CHAPITRE X
forces d'un mortel : il foudrova de son feu habilement dirigé les troupes autrichiennes qui, placées sur la rive gauche cherchaient à inquiéter nos pontonniers. L'empereur, juste appréciateur des services que chacun rendait dans sa position, témoigna maintes fois son admiration pour la belle conduite du commandant des marins de la garde. Il le nomma capitaine de vaisseau, le créa comte^ en attachant à ce titre une dotation de 20,000 francs.
Le chirurgien en chef, Larrey, déploya autant de sang-froid que de courage sur les champs de bataille d'Essling et de Wagram ; on le vit prodiguer ses soins aux blessés et faire des amputations au milieu d'une grêle de projectiles. L'empereur, admirant sa conduite, lui adressa à plusieurs reprises les paroles les plus honorables et le nomma baron de l'empire; une dotation fut ajoutée à ce litre.
Le général Nansouty, déjà grand aigle et nommé comte l'année précédente, reçut une dotation considérable. Les généraux d'artillerie Lariboissière etLauriston furent décorés du grand cordon de la Couronne de fer.
Tous les généraux et la plupart des colonels reçurent un titre nobiliaire accompagné d'une dotation.
Napoléon avait désigné le i5 août pour être le jour où Ton célébrerait sa fête dans tout l'empire. En cette circonstance il répandait des grâces nombreuses à l'imitation des rois de l'ancienne monarchie, k l'occasion du i5 août 1809, Davoust fut
LA LÉblOlt 6'HONNEUR.
élevé à la dignité de pHncè d'Eckrtiûlil, en soiivenii* dé la journée du aa avHl, ali sticcès de laquelle ce maréchal contribua lé plus par sa bravoure autant que par ses habiles dispositions. Le iila^échal Masséna, duc de Rivoli, fut élevé à la dignité de prince d'EssIing. Le titre de prinde de Wagram fut ajouté à celui de prince de Neuchâtel, que le maréchal Berthiet* portait depuis un an. Le maréchal Macdonald fut créé duc de Târeilte; le itlâi*échal Oudinot, duc de Reggio ; le maréchal Marmont, duc de Raguse. Le général de division Moutôh, qui avait terminé la bataille d'Essling par un coup de Vigueur, en chassant pour la cinquième fols les Autrichiens de ce village, fut créé comle de Lobau : on attacha à ce titre une magnifique dotation.
La fête du î 5 août fut célébrée, en î 809, au château de Schœnbrûnn, rempli des souvenirs de Marie-Thérèse ; les officiers et même les simples soldats eurent la permission, toute la jourtiée, de visiter lès appartements de cette magnifique résidence, ainsi que le jardiil botanique planté pat' ordt^ de Léopold 1*^^ Le soir, les salons s'ouvrirent fiux généraux et aux officiers supérieurs qui venaient faire leul' coW ali puîssaht monarque. Pârtiii ces chefs, illustrés dans vingt combats, figurait Lâ-
* Au début de roc'cupation, deà postes nombreux avaieàt été établis pour mettre à Tabri de la dévastatioû tes dépendances du château de Schœnbriinn^ le Versailles des souverains de TÂutriche.
CHAPIXaE X. ti7
marque. Ce gênerai avait eu quatre chevaux tués S0U8 lui à la bataille de Wagram. L'ardeur martiale s'alliait chez cet oflicier à un esprit brillant, à une instruction aussi solide que variée ; mais son humeur inquiète et son caractère frondeur le rendaient incommode; Tannée précédente, sa réputation s'était accrue par un exploit qui tenait du merveilleux. Dans la nuit du 4 octobre i8o8| Lamarque surprit l'ile de Capri de la manière la plus audacieuse et enleva aux Anglais ce poste, qu'ils avaient surnommé le Petit- Gibraltar^ en raison de son importance ^ Le commandant de la place, assailli inopinément/fut contraint de capituler sans avoir opposé la résistance que l'on devait attendre d'un officier si bien favorisé par la situation des lieux.
Dans la soirée du i5 août 1809, Lamarque vint, coHime les autres généraux, offrir ses hommages au souverain : Napoléon l'accueillit avec une bienveillance des plus flatteuses, et lui dit : ce Général Lamarque, je vous ai nommé grand officier. -— Sire, je veuais présenter à Votre Majesté mes remerciments pour ses bontés. — La manière dont vous avez chassé les Anglais de l'ile de Capri, poursuivit r^mpereur^ vous a fait un honneur infini .-d'après le rapport qui m'en a été transmis, la place était pourvue
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i Le colonel d^HautpouI commandait Tarnie du génie dans cette célèbre expédition; il y rendit des services ei^traordinaires, Ws^eU furent récon^ensés par la croix de commandant de la Légion d'hoiuieur.
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d\i ne forte garnison et protégée par le feu delà croisière anglaise. — Oui, Sire. — Le commandant a donc capitulé sans se défendre? — Certainement. — Qui était-ce ? — C'était un colonel anglais nommé sir Hudson Lowe. — Mais ce colonel ti 'était donc pas militaire; il n'avait pas de cœur tc'était donc un. .. Après la capitulation , qu'en avez- vous fait? — Le roi de Naples l'a échangé sur-le-champ pour un général napolitain prisonnier en Sicile. — A la bonne heure; il n'y avait point d'inconvénient à laisser aller ce colonel anglais : il n'est pas dangereux ' ! »
Des paroles échappées de la bouche d'un personnage aussi éminent que Napoléon ne pouvaient passer inaperçues, surtout quand elles étaient prononcées devant de nombreux auditeurs : celles-ci durent arriver promptement à la connaissance des agents que le cabinet britannique entretenait à Vienne : ces agents, obligés de quitter cette ville un mois après, lors de la conclusion de la paix, repassèrent le détroit et rapportèrent, sans aucun doute, dans leur pays les propos tenus dans le palais de Schœnbrûnn par l'empereur des Français, propos si humiliants pour la nation anglaise.
Sept années s'étaient à peine écoulées depuis cette fête du x5 août 1809, que Napoléon, captif des Anglais, se trouvait à Sainte-Hélène, sous la garde
^ Nous avons recueilli ces détails de la bouche même do général Lamarque, qui nous les donna en i8a5. On sait que Napoléon^ en partant des Anglais, s'animait très-facilement.