LES SAINTS MACCHABÉES
plaire à tout le monde, fit rappeler les évêques exilés, rouvrir les temples des dieux, et voulut que chacun jouft de la paix sous la loi qu'il préférait choisir. Ce Alt ainsi que Eusèbe, délivré de son cachot, vint trouver Atlianase et lui exposer toutes les souffrances qu*îl avait endurées. A la mort de Julien et sous l'empire de Jovinien, les Ariens restant calmes, Eusèbe revint à Verceil où le peuple le reçut avec des (émoigpnages d*une vive allégresse. Mais sous le règne de Valens, les Ariens, qui s'étaient multipliés de nouveau, entourèrent la maison d^Eusèbe, l'en arrachèrent et après l'avoir traîné sur le dos, ils l'écrasèrent sous des pierres. Il mourut de celte manière dans le Seigneur et fut enseveli dans l'église qu'il avait construite. On rapporte encore que Eusèbe obtint de Dieu par ses prières pour sa ville qu'aucun Arien n'y pourrait vivre. D'après la chronique, il vécut au moins 88 ans. Il florissait vers l'an du Soit^neur 350.
LES SAINTS MACCHABEES
Les Macchabées furent sept frères, qui, avec leur révérende mèreel leur père Eléazar. n'ayant pas voulu, par respect pour la loi, manger de la viande de pourceau, souffrirent des supplices inouïs, dont on [)eut trouver un plus ample récit au 11^ livre des Macchabées. Il faut remarquer que TEglise d'Orient célèbre la fôte des saints de l'un et de l'autre Testament, tandis que l'église d'Occident ne fait pas la fêle des H. 21-
saints de TAncien, par la raison qu'ils sont descendus aux enfers. Il faut en excepter les Innocents, parce que J.-C. a été tué dans chacun d'eux, et les Macchabées. 11 y a quatre raisons pour lesquelles l'Eglise fait la mémoire solennelle de ces derniers, bien qu'ils fussent descendus aux enfers. La première est qu'ils ont la prérogative du martyre. Ayant en effet enduré des supplices inouïs parmi les saints de l'Ancien Testament, il était juste qu'on célébrât la mémoire de leur martyre. Cette raison est donnée dans Vllisioire scholasiique. La deuxième est pour rappeler un mystère. Le nombre septennaire est le nombre universel*. Dans les Macch'àbées sont représentés tous les pères de l'Ancien Testament qui sont dignes de réputation. En effet, bien que l'Eglise ne célèbre pas leur fête, tant parce qu'ils sont descendus dans les limbes, que parce qu'il est survenu une multitude de nouveaux saints, cependant, dans ces sept martyrs, elle montre le respect qu'elle a pour tous les autres, puisque ce nombre sept, ainsi qu'il vient d'être dit, est un nombre universel et général. La troisième est pour offrir un exemple dans les tribulations. On les propose comme un modèle aux fidèles, afin que la constance de ces saints les anime de zèle pour la foi, et les porte à souffrir pour la loi de l'Évangile,
■ X'oici ce que dit saiiil Augasliii au sujet du nombre septennaire (Cité de Dieu, lih. II, ch. xxxi). On pourrait s'étendre beaucoup sur la perfection du nombre septennaire... Le premier nombre tout impair est trois, et le premier tout pair es! «juatre; la summc des deux forme le nombre sept, qui est souvent pris pour la t^éuéralilé des nombres.
comme les Macchabées ont valeureusement combattu pour la loi de Moïs^. La quatrième est tirée du motif <ie leur martyre ; car ce fut pour la défense de leur loi qu'ils endurèrent de pareils supplices, comme c'est pour la défense de la loi évangélique que souffrent les chrétiens. Ces trois dernières raisons sont celles que
M* Jean Beleth assigne dans sa Somme des offices, chapitre v.
SAhNT PIERRE AUX LIENS *
La fétc qui est appelée de saint Pierre aux Liens fut, dil-ou, instituée pourquatre raisons : i^ la délivrance de saint Pierre ; 2<* la délivrance d'Alexandre ; 3° pour rappeler la destruction du rite des gentils et 4^ pour demander d'être délivré des liens spirituels.
