CHAPITRE VI. Ui
rassemblé dans son poil une quantité immense de provisions et de marchandises. Dès ce moment la guerre eut pour objet, de la part des Français, de conquérir la place de Kœnigsberg, ei , de la part des Russes, de la conserver à son souverain; les deux partis manœuvrèrent dans ce but : ils se rapprochèrent le I*' juin '. A compter de celte époque, les engagements partiels devinrent fréquents. Le plus meurtrier de tous fut celui d'Heilsberg, livré le lo juin par le corps de Soult, soutenu par la cavalerie de Murât, contre la majeure partie de Tarmée russe. Le général de division Roussel y fut tué, et plusieurs autres généraux y furent blessés grièvement.
Napoléon travailla à la concentration de ses forces, qui s'élevaient à 1 20,000 hommes divisés en sept corps, lesquels étaient échelonnés dans une étendue de quinze lieues, delà manière suivante : la cavalerie de Murât, les corps de Soùlt, de Davoust de Lannes, de Mortier, de Ney, et enfin celui de Bernadotle, que commandait le général Victor en l'absence du maréchal, qu'une blessure tenait éloigné. On avait attaché à chacun de ces corps une division de cavalerie, que commandaientlesgénéraux
Grouchy,Nansouty,Latour-Maubourg, Lahoussayci
Benningsen avait concentré toutes ses brigades
sur la rive droite de l'Aile, rivière qui va s'unir à
la Prégell , laquelle se jette dans la Baltique au-des-
' Le czar resta sur la rive droite du Niémen avec iiiie division de réserve.
sous de Kœnigsberg) Benningsen s'appuyait sur laville de Friediandy à laquelle aboutit la route de Kœnigsberg; dans cette situation, ce général couvrait la capitale de la vieille Prusse, dont il n'était éloigné que de dix lieues; et Napoléon , qui s'était arrêté sur l'ancien champ de bataille d'Eylau, devait passer sur le corps de l'armée russe s'il voulait se porter sur Kœnigsbei^ en ligne directe» Les dispositions adoptées par le généralissime des Moscovites auraient suffi pour neutraliser les efTorts d'un tout autre adversaire que Napoléon. Ce grand capitaine sut tromper les calculs de son rival : il .franchit lui-même la rivière en remontant la rive gauche^ et s'engagea audacieusement dans l'intervalle qui séparait la Baltique de l'armée russe. Mu- **rat, les corps de Soult et de Davoust avaient atteint les environs de Kœnigsberg dès le 1 1 juin ; les autres corps suivaient le mouvement.
Benningsen 9 un instant trompé, comprit alors les desseins de son ennemi : par une inspiration subite, il fit passer ses troupes sur la rive gauche de rAilley au moyen du pont de pierre de Friedland et de deux ponts volants qu'il fit construire à la hâte; son armée prit position en avant de la courbure formée en cet endroit par la rivière; l'intention de Benningsen était d'écraser le corps français qui arriverait le premier sur la route de Kœnigsberg pour suivre le mouvement des troupes qui l'avaient précédé; dans son illusion, il espérait battre l'un après l'autre les corps qui se présenteraient sur le terrain. Celui de Lannes, uni aux gre*