‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 95 sur 117 · EN 188G · texte numérisé non relu

EN 188G

Emplacements du l«r et du 2« bataillon (l«r étranger) et opérations en i88(). — Emplacomonts du 3« et du 4« bataillon (2* étranger) et opérations pendant Tannée 1886. — Expédition de Lao-Kaï.

A partir du mois de janvier 1886, le 1*' bataillon est mis à la disposition de M. le lieutenant-colonel Godard, commandant la circonscription de Kep, pour les travaux à exécuter sur la route mandarine de Phu-Lang-Thuong à Lang-Son. Le bataillon se met en marche le 3 janvier, quitte Nam-Dzuong et va camper à Causson, à 7 kilomètres de Kep. Le terrain est nu et formé de petits mamelons ; à 300 mètres du bivouac, le Song-Thuong coule du nord au sud ; vers le sud-est on aperçoit des hauteurs escarpées couvertes d'arbres. Le bataillon forme une section auxiliaire du génie et est renforcé par la section de discipline du 2* étranger ; cinq cents coolies, parmi lesquels se trouve un certain nom1)ro do charpentiers, sont mis à sa disposition ; ils ont comme outils, des pelles rondes et carrées, des pioches, des houes annamites, des coupe-coupe, des serpes, des scies, et autres outils des charpentiers annamites. Toutes les fmctions s'installent dans des abris improvisés (Gagnias), que les légionnaires ont appris à construire.

Les travaux de terrassement de la route et de la construction des ponts commencent de suite ; les travailleurs se rendent en armes sur les chantiers et sont toujours protégés par une compagnie de grand'garde. Le 6 février

le camp est levé et porté à G kilomètres plus loin, à Pai- Ganh ; le lorrain est toujours mamelonné, le sol rouvert de hautes herbes. Aucune récolte n'a été faite, le pays étant inhabité depuis 3 ans. A 300 mètres du camp coule la rivière du Pui-Ganli ; son eau est très limpide et sert à ralinientation des honuues ; 700 mètres plus loin elle rejoint le Son*;-Thuong. Tout près du camp se trouvent des montngnes boisées, qui fournissent les matériaux nécessaires pour la construclion du pont sur la rivière. La section du génie et la section de discipline continuent leurs travaux et les poussent assez rapidement pour que le 3 mars la colonne puisse aller s'installer à Bac-Lé, où elle relève le 143% qui rentre en France ainsi que le lieutenant-colonel Godard.

Le bataillon s'installe dans les cagnias abandonnées par le bataillon du 143'. Bac-Lé est situé sur le Lui-Nhi, qui coule du nord au sud, dont l'eau très limpide peut servir à la consommation ; ce point, totalement abandonné par les habitants, est entouré de hautes montagnes très boisées. Le séjour à Bac-Lé dure jusqu'au 24 mars ; la colonne va s'installer au bivouac îi Pui-IM, à 7 kilomètres plus loin. Ce camp est situé à 150 mètres delà rive p;.ui('ho du Song-Thuong, et à 400 mètres de Pui-Pi, jiolit arroyo, alUuent du llcuve. Les eaux des deux cours d'eau sont bonnes ; les environs du canip sont formés de petits mamelons dont une partie est boisée ; on remarque quelques traces de cultures abandonnées depuis quatre à cinq ans. La rive droite du Song-Thuong est bordée de montagnes très boisées d'environ 200 mètres d'élévation.

Le bataillon se porte le IG avril à Long-Cau, distant de 8 kilomètres. Le pays est très accidenté, mamelonné ; les b.'is-fonds ont été cultivés il y a deux ou trois ans; la roule longe le Song-Thuong. Les environs du camp sont remplis de travaux de défense exécutés par les Chinois, tels que fortins, retranchements, tranchées-abris, etc. Le

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pays est très giboyeux; on y trouve: cerfs, sangliers, paons, faisans, coqs et poules sauvages. Le poisson est très abondant dans les rivières.

Les travaux durent jusqu'au 26 avril ; les coolies coupent des bambous pour la construction d'un baraquement que Ton projette d'ôlever à Than-Moï, un peu au delà du cunip. Le 10 mai, le baUiillon laissant la boction de discipline pour l'entretien de la route, se met en marcbe pour Phu-Lang-Tliuong ; il fait étape à Bac- Lé et à Kep. Le Song-Tbuong est débordé et l'on construit un radeau pour le franchir ; un soldat meurt d'insolation.

