CHAPITRE V
princes HeDri, Louis et Guillaume de Prusse, qui voulaient voir le commandement entre les mains du prince Hohenlohe; d'autres désiraient que la conduite de la guerre fût confiée au feld-maréchal Moellendorfy ou au feld-maréchal Kalkreuth; de sorte que la division la plus marquée régnait au sein du conseil du roi , avant même l'entrée en campagne.
Frédéric-Guillaume, ayant essayé quelque temps d'endormir la vigilance de Napoléon par de fausses assurances de paix, leva subitement le masque, et publia, le 9 octobre 1806, un manifeste dans lequel il sommait, sans détour, l'empereur des Français de vider TÂlIemagne incontinent ; c'était joindre la folie à la maladresse, car il avait donné à son ba« bile adversaire tout le loisir de se mettre eu mesure de repousser ses attaques. En effet, Napoléon, devinant bien à l'avance les véritables intentions du monarque prussien, avait concentré ses troupes sur la frontière de la Saxe, et lui-même, ayant franchi le Rhin le 1*' octobre, vint se mettre à la tête de son armée, divisée en huit corps : on remarquait autour de lui, comme ses lieutenants, les mêmes maréchaux qui l'avaient secondé l'année précédente. Lefebvre, s'indignant de se voir laissé inactif dans le sénat, demandait à rentrer en ligne on lui donna le commandement du 7^ corps.
Napoléon prit l'offensive le lendemain où le manifeste du roi de Prusse vint à sa connaissance ; les avant-postes ennemis furent culbutés, le r 2 octobre, 3u delà du Mein, et toute l'armée française avait
Itt LÀ LÉGION D^HONNEUR.
pris position en avant de la petite ville d'Iéna, sur une ligne de cinq lieues détendue. L'empereur avait sous ses ordres immédiats 85,ooo hommes^ il avait confié au maréchal Davoust le soin de garder, avec a8,ooo hommes, les défilés de Koesen, formant l'extrémité de sa ligne. Le maréchal Bernadotte, commandant deux divisions de Q^ooohommes chacune, devait servir à lier le principal corps à celui de Davoust.
La rapidité des mouvements de Napoléon déconcerta du premier coup les généraux prussiens et renversa tous leurs plans. Le duc de Brunswick commit la faute de séparer son armée en deux corps : le plus faible (55,ooo hommes), sous les Ordres du prince Hohenlohe, resta en position devant la ville d'iéna; le plus considérable ( 70,000 hommes), commandé par le généralissime, ayant aveclui le roi et son feld-raaréchal Kalkreuth, marcha sur Auerslaedl avec l'iniention d'y écraser sous le poids de ses forces Napoléon, qu'il supposait s'y trouver en personne. Lord Morpeth, envoyé du cabinet britannique, accompagnait Frédéric-Guillaume, et tenait auprès de ce prince la place qu'avait occupée l'année précédente lord Gower auprès du czar. Le général Blùcher, encore obscur, conduisait la cavalerie, forte de 10,000 hussards, uhlans et cuirassiers.
Le i4 octobre (un mardi), une double action se livra simultanément sur deux champs de bataille, éloignés de cinq lieues l'un de l'autre. Napoléon attaqua, avec sa vigueur accoutumée, le corps de