‹ La légion étrangèreChapitre 25 sur 37 · CONSTANTIN E · texte numérisé non relu

CONSTANTIN E

Bien que, dés les premiers jours de sa formation, le bataillon Bedeau eût été môle aux petites affaires qui avaient lieu aux avantpostes d'Alger, il ne reçut réellement lo bap-

tèmo (le fou qu'A la deuxiôme oxpôdition do Constantino et & la priso docotto villo.

Lo bataillon ôtrangor, duquel dovait sortir la deuxième Légion étrangère, faisait partie do la S"** brigade sous les ordrc$ du gônéryl Rulliière. II fut établi sur lo Coudiat-Aty, face & la ville, ayant à sa droite lo 26* de ligne et le 3"» bataillon d'infanterie légère d'Afrique, couverts les uns et les autres par un parapet en pierres sèches. C'est dans cetto position que ces trois corps reçurent, le 7 octobre, la sortie fuite par les assiégés sur lo Coudiat- Aty, en môme temps qu'ils en tentaient une autre contre lo Mansourah d'où les zouaves et le 2* léger les rejetaient en un instant dans la ville.

Sur la rive droite du Rumel, Tallairo fut plus sôi'iouse. La Légion étrangère, sur laquelle porta le premier effort des assaillants, les reçut par un feu bien nourri do mousquetterie, sans parvenir néanmoins à les arrêter. Dans leur premier et vigoureux élan, ils atteignirent Tépaulomont sur lequel Tun de leurs chefs planta un drapeau. Alors, à la voix do son commandant^ lo bataillon, sautant

par-dessus le mur en pierres sèches/ tomba litlôraloment sur les Arabes, les lardant à coups do baïonnettes, les assommant à coups de crosse de fusil, les repoussant enfin après une lutte acharnée corps à corps.

Le 13 octobre 1837, cent hommes de bataillon étranger avaient l'honneur de monter i\ Tassaut do Constantine. Ils faisaient partie de la deuxième colonne, commandée par le général Combes; à leur tète marchaient, leur chef de bataillon, Bedeau, les oHiciers, Saint-Arnaud, Mayran et Raindre, qui se distinguèrent dans cette grande journée.

VUli PARBNTIIËSB

Mes souvenirs de l'assaut de Constantine, duquel je pris part comme fourrier de carabiniers du 2* léger — 1'* coloimc d'assaut — m'entraînent à une parenthèse, qui sera un exemple du danger, pour les aatcursiriodcmes, d'accc[iter, les yeux fermés, les tableaux que leur font, des guerres d'Afrique, des correspondances posttiumes ou des récits verbaux de cinquième boucUe^

Un écrivain ômincnt, auteur do là seule histoire complôlo quo nous ayons do la conqiuHo do l'Algôrio, a introduit dans son récit do la prise do Constantine, un épisode^ sous forme do conversation outre le général on chef et le lioulonant-colonel Lamorîciére. C'est boau, c'est empoignant, c'est du pur Corneille> et je ne suis pas surpris que cette scène, écrite de main do mattre, ait fait le tour do la presse. Eh bien ! Je no la crois pas vraio, et on voici mes raisons.

1" f.o général Valléo donnait dos ordres à ses subordonnés et ne les consultait pas;

2® L'ordre de l'assaut fut communiqué à l'armée vers 7 heures du soir; les officiers ne s occuperont plus quo des dispositions intimes, qu'ils avaient à prendre. Notre commandant, M. Leblanc do Sôrigny, bivouaqué à un métro do moi, écrivit son testament — il fut tué le lendemain. Personne ne bougea do la nuit.

3*" Nul n'a rien su alors ni depuis lors de cotte conversation ni delà réunion d'oKlciors à laquelle Lamoricière en fit la confidence ; il nous a fallu attendre 51 ans pour en être

Mac-Maiion (V. p. lOOl

instruits, et je me figure la surprise que celle rôvclation î\ dû causer aux maréchaux Mac- Mahon et Canrobert, les deuxseulssurvîvaiits que je connaisse do l'assaut de Conslantine.

4** Enfin — et c'est ce qu'il y a de plus topique — le capitaine Leflo, .mon capitaine, écrivant sur ses manchettes, le récit de Lamoriciére.

Sur ses manchetlos ! Ah ! elles étaient jolies les manchettes de nos officiers qui, depuis un mois, n'avaient pas plus que leurs soldats changé de chemise; dont les vêtements, à la pluie, à la neige, à la boue depuis Mjc/-Aniar, éliient pleins do vermine. Kl comment aurait faitM. Leflo pour écrire, dans ce bivouac où il n'y avait pas un brin de paille pour s'éclairer; où nous ne mangions que du biscuit et de l'orge crue, faute de feu pour la faire cuire? En vérité, il faut être bien r)sc pour faire de pareils contes A des gens intelligents, cl bien lK>n pour y croire.

