‹ La légion étrangèreChapitre 26 sur 37 · CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE

La Légion étrangère, forte de quatre bataillons, avait pour colonel M. de Hulsen, le lieutenant-colonel Bedeau ayant été promu au commandcmcnl du 17* léger. Un seul de ses quatre bataillons prit part à la campagne de 1840; les autres étaient employés un peu partout, notamment au camp du Fondouk, établi en 1888 & l'extrémité est de la Mitidja,

qu'il devait se résoudre à un siège en règle. Il appdia à lui le colonel Barrai, qui vint de lîouçada; le colonel Canrobort parlant d'Aumale avec ses zouaves qu'accompagnait le choléra; le colonel Daumas, qui s'avançait de Mëdéali. Il tirait ses munitions et sa grosse artillerie de Bathna.

En attendant l'arrivée de ces renforts, il tentait encore des attaques de vive force, qui s'échouaient avec de grandes pertes de notre côté, et des reconnaissances aussi meurtrières, notamment celles des 9, 10 et 11 octobre, où nous eûmes 3 officiers tués et 9 blessés, 20 sous-officiers et soldats tués et 78 blessés. Le colonel Petit, du génie, était au nombre des morts. Le 20, nouvelle tentative d'assaut aussi malheureuse, sans compter les sorties à repousser et les combats à soutenir contre les contingents Arabes de secours.

Dans la nuit du 25 au 20 novembre, dos prolonges et des charrettes furent jetées en travers dans le marais qui entoure le Ksar et en face des broches que le canon avait faites au mur d'enceinte. Le 20, â huit heures

mais lo cu|iitaino Saint-Arnaud avait purfaitomont cachô tout son mondo, no laissant quo SOS compagnies d'ôlitc dôpioyéos et accroupios contre !o talus, prûlos i\ so lover ot à faire fou dès que lo signal leur en serait donné. Quand l'ennemi fut à demi-portée, lo commandement se fit entendre, et, de cette rive, en apparence inanimée, partit un feu do deux rangs dos mieux nourris. La division, spectatrice de ce fait d'armes, poussa un hourra, |)en(lunlqucles Arabes foudroyés par cette fusillade, tournaient bride, et s'enfuyaient emportant bon nombre de morts et de blessés.

Pendant cette première partie de la campagne, les rapports officiels citèrent les capitaines Saint-Arnaud, Mayran, Clerc, Meyer, Gauez et le lieutenant lîlspinasse. La suite do celte brillante expédition devait fournir à d'autres braves officiers de la Légion étrangère l'occasion de se distinguer à leur tour; c'est ainsi que^ dans les combats qui se livrèrent du 13 au 20 mai entre lo col de Mouzaiah et Médéah, le commandant Poerio, les capitaines Sylvestre et Tcpin, ainsi que le

sous-lieutenant Monti; méritèrent Thonneur de r Of/icicL A\aCm Ao la campagne, le capitaine de Saint-Arnaud recevait Tôpaulette do chef de bataillon, objet de sa légitime ambition et premier échelon de sa grandeur future.

Bientôt, après avoir montré sa bravoure dans les divers combats auxquels elle avait pris part durant la première partie do la campagne de 1840, la Légion Étrangère fit preuve d'une constance admirable dans les misères et les privations, cortège habituel et fatal de toute expédition dans des contrées sauvoRCs, on pourrait dire barbares, quand une barrière infranchissable vous sépare du monde civilisé. ^

Tel fut le sort du bataillon de la Légion étrangère laissé à Milianah avec un autre bataillon du 3* léger, sous les ordres du lieutenant-colonel d'Illens de ce régiment, le tout foi'mant un effectif de 1.250 hommes.

Le 7 juin 1840, nous entrions à Milianah; nous en re[)artions le 12, le cœur serré par le pressentiment du triste avenir réservé aux braves camarades que nous y laissions. L'in-

curio de rhUondance amona lour agonie^ l'insoucianco du marôclial Vallôe causa lour mort. Je puis bion parler ainsi, puisque lorsque, le 3 octobre, le général Changarnier alla relever cette malboureuse garnison, il n'y avait plus que 200 hommes, à peine capables de porter leur fusil, et que de ces 200 malades, 70 seulement étaient encore en vie au 31 décembre 1840.

Il devait ôlro laissé trois mois do vivres à la garnison de Milianah, et cette garnison devait ôtre relovée au bout de trois mois.

Or, les approvisionnements étaient inférieurs d'un tiers aux quantités prescrites, et sur les deux tiers emmagasinés, une grande partie était avariée. L'ambulance manquait de médicaments, de quinine surtout; et dos médecins m'ont avoué qu'ils donnaient, à la fin, aux malades des boulettes de mie de pain en guise de pilules de sulfate.

Quant au relèvement, qui devait se faire au bout de trois mois partant du 12 juin, nous avons vu qu'il n'eut lieu que le 3 octobre suivant. Il fallut qu'un soldat de la Légion sous le burnous arabe, fût assez heureux

pour traverser cinquante lieues de pays ennemi, et remettre au gouverneur général une dépêche désespérée du colonel d'illens lui rappelant qu'il avait à Milianah les débris agonisants d'une garnison française. C'est alors que le maréchal Vallée fit marcher la général que nous avions surnommé toujours prêt^ Changarnier.

