CHAPITRE PREMIER
FAITS qu'il est BON DE RAPPELER,
l^iii [ïi-incipo, aucune troupo ôlraiigôro no pculcire introduite en Franco sans le consen- Icment préalable du chef de TEtat. La vieillo monarchie en avait toujours eu à son service. Bannies par la révolution de 1793, elles revinrent, à la Restauration, sous la forme de Régiments Suisses. Ces régiments lurent licenciés ;\ la révolution do 1830, In nouvelle charte n'admettant des troupes étrangères au service de l'Etat, qu'en vertu d'une loi.
La légion d'IIohenlohe forma le 21°" léger, en 1831, avec la faculté d'y incorporer les
étrangers qui seraient en instance pour se faire naturaliser.
Puis, vint la loi du 9 mars 1831 qui permettait de former, dans Tintôricur du royaume, une Lôgion ùtrangùro, mais qui interdisait de l'employer sur le territoire continental.
La légion étrangère, formée en Algérie, cessa de faire partie de Tarmée française en 1835; mais, bientôt après, une ordonnance prescrivit la création d'une nouvelle Légion étrangère à un bataillon; d'autres ordonnances suivirent de près celle-là, si bien qu'en 1840, la Légion étrangère comprenait deux régiments à trois bataillons. Il y a aujourd'hui deux régiments qualifiés de régiments étrangers.
Tel est riîistorique sommaire de la Légion étrangère, il nous reste à le développer, en expliquant comment se sont produits ces événements, d'apparence si contradictoires, et si naturels pourtant, si Ton considère les circonstances politiques au milieu desquelles ils sont nés.
APUl'S LA 1»U1SE O'ALGliU, LE GÉNÉRAL CLAUZEL.
Au lendemain de ia prise d'Alger, le gouvernement do Juillet se trouva fort embarrassé de saconquôte. Les Bourbons avaient emporté dans leur exil le secret de leur politique, et les d'Orléans venaient de s'interdire le droit d'en avoir une et surtout de la pratiquer, en acceptant la formule du parlementarisme : « Le roi règne et ne gouverne pas. »
La sagesse cl le patriotisme do Louis- Philippe lui inspiraient de conserver Alger et do s'ctcndrc au moins jusqu'aux anciennes limites du Beylic. Les jeunes princes, ses fils, partageaient les idées et les sentiments de leur père, entrevoyant la moisson de gloire qu'ils allaient récolter sur la terre d'Afrique.
Mais le parlomentclait U\, imposant silence â la sagesse du père et î\ la bravoure des enfants. En vain le duc d'Orléans accourait»
en 1835, prendre sa part de la campagne de Mascara; le duc do Nemours allait affronter
les dangers et les misères des deux expéditions do Constantiue; le prince royal repassait la mer pour Taire l'expédition desBibans en 1839 et enlever le col de Mouzala en 1840. En vain le jeune ^\^c d'Aumale inaugurait, à celte dernière date, comme officier d'ordonnance de son frère atné, la série de hauts faits et de sages mesures administratives qu^ le placèrent si avant dans l'estime de l'armée et des colons.
Cette conduite des princes, approuvée, encouragée par le roi, disait hautement que, dans leur conviction, il y allait de l'intérêt et de l'honneur de la France de conserver, affermir et développer la dernière conquête léguée par la branche aînée des Bourbons à la branche cadette.
Tout le monde le comprenait en France ; mais allez donc faire entendre raison à un parlement désuni, et lui faire perdre une occasion de discuter des mois et des années sur le inômo sujet! Les députés do ccllo époque ne faillirent pas à ce dernier rôle; expansifs q{ restrictifs, ils s'en donnèrent à cœur joie. Les premiers voulaient l'extension
de la conquête; les seconds voulaient qu'on ne gardiU qu'Alf^or; certains — en petit nombre licureusemcnt pour leur honneur — alioront jusqu'à proposer Tabandon d'Alger, [)ar crainte d'une guerre avec les Anglais. La discussion alla ainsi de session en session jusqu'à celle de 1840, où la question fut définitivement et virtuellement Iranchôe en faveur de l'occupation expansive, à la suite d'un discours du général Bugeaud, d'abord adversaire de l'expansion, mais à qui sa victoire de la Sika et son malencontreux traité de la Tafna avaient ouvert les yeux.
