CHAPITRE XI. id
néitilDupleBsis^ un des Nestors de l'armée répubii-' caine. Il n'avait point la croix : peut-être en avait-il blâmé l'institution six ans auparavant. Ce général, voyant tous ses frères d'armes plus jeunes que lui attacher de l'importance à cette décoration , vint la demander. L'empereur lui répondit: «Monsieur^ je nedonnelaci*oix aux militaires que sur le champ de bataille! » Le vieillard, atterré par celte foudroyante parole dite devant de nombreux auditeurs, se retira la pâleur sur le visage» Napoléon, content de l'effet produit par cette scène, ému sans doute de compassion pour le vieuxsoldat, lui fit remettre, au bout de quelques jours, la décoration demandée.
Daunou, savant du premier ordre, illustré par de nombreux travaux, avait fait partie de plusieurs assemblées législatives, dans lesquelles il n'avait pas cessé de professer avec éclat des opinions républicaines. Il montra Une opposition très-énergique lors de l'établissement de l'empire, et il remplit de ses plaintes plusieurs feuilles publiques. Son nom se trouvait en tête de la liste des savants désignés pour entrer dans la Légion d'honneur j il fut rayé inipitoyâbletnent. Les membres de l'Institut, collègues de M. Daunou^ regrettaient de le voir privé de celte distinction. Vers la fin de 1809, une députation fit à ce sujet une démarche officielle auprès de M. de Montalivet, ministre de l'intérieur; elle lui exposa le chagrin que l'Académie des inscHptions et belles-lettres éprouvait en voyant un de ses doyens ne point porter une décoration
qu'il méritait à tant de titres. Le ministre se chargea de présenter la supplique de la compagnie: l'empereur, satisfait de voir son ordre recherché par les hommes considérables, jugeant à cette démarche que les esprits superbes commençaient à fléchir devant ses volontés, accorda avec solennité la croix de la Légion d'honneur à M. Daunou, nommé depuis quelque temps archiviste de l'empire.
Chaque ministre, jaloux de favoriser ses subordonnés, rassemblait dans un mémoire de proposition les noms des personnes auxquelles il désirait faire donner la décoration. M. Menneval a raconté plusieurs fois devant nous que l'empereur, soigneux des moindres détails, examinait attentivement ces mémoires de proposition; il les épluchait suivant l'expression de ce secrétaire intime, bien décidé à ne pas laisser surprendre sa bonne foi et empêcher l'introduction de sujets indignes de figurer dans la noble corporeition.
M. de Pommereul, directeur de la librairie, présenta son petit mémoire de proposition; l'emploi qu'il remplissait le mettait en relation avec les hommes de lettres, et il aspirait à jouer auprès d'eux le rôle de Mécène. Sa liste renfermait le nom de quelques littérateurs obscurs; mais parmi eux se trouvait un romancier qui s'était acquis une véritable renommée par des écrits licencieux: c'était Pigault-Lebrun. Napoléon, celte fois, ne prit pas la peine de rayer ce nom; il rejeta la liste tout entière, en exprimant à M. de Pommereul