SES QUALITÉS
Au bout do quelques mois, la justice a ôdairci les rangs; il no reste plus que les jivcnturicrs, les dôscrlcurs d'autres armées, notamment des Allemands, et l'on n'a plus qu'un corps admirable de discipline et de tenue.
Le légionnaire est coquet, soigneux de ses elTets. Arrivé à l'étape, il se précipite à l'eau le torse nu, et lave avec soin son corps et son linge. En route, il est le plus remarquable marcheur de l'armée. Ce mélange de gens ayant souffert toutes les misères de la vie,
rindilVArenccpour les maux du voisin font do la Légion une troupe que i'armôe d'Afrique a admirée en 18S1. Le colonel Négrier lui a fait faire des prodiges; et, malgré la discipline terrible qu'il mainlenaitimpitoyablement chez qWq, il y est resté légendaire. Les troupiers le cliansonnent encore, et rêvent de combattre sous ses ordres.
Pour faire campagne, tous volontaires.
En 1S8G, le bataillon de Géryville devait fournir 500 hommes de renfort, tous étaient malades de la fièvre, et les 700, composant l'effectif du bataillon, s'étaient fait porter comme volontaires. On en a vu tomber dans le rang à la revue de départ, et pleurer de rage d'ôlro remplacés. Il y avait cependant dix étapes à faire par le printemps diluvien de l'Algérie. Triste contingent pour leTonkin, mais tous voulaient y aller.
Au feu, tous ces gens, sans famille et sans patrie, ne peuvent que faire merveille. Il est évident qu'ils tiennent fort peu àunoexistence qui ne leur paraît bonne que pendant leurs moments d'ivresse.
En toute circonstance, le Légionnaire est
essentiellement déUrovAUard\ il sait tirer parti de tout. Inutile de rappeler les villes en terre et en alfa, construites par eux dans le sud ; en roule et en garnison, on trouve toujours parmi eux tous les ouvriers, artistes ou savants dont on peut avoir besoin.
Dans un combat du Sud-Oranais, il y a 20 ans, le médecin, blessé, ne pouvait pas soigner ses hommes; il trouva, dans un seul bataillon de la Légion, quatre médecins ou étudiants en médecine pour le seconder.
Ne parlons que pour mémoire des |>eintres, graveurs, sculpteurs, dessinateurs, musiciens qui pullulent A la [/3gion. On sait que, do tout temps, elle a eu la meilleure musique do Farmce après celle de la garde républicaine.
J'ai dit de la Légion étrangère ce que trente ans de fréquentation m*en ont appris de cisii ci ^/cao^AYa. J'en conclus qu'elle répond parfaitement aux vues dans lesquelles elle fut formée en 1832 : décharger le sol de la France du poids de plusieurs milliers d'épaves cosmopolites, en les faisant servir à
nos guerros d'outre-mer. Il paraît impossible do changer son mode de recrutement.
Ce qu'on doit lui souhaiter, c'est qu'elle ait sans cesse des cadres d'officiers comme ceux qui l'ont toujours conduite depuis Bernello et Conrad : braves, ônorgiques, vigoureux et assez intelligents pour ne pas confondre dans le môme traitement les mauvais sujets récidivistes et les pauvres malheureux égarés.
Napoléon a dit que pour savoir quel régiment avait le mieux fait dans une bataille, il fallait demander lequel avait perdu le plus de monde.
D'après ce principe, la Légion étrangère occupe un rang distingué parmi les corps de notre armée. L'ancienne fut presque entièrement détruite en Espagne; le total des officiers, tués ou morts au Tonkin depuis le commencement de l'expédition était, au V^ novembre 1888, de cent neuf. Quant aux soldats qui sont morts en Extrême-Orient, depuis longtemps on ne les compte plus.