CHAPITRE IV
les amours-propres. Les membres du second degré étaient bien distingués des simples légionnaires par la croix d'or et une rosette attachée au ruban^ mais les commandants et les grands officiers portaient les mêmes insignes que le simple officier. Les plaques et les larges rubans, jaunes , bleus , verts, que les ambassadeurs étrangers étalaient sur leur poitrine, excitaient l'envie des maréchaux^ des ministres et des autres personnages importants de l'État. Napoléon se montra fort disposé à les satisfaire sur ce point, puisque ceci devait 4ui fournir le moyen d'ajouter un nouvel éclat à la cour impériale.
Un décret du 3o janvier j8o5 instilua un cinquième degré, supérieur à tous les autres, qui fut appelé la grande décoration^ dont les insignes consistaieqt en une plaque d'argent, attachée au côté gauche de l'habit, e|L un large ruban, passant de l'épaule droite au côté gauche ; on prit Thabitude de noipmer cette décoration Je Crçind-Aigle^ en voici le motif : Napoléon n^ pouvait placer sur sa poitrine sa propre effigie, qui formait la partie saillante de la décoration; en conséquence, la plaque ne porta dans son centre que l'aigle aux ailes éployées.
Le nombre des grands aigles fut limité à soix^nCe^,
' L'empereur se réserv»nit la faculté d'accorder la grande décoration à des pi-inces ou à des ministres étrangers, ^esquets ne devaient point être compris dans le nombre primitif de soixante*
sans compter les princes de la famille impériale. Singulier rapprochement, ce nombre de soixante était précisément le même que celui des chevaliers du Saint-Esprit, fixé par une ordonnance de LouisXIV, dans Tannée 1676 : autre imitation des usages de l'ancienne monarchie.
Ceci fournit matière à une observation fort importante. Au premier aspect, la Légion d'honneur présenta une ressemblance parfaite avec la croix de Saint-Louis, et cependant il existe entre les deux ordres une différence telle, qu'on ne peut établir entre eux aucun parallèle ; la croix de Saint-Louis n'était accordée qu'aux officiers seuls, lesquels étaient tous nobles; les soldats et sous-officiers, c'est-à'dire le peuple de l'armée, se trouvaient exclus de cette distinction. Ainsi l'exigeait l'esprit du temps; Louis XIV n'avait pas la puissance d'agir différemment. Un siècle avait occasionné dans les opinions un tel revirement, que Napoléon n'aurait pu, à son tour, exclure le soldat de Tordre qu'il voulait fonder, et cette communauté de récompenses^, établie par lui entre Tofficier et le soldat,
' Un demi-siècle après l'institution de l'ordre de Saint-Louis, on s*aperçut que l'exclusion du soldat et du sous-ofQcier occasionnait de graves inconvénients. Le maréchal de Saxe et son ami le maréchal de Lowendal, les deux meilleurs officiers généraux du règne de Louis XV, voulurent faire changer cette disposition : ils ne purent y parvenir. Trente ans après, le maréchal de Biron remit en question le projet de ses deux illustres devanciers. Louis XVI écouta favorablement la proposition : elle eut un commencement d'exécution. Le maréchal de Biron