DE LA MANSARDE AU PANTHÉON
Quand, par celle fin de mai 1885, on porta sa dépouille funèbre sous la voûte triomphale de TArc de l'Etoile et sous Timmense crêpe flottant sur le cercueil dominant, de là-haut, la giando ville en deuil de son poète et la grande foule, acccurue là pour la mémorable veillée qui rappellerait en majesté les plus solennelles de l'Histoire des hommes ; on put môme se demander si les demi-dieux de la Fable en eurent de pareilles, aux temps d'Hercule expirant dans la brûlante tunique du Centaure •jaloux, sur les hauteurs du mont Œta, ou d'Orphée mourant déchiré par les Bacchantes vengeresses, aux bords do l'implacable Achéron. A voir le grand aïeul dormant son dernier sommeil de patriarche de la lyre française, dans cette sorte de berceau de la gloire que silhouettait son cercueil flottant, sous l'arche épique de la légende napoléonienne, comme une barque sous un pont qui reliait à l'infini du ciel, nù scintillaient les innombrables étoi-
358 LA LÉGENDE HUGOLIENXE
les, le liiii tl'-' In lerre où l'iniKJiiibmble luule oridoyaiL comme lin fleuve ; à la lueur des torches qui brillaient aux niiatre angles (le l'Arc géanl, dans les nialas des Dragons à ciie\al et d.ins les lampadaires ardenls de la iuniineuse A\i'nue, un en! cru que TEpupée même des siècles héroïques se ressusciUiil tluns Sia légende et prenail forme dans notre Histoire ]KJur assister à la deinière veille d'un descendant d'Hornèrs (imI s'en allait rejoindre son ancêtre dans l'immortalité, ainsi élevé jusqu'aux astres par celte foule en larmes à qui il avait fait chauler. Mil.' tn's, pour d'autres hércs de la gloire française :
Et comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leurs lornbcaux.
Ce fui un spectacle de force et de grandeur bien capable de laii-e naître, de ce poète mort, d'autres, poètes enooire. J'arrivais, pour ma part, de Rome où ma jeunesse studieuse s'était passée dans la compagnie de Virgile et de Dante. Malgré ces grands maîtres d'études aux influences décisives, je ne crois pas en pouvoir opposer de plus fortes, dans l'art des contrastes impressionnants jusqu'au sublime de l'invention, que celles de cet incomparable génie de la trouvaille qui avait composé jusqu'au scénario d'e ses fimérailles. Ne vîmes-nous pas descendre son cercueil de cet Arc Iriiimphal ei son cadavre prendre le dernier corbillard des pauvres pour une dernière promenade à travers les rues de Paris oxr la France entière l'escorta, jusqu'aux caveaux du Panthéon ? Cet homme, ainsi déifié, se contenterait-il de dormir dans sa gloire ?
Il paraît que non. Même en sa dernière demeure, il y a encore quelque chose à faire pour apaiser la mémoire de Hugo, mécontent de tout, même de la mort. On nous apprend que le corps moisit dans son cercueil, et que cela ne doit pas être. AI. Gustave Simon, exécuteur testamentaire, se sentant pris, pour son seigneur, des vertus balsamiques d'un autre Joseph d'Arimalhie, met en demeure le Pilate, gouverneur de la République actuelle, qui fait si peu pour que les vivants ne meurent et rien pour que les morts ne revivent, d'ave ir à ordonner la translation immédiate du Maître dans un autre tombeau. L'affaire va jusqu'à la sommation et les huissiers, nouveaux croquemorts d'une