AVANT-PROPOS
En écrivant mes Souvenirs d 'tin vieux zouave et mes Généraux et soldats d^Afri-* que, j'avais un triple but : faire connaître les noms du plus grand nombre possible de ces héros obscurs à la bravoure desquels les généraux doivent souvent leurs succès, sans qu'ils figurent aux rapports officiels où les états-majors ne sont jamais oubliés. — Portraire nos généraux des guerres d'Afrique, non pas tels que leur mérite et la fortune les ont laits depuis lors, mais tels que nous les jugions au feu du bivouac. — Opposer aux légendes, aux racontars de deuxième ou troisième main et même aux bulletins officiels, dont la réputation de complaisance
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n*6St pas à faire, le récit d'un comparse de ce drame de 30 ans, parfaitement dôsintôressô dans la question, ne disant que ce qu'il a vu ou qu'il tient de tômoins oculaires.
J'ai 6t6 fidôloment servi dans mon travail par mes notes, prises chaque soir après quelques actions de guerre, et par ma mémoire qui — phénomène commun aux vieillards — me reproduit mieux les événements lointains que ceux rapprochés de moi.
J'en ai été grandement récompensé par l'approbation des sommités de l'armée qui, toutes, ont loué l'exactitude de mes récits.
Le maréchal Pélissier, d qui le manuscrit de mes Souvenirs avait été communiqué dix ans avant son impression, mo faisait dire par son aide de camp, le colonel Uenson :
a Dans cinquante ans d'ici, quand ou voudra savoir la vérité sur les hommes et les choses de l'Algérie, c'est ce livre qu'on consultera. D
Son Altesse royale Monseigneur le duc de Nemours, mon général aux doux expéditions de Gonstantine et à la campagne de 1841, daignait m'ôcrire le 23 juillet 1877 : « C'est avec
« bonheur que j'ai trouvé dans vos Souvenirs « la description des longs, laborieux et fruc- « tucux travaux do nos années en Algérie, « ainsi que les noms de ceux qui ont illustré « nos armes, tant dans cette lutte prolongée « que, plus tard, sur de plus grands théâtres.
« J'ai admiré la grande exactitude do vos « récils pour los faits dont j'ai été témoin, « comme pour ceux que j'ai sus pertinem- € ment en leur temps.
Dans mes Souvenirs, comme dans mes Généraux et soldats cV Afrique^ j'ai dépeint de nombreux types pris dans les corps spéciaux d'Afrique dont, si j'ai loué la bravoure, je n'ai pas dissimulé les défauts.
Il me reste un filon à exploiter dans cette mine si féconde d'existences dévoyées, de caractères indomptables, de vies aventureuses, d'esprits mal équilibrés. Ce filon, le plus fécond de tous, est celui de la Légion étrangère d'où sont sortis les régiments étrangers, qui no démentent en rien leur origine.
Le tout est, dit-on, conforme aux parties dont il se compose; notre récit sera en oppo-
sition avec ce prétendu aphorisme» en montrant un corps de troupes, brave» bien dans la main de ses chefs, dur à la fatigue, aux privations; très utile à la France^ quoique étranger à notre pays, et d'élémonts disparates, hétérogènes^ inassimilablos, réfractairesmôme les uns aux autres.
Dans mes projets, ce livre doit avoir deux parties, la première comprenant un historique sommaire dos deux logions que j'ai particulièrement connues, ainsi que les portraits de quelques célébrités sorties de leurs rangs ; la deuxième exposant les silhouettes de quelques légionnaires pris dans la masse si riche en excentricités.
Je compléterai ainsi ma galerie africaine ; mais je dois me hâter, si je veux que quelques voix s'élèvent pour dire do ce livre comme des premiers : « C'est vrai! » Car les soldats des premières années de la conquête disparaissent chaque jour.
Le général Ledô — mon capitaine à Tassaut do Constanline, alors quo j'étais fourrier — vient de mourir. Je ne vois plus au sommet de la hiérarchie militaire, que les
marccliaux Canroberi cl Mac-Ma!ioii dont les ))remiers faits d'armes datent des premiers jours de la conquête, et dont la gloire comme un beau soleil couchant, jette des rayons lumineux sur la valeureuse génération qui s'éteint.
Autour de moi, plus rien ! l^as un de mes compagnons de misères et de combats à qui je puisse tendre la main ! On dirait qu'en disparaissant, ils m'ont donné la mission de rappeler leur souvenir à la France oublieuse. Il faudrait, je le sais, poar un si noble objet, une voix plus puissante que la mienne, celle du clairon de Constanfino et d'Isly; mais si mes accents manquent de force, ils p nient en eux la vérité. On la doit aux moi ts et plus encore aux vivants.
Capitaine Blanc.
LA
LÉGION ÉÏRANGEUE