Dans mon admiration pour la constance^ la résignation et le courage dont firent preuve le 3* léger et la Légion étrangère pendant le blocus de Milianah, je fais une part très large au second de ces deux corps dont la composition bizarre, hétérogène, cosmopolite, n'offrait ni la cohésion des régiments français, ni leur patriotisme. Chose étrange, et dont il faut faire honneur aux officiers, il ne se produisit pas de défection parmi les légionnaires, chez lesquels pourtant la désertion a toujours été à l'état endémique.

0IÊF^

DJIDGRLU

Djidgolli, le G((jcl des Arabes et Tancienne Igilgelis des Romains, est bâtie sur une langue de terre qui s'avance dans la mer. Le double mouillage de cette localité serait complètement à l'abri de la mer du large par une cliaîno de rochers qui courent vei*s le nord-est, si ces rochers formaient une ligne continue; mais, séparés par dos intervalles assez considérables, ils donnent libre passage aux vagues qui rendent ce mouillage un des plus mauvais de la côte de l'Algérie, surtout pendant l'hiver.

L'ancienne Igilgelis, élevée pur Auguste au rang de colonie romaine, paraît avoir eu de l'importance: elle était traversée par plusieurs grandes voies conduisant à Cirtha et à Hippone. A l'avènement du christianisme en Afrique, elle fut ville épiscopale. Lors de l'invasion arabo> elle résista énergiquement aux conquérants et, plus tard, elle se défendit avec succès contre les maîtres nouveaux de

Tunis et do Bougie. Du xii* ou xvi* siècle, elle ^eut] des relations commerciales très étendues avec les navigateurs de Tltalie septentrionale qui fréquentaient tous les ports du Maghreb, lin 1514, elle se donna â Taîné des Barberousse qui prit le titre de Sultan de Gigel et en fit le dépôt de ses prises. Sous Louis XIV, Duquesno s'en empara, mais l'abandonna peu après. Depuis lors, Gigel, ruinée, détruite, exposée aux excursions périodiques des Kabyles, n'était plus qu'une misérable bourgade d'une centaine de baraques en pierre ou en pisé, lorsque son occupation (ut ciïectuôe.

Cette occupation était depuis longtemps arrêtée dans l'esprit du gouverneur général, le maréchal Vallée. Djidgelli est un point stratégique important pour des colonnes devant agir dans le massif montagneux qui sépare ConslantineotSetifdulittoral méditerranéen. De plus, il y avait une certaine honte, lorsque toute la côte nous était soumise, à laisser ce nid de la vieille piraterie entre les mainsdeforbanscontinuantsurleur grève les sinistres exploits de leurs ancêtres surmer.

Les embarras du moment auraient sans doulo fait diflôrer do quoique tomps la rôalisation dos projots du marôchal, lorsqu'un acto do piratorio dos habitants do Djidgolli on fit dôcidor la prompte oxûcution. I.o l"*" janvier 1839, un brick français, V Indépendant, ayant échoué aux environs du village, son chargement fut pitié par les indigènes, et son équipage, emmené dans la montagne, mis & rançon. L'occasion était favorable, le motif légitime^ des ordres furent aussitôt donnés

et oxéculés. La Légion élrangéro eut les hon* nours do cette expédition.

Bedeau, promu lieutenant-colonel, avait formé un deuxième bataillon uniquement composé do Polonais. Ce bataillon était à Bône, tandisqueloplus ancien occupait Bougie sous les ordres directs do son lioutcnant-colonol nommé au commandement supérieur de cette place en remplacement de M. Salomon do Musis, chef du 2* bataillon d'infanterie légère d'Afrique, assassiné dans une entrevue qu'il avait uccoplôo dos chofs arabes, on môme tomps que son interpr6to,lo Kaïd do la villo et le sous-intendant qui raccompagnaient.

Afin do détourner rattention des Kabyles do la vôritablo attaque qui devait leur venir [>ar mer, dos dômonstrations furent prescrites^ partant de Milah, do Philippeville et do Bougie. Les deux premières furent sans oflot; seule, la troisième fut sérieuse. Le lieutenantcolonel Bedeau, qui la dirigeait, livra quelques combats heureux, et ne rentra à Bougie qu'après avoir appris la réussite de Tentroprise sur Djidgelli.

En effet, le 13 mai 1839, deux bateaux à vapeur, le Styx et le Cerbère, venant do Bone, débarquaient sur la plage do Djidgelli le bataillon polonais, fort do 700 liomnios, commandant Horain, Polonais de naissance, un dôlaclic:nont desr.peurs du génie (d (juatre pièces d'artillerie, capitaine Lebœuf.

L'expédition était sous les ordres du chef d'escadron d'état-major de Salles, gendre du gouverneur général, auquel son beau-père vouUiit faire avoir les ôpauleltes do lieutenantcolonel. M. deSalles laissa le commandement de rinfanterie au chef de bataillon Horain.

Les habitants de Djidgelli n'attendirent pas la (in du débarquement des troupes pour

s'onfuir dans les montagnes, mais ils pevîiirent le lendemain, renforcés par de nombreux contingents kabyles, avec lesquels ils livrèrent au bataillon polonais un combat qui dura trois jours et dont la lin (ut marquée par la mort du commandant Horain. Ce bravo officier, auquel tout le monde prédisait un brillant avenir, reçut, le 17 mai, une blessure à laquelle il succomba peu de temps après, emportant les plus vifs regrets, non seulomenl de ses soldats qui Tadoraient, mais ' encore do toute l'armée d'Afrique, où il était justement estimé.

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