I. La délivrance de saint Pierre. D'après Vllisloire scholastique**y Hérode Agrippa alla à Rome où il vécut dans l'intimité deCaius, neveu de Tibère César. Or, un jour, Hérode élant avec Caius sur un char, dit en levant les mains au ciel : « Quel désir j'aurais <ie voir mourir ce vieillard, pour que tu sois le maîtn» de tout l'univers ! » Paroles qui furent entendues du cocher d'Hérode et rapportées tout aussitôt par lui à
• Sur l'authenticité des chaînes de saint Pierre, conservées à Rome dans Féglise de Saint-Pierre-aux-Liens, consulter Cancellieri^ dans son ouvrage intitulé : De carcere Tulliano, où sont consignés tous les témoignages sur lesquels repose cette tradition.
** Actes, ch. Lvii.
Tibère. Tibère indigné fit en conséquence jeter Hérod*^' en prison. Et un jour qu'il était appuyé contre un arbre sur le feuillage duquel était perché un hibou ^ un de ses compagnons de captivité, habile dans la science des augures, lui dit : « Ne crains rien, car bientôt tu seras délivré, et tu seras élevé si haut que tu exciteras contre toi l'envie de tes amis et tu mourras dans cet état de prospérité. Mais quand tu verras audessus de toi un animal de cette espèce, tu sauras dès lors qu'il ne te reste que cinq jours à vivre*. » Quelque temps après Tibère meurt et Caius, élevé à l'empire, délivra Hérode qu'il honora de la dignité de roi de Judée. Quand celui-ci fut arrivé dans ce pays, il employa son pouvoir à maltraiter quelques membres de l'Eglise. D'abord il fit mourir par l'épée Jacques, frt*re de Jean, avant les jours de l'octave de Pâques, ou l'on ne mangeait que des pains azymes. Et voyant que cela plaisait aux Juifs, il fit encore prendre Pierre, dans le même temps, et le mit en prison, avec le dessein de le faire mourir devant tout le peuple, après la fête de Pâques. Mais l'ange du Seigneur apparut miraculeusement à Pierre, le délivra des chaînes qui le liaient et lui ordonna d'aller remplir en toute liberté le ministère de la prédication. Le lendemain, à l'occasion de l'évasion de saint Pierre, Ilérode manda les gardes afin de les punir rigoureusement. Il ne put cependant le faire, car la délivrance de cet apôtre ne devait être pour qui que ce fût la cause d'aucun mal; en effet, il fut obligé d'aller tout
* Histoire scholas tique.
*le suite à Césaréé, où il expira sous le coup d'un ange, Josèphe rapporte au XIX* livre des Antiquités hdûïqiies, ch. viii, qu'arrivé à Césarée, où s'étaient réunis les habitants de toute la province, Hérode, revêtu d*un habillement magnifique, tissu d'or et d'arçent, se rendit le lendemain au théâtre. Or, quand 'es rayons du soleil vinrent frapper sur son vêtement 'oui couvert d'argent, l'éclat du métal étincelant fai- *^il vibrer, par la répercussion, sur les spectateurs, *"ïe double lumière qui devait remplir d'effroi ceux 'f*Ji Tapercevaient, et par le moyen de cette artifi- ^*^Use erreur, on était porté à croire qu'il y avait en **i quelque chose au-dessus de la nature humaine. ''^ l'instant, la foule des flatteurs se mit à s écrier : ^* ''xisqu'à présent, nous vous avions pris pour un *^*Tinie, mais aujourd'hui nous déclarons que vous ^^^^ au-dessus de la nature humaine. » Or, tandis *^*il se repaissait de ces flatteries, et qu'il acceptait ^^ieusement les honneurs divins qu'on lui voulait ^^dre, il leva la tête et vit assis sur une ficelle, au- ^ssus de sa tête un ange, c'est-à-dire un hibou, qui ^^ tîtait que le messager de sa mort prochaine. Alors ^^ se tourna vers le peuple et dit : « Moi, qui suis ^*olre Dieu, voici que je vais mourir. » Car il savait, ^l*après la prédiction de l'augure, qu'il mourrait dans ^inq jours. Alors il fut frappé, et pendant ces cinq jours, il fut rongé par les vers et expira. Ce fut donc en mémoire de la délivrance si miraculeuse du prince (les apôtres, et de la vengeance si terrible qui fut infligée immédiatement à ce tyran, que l'Église solennise la fête de saint Pierre aux Liens. De là vient qu'à
la messe on chante Tépître où se trouve le récît de cette délivrance ; il paraîtrait donc par là que Ton devrait donner à cette fête le nom de saint Pierre des Liens (c'est-à-dire délivré des liens).
