CHAPITRE m
des diverses frontières avaient reçu l'ordre d'envoyer en députatîon au camp des côtes de l'Océan des détachements formés des officiers, sous-ofRciet*s et soldats déjà possesseurs de quelque arme d'honneur. Lorsque ces détachements furent arrivés à leur destination, l'armée se trouva forte de soixante et dix mille hommes ; elle était sous les ordres du maréchal Soult; la flotte rétinie dans la rade de Boulogne se trouvait sous le commandement supérieur de l'amiral Bruix.
Napoléon partit de Paris le lo août i8o4; il arriva le lendemain à Boulogne, et employa plusieurs jours à inspecter les travaux ordonnés depuis Tannée précédente pour la défense des côtes de l'Océan. La distribution des croix fut renvoyée au i6 août.
Des officiers d'état-major avaient reçu la mission de choisir un lieu convenable; cette recherche n*exîgea pas beaucoup de temps, car la nature semblait avoir pris plaisir à créer l'emplacement désiré pour cette solennité militaire : c'était un cirque coupé par la moitié, dont l'ouverture s'étendait, sur un kilomètre de large, entre le moulin Hubert et la ferme Teslingthon, à une demi-lieue de Boulogne. On plaça le trône destiné à l'empereur sur le haut de cet hémicycle, lequel s'adossait au rivage de la mer : ce trône n'était autre que le fauteuil de bronze qui servait au roi Dagobert, si l'on en croyait la tradition la plus reculée';
' Ce fauteuil de bronze avait échappé, en 179a, au pillage
72 LA IJËGION D*HONNEUR.
on l'avait recouvert d'une draperie bleue parsemée d'étoiles d'or. Napoléon vint s'y asseoir le i6 août, avant dix heures du matin , au bruit des salves d'artillerie. Il portait le petit uniforme des chasseurs à cheval de la garde : habit vert , passe-poil amarante, boutons d'or et gilet blanc ; ce fut toujours sa tenue favorite. Les maréchaux, les généraux en chef se rangèrent des deux côtés. Du sommet de l'hémicycle, l'empereur pouvait voir trèsfacilement une partie de la rade; il avait à sa droite les deux camps et les batteries; à sa gauche le port de Vimeux et les côtes d'Angleterre.
On n'employa pas de bassins d'or et d'argent pour transporter les croix d'honneur, comme aux Invalides; on se servit d'anciennes armures appartenant aux siècles de chevalerie. Parmi ces armures figuraient les casques et les cuirasses de Duguesclin et de Bavard.
M. de Lacépède était venu de Paris, accompagné de plusieurs employés supérieurs de la chancellerie.
Les régiments sortis de leurs cantonnements débouchèrent dès le matin dans la plaine que bordait ce léger rideau de collines, au centre duquel s'élevait le trône impérial. L'infanterie, forte de 60,000 hommes, était partagée en vingt colonnes; lesquelles, à un signal donné, s'étant ébranlées, ar-
du Garde-Meuble ; on le voit encore au Cabinet des antiques. L'armure de François I®' est suspendue au-dessus de ce siège.