LES FENÊTRES FLEURIES
Les Parisiens, entendus
Aux riens charmants plus qu'au bien-être,
Se font des jardins suspendus
D*un simple rebord de fenêtre.
ig6 LA LÉGENDE
On peut voir en toute saison Des fils de fer formant treillage Faire une iête à la maison De quelques bribes de feuillage.
Dès qu^il a fait froid, leurs couleurs Ne sont plus que mélancolie ; Mais cette habitude des fleurs Est parisienne et jolie.
Ainsi tout en haut, sous les toits, L'en&nt aux paupières gonflées, Qui coud en se piquant les doigts, A près d'elle des giroflées.
Quelquefois même, et c'est charmant, Sur la tête de la petite On voit luire distinctement D js étoiles de clématite .
Aux étages moins près du ciel, C'est très souvent la même chose :
Un printemps artificiel Fait d'un œillet et d'une rose .
DU PARNASSE CONTEMPORAIN igj
Dans un pot muni d*un tuteur.
Où tiennent juste les racines, Un semis de pois de senteur Laisse grimper des capucines.
Les autres quartiers de Paris Ont des fleurs comme les banlieues: C'est que le ciel est souvent gris, Et qu'elles sont rouges et bleues.
C'est qu'on trouve un charme, en effet, Â ce fÎÊintôme de nature.
Et que le vrai sage se fait.
Des bonheurs en miniature.
Léon Valade est un poète aussi moderne qu'Albert Mérat, mais avec plus de rêve, il semble.
Une douceur infinie, un peu triste, une appréhension de tout excès, une tendresse qui ose à peine dire qu'elle aime, alanguissent délicieusement son talent discret et pur. Il fait songer à une sensitive qui serait une violette. Ce poète a dit lui-même : « Je suis un buveur de lait. 1» Ce n'est pas sans raison que l'un de ses recueils est intitulé A mi-côte. Je suis là, dit-il.
Je suis là, n*osant plus monter £t ne voulant pas redescendre.
Ce qu'il chante de préférence, ce sont les amours discrètes des cœurs sans passion, les rêveries qui se formulent à peine, s'ébauchent un instant, s'effacent. Il ne sera pas tenté par les belles violences des pleins midis, ni par l'intensité des ténèbres. Les heures qui lui sont chères, ce sont les matins qui ne sont pas encore le jour, et les soirs qui ne sont pas encore la nuit. Dans quelles limbes se meut le fantôme de ce sonnet ?
L'AVENUB
Nos âmes tant de fois s'oublièrent, bercées Sous ces grands arbres noirs de la chanson du vent ! Le long de ces vieux murs, elle et moi, si souvent Nous avions vu glisser nos ombres enlacées !
Quand j'ai longé, suivant les traces effacées. L'avenue où moi seul irai dorénavant.
Tous mes chers souvenirs m'y guettaient, se levant Au bruit sec de mes pas sur les feuilles froissées...
Mon cœur mélancolique aux jours passés rêvait : Et quant la lune, ayant percé le fin duvet Du nuage» blanchit par places le mur sombre
(\fes yeux cherchant Tabsente et ne la trouvant pas), Comme un autre amoureux plus pâle, sur mes pas. Mon ombre avec regret semblait chercher son ombre.
Même quand il se dérobe un instant aux souvenirs, aux rêves moroses, Léon Valade garde cette langueur, et son sourire hésite, presque inachevé, sa bonne humeur se pose à peine comme un papillon qui tremble. S'il lui arrive de peindre des choses qu'il a vues, il se gardera bien des tons violents. Le frais tableau que voici est un pastel si tendre qu'on n'ose le regarder de près, de peur de faire s'en enlever, par son haleine, les couleurs :