‹ La légende du Parnasse contemporainChapitre 20 sur 36 · AU LEVER · texte numérisé non relu

AU LEVER

Charmante, les yeux bruns de mollesse baignés, Dans le désordre exquis des cheveux non peignés, Jeune fille déjà, Tair d'une enfant encore (Grâce double I qui tient de laube et de l'aurore),

2ÔO LA LEGENDE

Elle est là, se croyant toute seule... Elle a pris Dans le frisson neigeux de la poudre de riz Une houppe de cygne ; et, dormeuse encor lasse, Sur la pointe des pieds se hausse vers la glace Par un effort qui la cambre légèrement.

Pose coquette : ainsi le divin gonflement Du souffle accuse mieux la naissante poitrine ; En même temps que bat Taile de la narine, Et que les cils pressés palpitent sur les yeux. Attentive, elle tend sa peau d'un grain soyeux Qu'effleure le duvet doux comme une caresse ; Et se dépite à voir que toujours transparaisse Le sang jeune, par qui son teint reste vermeil De la carnation récente du sommeil.

Car elle a beau poudrer sa joue ardente et fraîche. Où, dans la rose, pointe une rougeur de pêche, Toujours ce vilain rose et ce rouge insolent Triomphent...

O morale, aïeule au chef branlant !

O duègne, qu en secret la mode farde et grime. Ne t'indigne pas trop (bien que ce soit un crime D'opprimer sous l'hiver le printemps rose et nu-, Ne t'indigne pas trop de ce crime ingénu.

Si naïve, Terreur peut être f-ardonnée.

Songe qu'Avril aussi, jeunesse de l'année, Parfois s'éveille avec un caprice pareil, Et fait, à la surprise extrême du soleil, Sur les rouges bourgeons, drus et pressés de vivre. Scintiller la blancheur délicate du givre.

Quoi de plus délicieusement ténu que cette Miniature :

C'est parce qu elle était petite Et charmante fragile ment, Qu elle m'eut encore plus vite Pour esclave que pour amant.

C'est que j'étais si grand pour elle.

Qu'abrégeant l'espace entre nous, Mon attitude naturelle Était de vivre à ses genoux.

C'est qu'amoureux de sa faiblesse, J'aimais à prendre dans mes mains Ses petits pieds que marcher blesse, N'étant pas faits pour nos chemins.

C'est qu'en mes bras serrant sans peine Celle que je nommais mon bien.

J'avais, plus fecile et plus pleine.

L'illusion qu'il était mien...

— Et c'est aussi que son caprice Mettait tant de flamme à ses yeux, Qu'il fallait bien que je le prisse Ainsi qu'un ordre impérieux.

C'est qu'à la fois enfant et femme, Orgueilleuse sous ses dehors Si frêles ! elle avait dans 1 ame L'indomptable fierté des forts.

C'était» du bout de la bottine Jusqu'à la pointe des cheveux, Une nature exquise et fine, Un corps délicat et nerveux :

Frêle instrument, dont la paresse S'éveillait dès qu'on y touchait Et vibrait sous une caresse Comme un violon sous l'archet.

Passagère et mignonne hôtesse !

D'où vient qu'elle semble tenir, Du seul droit de sa petitesse, Tant de place en mon souvenir ?

Dans Tampleur folle toilettes Lourdes à dessein, elle avait L'ébouriffement des fauvettes Frileuses sous le chaud duvet.

Le froissement doux des étoffes Lui seyait, et s'abattait sur Ses petits pas avec des strophes D'un rythme nonchalant et sûr.

Elle le savait, Tingénue, Et qu'une influence des cieux L'avait formée exprès menue Comme tout joyau précieux.

Son élégance était de race, Pure comme l'or du creuset :

Et le dernier mot de la grâce, Sa taille souple le disait.

Un instinct de molles postures JSans fin la faisait ondoyer:

Car dans les moindres créatures La Vie a son plus chaud foyer.

Et ton cœur aussi battait vite !

Et dans un ardent tourbillon Son esprit que tout rêve invite, Noir d'une ombre, gai d'un rayon,

Allait d'un vol où ma pensée Ivre contagieuse ment La suivait, parfois distancée Et fidèle non sans tourment.