Le 12 mai, le bataillon arrive à Phu-Lang-Thuong et détache la \'* compagnie aux Sept- Pagodes. L'effectif du bataillon présent est de 17 ofUciers et 360 hommes de troupe ; l'état sanitaire est satisfaisant.

Le bataillon reste cantonné à Phu-Lang-Thuong pendant l'été ; mais, à la fin do mai, on apprend que les pirates en nombre considérable ont attaqué le poste de Than-Moi ; la 2* compagnie est envoyée immédiatement pour renforcer ce poste, ainsi que celui de Bac-Lé ; cette compagnie reste détachée jusqu'au 16 juillet et rejoint alors le bataillon ; elle a été très éprouvée par les maladies.

Les hommes sont employés à faire des reconnaissances dans différentes directions et, dans ces marches, ont i lutter contre les plains diluviennes, les rivières débordées et la température.

Le 24 juillet le Song-Tlmong et le Song-Moi débordent et ne forment plus qu'un immense lac, roulant des troncs d'arbres et des débris de toute sorte ; les cinquenelles des bacs sont rompues ; on est obligé d'évacuer les magasins d'administration, les ateliers d'artillerie, le parc dutrain, ainsi que le baraquement d'une compagnie.

Le séjour à IMiu-Lang-Thuongdure jus4ju'au iôoctobre. A cette date, la 3* compagnie et un peloton de la 1** oom* liagiiie venant des Sept-Pagodes sont désignés pour faire

partie à\mo colonne commaudée par M. le lieutenantcolonel Dugenne; elle a pour mission de se diriger vers Anchau, où Ton veut installer un poste et de purger la région du Maï-Xu des brigands qui Tinfestent. Les pirates attaquent un petit poste pondant la nuit ; le légionnaire de faction a le bras traversé par une balle ; lo village deThaï- Dinii et un autre hameau avoisinant sont défendus par les pirates et attaqués vivement ; ceux-ci laissent 12 morts sur le terrain et emportent une vingtaine de blessés. Le bataillon se porte ensuite à Dong-Trieu, où la température, qui avait monté eu octobre jusqu'à 36*, redescend à 20".

2' B/VTAILLON

L'état-major et 3 compagnies sont établis à Tin-Dao et forment, avec un détaciiement de spahis, une colonne mobile ; la 4* compagnie est détachée à Phu-Lang-Thuong ; ces troupes sont employées jusqu'au mois de mars à l'escorte des convois, aux reconnaissances journalières et à deux expéditions contre les bandes de pirates établies dans les villages environnants ; sept d'entre eux sont tués ; niais il (3st inqmssible de s'emparer des chefs. Au mois de mars, le bataillon est disloqué et réparti de la manière suivante : r(}tat-niajor et la 2'* compagnie à Thaï-Nguyen ; la l'"" à Hong-Son-Thaï-Du, à 25 kilomètres au nord de Thaï-Nguyen. Le 3' compagnie est à Kep et détache un peloton à Tamra ; la 4' compagnie venant de Phu-Lang- Tiuiong, est placée à Tin-Doa, et détache une section à llachau sur le Song-Cau.

Le 12 mai, le bataillon est mis en mouvement; Tétatmajor et deux compagnies passent par Phu-Binh, Dap- Can, et vont lenir garnison à Qnean- Yen ; la 2* compagnie est détaciiée entre Ké-Sal et deux des villages environnants. La 4'' compagnie est envoyée àHaï-Duong et Dong-Trieu.

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Dans une rencontre avec les pirates, la 4* compagnie a un caporal tué ; le lieutenant Jlardonin, commandant le dùiachôment, et un soldat sont blessés légèrement. Le bataillon conserve les mêmes emplacements pendant tout Tété et une partie de Tautomne ; il ne fait que quelques reconnaissances.

