‹ La Légion d'honneurChapitre 162 sur 209 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

ayant confié à la garde nationale de Paris sa femme et son filsy qu'il ne devait plus revoir, quitta la capitale le 24 janvier, et porta son quartier général à Châlons-sur-Marne, concentra dans cette ville sa garde, dont il ne se séparait point.

Trois armées s'avançaient vers Paris en combinant entre elles leiftrs mouvements; leurs corps réunis formaient une masse de 5oo,ooo combattants. Des réserves arrivant du fond de la Pologne et des diverses parties de TÂllemagne augmentaient chaque jour cet effectif déjà si formidable. Les empereurs d'Autriche, de Russie, et le roi de Prusse avaient franchi le Rhin à la suite de leurs troupes. Ce n'était pas un spectacle des moins curieux, que de voir les trois plus puissants potentats du continent marcher, avec d'innombrables phalanges, à la destruction d'un seul homme : Napoléon devait en concevoir un juste orgueil.

L'empereur n'avait à opposer à tant d'ennemis que 65,ooo soldats de diverses armes, partagés en trois fractions. C'est avec des moyens aussi limités qu'il commença cette campagne de France, si mé« morable à tant de titres, qui suffirait à elle seule pour lui assurer la réputation du plus grand capitaine des temps modernes. Il y déploya la même science et la même activité dont il avait fait preuve dans les campagnes d'Italie, en prodiguant toujours sa personne avec une témérité sans exemple.

La ville de Troyes avait été indiquée, par les généraux alliés, comme point central de leurs opérations; l'armée de Silésie, aux ordres de Blùcher,

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débouchant par les Ardennes, et Tannée de Schwartzemberg, arrivant par les Vosges, devaient y opérer leur jonction, franchir la Seine et marcher droit sur Paris. Il s'agissait d'arrêter l'exécution d'un plan si bien combiné; l'empereur, au moyen d'une marche aussi rapide qu'audacieuse, se porta sur Brienne afin d'y afflaquer Blûcher, qui occupait cette ville, et empêcher la parfaite réunion du général prussien avec Schwartzemberg, arrivé déjà à Bar-sur-Aube.

Un engagement terrible commença le 29 janvier à Brienne, et ne se termina que le i*' février, au village de la Rothière. Durant ces quatre jours les Français, au nombre de 35,ooo, commandés par Napoléon, ayant pour lieutenants les maréchaux Marmont, Ney, Victor et Oudinot, soutinrent le poids de 1 35, 000 assaillants, et Se battirent dans la proportion d'un contre quatre. Au milieu des péripéties qui remplirent celte lutte opiniâtre, Blûcher faillit être pris le 3o janvier, dans le château de Brienne, comme jadis il avait été pris dans Lûbeck.

L'action engagée auprès du village de la Rothière fut la première bataille rangée que les alliés livrèrent sur le sol de la France : elle fut indécise dans ses résultats matériels, puisque les ennemis perdirent autant de monde que nous; mais ils nous enlevèrent cinquante pièces* de canon, et nous fûmes contraints de battre en retraite dans toutes les directions, sans êlre poursuivis néanmoins. Dans la situation extrême où se trouvaient

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