Réminiscences mal bannies !

O chers prestiges regrettés.

Faits de nuances infinies, Pleins de saveurs et d'âcretés I

Douceur étrange des voix grêles, Faiblesses aux charmes vainqueurs, Réseau puissant de mailles frêles Où pour jamais se prend un cœur !

Morte, absente ou bien infidèle, Qu'importe 1 rien ne peut ternir L'exquise miniature d'elle Que mon âme a su retenir ;

DU PARNASSE CONTEMPORAIN 2o5

Et le regret en moi tressaille, Nul amour nouveau n'étoufifont L'ancien rêve, fait à la taille D'une petite et blonde enfant.

Ce fut pendant notre séjour à Thôtel du Dragon Bleu que m'arriva un des plus chers bonheurs de ma vie littéraire ; car, c'est là qu'il me fut donné de voir pour la première fois celui qui a été mon compagnon des bonnes et mauvaises heures ; mon camarade d'hier, d'aujourd'hui, de demain et de toujours, mon fraternel ami, Francis Coppée.

Car il s'appelait Francis et non François ; mais n'anticipons pas sur les événements.

Il est une légende que l'on raconte volontiers, et, plus qu'aucun autre, Coppée, par une reconnaissance qu'il exagère, a concouru à la répandre. Au dire de beaucoup de gens, au dire même de l'auteur de Severo Torrelli, c'est moi qui l'aurais initié à l'art poétique, qui lui aurais mis dans la main les outils dont il a fait plus tard de si précieux chefs-d'œuvre, c'est moi

qui aurais armé chevalier ce jeune page de guerre !

Il y a dans cette légende un peu de vrai et beaucoup de faux. Non! je n'ai pas pleinement Thonneur d'avoir rendu un tel service à la poésie française. A cause de certaines circonstances, j'ai aidé, voilà tout, à leclosion d'un talent qui n'eût pas manqué d'éclore tout seul, et je veux rétablir la vérité sur ce point.

Il me faudra entrer dans d'assez menus détails ; ils vous paraîtront intéressants puisqu'il s'agit cette fois, non pas de moi, mais d'un des plus parfaits artistes de ce temps.

Une fois, j'étais dans une chambre au second étage de l'hôtel du Dragon-Bleu. Il y avait bien des mois, hélas! que je n'habitais plus le premier. C'était en plein hiver, avec de la cendre dans le foyer, rien que de la cendre, — des gens riches avaient fait du feu autrefois ! Enfin, une de ces chambres mornes que j'ai déjà décrites. La froidure y mettait plus de tristesse et, assis, devant la cheminée inutile, enveloppé du jour gris que versait l'unique fenêtre, je m'ennuyais un peu ce jour-là et j'avais de temps en temps des frissons sous mon vieil habit, — une espèce

de loque qui, depuis quelque temps déjà, m'interdisait les promenades. Vraiment il y avait du spleen dans Tair.

Ma porte s'ouvrit sans qu'on eût frappé, et je vis entrer un poète hongrois appelé Emmanuel Glaser, que j'avais rencontré cinq ou six mois auparavant, pendant un voyage dans le duché de Bade, sur les bords du Neckar, par une nuit d'été. Vagabond, il suivait la rive du fleuve en chantant des chansons de son pays d'où il était venu à pied, — une sorte de Glatigny madgyare, — et nous nous étions liés tout de suite. Les pauvres diables ont de ces sympathies ; il me disait des vers de Petoefi Sandor, je lui récitais des odes de Banville! Plus tard, à Paris, où j'ai eu l'honneur de traduire son premier livre de vers, nous nous étions retrouvés et il était maintenant l'un des visiteurs familiers de l'hôtel du Dragon-Bleu.

Donc, Emmanuel Glaser entra sans frapper, et j'avoue que, pour la première fois, sa visite ne m'inspira qu'un contentement médiocre.

J'étais dans une de ces heures maussades où l'on voudrait être seul.

