‹ La légende du Parnasse contemporainChapitre 36 sur 36 · LES ASTRES · texte numérisé non relu

LES ASTRES

Comme au front monstrueux d'une bête géante Des yeux, des yeux sans nombre, effroyables, hagards. Les Astres, dans la nue impassible et béante. Versent leurs rayons d*or pareils à des regards.

Des haines, des amours, tout ce qui fut le monde. Vibrent dans ces regards obstinés et vainqueurs ; Et la béte, sans doute, a broyé bien des cœurs, Pour que toute la vie en ses yeux se confonde.

DU PARNASSE CONTEMPORAIN 3oi

Ceux que Thydre a couchés dans ses flancs ténébreux, Ce sont nos morts sacrés, devenus la pâture Dés éléments, cruelle et lente sépulture !

L'univers famélique a mis la dent sur eux ;

Et du sang paternel, et de la chair des justes. Et de la chair des beaux, et de la chair des forts, Nourri, gorgé, tout plein de Tâme de nos morts, Sent brûler en ses yeux leurs passions augustes.

Lumière de Vénus, feux pâles et mouvants, Rouge et sanglant flambeau que Sirius allume. Soleil d*or où lesprit d'Icare se consume.

Tous, vous êtes des yeux éternels et vivants I

Et la Terre, œil aussi, brûlant et sans paupière. Sent, dans ses profondeurs, sourde le flot amer Que déroule le flux éternel de la Mer, Larme immense pendue à son orbe de pierre.

Tels sont donc les poètes que Ton a appelés Parnassiens : — Sully Prudhomme, François Coppée, Léon Dierx, José Maria de Heredia,

Armand SîTvestre et d'autres; quelques-uns sont illustres, d'autres sont moins triomphants ; mais, tous, ils ont fait et continueront à £aire avec résolution, sans concession, leur devoir d'artiste. Quiconque les raillerait aujourd'hui, non seulement aurait tort, mais ferait en outre une plaisanterie démodée ; et il est certain que même ceux d'entre eux, qui ne sont pas dignes d'admiration, sont du moins dignes d'estime.

Cependant, — la question ne manque pas d'importance, — quelle sera l'influence sur l'avenir de cette Renaissance poétique ?

Je pense qu'elle sera grande.

Je m'explique. Nous avons travaillé et nous travaillerons encore. Nous ajouterons les livres aux livres, les drames aux drames, et la renommée des meilleurs ne cessera pas de s'accroître. Mais notre plus haute gloire, nous ne la tirerons pas de notre œuvre même ; nous la devrons à celui ou à ceux qui procéderont de nous.

Nous croyons fermement que nous sommes les précurseurs du poète ou des poètes qui viendront. Nous avons, non pas ouvert, car nousmêmes nous provenions des mai très, mais élargi y aplani, rendu plus aisée la bonne voie poétique.

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