‹ La Légion d'honneurChapitre 39 sur 209 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fit la grandeur et la force de la Légion d'honneur.

La répartition de la grande décoration fut faite de la manière suivante : Dans Tordre religieux, le grand aigle fut donné aux cardinaux Dubelloy, Cambacérès, Fesch, Caprara; Tempereur remit de ses mains les insignes au légat du pape et lui passa le, grand cordon ' ;

Dans l'ordre militaire, aux dix-huit maréchaux : Murât, Augereau, Bernadotte, Berthier, Lannes, Bessières, Lefebvre,Ney ,KeIlermann,Masséna, Moncey, Soult, Brune, Mortier, Pérignon, Serrurier, Jourdan, Davoust. Aux généraux de division : Gouvion Saint-Cyr, Marmout^ Baraguey-d'Hilliers, Duroc, Songis, Régnier, Dejean, Caulaincourt , Junot, Marescot, d'Harville. Dans la marine, aux amiraux : Gantheaume, Bruix, Villaret-Joyeuse , Decrès ;

Dans l'ordre civil, aux dignitaires : Cambacérès, archichancelier ; Lebrun , architrésorier ; Maret, archichancelier d'État. Aux ministres : Talleyrand, Fouché, Gaudin, Portalis, I^acépède, Barbé->]Vlarbois, Champagny, Ségur.

obtint que plusieurs croix de Saint-Louis seraient données à des sous-officiers du régiment des gardes françaises^ dont il avait le commandement.

* Les dignitaires de TÉglise adoptèrent, pour la Légion d'honneur, la coutume suivie avant 1789 par les cardinaux pour le Saint-Esprit : ils portèrent le ruban en sautoir et la plaque brodée sur le côté gauche du manteau.

\jè total de ces élus, sans compter les princes de la famille impériale, s'élevait à quarante-sept. On voit que Fempereur avait laissé à dessein une certaine distance pour atteindre le chiffre àe soixante^ indiqué par le décret s cette restriction était fort habile.

On fut étonné de ne pas voir, au nombre des généraux de division décorés du Grand- Aigle, Otkdinot et Victor, placés très-haut dans Festime de Târtnée; cette omission fut réparée quelques semaines après. On vit aussi avec surprise que Macdonald ne fut pas rangé parmi les élus ; le héros de la Trébia était •lors en disgrâce, en raison de ses liaisons intimes avec Moreau)il ne sortit de cette disgrâce que cinq années plus tard, et ce fut pour saisir le bâton de maréchal sur le champ de bataille.

La créatioti de cette grande décoration devenait elle-même un acte politique. Il est hors de doute que Napoléon sut parvenir^ avec le temps, à réduire les caractères indociles que renfermait Tarmée; mais à l'époque dont nous parlons, au début de l'empire, il n'exerçait point encore sur eux tout l'ascendant désirable. Les brillants avantages que Napoléon venait d'assurer à ses lieutenants, lors de son avènement au trône impérial, n'avaient pu entièrement désarmer leur envie; beaucoup de ses frères d'armes, en particulier les généraux des premiers temps de la république, bien plus anciens que Bonaparte dans la carrière militaire, ne lui pardonnaient pas la suprématie qu'il avait sii prendre sur eux: c'est en cédant à c6 sentimetit

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d'envie que Moreau se jeta dans une voie contraire à l'honneur.

Quelques mois après la création du Grand- Aigle, Napoléon compléla d'une manière définitive l'institution de la Légion d'honneur. La distribution des croix faite aux Invalides et aii camp de Boulogne n'avait pas dû suffire pour récompenser les traits de bravoure qui avaient eu lieu dans l'armée depuis douze années qu'elle soutenait la lutte contre l'Europe coalisée. Les armes d'honneur n'avaient pas été assez répandues pour atteindre ce but : des corps entiers se trouvaient échelonnés depuis les pieds des Apennins jusqu'aux bouches du Rhin, pour garder les conquêtes; plusieurs d'entre eux avaient été, en quelque sorte, néghgés. Des soldats furent maintes fois appelés par le hasard des circonstances à rendre des services éminents, restés jusqu'alors inconnus. Nous nous contenterons d'en citer un seul exemple.

Gauthier, dragon au lo* régiment, faisait partie d'une compagnie à pied dirigée en Lombardie dans le mois de décembre iHoo ; au passage du Splûgen, une avalanche précipita toute cette compagnie dans lîu ravin ; les hommes restèrent engloutis sous la masse des neiges. Gauthier, im des derniers de la colonne, se dégagea assez facilement, ainsi qu'un de ses camarades ; ces deux militaires se mirent à l'œuvre pour arracher tous les autres à une mort certaine, et ils y parvinrent au bout de cinq heures d'tin tt^avàii opiniâtre. Les dragons qu'ils retiraient un à un du ravin ne pouvaient leur porter secours

pour retirer les autres, puisque le froid et la pression de l'avalanche avaient abattu leurs forces. Enfin, toute la compagnie, y compris trois officiers^ dut son salut à la courageuse humanité de ces deux dragons. L'un d'eux mourut, à l'hôpital, des suites de ses fatigues; Gauthier y survécut.

Napoléon se montra disposé à satisfaire les réclamations que lui adressaient les généraux commandant les divisions les plus éloignées. Par un décret daté de Milan (a8 mai i8o5), l'empereur ordonna que le nombre des légionnaires serait augmenté de deux mille, et que ces nouvelles croix seraient exclusivement distribuées dans l'armée. Les officiers et soldats proposés en cette occasion par les chefs de corps devaient s'être distingués comme les autres, et avoir reçu au moins une blessure. Le dragon Gauthier obtinten cette circonstance une récompense si bien méritée.

La création de la grande décoration mettait Tordre de la Légion d'honneur sur un pied d'égalité avec les ordres les plus illustres de l'Europe. Napoléon, dont l'habileté se déclarait dans lesmoi»^ dres détails, saisit cette occasion pour faire une démarche auprès des principaux souverains, afin de connaître les véritables intentions dont chacun d'eux était animé à son égard; les circonstances politiques exigeaient qu'il fît cette épreuve. L'Angleterre, effrayée à bon droit des immenses préparatifs de descente qui se faisaient sur les côtes de l'Océan, redoublait d'efforts pour ameuter contre la France les puissances continentales; elle entra

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