CONRAD
Le colonel Conrad, mort glorieusement au combat de Balbastro à la tôte de la Légion étrangère française, était né à Strasbourg.
Entré au service en 180G, il fit toutes les campagnes d* Allemagne et d'Espagne, et fut décoré, des mains do l'Empereur, sur lo champ do bataille de Leipsick. II prit part à la prise d'Alger. Nommé lieutenant-colonel de la Légion étrangère, il resta en Afrique jusqu'au moment où il passa en Espagne avec la Légion.
Depuis qu'il la commandait en chef, ses (pialités porsonncllos avaient pu retenir des soldats sans solde et dans le plus absolu dénùment.
Voici un extrait de la dernière lettre qu'il a écrite A sa femme, alors à Paris.
aux gendarmes français, accourus pour pro« léger le territoire^ leurs armes et leurti chevaux, ce ne fut parmi eux qu'un cri do douleur et de désespoir.
Cabrera, dans ce moment suprême, trouva des accents qui expliquent l'ascendant qu'il ' avait su prendre sur ces natures à la fois généreuses et sauvages. II réunit autour de lui tout son corps d'officiers, et leur exposa qu'il no leur restait plus d'autre ressource que do chercher asile sur le territoire français, puis il ajouta : « Si cependanl il on est un parmi « vous qui veuille continuer la guerre, je « suis prêt à lui céder le commandement. Je M crois avoir toujours rempli mes devoirs; a s'il en est un qui ait des reproches à me a faire, qu'il les fasse maintenant. Nous « sommes encore sur le territoire espagnol, « qu'on me juge, non comme général, mais « comme volontaire; j'aime mieux souffrir « la mort qu'émigrer avec honte. » A ces mots, il se fit un profond silence; tous se mirent à pleurer et se résigneront i\ leur destin.
Pendant tout le moisdejuillet, les Carlistes
CriAPlTRR VII
NOIJVFJ.LE I.ÏVgION ftTRANr.KIlR
A peine lu première légion étrangère, licenciée par ordonnance royale du 28 juin 1835 pour être concédée à l'Espagne, avaitelle livré ses premiers combats en faveur de Marie Christine, qu'un décict, daté du 16 décembre do la môme année, prescrivait la formation d'une nouvelle légion. Le gouvernement français regrettait d'avoir fermé Toxutoiro de la révolution cosmopolite, et s'empressait de le rouvrir. Un seul bataillon fut d'abord organisé à 6 compagnies qui, licenciées le l**" août 1836, allèrent en Espagne remplir les vides que la guerre avait faits dans la légion Bernelle.
C'était i\ recommencer ou, plutôt, à contin .ICI'. Un nouveau bataillon, formé au mois do novembre do la môme année, fut embarqué ix Toulon pour Alger le 11 janvier suivant, sous Cs ordres du commandant Bedeau,
jalouso do la Lôgioii. Los généraux christinos^ qui rêmployaiont dans los momouts los pluscritiquGS, qu'ollo sauva plusiours fois do complets désastres, la citent rarement et superlicicUementdans leurs rapports pompeux, où, quoique battus, ils prennent un ton victorieux. J'ai lu une infinité de rapports des deux partis^ et j'ai constaté que la Légion étrangère était plus souvent citée, et avec éloge, par les généraux de don Carlos que par ceux de la régente.
Au reste, nous n'avions pas un besoin absolu du témoignage des Espagnols pour apprécier les services éminents rendus à la cause libérale par la Légion étrangère de la France : Un critérium infaillible do ces services nousa été donné parle plusgrandhommo de guerre des temps modernes. « Si vous « voulez savoir — disait Napoléon l*^ — le a régiment qui a le mieux fait dans une « bataille, demandez quel est celui qui a « perdu le plus de monde. » Partant de ce principe dont rexpérionce a démontré la justesse à quiconque a fait la guerre, on arrive à cette conclusion que la Légion étran-
gôro a n>ioux fait que tous les corps iiidîgènes, puisque des 8.000 hommes qui ont servi dans ses rangs pendant sa campagne de trois ans à peine, en Espagne, il en restait à peine 400, le jour où le gouvernement français mit un terme à sa mission, toute d'obéissance et de devoir, car la cause qu'ils servaient au prix de leur sang ne pouvait à aucun titre les intéresser, encore moins les passionner.
