ÉPILOGUE
décoHveii rénurme dùme, une sorte de fascinatiuu me farce pendant quelques iiislanls à le regarder longuement ; je ne puis m'enqjècher de peaiser que c'est à ce point précis que sent enterres quelques-uns des plus grands hommes de France. Aossi nV'[ait-ce pas sans un battement de cœur que je me disais que je pourrais, quand je voudrais, passer quelques instants aux endroits du sol où sont les cendres qui lurent \'oUaire, Rouaseau, Hugo.
.le nie décidai, un après-midi d'il n'y a pas longtemps. Tout le long du chemin, je cherchais à deviner les aspects, les ornements qu'en avait bien pu donner à de tels tombeaux. Plus j'approchais du temple, plus grande était mon impatience de «savoir si les allégoriques splendeurs que ma ferveur imaginait a,uraieut une ressemblance avec celles de la réalité. Cette place du Panthéon dispose à l'émotion. Quelques rares piétons la traversent, de temps à autre. Elle a l'aspect d'une place de province ; un jardin planté de cyprès n'ast pas plus silencieux. Sous les vingt-deux colonnes qui portent sur leurs chapiteaux le fronton cù est gravé l'inscription fameuse : Aux grands hommes, la Pairie reconnaissanle, je faisais une pause ; puis m'étant découvert, j'entrai. J'aperçus, à droite et à gauche, dans des sortes de chapelles, aux endroits du temple où luisaient des marbres, et où la lumière pénétrait avec le plus de force, de larges fresques dont quelques.-unes, je le savais, étaient célèbres. C'est là, pensaije, que sont les mausolées. J'avisai un gardien à tunique bruissantede médailles. Il me désigna, tout au fond, un petit groupe de gens qui parlaient entre eux, et qu'avait l'air de surveiller an autre gardien. (( Ils attendent, me dit-il, l'heure à laquelle on visite les tombeaux. Vous n'avez qu'à vous joindre à eux. »
Les ayant atteints, j'eus Tétonnement de voir que les hommes avaient leur chapeau sm- la tête. Ils étaient une dizaine ; autant de femmes. Tous causaient. La demie de deux heures ayant sonné, le gardien fit un geste et nous nous mîmes en marche à sa suite. Aux premiers pas, j'eus un autre étonnement. Nous tournions le dos aux fresques, aux marbres luisants ; nous tournions le dos à la lumière ; nous nous engagions; dans un escalier qui descendait dans du froid et dans du noir. Il y eut une halte à un palier, cù le gardien prit un bougeoir qu'il alluma.
LA LEGENDE IIUGOLIENXE
puis la descente continua. Nous nous arrêtâmes enfin à un lieu ]ii(il»;il>lenient long et probablement lai'ge, où le silence d'iait étoufluiil et les léiièbres absolues. Lu llaHnne de la bougie n'en mordait qu'un petit cercle ; la voix vibrait dune façon sin'stre ; j'eus l'impression d'être dans- une galerie de mine.
— Ici, clama le gardien, sont inhumés les citoyens qui ont bien mérité de la I^atrie ; nous allons visiter leurs tombeaux.
Je voyais vaguement les groupes, mais je les entendais nettement, et ceci fut une autre surprise. C'étaient des rires étouffés et surtout de ces petits cris que l'on entend le Mardi Gras, quand les passants pronienèrent sur la nuque des femmes les barbes d'une plume de paon. Le gardien, ayant brandi son bougeoir, nous invita à le suivre. Quelques pas ; l'iionnue arrêta sa chandelle devant une sorte de cube de pierre duquel sortait une main de marbre ou de bronze, puis déclara en frappant sur le cube :
— Ici repose Jean-Jacques Rousseau, philosophe français, né en 1712, mort en 1778.
Ah ! Jean-Jacques dans cette obscurité de tunnel ! Quelle niélancclie de penser que, sous cette pierre massive, plus massive d'avoir sur elle le couvercle de la nuit, était couché celui qui aima si passionnément la nature ! Quelle dérision ! C'était sans doute un ironiste, ce sculpteur qui dessina ce tombeau. Par cette main qui s'allonge hors la pierre pesante, il voulut probablement expi'imer l'efforf désespéré de Jean-Jacques Rousseau pour échapper à l'oppression de cette cave. Le gardien ayant promené sa bougie sous la main symbolique, nous nous remimes en marche. En passant, il frappa sm^ d'autres pierres et prononça d'autres noms : « Ici est le tombeau de Voltaire. Là sont enterrés Bougainville, Larmes, Marceau, La Tour d'Auvergne ». Ces noms, qui sont à eux seuls des titres de chapitres glorieux, entraiieint dans le silence, s'y éteignaient. L'inattention étant générale et les conversations ayant recommencé, l'aimable cicérone ne crut pas devoir insister davantage. Quelques pas à tâtons, les mains en avant, pour éviter les obstacles possibles, et nous arrivâmes h un lieu voûté. La bougie s'était arrêtée. Ici se trouvait, sans doute, quelque tombeau fameux, car le bonhomme attendait visiblement, pour commencer, que tout son auditoire fût