Mais, derrière le poète hongrois, parut un

jeune homme que je n*avais jamais vu. Très jeune, assez maigre, pâle, Tair fin, des yeux timides, qui regardaient autour de lui; vêtu d'un habit étriqué, neuf et très propre cependant, il avait un peu de Tair d'un employé de commerce ou de ministère, et en même temps l'élégance de ses traits, la grâce ironique de son sourire, je ne sais quoi de doux, et d'un peu triste, de parisien aussi dans toute son attitude, faisait qu'on le remarquait, voulait que l'on prît garde à lui.

— Je vous présente M. Francis Coppée, me dit Emmanuel Glaser, un jeune homme qui a lu vos vers.

Bien qu'il fût assez flatteur pour moi que mes vers eussent été lus dans un temps où personne ne les lisait, j'avoue que je fus sur le point d'accueillir assez mal le nouveau venu. Il me déplaisait d'être dérangé dans ma tristesse et surpris dans mon dénuement.

Francis Coppée, lui aussi, ne laissait pas de montrer quelque gêne. Il regardait, autour de lui, le foyer sans feu, l'unique chaise cannelée d'où je venais de me lever, le lit étroit au fer déteint, les rideaux de vieille cotonnade rose,

la tristesse des vitres où la clarté était presque noire. Et quand il eut regardé tout cela, tout cet ennui^ toute cette grisaille, il me dit en me considérant avec mélancolie :

— Oh ! monsieur, vous habitez une chambre qui donne envie de se pendre.

Ce fut la première parole que j'entendis prononcer par Francis Coppée ! Et, comme j'étais en effet convaincu que mon logis n'avait rien qui portât à la joie et pouvait même en effet conseiller la pendaison, je me sentis, ma fois, fort irrité contre cet inconnu qui se permettait d'entrer si brusquement dans mes propres idées. Il avait donc une bien belle chambre, lui ! Je faillis prendre en grippe ce jeune homme qui devait être un fils de famille, un richard ! Je crois en vérité que notre première entrevue eût été la seule, si elle n'eût été marquée par un incident comique. Quand le ;moment fut venu de s'asseoir :

— Tiens, dit Emmanuel Glaser, il n'y a qu'une chaise !

Et il prit place sur le lit, tandis que Coppée

s'asseyait sur l'unique chaise et que je sautais

d'un bond sur l'angle de la cheminée. Alors,

face à face, nous nous regardâmes tous les trois et nous partîmes d*un grand éclat de rire. La connaissance était faite. Nous allâmes dîner ensemble, malgré mon habit insuffisant et grâce à un vieux dictionnaire Bouillet que Glaser, plein d'audace, offrit d'aller vendre à un bouquiniste de la rue Soufflot.

Car Francis Coppée n'était pas riche ! Cela me réconcilia tout à fait avec lui. — Il vivait, ni bien ni mal, dans sa famille, d'une petite place qu'il avait au ministère de la guerre. Je vous dirai tout à l'heure ce que c'était que cet intérieur de Francis Coppée, si doux, si hospitalier, si tendre, avec une indulgente vieille femme dont je fus un peu le fils, moi aussi.

A partir du dîner payé pir le dictionnaire Bouillet, Francis Coppée devint un de nos plus assidus compagnons. Il était avec les poètes, presque toujours, ne parlant guère, se tenant dans les coins. Pourquoi recherchait-il notre familiarité ? Qu'avait-il en lui ? nous ne savions. Nous avions pris l'habitude de l'aimer sans le connaître encore. Que ce fût un lettré, qu'il eût le goût très fin, on le devinait à ses rares paroles, à ses jugements circonspects, mais on

ne s'inquiétait pas autrement de celui qui devait devenir le plus célèbre d'entre nous. Ces sortes de méprises, au commencement, ne sont pas sans exemple. Dans le cénacle ancien des romantiques, tout au début, Théophile Gautier fut pendant quelque temps une personnalité assez eflfacée, tasndis que la camaraderie d'alors vantait et exaltait plus que de raison le bruyant et turbulent Petnis Borel.

Sur ces entrefaites, il se produisit un événement considérable. Par l'indulgence de ma famille réconciliée enfin avec les rimes, Je devins tout à coup le richard que j'avais cru deviner en Francis Coppée. J'eus un appartement, avec des chaises ! Tant de chaises, que huit ou dix Parnassiens pouvaient venir s'asseoir chez moi une fois par semaine ; et même, oublieux des famines de l'hôtel du Dragon-Bleu, nous avions cette opulence de manger quelquefois, entre des murs où il y avait des tentures et des tableaux, des gâteaux et des sandwichs suivis d'une tasse de thé. Presque un souper, c'était énorme.