Afin de- remplir la tâche que je me suis imposée en entreprenant d'écrire ce livre, il mefallaitdégagerdela masse des faits de cette longue éternelle guerre ceux qui sontpar- (iculiersà la Légion. Ce n'était pas facile, tant les rapports officiels mettaient de la discrétion à parler des troupes aux iliaires. Jô suis néanmoins parvenu à distinguer nos braves officiers français dans le flot des combattants; et, cela, par un procédé d'observation bien simple : en regardante l'avant-garde dans les attaques des christinos, à l'arriéro-garde dans leurs retraites.
Débarqué le 20 août 1835 à Tarragone, la Légion part aussitôt pour la Haute-Cata-
logno, 0. sa premiéro opération do guerre consiste à. faire lever le siège de Lôrida dont les Carlistes étaient sur le point de s'emparer.
Lo lU septembre 1835, elle bat les Carlistes et les chasse des Salines de Gerry, près de la vallée d'Aran.
A cette époque, un bulletin du général Pastor, commandant des forces christines dans cette région, donne les plus grands éloges A la Légion. C'est la pièce officielle la plus explicite que nous ayons trouvée dans nos recherches.
Battue d'abord à Ourgagna^ près de la Seu-d'Urgel, la Légion finit par emporter cette place dont les défenseurs sont passés au fil de l'épée.
La Seu-d'Urgel est reprise quelque temps après par les Carlistes, et la Légion passe en Aragon où elle a à combattre contre Zumalacarrôgui.
Le 11 octobre 1835, le capitaine Topin, avec deux compagnies de la Légion et quatre autres des troupes christines, enlève à la bayonnette le village fortifié de Garry.
Le 9 novembre, le lieutenant colonel Conrad remontant vers la Seu-d'Urgel, bat les carlistes près do cette ville.
Le 18 de ce même mois, un bataillon de la Légion, se rendant de Jaca à Sos, rencontre à Verdun l'expédition carliste en Aragon. En présence de forces triples, ce bataillon fait si bonne conlcnancc, que les carlistes battent en retraite devant lui.
Réunie, le 3 décembre, la Légion livre, prés de Lérida, un combat acharné à la division du général Guergué. A peine si 200 hommes et 40 chevaux des carlistes parvinrent à se sauver en Navarre.
Ces faits d'armes étaient le prélude de ceux que la Légion devait accomplir dans la suite et dont Huesca et Balbastro furent le terme glorieux.
A Huesca, c'est elle qui repoussa à la bayonnette Tattaque des carlistes; c'est sous sa prolection que la cavalerie Christine put se rallier. Le colonel Conrad y fut blessé, mais si légèrement qu'il put prendre la direction de l'armée en retraite, après que le général Irribarren eut été mortellement atteint d'un coup do feu.
Avant do mourir, Irribarren voulut donner à Conrad lo commandement do son armôo, La délicatesse du brave chef de la légion lui fit décliner l'offre qui lui était faite. Il avait éprouvé trop souvent les ellcts de la jalousie etd^Torgueil espagnols pour s'exposer à les exciter gratuitement. Il demanda avec instances la nomination d'un successeur d'Irribarren, et c'est sous les ordres de ce successeur, le général Ruarem, qu'il fut tué, peu de jours après, A llalbustro, en menant pour la dernière fois les débris de sa Légion à la charge.
Ici, nous trouvons dans les documents offi-* ciels quelques mots d'éloges que j'aurai garde do no pas recueillir : « Sans la Légion étrangère, — y est-il dit — , celte perle — celle de la bataille — eût été plus douloureuse encore. Mais ces braves légionnaires ont épouvanté les carlistes par leur intrépidité. Ils ont brav('î dans les rues mômes de Huesca» des décharges de mousqueterie à bout portant. »
Il faut rendre néanmoins aux Espagnols la justice qui leur est due : les restes du vail-
lant Français, mort par devoir pour une cause qui lui était étrangère, furent transportés à Saragosse ou ils reçurent les plus grands honneurs qu'on put imaginer.