‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 34 sur 73 · II · texte numérisé non relu

II

3ââ LA LÉGENDE DORÉE

Après avoir été ordonné prêtre, il brilla par une saii teté telle que dans la solennité de la messe, on voya les anges qui le servaient. En ce temps^à, cornu rhérésie d'Ârius infectait Tltalie entière de ses po sons, favorisée qu'elle était par l'empereur Com tance, le pape Julien sacra Eusèbe évéque de Vei ceil : c'était alors une des principales villes de l'Italie A cette nouvelle, les hérétiques firent fermer tout les portes de l'église ; mais Eusèbe étant entré da. la ville, se mit à genoux à la porte de l'église prin pale dédiée à la bienheureuse Marie, et à l'instai toutes les portes s'ouvrirent à sa prière, il chassa son siège Maxence, évéque de Milan, qui était g-:^ par le poison de l'hérésie, et il établit en sa pbe Denjs, fervent catholique. C'est ainsi qu'Eusèbe Occident et Athanase eu Orient purgeaient l'Eglise la peste des Ariens. Cet Arius était un prêtre d^lexandrio : il prétendait que le Christ était une pu créature : il avançait ce qu'il était, quand il n'é€i pas, et qu*il a été fait pour nous, afin que DieiE servît de lui comme d'un instrument pour notre cré^ lion. Alors le grand Constantin fit célébrer le concîJ de Nicée ou cette erreur fut condamnée. Arius fimX quelque temps après, d'une mort misérable, car iî rendit dans le lieu secret toutes ses entrailles et ses intestins. * Constance, fils de Constantin, se laissa corrompre aussi par l'hérésie ; c'est pour cela qu ir rite grandement contre Eusèbe, il convoqua en concil

* Uurfiii, ///.s7. AVc/. liv. X; — Vincent de B., lîv. XV, c. xi an 330.

SAINT EUSÊBE 323

«eaucoup d'évêques, et y manda Denys : il adressa

mainte et mainte lettres à Eusèbe qui, sachant que la

walice prévaut dans la multitude, refusa de venir et

s'excusa sur son grand âge. Alors pour lui enlever ce

prétexte, l'empereur décida que le concile serait célé-

brék Milan, qui était tout proche. Quand il vit que

Eiisèbe faisait encore défaut, il ordonna aux Ariens

de mettre par écrit leur croyance, il força Denys,

évêque de Milan, et trente-trois autres évoques de

souscrire à cette doctrine. Quand Eusèbe apprit cela,

ï' se décida à quitter sa ville pour venir à Milan et il

Pï'édit qu'il y serait exposé à souffrir beaucoup *.

Comme il était sur le chemin de Milan, il arriva *^r le bord d'un fleuve ; une barque, qui était sur la ^^^e opposée, vint à lui, sur l'ordre qu'il lui en ^onna ; elle le transporta à l'autre rive, lui et ses ^^nipagnons, sans qu'il y eût aucun timonier. Alors ^^ysy dont il vient d'être question, alla à sa rencon- ^^ et se jeta à ses pieds pour lui demander pardon. ^^y comme Eusèbe ne se laissait fléchir ni par les me- ^^^es ni par les flatteries de l'empereur, il dit en P^'^sence de toute l'assemblée : « Vous avancez que '^ ï*^ils est inférieur au Père ; comment se fait-il donc 1^^ vous m'avez fait passer après mon fils et mon d^^ciple? Or, le disciple n'est pas au-dessus du maître, 1^^ Vesclave plus que son seigneur, ni le fils au-dessus à\x père. » Frappés par cette raison, ils lui présentèrent l'écrit qu'ils avaient fait et que Denys avait ^içné. Et il dit : « Je ne souscrirai pas après mon

* Bréviaire romain.

fils sur lequel je remporte en autorité ; mais brûlez cet écrit y et faites-en un autre que je signerai, si vous le voulez. » Et ce fut par une inspiration divine que fut brûlé l'écrit que Denys et trente-trois autres évoques avaient signé. Les Ariens écrivirent donc une autre pièce, et la donnèrent à Eusèbe et aux autres évèques pour la signer : mais sur ios exhortations d'Eusèbe ils s'y refusèrent entièrement, et ils se félicitèrent de ce que la première pièce qu ils avaient été forcés de souscrire eût été totalement brûlée. Constance irrité abandonna Eusèbe au bon plaisir des Ariens. Alors ceux-ci le saisirent au milieu des évoques, l'accablèrent de coups, et le traînèrent sur les degrés du palais, du haut en bas, et depuis le bas jusqu'en haut. Quoiqu'il perdît beaucoup de sang de sa tète meurtrie, il n*en persista pas moins dans ses refus ; alors, ils lui lièrent les mains derrière le dos et le tirèrent par une corde attachée au cou. Quant à lui, il rendait grâces à Dieu, en disant qu'il était prêt à mourir pour confesser la foi catholique. Alors Constance fit conduire en exil le pape Libère, Denys, Paulin cl tous les autres évèques qui avaient été entraînés i>ar l'exemple d'Eusèbe. Scylopolis, ville de la Palestine, fut le lieu où les Ariens menèrent Eusèbe : ils le renfermèrent dans une pièce si étroite qu'elle était plus courte que sa taille, et plus resserrée que son corps, en sorte qu'il était courbé au point de ne pouvoir ni étendre les pieds, ni se tourner d'un côté ou d'un autre. Sa tète restait baissée, et il pouvait seulement remuer les épaules et les bras. Mais Constance étant mort, Julien, son successeur, désirant

Page 1