Nous avions même un domestique, un étrange gamin parisien, hâve, maigre, falot, burlesque,

entendu,prèt A tout, surpris de rien, que j'avais rencontré un soir à la fête de Montmartre où il avait pour profession de gagner à tout coup des lapins et des oies, grâce à une adresse peut-être coupable. Après avoir flanqué une gifRe à ce jeune gentleman qui m'avait bousculé dans la foule, j'observai sa mine éveillée qui me plut, et je lui ouvris de plus belles destinées en lui offrant d'être mon valet de chambre. Il consentit et reçut, avec une livrée, le nom de Covielle. D'ailleurs, son service, quoique délicat, n'avait rien de compliqué. Il consistait principalement à fermer la porte au nez des personnes qui pou. valent se présenter dans l'intention chimérique de réclamer de l'argent, — car on était riche, non sans quelques dettes, — et, pour lui faciliter sa besogne, pour que toute méprise lui fût impossible, il avait reçu l'ordre de ne laisser parvenir jusqu'à nous que les gens qui avaient ce mot de passe : Tragaldàbas. Covielle se soumit à cette discipline sans aucune espèce d'étonnément et même il y ajoutait d'ordinaire quelque chose de son cru. A qui disait : « Tra, — gai? » demandait-il, et il n'achevait : « hasri que quand on âVait dit : a^a». En somme, un garçon

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précieux, qui avait fort bon air, les mardis soirs, en annonçant nos amis, et de qui j'aurais gardé le meilleur souvenir s'il n'avait jugé à propos de me quitter un beau matin, à l'improviste, en emportant, outre quelque monnaie, trois ou quatre de mes chaises. Il était écrit que de longtemps mon mobilier ne serait pas complet. Dans notre petit salon joyeux de la rue de Douai, — car nous avions repassé l'eau, en voiture ! — il y eut un jour un événement.

J'avais reçu, dans la matinée, sous enveloppe, un poème, écrit d'une magnifique écriture et non signé. Les vers m'en avaient paru remarquables, et, le soir, lorsque nos amis les lurent à leur tour, ce furent des exclamations de plaisir et d'enthousiasme. « Oui certainement, il n'y avait pas a en douter, celui qui avait écrit ces strophes était un poète, inexpérimenté encore, mais un véritable poète. » Qui pouvait être l'auteur de cette pièce intitulée, je m'en souviens, les Flei&s mortelles ? On cherchait, on voulait deviner, on se perdait en conjectures.

Francis Coppée, qui était resté dans un coin, silencieux selon son habitude, me fit signe de le suivre dans la chambre voisine, et là, à voix basse :

a C*est moi qui suis l'auteur, m'avoua-t-il, mais ne le dites pas. »

Mon premier soin fut de proclamer la chose ^

d'une voix retentissante ! et toute la franche i

jeunesse qui était là battit des mains avec fureur. Ah ! vraiment c'était ainsi qu'il avait caché son jeu ! Il faisait des vers, et ne le disait pas. Un poète de plus ! à la bonne heure ! et c'était de toutes parts des poignées de mains heureuses.

Je pris Francis Coppée à part :

« Laissez-les dire. On n'est pas un vrai artiste pour quelques bonnes strophes. Vous avez fait beaucoup de vers?

— Six mille, s'écria Coppée.

— Apportez-les moi demain matin, tous ! »

Et le lendemain matin il me les apporta. Et

je les liis, tous ! en quelques heures.

— Eh bien? me demanda Coppée.

— Eh bien, mon cher ami, tout cela est exécrable. Vous êtes admirablement doué, mais vous ne savez pas le premier mot de votre métier.

— Apprenez-le moi, dit Coppée.

Et, sans avoir faibli un instant sous le rude

coup de ma franchise, il jeta au feu, — nous

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faisions du feu alors, — les six mille vers qu'il m'avait apportés !

Je connais peu de poètes capables d'un tel auto-da-fé.

