‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 96 sur 117 · BATAILLON · texte numérisé non relu

BATAILLON

Le bataillon au commencement de Tannée est cantonné à Huong-Ua et dans les environs. Jusqu'à la fin de février il est occupé à la poursuite des pirates qui pillent marne les villages peu éloignés de nos postes, les marches et les expéditions sont pi^esque journalières, une vingtaine de Chinois sont tués, de notre côté nous n'avons qu'un soldai blessé.

Le bataillon presque entier se concentre à Ti-Caa; il est partagé en deux échelons, dirigés successivement sur

Hanoï, OÙ il arrive le 7 mars. Il est désigné pour faire partie de la colonno commandée par M. de Maussion, colonel d'infanterie de marine, destinée à pousser jusqu'à Lao-Kaï, où le général vent s'établir détinitivement. Ce bataillon se dirige sur Sontay et Mong-lloa; il échelonne derrière lui la î]* et la 4* compagnie par détachements forts d'une section placés à Cam-Uhe, à Tliam-Qunn et à Vau-bau-Ghau, dernier point de Toccupation française; on garde ainsi la ligne de marche ; le 4' bataillon cesse alors de faire partie du 3'' régiment de marche et devient indépendant.

Lu colonne du colonel de Maussion part de Vau-bau- Chau, où elle a constitué une ambulance et des magasins. Le 25 mars elle est divisée en deux fractions : la 1", sous les ordres du colonel, suit la rive gauche du (leuve Uouge ; l'autre, composée surtout du 4*^ bataillon sous les ordres du connnandant, M. Uercand, remonte la rive droite. Elle campe successivement à Thaï-IToa, aux sources du Ngouïlioni-Vu'Sao, cantonne à Lang-Tien, campe sur les bords du Nga-Tach, cantonne au village de Cam-Luong et entre le 30 mars à Lao-Kaï, où la première fraction est arrivée la veille.

Le pays traversé est généralement boisé, mamelonné, le ton ain très glissant ; le génie est souvent obligé d'ouvrir un chemin pour permettre aux mulets d'artillerie de continuer leur route, les pentes sont souvent très raides; on franchit sur des radeaux le Ngha-Nliu qui a 50 mètres de large-, en arrivant vers Lao-Kaï, le chemin est meilleur; mais le 29 mars on se heurte contre des pirates postés sur la rive gauched'un arroyo; l'artillerie est mise en J)aLlrrio v.l leur onvoin dos obus à balles; la l'^^comptignie cherche à les toiu-ncr; mais l'arroyo, appelé le Nga-Bô, n'a pas moins de 50 mètres de large ; les Chinois peuvcMit s'échapper après avoir tué un caporal et blessé un sergent.

Pour arriver à Jjao-Kaï, le détachement franchit le

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fleuve Rouge; ce passage dure depuis 1 heure jusqu'à 5 heures du soir.

Lao-Kaïy situé au confluent du fleuve Rouge etdu Nain- Tay, ne comprend plus que la citadelle hAtie à flanc de coteau et dont la face sud-ouest longe le fleuve.

Tout est détruit ; il n'y resle que les murailles, une grande pagode et un grand liAtiment occupé par nu nùgocianl chinois. On remarque aux alentours des traces de nombreux villages détruits qui prouvent quo le pays a été très peuplé. Le Nam-Tay est reconnu connue forniant la fronliùre avec la Chine; sur la rive droite on remai*que un camp chinois n des Torts luUis sur les sommets de hautes collines à flancs IrèsraiJes et dominant la citadelle à moins d'un kilomètre.

La 2* compagnie est désignée pour tenir garnison à Lao-Kaï, et M. le commandant Hercand pour prendre le commandement du posti*. La r^couipagnie part pour llonglloa 011 elle arrive le 1" aoAt.

Les piralos prolilcut du retour de la haismi chaude pour ^e montrer autour des postes occupés par le 4** haUiilloUi qui est obligé de faire des reconnaissances journalières. Dans une de C(*s courses, un détachement, fourni [mr la 4* compagnie, vient se henrler contre le vilKige de Tang- Iluyen, qui est entouré par une triple palissade de bambous ; pendant que h.'b 11) légionnaires qui composent la reconnaissance s'occupent à détruire les palissades, ils sont pris en flanc par une fusillade à bout portant. Ua légionnaire est tué ; le lieutenant commandant le détachement est blcï^sé lui-ménu* ; 1 tirailleur tonkinois est tué et 8 ^ont blessés ; la reconnaissance se replie sur Da-IIoa.

