‹ La légende hugolienne; les petites épopéesChapitre 22 sur 25 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

là. Certains s'élaiil éparpillé.s, il duL lancer mi appel el brandir sa bougie. Enfin, loul le niuude élant présent, il parla :

— Ici, on observe un curieux phénomène d'acoustique. \ous pouvez vous en rendre compte par vous-mêmes. Une personne n'a qu'à causer tout bas à un des angles formés par les murs, une autre à coller l'oreille à uii des angles opposés, et vous pourrez connu uniquer.

It y eut une immédiate course vers les ajigles magiques. Un monsieur à boutonnière lleurie était arrivé bon premier, mais la galanterie française veillait en lui ; il céda sa place à une dame et, ayant pris l'autre angle, qui était déjà uccupé, mais qu'on lui abandonna l'expérience commença : (( AUo 1 AUo ! » Et, à voix basse, il entama le refrain de notre chant national : Viens poupoule ! Cela dura un moment. Le gartiien riait, charmé ; mais la bougie baissait, il fallut partir. La course recommença, avec son bruit de pas et les petits éclats de rire des dames. Autant que je pus voir, nous étions maintenant devant des espèces de cellules. Nous entrâmes dans l'une d'elles. Elle était étroite et pas très longue. D'un jour de souHrancc pratiqué très haut, au ras du sol de la rue, venait une lueur blême, pire que l'obscurité. D'énormes barreaux de fer protégeaient la vitre ; une toile d'araignée pareille à un papier de soie, la couvrait presque toute. La cellule était nue. A gauche, sur une pierre banale, était posé je ne sais quoi qui ressemblait à un bouquet flétri, et duquel pendait une étoffe d'un gris qui était l'effacement de couleurs qui avaient été, sans doute, du vert et du rouge. Tout le monde étant là, le gardien tapota la pierre ei déclara :

— Ici se trouve Victor Hugo, poète français, né à Besançon en 1802, mort à Paris en 1885.

Et il ajouta :

— Vous pouvez voir sur son tombeau la lyre que lui offrit, à ses obsèques, la ville de Paris.

— Victor Hugo ? dit un homme. Tiens ! Mon patron habite Avenue Victor Hugo. » l-e gardien et son troupeau s'éloignèrent, pour voir le tombeau de Soufflot. Je restai seul.

Quand, des collines qui entourent Paris, j'appuyais longuement mon regard sur le Panthéon, je me répétais surtout que, ^aous sa coupole, était le cercueil de Hugo. Je m'étais imaginé

37^ LA LEGENDE HUGOLIEXNE

([ue ce toiiibetiu était couvert d'or et de soleil. Maintenant je pouvais le toucher ; c'était une pierre nue, siu" laquelle traînait une lyre flétrie. J'avais vu sous des vitiùnes ornées, comme d&s ohùsses, d'humbles objets dont il s'était servi ; j'avais vu ses tables de travail protégées par des grilles, comme des autels ; et l'endroit où il était, lui, où étaient ses mains, son front, ses yeux, était un réduit misérable, sur lequel pesait l'énorme silence de l'éternité. Celui qui, un jour, sous sa fenêtre, avait entendu l'acclamation de l'univers ; celui que tout un peuple avait poilé sous l'Arc de Triomphe, n'entendait plus maintenant, dans cette nuit de soupirail, que le tupotenienl d'une main indifférente et les propos de passants qui ne savaient même pas qu'être devant Lui, c'est être devant l'Océan ! En haut, les marbres, les hautes voûtes, la lumière ; et, parmi ces marbres, sous ces hautes yoùtes, sous cette lumière, rien. En bas, l'obscurité, des voûtes basses ; et, dans cette obscurité, sous ces voûtes basses, les dépouilles d'une vingtaine d'hoaiimes, dont quelques-uns furent des plus grands de l'humanité.

... Un bruit de pas, des conversations joyeuses. Le troupeau repassait. Je dus quitter la cellule où travaillait l'araignée et où était emmuré, pour les siècles des siècles, l'homme immense. Dehors, je relus l'inscription fameuse : .lux grands hommes, la Patrie reconnaissanic.

Paris, 26 juin 1910.

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