Venons au second motif de l'institution de cette fête.
II. Le pape Alexandre qui gouverna TÉglise le sixième après saint Pierre, et Hermès, préfet de la ville de Rome, converti à la foi par Alexandre, étaient détenus par le tribun Quirinus qui les enfermait en des lieux différents : or, le tribun dit au préfet Hermès : « Je m'étonne qu'un homme, prudent comme toi, renonce à Thonneur d'être préfet et rêve une autre vie. » Hermès lui répondit : « Et moi aussi, il y a quelques années, je me moquais de tout cela, et pensais que cette vie est la seule. » Quirinus lui dit : « Prouve-moi que tu es silr d'une autre vie et à l'instant, je serai un disciple de ta croyance. » Hermès lui répondit : « Saint Alexandre, que tu retiens en prison, l'enseignera cela lui-môme beaucoup mieux. » Alors Ouirinus se mit à maudire Hermès et il ajouta : « Je viens de te dire que tu me donnes des preuves dt» ce (ju(* tu avances, et voici que tu me renvoies à Alexandre que je retiens en prison à cause de ses crimes. Pourtant, je doublerai le nombre de tes gardes et de ceux d'Alexandre, et si je puis le trouver avec toi ou bi(Mi loi avec lui, alors, j'ajouterai certainement loi aux paroles et aux discours que vous me tiendrez l'uTi el Taulre, » 11 fit ce ([u'il avait dit : or, Hermès en prévint incoiUinent Alexandre. Celui-ci se mit donc en prière; alors un aiii^e vint et le conduisit dans la [>rison (rilermès. Quand Ouirinus les trouva ensemble.
'J fui singulièrement surpris. Et Hermès racontant à Quirinus comment Alexandre avait ressuscité son fils qui était mort, Quirinus dit à Alexandre : « Ma fille Balbine est goitreuse ; eh bien ! je te promets de me soumettre à ta croyance, si tu peux obtenir la guérison de ma fille. » « Va vite, lui répliqua Alexandre, et amène-la-moi dans ma prison. » Quirinus lui dit : « Puisque tu es ici, comment pourrai-je te trouver dsiusta prison? » « Va vite, répartit Alexandre, parce <iue celui qui m'a amené ici m'y ramènera lui-même à Tinstant. » Quirinus alla donc mener sa fille à la prison d'Alexandre, et en l'y trouvant, il se prosterna à ses pieds. Alors sa fille se mit à baiser avec dévotion les chaînes de saint Alexandre, afin qu'elle reçût g^uérison. Alexandre lui dit : « Ma fille, cesse d'embrasser mes chaînes, mais cherche avec empressement les carcans de saint Pierre, et en les baisant avec dévotion, tu seras guérie. » Quirinus fit donc chercher avec soin les carcans dans la prison où saint Pierre avait été détenu, et quand il les eut trouvés, il les donna à baiser à sa fille. Elle ne l'eut pas plus tôt fait qu'elle eut le bonheur d'être entièrement guérie. Quirinus demanda pardon à Alexandre qu'il délivra de prison, puis il reçut le baptême lui, sa famille -et beaucoup d'autres encore. Saint Alexandre institua donc cette fête aux calendes d'août, et il fit bâtir en l'honneur de saint Pierre une église, où il déposa les chaînes et la nomma l'église de Saint-Pierre-aux-Liens. En cette solennité, il se fail un grand concours de peu|)le à ladile église et on y baise ces chaînes.