Ce petit échec augmente Taudace des pirates qui ravagent tout le pays autour de Thaï-Ngnyen et dans la vallée de la rivière Noire ; une petite colonne est formée à Ba-lloa sous les ordres du connnandant nei*cand du 4* bataillon ; elle comprend 2 compagnies de tirailleurs lonki-

iiois, i) srclions priK^s dans la 2*^ compagnie ol la 4** (îonipagiiie (lu 4*" bataillon.

Les troupes se mettent en marche le 10 mai ; elles traversent le Ngoï-Nun, franchissent, à une altitude de 1 ,200 à 1 ,400 mètres, le col de Ran-Co, situé sur les monlaijnes qui sépan«nt la rivière Noire du (leuve Rouge, et se perlent sur le village de Tang-IIuyen, où on établit un dépôt de vivres. Les pirates, au nombre de 1,000, sont signalés à Binh Lu, à 4 journées de marche ; ils ont mi poste avancé de oOO hommes à Lam-Nam.

Lr 17 mai, une reconnaissance est reriie à coups de fnsil, 1 légionnaire est tué; le sergent Thouveuot, qui commando, ne vent pas laisser son corps à renuemi; les Iinmm(\s cluM'chent à tirer le cadavre avec dos ceintures ; i) légionnaires sont blessés pendant cette opération ; on ramasse 1 tirailleur tonkinois blessé.

Le lendemain, à Lam-Nam, on rencontre Tavant-poste des piraics ; ceux-ci occupent 4 petits fortins ; 1 légionnaire est tué et 7 Tonkinois sont blessés, rennemi prend la fnile. liC lendemain, la petite colonne arrive à Ijinh-Lu, qui a clé abandonné le matin par les pirates (300 Chinois et 500 Mnongs). Le 21 , une des reconnaissances rencontre les piratfîs, f|ui la laissent s'engager dans un arroyo et veulent ensuite tourner sa droite; la colonne est obligée de se porter à son secours pour la dégager. Le 24 mai, un petit poste de légionnaires placé à un pont jeté sur un arroyo est allaqué ; il se défend pendant 1 heure; quand ses cartouches sont épuisées, le poste se fait jour à la baïonnette et n'a qu'un homme blessé ; la colonne a devant elle la bande de Bo-Gian forte de GOO hommes. Afin d'arriver à pacilier la contrée, une autre petite colonne est formée sous les ordres du capitaine Lebigot, de la '.V compagnie ; elle rencontre les pirates le 2G et le .'M mai, elle se fusille pendant 1 heure avec eux; elle renlrc à Cam-Rhé le 1" juin. Pendant ce temps, le commandant Bercand trouve les pirates embusqués au village

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de Hien-Trai, qui csl bail sur les bords du Ngoï-Noun- Moum ; le village est protégé par une ligne de rochers que Ton dit infranchissables ; pour arriver à attaquer les pirates, on tente le passage du cours d'eau sur 3 petites enibai^cations, Tune d'elles chavire ; le lieutenant Marchai, 1 légionnaire et 2 Tonkinois sont jetés à l'eau et sont entraînés trop rapidement pour qu'on puisse leur porter secours; leurs corps sont retrouvés 3 jours après et enterrés sur les bords de la rivière. La compagnie de Tonkinois parvient à franchir les rochers; les pirates, xn*is entre trois feux, évacuent leurs positions fortiliées; 1 légionnaire est blessé. Les pirates faits prisonniers avouent que les armes et munitions leur sont fournies par un général chinois, Sam-Cam-Bo, qui commande le district voisin de Lao-Kaï. Le 7 juin, le poste optiqne de Ngo-Ha est attaqué à 3 heures dn matin par les pirates qui ne se retirent quà 8 heures devant l'arrivée d'un détachement envoyé par la colonne. Cette marche, par une chaleur humide, au milieu des rizières débordées on dans le lit dos tori*ents, est ênonnément fatigante, les Tonkinois euxmêmes meurent de la lièvre; le lieutenant Bornot et 13 légionnaires sont évacués sur le poste le plus proche, Ba- Noa; M. Bornot meurt avant d'y arriver.

