personnes et en tua nombre d'autres, au point que Néron effrayé prit

la fiiile et rentra dans son palaîs, après s'être fait une blessure au pied. La douleur le retint de longues journées couché ; enfin il se souvint de Nazaire et de Celse ; il pensa que les dieux étaientirritéscontre lui pour avoir laissé vivre si longtemps ces prisonniers. Par Tordre donc de l'empereur, des soldats firent sortir Nazaire de la prison, en le chassant à coups de pied, et Celse en le frappant, et ils les amenèrent devant l'empereur. Néron, voyant la figure de Nazaire brillante comme le soleil, se crut le jouet d'une illusion et lui ordonna de cesser ses sortilèges, puis de sacrifier aux dieux. Nazaire ayant été conduit au temple, pria tout le monde de se retirer, et pendant qu'il y faisait sa prière, toutes les idoles furent brisées. A cette nouvelle, Néron ordonna de le précipiter dans la mer, avec ordre de le reprendre, s'il parvenait à s'échapper, de le faire mourir ensuite dans les flammes et de jeter ses cendres dans la mer. Nazaire donc et le jeune Celse sont embarqués sur un navire, et quand ils eurent atteint la haute mer, ils furent précipités dans les flots. Mais aussitôt il s'éleva autour du bâtiment une tempête extraordinaire, quand le plus grand calme régnait autour des saints. Les matelots craignaient de périr et se repentaient dos méchancetés qu'ils avaient commises contre les martyrs, mais voici que Nazaire avec le petit Celse leur apparaît marchant d'un air gai sur les eaux, et monte sur le navire (Les matelots croyaient déjà en Dieu.) Nazaire par une prière calma les flots, l't vint de là avec eux débarquer auprès delà ville de (iênes éloignée de six cents pas. Après y avoir prêché longtemps, il vint enfin à Milan où il avait laissé saint

Gervaîs et saint Protais. Lorsque le préfet Anolinus l'eut appris, il l'envoya en exil et Celse resta dans la maison d'une dame. Quanta Nazaireil revint à Rome où il trouva son père déjà parvenu à la vieillesse et chrétien. Il lui demanda comment il avait été converti . Son pèrelui ditquesaint Pierre, apôtre,lui étaitapparu et lui avait donné le conseil de suivre sa femme et son fils qui l'avaient précédé dans la foi de J.-C. Ensuite Nazaire, après avoir éprouvé de mauvais traitements, à Milan, d'où il avait été envoyé à Rome, est forcé par les prêtres des idoles de revenir et il y fut traduit devant le président avec l'enfant. On le conduisit hors de la porte de Rome dans un lieu appelé les Trois Murs, et il fut décapité avec le jeune Celse. Les chrétiens enlevèrent leurs corps et les placèrent dans leurs jardins; mais cette nuit-là même, les martyrs apparurent à un saint homme nommé Cératius et lui recommandèrent d'ensevelir leurs corps dans un endroit retiré de sa maison, par rapport à Tcmpereur. Cératius leur dit: « Je vous en prie, mes seigneurs, guérissez auparavant ma fille paralytique. » Et comme elle fut guérie à l'instant, il prit leurs corps et les ensevelit comme ils le lui avaient recommandé. Longtemps après le Seigneur révéla à saint Ambroise où se trouvaient leurs restes. Celui-ci laissa Celse où il était. Le corps de Nazaire fut trouvé avec son sang frais comme s'il venait d'être enseveli, et répandant une merveilleuse odeur ; il était entier, sans corruption, avec ses cheveux et sa barbe. Il en fit la translation à l'église des îipôtres et l'y ensevelit avec honneur. Dans la suite il fit aussi l'élévation de saint Celse (ju'il plaça dans la

même église. Ils souffrirent sous Néron, qui commença à régner vers Tan du Seigneur 57.

Au sujet de ce martyr, voici ce que saint Ambroise dit dans la Préface : « Le sôint martyr Nazaire, illustre par le sang généreux qu'il a répandu, a mérité de monter au royaume du ciel. En souffrant tout ce que les tourments ont de plus cruel, il surmontait la rage des tyrans par sa constance ; et il ne céda jamais devant les menaces des persécuteurs, car il avait pour le soutenir au milijsu de ses combats N.-S. J-C. qui combattait avec lui. Alors il est conduit au temple pour immoler aux idoles profanes ; mais fort du secours divin, il est à peine entré, que ces simulacres sont réduits par lui en poussière. Pour ce fait, il est conduit au milieu de la mer, et, soutenu par les anges, il marche à pied sec sur les flots. 0 heureux et noble combattant du Seigneur qui en attaquant le prince du monde a rendu une multitude innombrable de peuple participante de la vie éternelle ! 0 grand et ineffable mystère, qu'il y ait plus de joie dans l'Église de ce qu'ils ont mérité le salut, qu'il n y a d'allégresse dans le monde pour les avoir punis ! 0 bienheureuse mère qui tire de la gloire des tourments de ses enfants qu'elle conduit au tombeau sans pleurs et sans gémissements, et sans cesser de célébrer leurs louanges quand ils sont passés aux royaumes célestes ! O témoin merveilleux, resplendissant d'un éclat céleste, dont les vertus répandent une odeur plus pénétrante et plus suave que les aromates de Saba ! » — Saint Ambroise, lors de l'invention de ce saint, le proposa comme patron, et médecin, comme le défen-

SAINT FELIX, PAPE 305

seur de la foi, et le champion des combats sacrés. Elle était cachée depuis longtemps dans la poussière cette dragme trouvée avec la lumière que te prèle l'assistance merveilleuse du ciel : afin, ô Jésus ! que les récompenses que vous accordez à tous vos élus soient manifestées et que Toeil de Thomme puisse voir les visages des anges.

SAINT FÉLIX, PAPE

Félix fut élu et ordonné pape à la place de Libère, qui, ne voulant pas approuver rhérésie arienne, fut, par 1 ordre de Constance, fils de Constantin, envoyé en exil, où il resta trois ans. C'est pour cela que tout le clergé romain ordonna Félix à sa place, du vouloir et au consentement de Libère lui-même. Ce Félix, ayant convoqué un concile, condamna, en présence de quarante-huit évéques. Constance empereur arien hérétique et deux prêtres qui le soutenaient. Constance indigné chassa Félix de son évéchéel rappela Libère à la condition d'être en communion seulement avec Constantin et les autres que Félix avait condamnés. Libère, accablé par les ennuis de l'exil, souscrivit à l'hérésie ; et il en résulta que la persécution augmenta à tel point que beaucoup de prêtres et de clercs furent tués dansTéglise sans que Libère s*y opposât. Félix, chasse de son évêché, habitait dans une terre d'où on l'arracha pour le conduire au martyre qu'il subit, en ayant la tête tranchée, vers l'an du Seigneur 340.

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