POE M F
diverti. Je pria ta place et rejoignis le Maure. Dei pren coupe je l'eue renversé. .!<• le donnai le cheval, ce- que je lins pecrel : jusqu'à ce jour, je ne l'ai découvert ;< personne. De?anl Mon Cid el devant loue, il ta Fui poeeihle de to vanter d'avoir lue h' .M. une <■! l'ail un exploit. ÏOIie le crumit et ignorèrent la vérité. Oh ! tu es beat, unis mauvais guerrier. Langue sans mains, comment ose»- tu parler? Dis, Fernand, avoues que mu mémoire ne me trompe pas. L'ac- •hlcnt du lion à Valence ne te revient-il pas 6 l'esprit Cid dormait et le lion rompit sa chaîne. Et loi, Fernand, que fis-tu dans ta peur? Tu te plaças derrière le hanc à dossier de Mon Cid le Campeador; c'est là que tu te plaças, et ton honneur en vaut moins aujourd'hui. Quant à ncsjft, pour préserver notre seigneur, nous entourâmes le banc à dossier jusqu'au moment où vint à s'éveiller Mon Cid le vainqueur de Valence. Se levant de son siège, il se dirigea -vers le lion. Le lion, tète basse, attendit Mon Cid, se laissa prendre au cou et mettre en cage. Quand le bon Campeador se retourna vers ses vassaux, il les vit autour de lui. Il demanda ses gendres et ne trouva ni l'un ni l'autre. Je te défie en personne comme traître et pervers. Pour l'honneur des lîlles du Cid, doua Elvire et doua Sol, je veux te le prouver ;par le combat, ici même, en présence du roi Alphonse. Vous les avez abandonnées, et en cela vous vous êtes fait tort. Elles ne sont que femmes, vous êtes hommes, et eependant de tout point elles valent mieux que vous. Quand viendra le combat, s'il plaît au Créateur, en traître que tu es, tu l'avoueras. Je serai démontré véridique en toutes nx s paroles. » Ici cessa leur discussion à tous deux.
Écoutez ce que dit Diègue Gonzalez : « La nature nous fit ■comtes et des meilleurs; ces mariages où nous prenions pour beau-père Mon Cid don Rodrigue, n'eussent pas été •considérés. Nous ne nous repentons donc pas d'avoir abandonné ses filles. Elles peuvent passer désormais leur vie dans les soupirs. On leur rappellera ce que nous leur avons
fait. Je combattrai sur ceci le plus hardi : comme quoi en les laissant nous nous sommes fait honneur. »
Martin Antolinez en pied se leva : « Gesse donc, traître, bouche sans vérité : tu ne dois pas oublier l'aventure du lion. Tu te précipitas par la porte, te réfugias dans la bassecour et fus te placer derrière la poutre du pressoir ; mais tu ne revêtis plus ton manteau ni ton bliaut. A ce sujet je veux combattre : il n'en peut être autrement. Pourquoi avez-vous abandonné les filles du Cid? Sachez qu'en toute façon elles valent mieux que vous. A la fin du combat, tu avoueras par la bouche que tu es un traître, et que toutes tes paroles ne sont qu,e mensonges. » Leurs discours à tous deux cessèrent.
Asur Gonzalez entre dans le palais : il vient en manteau d'hermine et bliaut traînant, et le teint vermeil, car il a déjeuné. La prudence n'est pas grande dans ses discours. « Ah! barons, qui vit jamais un tel malheur? Qui nous donnera des nouvelles de Mon Cid, celui de Bivar? A-t-il été faire marcher ses moulins de Riodovirna et prendre la mouture, comme il fait d'ordinaire? Qui lui a persuadé de s'allier à ceux de Carrion ? »
A ce moment, Muïïo Gustioz en pied se leva • « Silence, déloyal et méchant traître! Tu déjeunes plutôt que d'aller à l'oraison, et tu dégoûtes autour de toi ceux auxquels tu donnes le salut. Tu ne parles franc à ami ni à seigneur, faux pour tous, et surtout pour le Créateur. Je ne veux aucune part à ton amitié. Je te ferai avouer être tel que je dis. »
Le roi Alphonse dit : « Cessons ces propos : ceux qui se sont défiés combattent, et que Dieu les garde ! »
Comme ils achevaient ainsi de disputer, voici que deux chevaliers entrèrent dans l'assemblée, l'un du nom de Oiarra, l'autre de Jenego Ximenez. Le premier vient pour l'infant de Navarre, le second pour l'infant d'Aragon. Ils baisent les mains au roi don Alphonse, et demandent à Mon Cid le Campeador ses filles pour les faire reines de Navarre
pokmi 325
et d'Aragon; qu'il veuille bien les leur donner en tout honneur et pour la bénédiction.