Le 13 juin, dans uni; reconnaissance partie de Ciim- Khé, les i>irates combaltent pendant 3 heures et tiraillent jusqu'à la rentrée an cantonnement. M. le lieutenant Chassaigne a la tête fracassée par une balle, un sergent français faisant partie des tirailleurs tonkinois est blessé ; à Minh Ca, on est obligé d'employer une pièce d'artillerie pour déloger les pirates pendant qu'on les tourne; 1 légionnaire est blessé.

Les troupes rejoignent leurs cantonnements le 20 juin et le commandant Bercand va reprendre le commandement dn poste de Lao-ivaï. L'été se passe tranquillement. Mais le 19 aoiit, un détachement, fomni par la garnison de ce poste, est chargé d'escorter la commission de déli-

iiiitation de la frontière. Il descendait la rivière sur des sampans, lorsqu'à Ban-Mac, à 35 kilomètres de Lao-Kaï, les Chinois embusqu(^6 sur la rivière, ouvrent le feu à 25 pas sur la première barque; les hommes ripostent, mais trop tard; le clairon, atteint de deux blessures, tombe à l'can el est repêché à grand'peine. M. Henry, sous-lieunatiL do rcsorvo, commandant Tescortc, et 5 soldats étaient tués, 1 caporal et 1 soldat blessés ; l'escorte rentrait le même jour à son cantonnement. Au mois de septembre, une reconnaissance tombe, au village de Phu-Linh, sur une bande de 200 pirates qu'elle disperse avec une perte d'un soldat blessé.

Les mois de septembre et d'octobre se passent en courses à la poursuite des pirates qui laissent fréquemment des morls sur le terrain ; on en surprend même quelques-uus qui se sont installés dans une pagode, remplaçant les prêtres et qui, à l'aide de signaux, font communiquer des handcs opérant sur les deux rives du fleuve Rouge. Du resto, les Chinois sont si bien installés dans un village, qu'au nombre de 150, armés de fusils à tir rapide et avec deux bombardes, ils repoussent deux reconnaissances.

Une expédition sous les ordres du commandant Bercand est tentée contre les bandes de Bo-Hiap ; un détachement connnandé par le capitaine Lcbigot rencontre les Chinois à Van- Ban ; il lutte contre eux pendant 3 heures ; l'adjudant Ferber, blessé une première fois, est tué aiusi que (lonx légionnaires. Quelques jours après, on est obligé de renoncer à l'installation d'un poste par suite du nombre de i)irat('s qui l'atlaquent ; l'audace de ceux-ci augmente; ils veulenl nnMue enlever la redoute de Cam-Khé quia été dégarnie.

Le 1" novembre les opérations se continuent au village de Tieu-Dong, où l'on tue 28 pirates, entre autres un des principaux lieutenants de Bo-Hiap. M. le sous-lieuleuant Blanpied meurt des fièvres ; le 6, la petite colonne attaque les retranchements de Binh-Lu réoccupés par 300 Chinois

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et défendus vigoureusement, les fortins sont enlevés d'assaut; 3 légionnaires sont tués, 11 bles&és parmi lesquels les deux ofTiciers : M. le capitaine Jannet et M. le lieutenant Brisse; ce dernier meurt doux jours après. Les divers délacliements rentrent à Thaï-Nguyen où jusqu'à la fin de l'année les reconnaissances et les rencontres avec les pirates sont presque joniuaiières.

En résumé, depuis le commencement de la campagne du Tonkin jusqu'au l*"" janvier 1887, la Légion et les deux régiments étrangers ont envoyé 7,940 hommes au Tonkin et, gnke à leur recrutement qui ne se ralentit pas, pourraient encore y expédier un contingent considérable.

Les hommes revenus de cette campagne étaient ou libérables ou i)lessés ; d'autres sont rentrés très fatigués et demeurent pendant un laps de temps, souvent très long, incapables de faire un bon service.

Au Tonkin, à Formose, comme partout, les légionnaires ont élé dignes de leurs devanciers, et tous. Français et étrangers, ont bien mévité de la France.

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