Dès lors, nous travaillâmes pendant les jours, pendant les soirs, avec acharnement, lisant les grands poètes, étudiant les rythmes, discutant les rimes, résolus, infatigables. Ce fut le temps d'une intimité profonde et charmante. C'est là que nos esprits et nos cœurs prirent la coutume de n'être jamais séparés, malgré les hasards de la vie. Nous ne nous quittions guère. Nous dînions l'un chez l'autre, lui dans ma famille, moi dans la sienne. Je me souviens des bons repas camarades au premier étage de la petite maison, passage de l'Élysée-des-Beaux-Arts, à Montmartre. La mère et la sœur de mon ami, accueillantes et douces, nous écoutaient parler de poésie et d'avenir ; et bien qu'elles m'aimassent à cause de ma tendresse pour Coppée, elles ne considéraient pas-^ans épouvante ce jeune homme sans autorité qui leur disait : Je vous jure que Francis sera un grand poète !

et qui venait détourner leur enfant de la vie obscure du travail paisible et quotidien, du

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bureau ! pour le lancer dans les aventures et les incertitudes de Tart.

Une chose surtout les troublait. J'avais décidé Coppée à modifier son nom de Francis, — qui me paraissait un peu trop grêle, un peu trop féminin, — en celui de François, banal, mais plus solide^ un peu brutal, d'une sonorité franche. Madame Coppée avait des yeux un peu inquiets, quand j'appelais Francis, François. Il lui semblait peut-être que, sous ce nom nouveau, il serait un peu moins son fils. Mais ces muets reproches, qui s'achevaient d'ailleurs en de maternels sourires, je les acceptais sans remords ! J'étais tranquille, sûr de son avenir, à lui. Je consolais la mère, j'encourageais la sœur, et, après le repas de famille, nous retournions rue de Douai, Coppée et moi, pour lire, pour travailler encore jusqu'au matin. Bien des fois, le jour nous surprit penchés sur la même page toute chargée de ratures, car Coppée savait maintenant qu'il faut raturer, raturer toujours ; etenfin, après tant de rudes besognes, il acheva un poème où s'affirmait d'une façon définitive qu'il n'ignorait plus aucun des secrets de son art et qu'il était, comme il convient, le dominateur de son inspiration.

Ce poème avait pour titre le JongUuf ; vous savez qu'on le trouve dans le premier recueil de François Coppée.

Telles furent les circonstances grâce aux^ quelles le poète latent dans l'auteur des FUurs morUlles devint presque tout à coup le parfait altiste que nous admirons tous. Mais si je suis fier d'avoir aidé à cette éclosion magnifique, il me déplairait fort qu'on accordât trop d'importance au rôle que j'y ai joué. De lui-même, un peu plus lentement peut-être, voilà tout, Coppée serait devenu ce qu'il devait devenir. Cela était nécessaire et fatal. Personne ne saurait créer un poète. Et j'aurais certes perdu le souvenir de mon influence passagère sur la destinée de mon ami si, tant de fois, il n'avait eu souci de la rappeler lui-même, et si je n'aimais cette gratitude exagérée à cause de la chère amitié qu'elle me prouve.

François Coppée fut célèbre très vite. Le Reliquaire, les Intimités, ces tendres et subtils poèmes d'amour où s'affirmèrent plus particulièrement les qualités distinctives de son talent, le firent connaître et aimer de tous les artistes ; le Passant fut le commencement de sa popularité

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toujours croissante. Et à l'heure actuelle, après tant d'œuvres déjà que tant d œuvres suivront, sa renommée rendue universelle par des triomphes de théâtre est une des gloires les plus solidement établies de la littérature actuelle.

Vous dirai-je des vers de François Coppée, des vers nouveaux? non. Il n'est personne qui les ignore et vous les relisez si souvent. Mais peut-être, ingrats que vous êtes, ne vous souvenez-vous pas si bien de ses poèmes de jadis, déjà si charmants ou si beaux? Mon ami a eu cette rare chance, d'être, tout de suite après l'apprentissage, un artiste complet, et vous entendrez avec une émotion heureuse l'une de ses premières pages, qui fut écrite à ce moment de la légende parnassienne où nous sommes arrivés.

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