CHAPITRE
rivèrent devant l'ouverture du cirque ; de façon que les têtes de ces diverses colonnes décrivirent dans leur ensemble un second hémicycle. Par ce moyen, la figure d'un cercle entier était dessinée d'une manière parfaite. Les troupes exécutèrent ce beau mouvement au pas de charge. La cavalerie et l'artillerie, formées sur plusieurs lignes, enveloppaient le tour et fermaient les issues. Grâce a cette habile disposition, Napoléon pouvait d'un seul regard embrasser la totalité de l'armée rassemblée en ce moment au camp de Boulogne.
Cette évolution terminée, les officiers, sous-officiers et soldats désignés pour faire partie de la Légion d'honneur se détachèrent de leurs corps et allèrent dans le cirque se ranger par pelotons devant le trône, tous les grades confondus. En même temps les musiques des régiments, s'étant aussi détachées, vinrent se grouper sur le côté gauche. Les tambours, au nombre de i,8oo, se placèrent sur le côté droit.
Depuis deux jours un vent continuel soulevait des orages, la pluie succédait rapidement aux coups de tonnerre ; mais le temps reprit sa sérénité dès que Napoléon fut arrivé sur le terrain. On aurait cru que le héros commandait aux tempêtes et rendait les éléments dociles à sa volonté.
L'empereur ayant donné ses ordres pour commencer la cérémonie, les i,8oo tambours ouvrirent le ban par une brillante batterie, à la suite de laquelle le grand chancelier prononça un discours; puis l'empereur se leva, et, dans une courte allô-
U ' LA LÉGIOrt D'HONNEUR.
cution^ It irivita les légionnaires à prêter le sérmebt, dont la formule fut lue par le ministre de la guerre. Tous les légionnaires s'écrièrent d'une commune voix : Je le jure.
La distribution commença ensuite ; le ministre de la guerre fit l'appel des noms en suivant l'ordre alphabétique ; ce moyen, aussi simple qu'ingénieux, avait l'avantage de conserver une sorte d'égalité parmi ces militaires de différents grades destinés a ^tre membres de la même corporation; ainsi, un tambour ou un simple grenadier pouvait être appelé avant un colonel. Le premier nom prononcé fut celui du lieutenant d'infanterie Abbadie ; cet officier avait reçu un sabre d'honneur après la bataille de Marengo; le ministre de la guerre, Berthier, le présenta à l'empereur, qui lui remit de ses mains la croix.
L'opération consistant à remettre les croix dura fort longtenips; l'affluence des militaires désignés comme étant dignes de recevoir cette récompense n'en fut pas «la seule cause. Napoléon s'était entretenu aux Invalides avec des savants illustres ; à Boulogne il reconnaissait, parmi les légionnaires qui se succédaient les uns aux autres, des grenadiers, des voltigeurs dont lui-même avait remarqué la bravouœ dans des circonstances périlleuses; il adressait à chacun d'eux quelques mots flatteurs. Ces petits colloques répétés prolongèrent la cérémonie au delà du terme qu'on lui avait assigné' ;
* t)es notabilités de tout genre étaient accourues des dépar-