:i* HATAI LLON

Le 3* bataillon, cantonné à Thaï-Nguyen, envoie le 4 janvier un délachcincnt vers Ilong-Son-Tliaï-Dn, à 25 kilomètres vei^ le nord, pour poursuivre les pirates ; ceux-ci se sont retranchés dans une redoute, mais ils ne sont armés que do fusils à inrclie ; ils sont attaqués vivement, les légionnaires les poui^uivent dans la redoute, en tuent ou blessent une dizaine. Les piiaies ont même l'audace de vouloir pénétrer dans les baraquements pour y voler des armes et des numitions ; Tun d*entie eux est arrêté par le factionnaii^e au moment où il voulait entrer dans une pagode servant de casernement. A la lin de février, le bataillon est réparti entre les postes ci-après : l'* compagnie à Kep ; — 2* compagnie à Tamra (entre Phul^ng-Thuonget Chu); — 3** compagnie à UongSon- Thaî-Du ; — la 4' compagnie à Thaï-Nguyen.

Au commencement de mars, le bataillon est dirigé sur Ti-Cau et de là sur Hanoi, où il est concentré le il ; on lui indique alors ses nouveaux détachements, qu'il occupe immédiatement de la manière suivante :

L'ôtat-major et la l'* compagnie à Vinh-Tuy; — U 2* compagnie à Vu-Tri et Long-Sao, sur la rivière Claire;

— h\ 3* compagnie à Sontay, — et la 4* compagnie à Bat- Léon, sur la rive gauche de la rivière Claire.

Ce mouvement est molivé par la présence de nombreux pirates dans la région située à Touest de la rivière Claire, et notamment dans le Mont-Bary ; il était urgent d*y rassnrnr la population et d'y montrer des troupes franraiscs. A cet (Ml'ot, le 28 mars nue petite coloniK», composée de la 3' compagnie du bataillon, d'une compagnie de tirailleurs algériens, d'un peloton de Tonkinois et d'un gi'oupe de 100 Muongs, va explorer ce pays, qui n'a pas encore été pjrcourn. L'ascension du Mont-Bary, commencée à 12 heures 30, n'est terminée qu'à 5 heures du soir; des détachements viennent se heurter contre des fouillis impénélral)les do jungles épaisses ; aucun pirate n'est signalé.

Le 17 mai, M. Bergounioux, chef de bataillon, qui a remplacé le commandant Schreffer rentré en France en attendant la liquidation de sa retraite, est mis à la tête (l'une colonne composée de la 4^ compagnie du bataillon, d'nn peloton de Tonkinois et de 13G coolies. On établit le poste de Bac-Moc, cjui est occupé par nu peloton de Tonkinois et une section du 2' étranger ; le chemin suivi passe dans le fond de ravins et est défoncé par les éléplianls ; les pentes sont parfois de 60* à 65*, la colonne est obligée de franchir plusieurs fois par jour des torrents impélueux où les hommes perdent pied, malgré les cordes que l'on tend d'une rive à l'autre ; par suite du séjour prolongé dans l'eau, beaucoup de soldats ne peuvent plus se chausser, tellement leurs pieds sont enflés ; d'autres n'ont plus de souliei's. La colonne franchit, par un col élevé de 520 mètres, la chaîne de hauteurs qui sépare les deux hnssins du F^ang-Gam et de la rivière Claire. Les habitants des villages, rassurés par notre présence, regagnent leurs demeures qu'ils ont abandonnées.

Le 26 juin, la compagnie, détachée à Sontay, doit rejoindre une colonne, commandée par le général de brigade, dirigée contre le village de Rougia occupé forte-

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ment par les pirates, mais ceux-ci ont abandonné leurs retmnchements \ on reconnaît le lac de Rougia que Ton contourne; les hommes bivouaquent fréquemment dans des foréls d'arbres à thé ; la colonne s'égare par suite de la mauvaise volonié des guides.

Au 1*' juillet, la colonne rentre, Télat-major du bataillon et un peloton de la 4" compagnie occuiH3iit Thuyen- Quan, la 1" compagnie Vinh-Tuy, la 2* Vutry, une section est à Bal- Léon, la 3' à Sontay, un peloton de la 4* à Cham-Uoa.

L'été se passe dans cette situation à escorter des convois par terre et par eau, à faire des reconnaissances ; le 16 juillet, un détachement de la 2* compagnie délivre les habitants d'un village situé à 1,^)00 mëtras seulement du poste de Bal-Léon et tue 6 pirates.

Dans le mois de novembre le bataillon reçoit 400 hommes de renfort qui sont répartis entre les compagnies, quelques soldats meurent du choléra. Un accident vient attrister la fin de Tannée : un détachement rentrant do reconnaissance avait construit des radeaux pour traverser la rivière Glaire, le radeau chavire et 12 légionnaires se noient malheureusement.

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