En pied Be leva ion Cid le Campeador : i Merci, roi Alphonse, roue ôtei, mon Beigneur. Je rende gr&cei au i
teur de ce qu'on me les demande des maisons de Navarre et d'Aragon. Jadis c'est vous, <-t non moi, qui les arei ma- -. Voici que je remets nies filles entre vos mains : disposez d'elles, sans votre ordre je ne ferai rien. »
Le Roi se leva et fit taire l'assemblée : (f Je vous le demande, Cid, illustre Campeador, s'il vous plaît, je l'octroierai : que ce mariage s'arrange aujourd'bui dans cette assemblée; vous croîtrez ainsi en honneurs, en terres et en dignités. »
Mon Cid se leva et baisa les mains au Roi : « Puisque tel est votre plaisir, j'y consens, seigneur. »
Le Roi dit alors : « Dieu vous en donne bonne récompense ! Oiarra et Jenego Ximenez, je vous accorde à tous deux la main des filles du Campeador, doua Elvire et doua Sol, pour les infants de Navarre et d'Aragon : vous les aurez en tout honneur et avec la bénédiction. »
Oiarra et Jenego Ximenez se levèrent en pied, baisèrent les mains au Roi et ensuite à Mon Cid le Campeador. Ils rendirent leurs hommages et firent la promesse que tout serait comme ils l'ont annoncé, ou mieux, s'il est possible.
Beaucoup dans l'assemblée se réjouissent de ces mariages, mais les infants de Carrion ne s'en réjouissent guère. Minaya Alvar Fanez en pied se leva : a Je vous demande une grâce, comme à mon Roi et seigneur. Que ne s'en inquiète pas le Cid Campeador. Pendant le temps de cette cour je vous ai laissés bien tranquilles; je voudrais maintenant parler à tout mon souhait. »
Le Roi dit : « De cœur cela me plaît. Dites, Minaya, ce dont vous avez envie. »
— « Je vous prie de tous m'écouter, seigneurs de l'ast. i. 19
semblée, car j'ai beaucoup à me plaindre des infants de Cardon. Sur l'ordre du roi Alphonse, je leur donnai mes cousines; ils les reçurent honorablement avec la bénédiction. Mon Cid le Campeador y joignit de grandes richesses. Mais, à notre grande affliction, ils ont abandonné les filles de Mon Cid, doua Elvire et doua Sol. Je les défie en personne comme méchants et comme traîtres. Vous tirez origine de la race de Yani Gomez, d'où sortirent des comtes de valeur et de courage : quelles sont leurs coutumes, nous le savons désormais fort bien, et j'en rends grâce au Créateur. Maintenant que les infants de Navarre et d'Aragon demandent mes cousines doua Elvire et doua Sol, à celles-là mêmes que vous teniez dans vos bras comme vos égales, à celles-là vous allez à cette heure baiser les mains, vous les appellerez suzeraines, et vous aurez à les servir, quelque peine qu'il vous en coûte, ce dont je remercie le Dieu du ciel et le roi don Alphonse. Ainsi croît la réputation de Mon Cid le Campeador! En tout point vous êtes tels que je dis. S'il se trouve quelqu'un pour répondre ou affirmer le contraire, c'est moi qui suis Alvar Fanez, en tout le plus vaillant. »
Gomez Pelayet en pied se leva : « Que nous veut, Minaya, tout ce discours? Il y a dans cette cour plus d'un seigneur de votre avis, mais pour qui voudrait le contraire, serait-ce la mort? S'il plaît à Dieu que nous sortions heureusement de ce débat, vous verrez que vous affirmez une chose fausse. »