Le doute parlementaire sur les destinées futures de l'Algérie n'empêchait pas nos généraux de guerroyer. Le général Clauzel, arrivé à Alger le 2 septembre, comme successeur du maréchal Bourmont, inaugura la série des expéditions qui, presques toutes malheureuses dans les cinq premières années sous les ordres des généraux Berthezône, Savary, d'Erlon, Desmichel, Trôzel, etc., prirent un glorieux éclat lorsque le môme maréchal Clauzel, revenu en Afrique avec une plus grande expérience des Arabes et de
lour pays, quatre ans aprôs avoir ôlô rappelé de son premier commandomonl, ouvrit, par l'expédition de Mascara — décembre 1835 — réi*e des succô.^ qui devaient nous assurer, vingt ans après, la tranquille possession de l'Algérie.
Ajoutons que le roi était complice de ses généraux, et que les ministres n'auraient pas osé blAmer des campagnes auxquelles les princes prenaient une part si active et si honorable à la fois. Mais n'anticipons pas sur les événements; revenons sur nos pas, pour mieux suivre ceux qui amenèrent la formation de la légion étrangère.
Pour donner satisfaction à la partie de la chambre opposée à l'expansion, ainsi qu'à l'opinion publique à laquelle l'armée d'Afrique était suspecte, le gouvernement dut prescrire le retour en France de la majeure partie des troupes qui avaient fait la conquête. En quittant Toulon, Clauzel avait cet ordre on portefeuille; mais, en arrivant \ Alger, il ne l'exécuta qu'incomplètement, en faisant embarquer quatre régiments seulement, dans les premiers jours de septembre 1830.
C'est qu'il entrait dans les projets du Rouverneur gônôral de franchir l'Atlas et d'occuper Médôa, après y avoir installe un aglia de son choix, à la place de Tagha turc qui commandait la province de Titery, et dont les fréquentes excursions dans la Mitidja portaient la terreur en deçà môme du Sahel. Il craignait, en obéissant strictement aux ordres du gouvernement relatifs au rapatriement des troupes, de s'affaiblir au point de ne pouvoir réussir dans son entreprise.
Le 17 novembre 1830, Tarmôe se mit en marche en nombre respectable ctmunied'approvisionnements suffisants. En passant, elle dut enlever lîlida A la bayonnclle et y laisser deux régiments pour la conservation de ce poste important. Le 21, les pentes abruptes des montagnes des Soumata furent gravies, malgré Topinidtre défense des Kabyles, et le bivouac français s'établit sur les crêtes et le col des Mouzaïa.
C'est de ce bivouac que' le général en chef, publia Tordre du jour retentissant alors et généralement oublié aujourd'hui : « Soldats,
los feux de vos bivouacs se mêlent aux étoiles du firmament, etc. » Image beaucoup plus juste que celle de c< quarante siècles qui, du liaut des pyramides, contemplaient l'armée d'IOgypto. » On conçoit, on cllct avec peine, des siècles juchés sur une pyramide et regardant quoi que ce soit, tandis que, certainement, les gens de la plaine pouvaient confondre avec les étoiles, los feux qui brillaient sur les nombreux pitons dont le Ténia est entouré.
Le général Clauzel laissa trois bataillons au nouvel agha qu'il venait d'installer à Médéa et repassa le col, ramenant avec lui les troupes qu'il y avait laissées sous le commandement du général d'Uzer. La descente des Mouzaïa et la traversée de la Mitidja se firent sans encombre jusqu'à Blida.
En entrant dans cette ville, le spectacle affreux qui s'offrit à sa vue lui révéla des événements en prévision desquels il avait laissé lî\ le colonel Rulhiére avec deux régiments, mais dont il était loin de soupçonner la gravité.
Les rues étaient teintes de sang; des ca-
davres gisaient un peu partout ; un silence de mort régnait sur la ville, en plusieurs points dôlruile; tout portait les traces d'un combat long et terrible. C'est que, pendant sept jours, nos troupes avaient supporté la double attaque des Kabyles et des habitants, dont elles n'avaient triomphé qu'au prix des plus énergiques efforts.
