‹ La Légion d'honneurChapitre 29 sur 209 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

le chef de l'État jugea nécessaire, pour mettre un terme à cette anarchie , de concentrer dans une main unique le gouvernement de chaque dëpartement. Dans ce but, il institua les préfets : ses espérances ne tardèrent pas à se réaliser; le premier consul apporta un soin extrême au choix de ces magistrats; il nomma à ces préfectures des hommes d'opinions les plus opposées, les destinant à concourir au bien du pays dans une commune pensée; on remarquait parmi eux plusieurs de ces conventionnels dont le nom n'était prononce qu'avec une certaine terreur, des royalistes constitutionnels de la première Assemblée, d'anciens gentilshommes de rOEil-de-bœuf de Versailles rentrés de l'émigration, des savants, des littérateurs; enfin, des militaires distingués ajdmis à la retraite, et dont les lumières pouvaient encore être utilisées. Ainsi, on peut affirmer, sans crainte d'être démenti, qu'il ne se trouvait pas un seul homme médiocre parmi les cent six préfets qui administraient les départements au moment de la création de l'ordre; ils y furent tous admis comme commandants , officiers ou légionnaires.

Les sous-préfets étaient, pour la plupart, des jeunes gens remplis d'ardeur et d'intelligence, ou des hommes choisis par le préfet, ayant rempli des fonctions municipales ; aucun de ces quatre cents et quelques fonctionnaires n'eut la croix: on voulait qu'ils gagnassent leurs éperons.

Les douze maires de Paris furent admis dans Tordre ; c'étaient des gens considérables par leur

ei LA LÉGION D'HONNEUR.

fortune) leur réputation de probité; la plupart avaient ^\égé dans quelqU e assemblée poli I iq ùe; voici leurs noms : Huguet Montaran^ Brière Mondétour, Rousseau y Bévière, Bricogne^ Dtipont^ Bénard^ Péron^ Duquesnoy^ la Bonnardière^ Collette, Moreau. Les maires de plusieurs grandes villes obtinrent également cette distidction.

Une sorte de principe fut adopté pour la répartition des croix dans les armées de terre et de mer. Les dix-huit maréchaux furent naturellement admis dans le degré le plus élevé'. Ainsi que les généraux de première ligne, Macdonald, Gouvion Saint- Cyr, Oudinol, Victor, Marmont, Suchet, Priant, Yendamme, Ândréosi, Baraguey-d'Hilliers, Kellermann fils, Beurnonville, Saint-Hilaire, Dupont, Marettcot) Lâgrange (Joseph), Grouchy, Sorbier, etc., etc.^

* L'un aeiix, Kellermanu, était cordon rouge avant 1789.

* Là plupart île hos lectelirs ii'a^'dnt point [iréseti'ts à là penlée les fMb relatif à celle épdqiib déjà fort éloignée de ttous, dietont étonnés de ne pas voir citer dans cette nomenclature^ un général illustre dont le nom est familier avec leurs souvenirs : nous voulons parler du général Richepanse, le second héros de la granae jobrnée de H6hénUuden. Certainement ftichepanse méritâil, pikr ses brillants services, d*étre fait maréchal, bien hii^ux qUè la mbitié dbs dît-huit géhéi^ùt qui fut^iit revéttis ttfe bett^ dignité^ mais Richepanse avait été envoyé aux Antiilei en hiéme temps que Leclerc se rendait à Saint-Domingue. Les nègres s'étaient révoltés à la Guadeloupe ; les chefs des deux expéditions eurent le même sort: la fièvre jaune enleva ces vaillants capitaines, que la mort avait épargnés dans vingt combats. l^cUepàtise , après iVôli* Vaincu les iiasurgés et pacifié la coio*

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Tous les autres généraux de division et les généraux de brigade, sans exception. Furent hotainiés commandants de la Légion d'honneur.

On était Fondé à croire que tous lès côlbnels avaient fait des traits dé bravoUie qui leur méritaient cette distinction; de plus, il eût été incon- \^énant qu'un colonel né fûl point débôk^é, puisque 'chacjù'e régiment icotiiptait dans son seiil flldsieurs officiers ou soldats possesseurs d'àrtHës d'honneur; cec|uiles rendait légionnaires de drbit. Là dignité du commandement exigeait icJUé le cheF de corps IVlt admis, dans la nouvelle corporation de chéValeKe? dans un degré supérieur à celui dii slUi^lé soldât. En conséquence, tous les coloiiels fuléht nottimés officiers de l'ordre; quatre ou ciiiq datiâ chat[ué arme rûreiil nommés commandants. NdUfe dfeVôHS citer parmi elix Marulàtz , colonel du 8® hussâlds, un déà bayards de l'ârméé; Il acquit une véHlable rehoiiirtiéé, par dés exploits qdi isferaiént Ihfcroyables s'ils n'avaient été attestés par des milliers dé lémoins^.

nie, succomba sous les coups du fléau^ en septembre i8oa. Cette mort prématurée empêcha qu'il ne fût nommé maréchal et grand of&cier de la Légion d'honneur. Néanmoins, le fondateur de Torare^ jaloux que le nom de nichépanse figurât dans ses registres^ donna la croix au père du général, ahcleii officier elfe feôi^fflelS-bragotis, chevalier de S*âihl-Lbuî*j i-'etlt-é du service depuis 1789.

' Marulatz, général de division, retiré du service actif en 181 4, avait eu vingt-six chevaux Uiéà sous lui pet)dant là durée de sa carrière*

L'administration militaire était dirigée par 'des inspecteurs aux revues, des commissaires ordonnateurs et des commissaires des guerres ; elle fut très-bien traitée; les fonctionnaires qui la composaient furent admis en très-grand nombre dans les divers degrés de la légion d'honneur. La tête de cette administration militaire présentait la réunion d'hommesd'un mérite éminent, telsqueMM.Daru% Denniée, Monnard, Buhot, Fririon, Tabarié, Féraud, Clarac, d'Haugéranville, Pascalis, Yillers, Mazade, Martellière, Sartelon, etc., etc.

La marine tenait une grande place dans Testime de la nation, nonobstant les échecs qu'elle avait essuyés depuis 1789; il était à la connaissance de tout le monde que, dans les divers engagements qui ayaient eu lieu les douze dernières années, nos vaisseaux avaient été contraints de soutenir le combat contre des forces inégales; néanmoins, la marine avait eu à se glorifier de plusieurs exploits remarquables.

Lors de Tinstitution des armes d'honneur, on donna aux officiers des poignards d'abordage garnis en aident, et aux timonniers^ matelots, etc., etc., des haches également garnies en argent. Pour la répartition des croix de la Légion d'honneur, on observa à l'égard du corps de la marine le même mode suivi pour l'armée de terre.

Depuis Louis XIV, la dignité d'amiral avait été

* M. Daru, administrateur militaire des plus habiles, n^avait cessé de cultiver les lettres au milieu du tumulte des camps.

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