Le Roi dit : « Que ce débat finisse! que nul ne prononce plus de provocations! Demain, au lever du soleil, aura lieu le combat, trois contre trois, de ceux qui se sont défiés en cette cour. »
Aussitôt parlèrent les infants de Carrion : «Donnez-nous un délai, Roi, car cela ne se peut faire demain ; les gens du Campeador ont armes et chevaux; mais quant à nous, il nous faut aller d'abord aux terres de Carrion. »
Le Roi dit au Campeador : Ce combai se fora au lieu que vous voudrea. »
Alors Mon Gid dit : « Je ne m'en mêlerai ; >ur :
;i ieux aller à Valence qu'aux terres de Carri
A cela le Roi répondit : a N'ayei crainte, Campea . Laissez-moi vos chevaliers et tout leur équipement; ils m'accompagneront et je serai leur protecteur. Je prends l'engagement envers vous, comme pourrait faire un bon 1 envers s. m suzerain, qu'ils ne souffriront violence de oomte ni d'infançon. Ici, tandis que nous sommes encore en mblée, je leur fixe un délai : au bout de trois semaines, dans les plaines de Carrion, que ce combat se fasse en ma présence. Que celui qui ne viendra pas dans le délai, perde son défi ei par cela seul soit regarde comme traître et comme vaincu. » Les infants de Carrion acceptèrent ces dispositions.
Mon Cid baisa les mains au Roi et dit : « Ainsi me plaîtil . seigneur. Voici que je remets en vos mains mes trois chevaliers : dès ce moment, je vous les recommande comme à mon roi et seigneur. Ils sont équipés de telle sorte qu'ils pourront exécuter tout ce qui les concerne. Pour l'amour du Créateur, renvoyez-les moi avec honneur à Valence. »
A ce moment le Roi répondit : « Dieu en ordonne ainsi ! »
Alors le Cid Campeador ùta son chaperon, sa coiffe de fine toile, blanche comme le soleil, et, la tirant du lien, détacha sa barbe. Tous tant qu'ils sont en la cour ne se lassent pas de le contempler.
11 se dirige vers le comte don Henri et le comte don Raimond, il les embrasse avec bonheur et de cœur les prie de prendre sur ses biens comme bon leur semble. A tous, à ceux-là, comme aux autres du bon parti, il leur demande ce qui leur fait envie. Tels sont là qui prennent, tels sont là qui non. Il remet les deux cents marcs au Roi, qui choisit sur le reste tout ce qui lui plaît.
« Je vous demande merci, Roi, pour l'amour du Créateur et vous baise les mains avec votre permission. Puisque toutes ces choses sont ainsi convenues, seigneur, je désire retourner vers Valence, la ville gagnée par mes labeurs. »
Le Roi levant la main se signa le visage : « Je le jure par saint Isidore de Léon, dans toutes nos terres il n'est pas si bon baron. »
Mon Cid à cheval s'avança pour venir baiser la main à son seigneur Alphonse : cr Vous m'avez ordonné d'amener Babieca le coureur. Chez les Maures ni chez les Chrétiens il n'en est pas un autre semblable aujourd'hui. Je vous en fais présent : faites-le prendre, seigneur. »
Le Roi dit alors : « Ce n'est pas ma pensée. Si je vous l'enlevais, ce cheval n'aurait pas un aussi bon maître. A cheval tel qu'est celui-ci, il faut un maître tel que vous, pour défaire les Maures dans le champ et se mettre à leur poursuite. Qu'à celui qui voudrait vous le prendre le Créateur n'accorde pas sa protection; car par vous et par ce cheval nous avons de la gloire. »
Alors on se fit ses adieux, et bientôt l'assemblée se sépara.
