‹ La légende du Parnasse contemporainChapitre 23 sur 36 · L'ENTRESOL DU PARNASSE · texte numérisé non relu

L'ENTRESOL DU PARNASSE

Dans ce poétique entresol, Hugo règne à côté d'Homère.

Les beaux vers émaillent le sol, Dans ce poétique entresol.

Sévère ou chantant : mi, fa, sol, On y voit l'éditeur Lemerre.

Dans ce poétique entresol, Hugo règne à côté d'Homère.

Là, sans ordre, sont réunis Tous les jeunes porteurs de lyre.

Chercheurs d'astres et d'infinis Là, sans ordre, sont réunis;

Enfants que la muse a bénis, Aimant avant de savoir lire, Là, sans ordre, sont réunis Tous les jeunes porteurs de. lyre.

Saluons Valade et Mérat

Qui savent dompter les chimères

Sans orgueil et sans apparat.

Saluons Valade et Mérat.

Leurs joyaux à triple carat

Ont le charme des éphémères.

Saluons Valade et Mérat

Qui savent dompter les chimères.

Voici Dierx et d'Hervilly, Armand Renaud, François Coppée, Glatigny rêveur et pâli ; Voici Dierx et d'Her\âlly.

Pour guérir un siècle vieilli Ils cherchent la pharmacopée.

Voici Dierx et d'Hervilly, Armand Renaud, François Coppée.

Sully Prudhomme et Cazalis Se tiennent près de Lafenestre, Theuriet compare à des lys Sully Prudhomme et Cazalis.

Cazalis venant de Tiflis Serre la main d'Armand Silvesire.

Sully Prudhomme et Cazalis Se tiennent près de Lafenestre.

On y rencontre aussi Mendès A qui nul rythme ne résiste»

Qu'il chante l'Olympe ou l'Adès ; On y rencontre aussi Mendès.

Des Essarts venant de Rhodez Lui lit un sonnet fantaisiste.

On y rencontre aussi Mendès A qui nul rythme ne résiste.

Tout tremble : c'est Heredia A la voix farouche et vibrante, Qu'en vain Barbey parodia.

Tout tremble : c'est Heredia Heredia qu'incendia Un rayon de mil huit cent trente !

Tout tramble : c'est Heredia, A la voix ferouche et vibrante.

A ces innocents jeux d'esprit Pardonnez, Leconte de Lisle.

Je vois Banville qui sourit A ces innocents jeux d'esprit.

Gardons le triolet proscrit Par La Harpe et labbé Delille !

A ces innocents jeux d'esprit Pardonnez, Leconte de Lisle.

C'est à ce point de nos causeries que doit s'arrêter, à proprement parler, la légende du Parnasse contemporain. Je Tait dit, quoique bien jeunes encore, nous commencions à devenir graves. Ce n'est donc plus le moment de dire des anecdotes et de détailler en souriant les hasards de notre fantaisiste adolescence. Après l'historiette, la critique.

Si je voulais étudier tous les poètes dont le nom figure dans notre premier recueil collectif, je vous retiendrais beaucoup trop longtemps.

Car, en réalité, presque tous les poètes vinrent à nous. Je veux surtout m'attache r, — ce qui abrégera ma besogne et vous épargnera une trop longue patience — à ceux des artistes nouveaux qui concoururent au mouvement parnassien, non pas d'une façon occasionnelle et intermittente, mais d'une manière résolue, ininterrompue ; aux véritables Parnassiens, en un mot.

Au premier rang, — puisque j*ai déjà nommé François Coppée et Sully Prudhomme, — doit être placé Léon Dierx.

Je le dis, avec la conviction d'émettre une vérité qui paraîtra évidente à l'avenir, Léon Dierx, dont l'œuvre considérable reste presque ignorée de la foule, dont le talent n'est estimé à sa juste valeur que par les artistes et les lettrés, Léon Dierx est véritablement un des plus purs et des plus nobles esprits de la fin du dix-neuvième siècle. Je ne crois pas qu'il ait jamais existé un homme plus intimement, plus essentiellement poète que lui. La poésie est la fonction naturelle de son âme, et les vers sont la seule langue possible de sa pensée. Il vit dans la rêverie éternelle de la beauté et de l'amour. Les réalités basses sont autour de lui comme des choses qu'il ne voit pas, ou, s'il les aperçoit, ce n'est que de très haut, très vagues, très confuses, et dépouillées par l'éloignement de leurs tristes laideurs. Au contraire tout ce qui est beau, tout ce qui est tendre et fier, la mélancolie hautaine des vaincus, la candeur des vierges, la sérénité des héros, et aussi la douceur infinie des paysages forestiers traversés de lune et des

DU PARNASSE X:ONTEMPORAIN 247

méditerranées d'azur où tremble une voile pâle au loin, — l'impressionne incessamment, le pénètre, le remplit, devient comme l'atmosphère où respire heureusement sa vie intérieure. S'il était permis au regard humain de pénétrer dans le mystère des pensées, ce que l'on verrait dans la sienne, ce serait le plus souvent, parmi la langueur éparse du soir, des Songes habillés de blanc qui passent deux à deux en parlant tout bas de regret ou d'espoir, tandis qu'une cloche au loin tinte douloureusement dans les brumes d'une vallée. Ecoutez ce paysage automnal.

Page 1