DJIDGRLU

Djidgolli, le G((jcl des Arabes et Tancieniio lyilgelis des Romains, est bâtie sur une langue de terre qui s'avance dans la mer. Le double mouillage de cette localité serait complètement à l'abri de la mer du large par une chaîne do rochers qui courent vei*s la nord-csl, si ces rochers formaient une ligne continue; mais, sépares par dos intervalles assez considérables, ils donnent libre passage aux vagues qui rendent ce mouillage un des plus mauvais de la côte de rAlgérie, surtout pendant l'hiver.

L'ancienne Igilgelis, élevée pur Auguste au rang de colonie romaine, paraît avoir ou do l'importance: elle était traversée par plusieurs grandes voies conduisant à Cirtha et & Hippone. A l'avènement du christianisme on Afrique, elle fut ville épiscopale. Lors do l'invasion arabe, elle résista énorgiqucment aux. conquérants et, plus tard, elle se défendit avec succès contre les maîtres nouveaux de

Tunis et de Bougie. Du xii* ou xvi» siècle, elle ^eut] des relations commerciales très étendues avec les navigateurs de l'Italie septentrionale qui fréquentaient tous les ports du Maghreb. [L\\ 1514^ elle se donna à Tainô des Barberousse qui prit le titre de Sultan de Gigel et en fil le dépôt de ses prises. Sous Louis XIV, Duquesno s'en empara, mais l'abandonna peu après. Depuis lore, Gigel, ruinéOi détruite, exposée aux excursions périodiques des Kabyles, n'était plus qu'une misérable bourgade d'une centaine de baraques en pierre ou en pisé, lorsque son occupation (ut eiïectuée.

Cette occupation était depuis longtemps arrêtée dans l'esprit du gouverneur général, le maréchal Vallée. DjidgeUi est un point stratégique important pour des colonnes devant agir dans le massif montagneux qui sépare ConstantinectSetifdulitto rai méditerranéen. Do plus, il y avait une certaine honte, lorsque toute la côte nous était soumise, à laisser ce nid de la vieille piraterie entre les mainsdeforbanscontinuantsurleur grève les sinistres exploits de leurs ancêtres surmer.

Les embarras du moment auraient sans douto fait diflôrer do quoique temps la rôalisatioii dos projets du marôchaU loi*squ'un acte do piraterie dos habitants de DjidgoUi en fit dôcidor la prompte exécution. I.e !••' janvier 1839, un brick français, l'Indépendant^ ayant échoué aux environs du village, son chargement fut pitié par les indigènes, etson équipage, emmené dans la montagne, mis & rançon. L'occasion était favorable, le motif légitime^ des ordres furent aussitôt donnés et exéculôs. La Légion élrangére eut les lion* neurs de cette expédition.

Bedeau, promulieutenant-colonel, avaitformé un deuxième bataillon uniquement composé de Polonais. Ce bataillon était à Bône, tandisqueleplus ancien occupait Bougie sous les ordres directs do sou lioulonaut-coloncl nommé au commandement supérieur de cette place en remplacement de M. Salomon de Musis, chef du 2* bataillon d'infanterie légère d'Afrique, assassiné dans une entrevue qu'il avait accoplùo dos chofs arabes, ou mémo temps que son interpr6te,lo Kaïd de la ville et le sous-intendant qui raccompagnaient.

Afin do détourner raltention des Kabyles de la vôritable attaque qui devait leur venir [>ar mer, des dômonstratioiis furent prescrites^ partant de Milah, de Philippeville et do Bougie. Les deux premières furent sans eflet; seule, la troisième fut sérieuse. Le lieutenantcolonel Bedeau, qui la dirigeait, livra quelques combats heureux, et ne rentra à Bougie qu'aprùs avoir appris la réussite de Tentreprise sur Djidgelli.

En effet, le 13 mai 1839, deux bateaux à vapeur, le Styx et le Cerbère, venant do Bone, débarquaient sur la plage de Djidgelli le bataillon polonais, fort de 700 hommes, commandant Horain, Polonais de naissance, un détachement desr.peurs du génie (d (juatro pièces d'artillerie, capitaine Lebœuf.

L'expédition était sous les ordres du chef d'escadron d'élat-major de Salles, gendre du gouverneur général, auquel son beau-père voulait faire avoir les épauleltes do lieutenantcolonel. M. deSallos laissa le commandement de rinfailterie au chef de bataillon ilorain.

Les habitants de Djidgelli n'attendirent pas la fin du débarquement des troupes pour

s'onfuir dans les montagnes, mais ils revinrent le lendemain, renforcés par de nombreux contingents kabyles, avec lesquels ils livrôrent au bataillon polonais un combat qui dura trois jours ot dont la lin (ut manjuôo par la mort du commandant Horain. Ce brave officier, auquel tout le monde prédisait un brillant avenir^ reçut, le 17 mai, une blessure à laquelle il succomba peu de temps après, emportant les plus vifs regrets, non seulomenl do ses soldats qui Tadoraient, mais ' encore do toute l'armée d'Afrique, où il était justement estimé.

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