CHAPITRE VIII
Pendant que la guerre se poursuivait avec vivacité dans la Péninsule, des orages semblaient s'amonceler dans une autre- partie de l'Occident. Plusieurs messages, expédiés par l'archichancelier de l'empire, décidèrent Napoléon à quitter Valladolid; il repassa les Pyrénées le 20 janvier 1809, et s'arrêta à Bordeaux. Durant le séjour que fit le souverain dans cette ville, le maire, M. Lynch, reçut de ses maius la croix de légionnaire. Quelques mois auparavant, la croix d'officier avait été donnée de la même manière, à Bayonne, au préfet du département des Basses-Pyrénées, M. de Castellane, ancien membre de l'Assemblée constituante. Avant son départ de Bordeaux, l'empereur apprit, par un courrier arrivé de Pampelune, une nouvelle qui lui causa la plus vive satisfaction.
Dès le mois de septembre 1808, la flotte anglaise a.vait débarqué dans les ports de la Galice une armée de 26,000 hommes, pourvue d'une excellente cavalerie et d'une nombreuse artillerie; le général Moore la commandait, ayant pour lieutenants les généraux David Biard et Hope. Cette armée devait imprimer l'impulsion à l'insurrection espagnole et concourir, avec les généraux nommés par la junte, à l'entière exécution du plan de campagne, qui avait pour but d'empêcher à tout prix la capitale du royaume de tomber une seconde fois au pouvoir des Français. Les généraux anglais, fort méthodiques dans leur manière d'agir, ne s'avancèrent que très-lentement au travers du pays, et ne purent effectuer en temps utile leur jonction avec les divî-
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sions espagnoles, lesquelles furent battues séparément par nos troupes, k la nouvelle de la défaite de Tudela et de la reprise de Madrid, le général Moore, qui avait percé jusque dans la province de Léon, opéra un mouvement rétrograde en prenant la direction de la Corogne. Napoléon ordonna aux maréchaux Soult et Ney de poursuivre les Anglais dans leur retraite ; les troupes britanniques, moins fociles à vaincre que les bandes espagnoles, opposèrent de la résistance et livrèrent plusieurs combats d*arrière-garde ' , sans oser néanmoins risquer une action générale ; mais l'ardetite poursuite des Français rendit leurs efforts inutiles : le maréchal Soult les atteignit dans le voisinage de la Gorogne, et leur livra bataille (19 janvier 1809). Moore fut blessé mortellement, ainsi que son lieutenant David Biard. L*armée anglaise perdit, outre son général en chef, la moitié de son effectif, son artillerie et 7,000 chevaux; le reste de ses bataillons fut recueilli par les vaisseaux réunis dans le port de la Corogne sous les ordres de l'amiral Hood.
Les brillants succès obtenus en Galice par le maréchal Soult devaient satisfaire sans doute le souverain, mais sa joie ne devait être complète qu'à l'annonce d'un autre événement dont il attendait depuis longtemps la réalisation ; enfin, elle lui parvint un mois après son arrivée à Paris. Saragosse avait
« C'est dans une de ces escarmouches d'arrière-garde que périt le général Auguste Colbert, à peine âgé de trente ans.
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capitulé le ai février. Cette ville, capitale de la province la plus belliqueuse de l'Espagne, avait rendu inutiles plusieurs tentatives dirigées contre ses remparts ; elle demeura investie pendant huit mois. Napoléon, en quittant Madrid, ordonna au maréchal Lannes de prendre la direction du siège de Saragosse et de ne rien épargner pour se rendre maître d'un boulevard auquel semblait être attaché le sort de toute TËspagne. Lannes poursuivit l*entreprise avec sa bouilllante ardeur ; Saragosse renfermait dans son sein, outre sa population de 5o,ooo habitants, 4O9OOO soldats produits des divers corps d'armée battus par les Français. Palafox, le plus jeune et le plus valeureux des généraux espagnols, les commandait. Les Anglais avaient pourvu abondamment la place de munitions de guerre ; les opérations du siège furent conduites en règle pendant près de deux mois sans interruption. Le général Lacoste, commandant le génie, et plus de cent officiers très-distingués y succombèrent avec 4,000 de nos soldats. Ce siège mémorable, un des plus beaux faits d'armes de nos annales militaires, ne donna pas lieu à de nombreuses nominations dans la Légion d'honneur, et cependant le maréchal Lannes avait insisté dans son rapport pour que l'on récompensât dignement les services et le dévouement de tant de braves.
Aucune promotion ^ n'eut lieu dans les degrés
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^ Le général Frère, chef d'état-major du maréchal Lannes^ reçut le titre de baron avec une dotation. Le général d'artille*
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élevés de Tordre ; on ne créa que quelques officiers, parmi lesquels nous citerons le colonel Dupeyroux» du I j5^ de ligne. On accorda un nombre assez important de croix de légionnaires; les deux corps de génie et d'art illerie furent particulièrement favorisés : ils avaient cruellement souffert. Six officiers du génie et cinquante mineurs périrent dans un couvent dont la toiture s'écroula au milieu de l'incendie. La perte des officiers d'artillerie fut tellement considérable, que l'on dut attendre Parrivée d'une vingtaine d'autres officiers de la même arme, expédiés de Toulouse pour réorganiser les batteries.
Vers la même époque eut lieu une promotion qui fit une certaine sensation dans l'armée. Le colonel Donnadieu, du 47* de ligne, s'était particulièrement distingué à la prise de Burgos. Le maréchal Soult, nullement facile quand il s'agissait de louer les autres, rendit compte d'une manière pompeuse de la conduite du colonel du 47*9 ^^ demandant pour lui la croix de commandant de la Légion d'honneur, que Montbrun et bien d'autres généraux ne portaient point encore. Le nom deDonnadieu sonnait mal aux oreilles de l'empereur, car il avait été mêlé plusieurs fois à des intrigues politiques : on le raya de la promotion ; deux mois
rie Dedon reçut la] même récompense. Les colonels du génie Rogniat et Dode de la Brunerie furent nommés généraux de brigade. Le major Haxo, delà même arme, fut nommé colonel.