CHAPITRE y
Campagne de Pniase (i8ô6). •*- Bataille d'Iéna. — Accueil fait par l'empereur à Gcftthe; son admittion dans l'ordre de la Légion d'honneur. — Bataille d'Eylau. — Récompenses accordées aux. divers corps de l'armée française. — Le chirurgien en chef Larrey est nommé commandant de la Légion d'honneur.
La croix de la Légion d'honneur venait de recevoir son baptême de gloire dans les champs d'Austerlitz, comme la croix de Saint-Louis avait reçu le sien dans les champs de Denain. Les toquins, les maui^aises téteSy qui mettaient une sorte d'affectation à ne point porter la décoration, s'empressèrent de l'arborer en voyant les témoignages de respect que les habitants de Paris prodiguaient aux ofTiciers et aux soldats revenus de la campagne d'Autriche avec le signe glorieux dont le souverain avait fait le prix de leur vaillance : dès ce moment^
CHAPITEE V. Hd
les frondeurs se turent et Tadmiration fit place au dénigrement.
T7ne des principales dispositions de la loi qui instituait Tordre de la Légion d'honneur s'exprimait de la manière suivante : a Durant les dix a années de paix qui pourront suivre la première a formation, les places qui viendront à vaquer a demeureront vacantes jusqu'à concurrence du « dixième de la Légion, et par suite jusqu'à coii- « currence du cinquième.
« En temps de paix, il faudra avoir vingt-cinq « années de service pour être nommé légionnaire : « le première organisation faite, nul ne pourra « être admis dans la Légion qu'après avoir exercé, « avec la distinction requise, pendant vingt-cinq (( ans, des fonctions dans la diplomatie, Tadmi- (f nistration, la justice, et dans les sciences. »
Ce temps de paix dont parlait la loi devait être, hélas! une véritable fiction. Â peine la croix de la Légion d'honneur venait-elle de recevoir son baptême de gloire dans les champs d'Austerlitz, que Napoléon se vît obligé de rentrer danâ la lice. Le roi de Prusse, qui s'était tenu sur un pied de neutralité armée dès l'ouverture de la dernière campagne, ne craignit pas de provoquer la colère du vainqueur des Autrichiens et des Moscovites : Frédéric-Guillaume III fut amené à commettre cette imprudence, autant par les excitations du ministère anglais que par les supplications des princes de sa famille et des grands de sa cour. La Prusse entre* tenait une armée dont les dépenses ruinaient le pays; elle se composait de a5o,ooo hommes, et
jouissait d'une réputation infinie: on citait sa ma* gnifique tenue, la régularité de ses manœuvres; sa cavalerie, supérieurement montée, passait pour la meilleure de l'Europe. Ces avantages réunis firent croire aux ministres de Frédéric-Guillaume que la Prusse était appelée à l'honneur de venger les nations germaniques. I^e roi, en son particulier, redoutait une rupture avec la France ; il dut céder à des sollicitations si pressantes. Une nouvelle coalition se forma sous les auspices du cabinet britannique ; la Russie et le grand-duc de Hesse s'y laissèrent entraîner. La cour militaire de Berlin poussa des cris de joie en voyant le roi décidé à faire la guerre ; la foule de généraux qui la composait montraient encore plus de jactance que les officiers du czar n'en avaient montré l'année précédente; ceux-ci, jeunes, inexpérimentés, étaient excusables; les autres, au contraire, avancés en âge, datant leurs souvenirs de la guerre de Sept ans, ne pouvaient se faire pardonner le ton ridicule qu'ils prenaient en parlant de l'armée française et de son redoutable chef: dans leur opinion, la cavalerie prussienne Suffisait pour disperser ces bataillons que la révolution avait vomis au delà du Rhin. Le duc de Brunswick ', septuagénaire, fut nommé généralissime, contre le vœu des trois
* Ce duc de Brunswick commandait l'armée prussienne en 1792, lors de l'invasion de la Champagne, et fit parsûtre à cette époque un manifeste des plus menaçants.