Le gouverneur général retira immédiatement les bataillons de Blida; et il dut en faire autant, bientôt après, pour ceuxdeMôdôa, dont la position n'était plus tonable après les combats incessants qu'ils avaient eu à repousser depuis qu'ils étaient livres à euxmômes,et par suite do l'cpuisomont des munilions, conséquence naturelle de ces combats.
LES SUCCESSEURS DU GlîNÉRAL CLAUZEL
Cette première expédition de Médéa, si brillamment commencée et si tristement lorminco, n'avail pas dôlruil à ce point les illusions du général Cilauzel qu'il necaressdt ridée de nouvelles entreprises; mais il ne pouvait plus éluder les ordres du gouvernement relatifs i\ l'effectif des troupes à
conserver, et force lui fut de renvoyer en France roxcôdant do cet effectif, c'ost-Adiro la majeure partie de ses bataillons.
Le 21 février 1831, V armée cV Afrique cessait d'exister pour ne plus s" appeler, par ordre ministériel, que dioision d'occupation sous les ordrea du général Berthezène, envoyé de nouveau à Alger.
Le 22, le gêné al Clauscl s'embarquait pour la France, avec les généraux et les officiers d'ôlat-major qu'il avait amenés avec lui.
Quelque modeste que fût la nouvelle dénomination du corps de troupes restant à Alger, elle pouvait paraître encore prétentieuse, les quatre régiments dont se composait la division d'occupation n'ayantque des eiïectifs excessivement réduits par le feu bt les maladies, et leur troisième bataillon n'ayant pas encore rejoint les deux premiers. Il est vrai qu'à cette époque on travaillait activement à achever Torganisalion dos troupes îndigonos commencée par le général Clausel. Les zouaves, formés d'abord à un bataillon, puis
à deux, réduits à un seul, étaient définitivement constitués à deux bataillons, commandés par DuviviereL Lamoriciôpo; W colonel Marcy-Monge parvenait à créer de véritables escadrons de chasseurs d'Afrique, le ministère prescrivait la formation de quelques corps nouveaux.
Avant do pouvoir se servir de ces troupes, alors à Tétat embryonnaire — hormis les zouaves, déjà éprouvés — le général Savary duc de Itovigo, qui venait de remplacer le général Berthezène, ne pouvait pas songer à tenter quelque gr^inde entreprise; sa préoccupation devait ôlrc, au V janvier 1832, do mettre la ville d'Alger i\ l'abri des insultes des Arabes, tant de Tintériour que de Fextérieur. Les uns et les autres, en effet, n'ayant vu dans lé rapatriement de nos bataillons que le prélude de l'abandon de notre conquête, avaient redoublé d'insolence au dedans et d'audace au dehors, tandis que les Mercanti, franr.aîs, espagnols et maltais, gens sans aveu, fuyant en partie la justice do leur pays, qui s'étaient abattus sjr Alger comme une nuée do saulorollcs sur un cham)) do blé
mûr, pris d'une indescriptible terreur, envaliissaiont les bateaux petits et graods pour retourner en Europe.
Le rcMe du général et de ses troupes était donc, pour le moment, de s'enfermer dans les limites imposées par les circonstances à notre conquête, et de n'en sortir qu'à bon escient sans trop s'éloigner de la ville.
Ces limites peuvent être figurées par une ligne partant de la Pointe-Pescade, A l'ouest, gravissant la hauteur do la Honrdjarolia; du sommet, s'indécliissant au sud, pour suivre la crête des collines jusqu'au Fort-l'Empereur tournant ensuite vers l'est sans quitter les hauteurs qui couronnent Mustapha, et aboutissant enfin à la fontaine do Hussien-Bey, prés du jardin d'acclimatation.
Tel était ie périmètre d'Alger, devenu camp retranché. Le général Savary îe fortifia de quatre petits camps permanents établis à Doly-IbrahimjTixeg^aïm, Birkaden etKouba, en avant mais non loin do la ligne figurative àe ceinture, et reliés entre eux par une route stratégique.
Grâce â ces mesures, qui font honneur au
duc de Rovigo, les troupes et leur général purent se mouvoir plus librement, pousser vivemcnl les formations des nouveaux <x>rps, à peine ébauchées, et attendre les événements.