Le Campeador donna les meilleures instructions à ceux qui allaient combattre : « Allons, Martin Antolinez, et vous, Pero Bermuez, et Nuîio Gustioz, soyez ferme dans le champ en vrais guerriers. Qu'il m'arrive à Valence de bonnes nouvelles sur vous. »
- Martin Antolinez dit : « Pourquoi parlez-vous ainsi, seigneur? Nous en avons accepté le devoir et nous l'accomplirons. Vous pourrez entendre raconter notre mort, mais notre défaite, jamais. »
Joyeux fut de cette réponse celui qui à une heure bonne reçut le jour. Il prit congé de tous ceux de ses amis qui étaient là. Mon Cid tourna vers Valence et le Roi vers Carrion.
Les trois semaines du délai sont pleinement achevées.
Voici au ternie les gens «lu Ctmpetdor : ils renient remplir la mission qui leur est imposée par leur seigneur, il- sont
sous la protection tlu roi don Alphonse de Léou,
Pendant deux Jours on attendit l»-s Infants de Carrion. Us Tiennent enfin très-bien fournis d'hommes el de chevaux : tous leurs parents sont avec eux. S'ils pouvaient tirer à part ceux du Campeador, ils les tueraient dans le champ, an déshonneur de leur seigneur : action mauvaise qu'ils n'essayèrenl même pas, car ils eurent grande crainte d'Alphonse de Léon.
La nuit ils firent la veillée des armes et prièrent le Créateur. Les ténèhres s'en vont, déjà l'aube les chasse. Le désir de voir ce combat rassembla beaucoup de bons richeshommes. Là aussi, par-dessus tous, se trouve le roi don Alphonse, pour soutenir le droit et s'opposer à l'injustice.
Déjà se mettent en armes ceux du Campeador, tous trois sont d'accord, car ils ont môme seigneur.
En un autre lieu s'arment les infants de Carrion, et le comte don Garcia est tout occupé à leur faire ses recommandations.
Ils rencontrèrent une difficulté et vinrent dire au roi Alphonse qu'on ne devait pas se servir dans la lutte des épées tranchantes Colada et Tizona, que ceux du Campeador ne devaient pas combattre avec elles. Les infants étaient fort marris de les avoir livrées. Ils le dirent au Roi. mais le Roi ne les en loua point.
« Tandis que nous avions cour vous n'avez dégainé ni l'une ni l'autre de ces épées. Si les vôtres sont bonnes, vous en tirerez avantage; de même feront ceux du Campeador. Debout! et courez au champ, infants de Carrion. Il est besoin pour vous de combattre en vrais guerriers, car du côté de ceux du Campeador rien ne fera défaut. Vous aurez grand honneur à sortir avec avantage du champ; mais si vous êtes vaincus, ne nous en accusez pas : car tous le savent, c'est vous qui l'avez cherché. »
Déjà vont se repentant les infants de Carrion. Ils ont grand chagrin de leurs faits et voudraient pour tout ce qu'il y a dans Carrion n'avoir pas agi de la sorte.
Les trois champions du Campeador sont armés. Le roi don Alphonse vint les voir ,et ceux du Campeador lui dirent : i Nous vous baisons les mains comme à notre Roi et seigneur; veuillez être juge aujourd'hui entre eux et nous. Protégez-nous selon le droit et contre toute injustice. Ici se trouve le ban des infants de Carrion. Nous ne savons pas ce qu'ils pourraient ou non imaginer. Notre seigneur nous plaça en votre main, rendez-nous justice pour l'amour du Créateur. »
Le Roi leur répondit alors : « D'âme et de cœur. »
On leur amène des chevaux agiles et forts. Sur leurs selles ils font le signe de la croix et chevauchent hardiment, les écus bien bouclés au cou. Ils prennent en main des lances au fer tranchant , chacune des trois ayant son pennon. Autour d'eux beaucoup de bons seigneurs.
Bientôt ils se montrent dans le champ entouré de barrières. Ceux du Campeador sont convenus tous trois ensemble que chacun d'eux frapperait le sien de son mieux.
Voici de l'autre côté les infants de Carrion en fort bonne compagnie, car sont présents maints de leurs parents. Le Roi leur nomma des juges pour décider du juste ou de l'injuste, et pour qu'entre eux ils ne se disputassent pas sur le oui ou le non.
