CHAPITRE XL
verain à l'égard des savants et des littét-ateurs qui concouraient largement à augmenter la gloire du pays : l'Institut n'eut qu'une seule nomination de légionnaire; cette croix fut donnée au physicien Rochon.
L'empereur venait à peine d'achever sa distribution des grâces et des faveurs réservées aux digni* taires de TÉtat , qu'il se vit heureusement obligé d'accorder des récompenses à cette armée qu'une ambition irréfléchie avait lancée au delà des Pyrénées. Le généi;al Suchet , l'un des héros de la journée d'Austerlitz, commandait en chef nos troupes dans l'Aragon ; on le chargea de soumettre la basse Catalogne; il s'acquittait de sa mission de la manière la plus glorieuse. Suchet avait enlevé (i3 mai 1810) la forteresse de Lerida, devant laquelle le grand Condé avait échoué : l'armée es» pagnole, commandée par O'Donnell, ayant tenté d'inquiéter les Français dans leur opération de siège, fut battue complètement. La chute de Tortose (2 janvier 181 1) ouvrit une série de nouveaux succès. Les divisions espagnoles, désespérant de tenir en rase campagne, se réfugièi'ent dans Tarragone, l'un des boulevards de la Péninsule. Cette place, mieux fortifiée que celle de Saragosse, était défendue, non par une population enflammée de fanatisme, mais par de vieilles troupes pourvues de munitions de tout genre. La flotte anglaise, au$ ordres du commodore Adams, croisait en vue de Tarragone , et pouvait prêter son appui aux troupes de la garnison. Suchet résolut de faire la con-
quête de Tarragone, sans se dissimuler les immen* ses difficultés que présentait une pareille entreprise. Le siège, eommencé à la fin d'avril^ dura deuxmoi^ entiers; la plaee, défendue par le brigadier Coetre" ras, opposa une vigoureuse résistance, et fut prise le 218 juin 181 1 , dans un oinquième aissaut, en vue de la flotte anglaise, qui ne cessa de canqnner nos lignes de travailleurs , et an d^pit des efforts du général Campoverde, commandant Tarmée espa< gnole agissant en dehors de la place. Le général Suchet fut élevé, en récompense de ce brillant fait d'armes, à la dignité de maréchal de l'empire. L'intrépide Habert, qui avait conduit les troupes au dernier assaut^ fut nommé général de division. Le général Rogniat, commandant l'arme du génie, et le général Vallée, celle de l'artillerie, reçurent le même avancement. L'adjudant général Salnt^Cyr- Nugues, chef d'élat-major, officier d'un mérite éminent, fut nommé général de brigade, ainsi que les colonels Lafosse, du 44^ de ligne, Robert, du 117^ Delort, du %l\^ dragons. Le capitaine d'état-major Saint-Joseph, expédié par le général en chef pour porter à Paris la nouvelle de la prise de Tarragone, fut nommé chef d'escadron.
Au nombre des nominations faites dans la Légion d'honneur, à la suite de la prise de Tarragooe, qui terminait en quelque façon la campagne de 1 8 1 1 , nous citerons les suivantes :
Le général Harispe avait été chargé de protéger les opérations du siège de Lerida avec un corps d'observation s'élevant à 5,ooo hommçs au plus.
Le général O'Dooiîdl vîpt r^HaqM0r siir le9 bords de h Sègpe, k la tête de 1 6,pQp cQB^batbjnts. Par ^i8p^ repoussa yigoMreuçement cptte agF^ssiqn , et; prit luirméme ^pf^^nsiye en dirigeant en fenonna les chaFgea du iS"" piiirassiier^ ^t 4m 4* bupa^rda. L'ennemi fut culbuté, rompu et mis en fuite; le g^j néral Harispefit priapnniers plus de soldats qu'il n-en comptait sous ses or4pes. La croix de grand offiûien devint le prix d'un exploit aussi remarquable.
Le colonel Espert, du 4^'' de ligne, fut nommé commandant; an avéf^ pfficiera de l'ordre: les eolonfls Rouelle, du ii6«; d'Aigremont, du lâ^eui? rassiéra; Delort, du a4^ dragpns; Christophe^ du 4' hussards; Henri 9 ebef d'étatrmajor de Tarmedu génie; Raffbn, idem de l'artillerie.
Nous mentionnerons, parmi lea noms des légiaot naires, celui d'un officier qui ne prévoyait eer^air Bernent pas la haute fortune militaire que le ciel lui réservait : c'était le chef 4^ bataillon Bugeaud, du ii6* de ligne.
Mpps mentionperons également la nomiqation d'un simple soldat, dont le 4^vouemenl se trpuve signalé dans les mémoires du maréchal Sqch^t , fort avare d-éloges. Ijbs Espagnols avaient investi le château d' Alc^niz , dans lequel se défendait une gaFoison de -Soo Français ; l'ennemi avait établi une galerie de mine: il s'agissait de détruire cet ou-? vrage, dont Faeh6¥ement devait entraîner la chute d'un pan de muraille de la citadelle. Roland, soldat au 1 14® de ligne, s'étant fait attacher par des cordes, descendit dans 1^ plÇH?; ^Ap 4'y je^?'' ^jn PÎ^us;
l'explosion du projectile eut Teffet désiré : la galerie pratiquée par les Espagnols fut détruite, et un certain nombre d'hommes périrent sous les décombres. Roland remonta sur la plate-forme du château, après avoir essuyéy durant le trajet, une vive fusillade qui ne l'atteignit point. Cet acte de courage préserva la garnison d'une perte inévitable, en lui fournissant les moyens de prolonger sa défense jusqu'au moment où une division de nos troupes vint la délivrer'.
INotre marine avait eu à supporter depuis quelques années de nombreux revers, sans qu'on pût les attribuer à l'incapacité des officiers ou au défaut de courage des matelots composant les équipages; ces malheurs tenaient à la nature de l'ennemi contre lequel on avait à lutter. Dans toutes les guerres soutenues sur le continent, les Français n'avaient cessé de se mesurer contre des adversaires plus forts qu'eux ; on aurait cru qu'ils s'étaient fait une loi de récuser des avantages obtenus par la supériorité numérique. Les Anglais, étrangers à toute espèce de sentiment chevaleresque, avaient adopté un principe contraire; jamais ils n'attaquaient un ennemi à nombre égal. Les moyens immenses dont ils disposaient les mettaient en situation de ne point s'écarter de cette règle; deux, trois de leurs bâtiments se jetaient sur un navire français, et l'accablaient sans l'avoir vaincu.
* Mémoires €lu maréchal Suchet^ tomel, page 1 53.