Le roi don Alphonse vint du côté du champ où ils se trouvaient et leur dit : « Écoutez mes paroles, infants de Carrion. Vous auriez pu faire ce combat à Tolède, mais vous ne l'avez pas désiré. Ces trois chevaliers de Mon Cid le Campeador, c'est moi qui les amenai sous ma sauvegarde aux terres de Carrion. Tenez pour votre droit, ne cherchez nulle félonie, car si quelqu'un voulait méfaire, moi malement je l'en empêcherais, et tout mon royaume en serait irrite. » Alors augmente le trouble des infants de Carrion.
Hil'MK 33]
Les juges el le Roi indiquerez lei barrières, et tout autour le terrain se trouva libre. Ili leur firent bien entendre
à tous les six, comme ils sont, que par cria &eul sérail vaincu celui qui franchirait la clôture. Tout le monde débarrassa les alentours de manière à ne pas approcher de la lice à une distance moindre de six hampes de lance. On leur tira au sort la place et leur partagea te soleil. Les juge retirèrent d'au milieu d'eux : ils sont face à face.
Alors (es chevaliers de Mon Cid courent aux infants de Carriou, et les infants de Carrion sus chevaliers de Mon Cid. Chacun d'eui ne Bouge qu'à son adversaire. Les cens aux bras v't devant leurs poitrines, ils abaissent leurs lances où llotteul les primons, inclinent leurs tètes sur leurs arçons, et à coups d'éperons battent leurs chevaux. La terre est comme tremblante sous leurs mouvements.
Chacun d'eux ne songe qu'à son adversaire. Tous ensemble, trois contre trois, ils se sont rejoints. Ceux qui se tiennent autour pensent qu'ils vont sur l'heure tomber morts.
Pero Bermuez, celui qui avait porté le premier défi, se laissa arriver en face de Fernand Gonzalez. Sans nulle crainte ils se frappèrent sur leurs éeus. Fernand Gonzalez traversa l'écu de Pero Bermuez, mais Lavant pris dans le vide, ne put le toucher au vif. Deux fois sa lance se brisa. Pero Bermuez se tint ferme, de tout cela rien ne put l'ébranler. 11 avait reçu un coup, il en frappa un autre. Il brisa la boucle de l'écu, la fit sauter de côté, traversa l'écu lui-même: rien ne put davantage garantir l'infant. Il lui mit la lance dans la poitrine. Fernand portait trois doubles de cuirasse, ce qui le servit, car les deux premiers rompus, le troisième demeura. Le plastron, le vêtement, la chemise lui entrèrent d'une palme dans la chair; le sang lui sortit par la bouche. Les sangles éclatèrent, aucune ne lui fut utile. De la croupe de son cheval il fut jeté à terre, et tout le monde se persuada qu'il était blessé à mort. Pero
Bermuez lâcha la lance et mit la main à l'épée. En l'apercevant, Ferdinand Gonzalez reconnut Tizona.Sans attendre le coup il cria : « Je suis vaincu ! » Les juges y consentirent, et Pero Bermuez le laissa.
Martin Antolinez et Diègue Gonzalez se frappèrent de leurs lances. Le choc fut tel que les lances volèrent en éclats. Martin Antolinez mit la main à l'épée : tout le champ reluisit, tant elle était claire et polie. Il lui porta un coup de côté et lui fit sauter le casque loin de la tête. Les courroies du heaume furent tranchées, le heaume arraché; l'épée arrivant à la coiffe enleva tout, et heaume et coiffe; de cheveux de la tète coupés et de chair atteinte une partie demeura, une partie tomha sur le sol. Quand Golada, la précieuse, eut frappé ce coup , Diègue Gonzalez s'aperçut qu'il n'échapperait pas en vie. II tira son cheval par la bride pour se tourner en face. A ce moment Martin Antolinez, sans user d'estoc, le reçut avec un coup de plat d'épée. Diègue Gonzalez tenait aussi son épée en main, mais sans en rien essayer. Cependant l'infant poussait de grands cris: « Sauvez-moi, Seigneur, Dieu de gloire, gardez-moi de cette épee. r> Il saisit vivement la bride du cheval qui, distançant l'épée, franchit la barrière; Martin Antolinez resta dans le champ. Le Hoi dit alors : « Venez en ma compagnie : vous avez tant fait, que vous voilà le vainqueur dans cette lutte. » Les juges déclarent vraies les paroles que vient de dire le Roi.
Ces deux-là ont triomphé : je veux maintenant vous parler de Muno Gustioz et de son affaire avec Asur Gonzalez. Ils se frappèrent sur leurs écus plusieurs grands coups. Asur Gonzalez, aussi fort que brave, en frappant ainsi l'écu de Muno Gustioz, à travers l'écu lui faussa l'armure. Mais la lance passa de côté et ne l'atteignit pas au vif. A ce coup, Muno Gustioz en rendit un autre qui, à travers l'écu d'Asur Gonzalez , lui faussa son armure. L'écu fut brisé tout au milieu de la boucle, l'armure faus-
car ce coup ne put être évité. Mono Gostioz, qai • poyédail plus dans ton ardeur, te prit au défaut dé La cuirasse, il lui enfonça dans la chair la lame et le pennon, et
les lit ressortir de L'autre <oté <I<* toute une brasse. Il le recourba, rébranla sur sa selle et le rejeta sur le sol en retirant sa Lance. Rouges reparurent la hampe, et le fer et le pennoh. Tous pensèrent qu'Asur Gonzalez était blesfl mort. Mufio Gustioz releva la lance et s'approcha de lui, mais Gonzalo Asurez cria : « Pour Dieu, ne le frappez pas! Puisque cela s'est ainsi terminé, il est vaincu dans le champ, d Les juges dirent : « (l'est aussi ce que nous entendon
Le bon roi don Alphonse voulut qu'on rendit la place nette et prit pour lui les armes qui restaient.
Les chevaliers du bon Campeador s'éloignent avec honneur : ils ont vaincu dans cette lutte, grâces au Créateur. Grands sont les soucis par les terres de Carrion.
Le Roi renvoya de nuit les vassaux de Mon Cid : ainsi on ne put les assaillir et ils n'eurent aucune crainte. En gens de renom ils marchent nuit et jour jusqu'à leur arrivée à Valence auprès de Mon Cid le Campeador. Ils ont laissé les infants de Carrion reconnus pour méchants, accomplissant ainsi la mission confiée par leur seigneur. Mon Cid le Campeador en fut rempli de joie.
Grande est l'humiliation des infants de Carrion. Qu'ainsi advienne ou pire encore à quiconque outrage noble dame et l'abandonne ensuite.
Cessons de nous occuper des infants de Carrion et du grand déplaisir que leur cause ce qu'ils ont reçu. Parlons de celui qui naquit à une heure bonne.
L'allégresse fut immense dans Valence la grande de ce qu'avaient acquis tant de gloire ceux du Campeador. Ruy Diaz leur seigneur se prit la barbe : « Je rends grâces au Roi du ciel, mes filles sont vengées! Maintenant elles peuvent abandonner les domaines de Carrion : je les marierai
sans m'inquiéler s'il en pèse ou s'il en chaut à qui que ce soit. »
Les infants de Navarre et d'Aragon avancèrent en affaires, eurent une entrevue avec Alphonse de Léon et conclurent leurs mariages avec doua Elvire et doua Sol. Les premiers avaient été grands, mais ceux-ci sont plus grands encore : ce mariage est plus brillant que le précédent.
Considérez comme l'honneur -croit à celui qui à une heure bonne reçut le jour, puisque ses filles sont souveraines deXavarreet d'Aragon. Aujourd'hui les rois d'Espagne sont ses parents. En tout il revient de la gloire à celui qui naquit à une heure bonne.
Il est parti de ce monde le jour de la Pentecôte. Qu'il ait pardon du Christ, que nous l'obtenions aussi pour nous tous, justes et pécheurs.
Telle est la geste de Mon Cid le Campeador; en cet endroit s'en achève le récit.
Que Dieu donne le paradis à celui qui écrivit ce livre' Amen !
Pero l'abbé l'écrivit pendant le mois de mai, en Tannée mil et CC...XLV de cette ère.