‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 33 sur 106 · MOTIFS DU DÉPART · texte numérisé non relu

MOTIFS DU DÉPART

et

D2 ISAISSAKCE.

par quel ordre.

Kléber (Antoine)

Chef â« bat.

Luxembourg (Pays Bas).

Admis an traitement d«

rafoPé de enlTre la légion en Espagne.

BouiLtort (Hlppolyle)

Cap. adj.-niaj

Brest (Finistère).

GuczLT (Antoine)

Lieutenant.

Treange (Moselle).

DE SOMMEVESLE (L.G.)....

Londres ( A ngleterre)

Baumier (Paul)

Sous-lleut.

3fl

Signes (Var).

Saint-Georges (Ayeyron).

Celles (Etienne)

Capitaine.

Robor?:L'Lamorèbe (Jean- Baptiste).

Id.

Bordeaux (Gironde).

Lombard (Louis)

Id.

Sommières (Gard).

Algue (Puyde-Bôme).

Chastaing (François)

Lieutenant.

MiifOT (François Auguste).

Capitaine.

Aire (Landes).

DoREMiEULx (Jofeph)

Id.

Paris.

Couturier (Jean)

Lieutenant.

Boullgneux (Ain).

Nozeroy (Jura).

Chapeau DE NozERoY ....

Sous-îleut.

LEJEUfïE (Victor)-.

Lieutenant.

Salnl-LÔ (Manche).

Lapouy.\de (Jean)

Id.

Pérlgueux (Dordogne).

Autorisé à reftter psr le

Lebballe (François)

Id.

Amboise (Indre^t- Loire).

Delcambre (Charles)

Sous-lleut.

Paris.

Bassin (Pierre)

Id.

Paris.

DOCUMENTS CONTEMPOKAIXS 413-

Aiiâ manu:

Le lieutenant-général gouverneur a donné Tordre à Tamiral de faire embarquer par urgence sur le bateau à vapeur les officiers dénommés oi-deeflus.

Récapitulation, — Officier supérieur, 1 ; subalternes, 17.

Alger, le 23 juillet 1835.

Le Colonel de la légion, J. Bernelle.

A. H, G., Aff. d'Esp., cajrton 44 (original).

Bernelle au Maréchal ministre de la guerre*

(Rapport sur les opérations de la légion depuis son débarquement à Tarragono le 16 août 1835, jusqu'au 1" Janvier 1834>.)

Sanguessa, le 31 décembre 1835.

Monsieur le Maréchal,

Croyant de mon devoir de tenir Votre Excellence au courant des opérations militaires de la légion ; de lui signaler les officiers, sousofficiers et soldats qui, par leur conduite devant Tennemi, ont mérité d'être recommandés à la bienveillance du gouvernement espagnol, la plupart de ces officiers n'ayant pas cessé d'appartenir à Tarmëe française ; de lui faire part enfin des pertes que l'ennemi nous a fait éprouver, j'ai l'honneur de vous adresser un rapport succinct sur les opérations militaires de la légion étrangère depuisson débarquement à Tarragone jusqu'au l*' janvier 1836.

La légion étrangère sous mes ordres, arrivée en rade de Tarragone le 16 août, à bord de neuf bâtiments de la marine de l'Etat, débarqua le 17 et fut reçue par M. le) brigadier Emilio, envoyé par M. le capitaine général de la province d'Aragon, qui m'annonça de la part de cet officier général que j'étais autorisé à rester dans cette ville, le temp« nécessaire pour reposer la troupe fatiguée d'une longue traversée, et terminer la réorganisation de la légion, dont la destination ultérieure était pour Saragosse, par Lerida.

Le capitaine général de la Catalogne m'ayant informé qu'une colonne de 5.000 factieux se dirigeait sur l'intérieur de cette province, la légion étrangère en deux colonnes de trois bataillons chacune, la l'* sous les ordres de mon lieutenant-colonel M. Conrad, la 2* 80U& mon commandement, sortit de Tarragone les 22 et 23 août pour Lerida, où elle arriva les 24 et 25.

D'après une dépêche du Ministre, je dus y attendre de nouveaux ordres.

Le capitaine général de la Catalogne, par une dépêche du 26 août, m' informant de la marche des factieux et de la nécessité de faire occuper Balaguer par 2.000 hommes de la légion, je donnai Tordre au lieutenant-colonel Conrad de se mettre en marche pour cette ville, le 29, avec trois bataillons. Sur l'invitation du même officier général je fis partir, le 17 août, pour Tarrega, où elles devaient se léunir à la colonne commandée par le colonel D. Antonio Niubo, quatre compagnies de la légion sous les ordres du capitaine adjudantr-major Ferrary, et je dirigeai sur Grenadilla (1) en passant par Aspa une colonne de 600 hommes d'élite de la légion à laquelle le gouveirneur de Lerida adjoignit loO fantassins et 30 cavaliers espagnols, le tout sous le commandement du chef de bataillon Cros d'Avenas; cette colonne était chargée de dégager des Constitutionnels bloqués dans une maieon fortifiée de Grenadilla par un parti de 1.000 factieux.

Ces derniers, qui occupaient une. position très forte sur un mamelon eu avant de Grenadilla, s'enfuirent à l'approche des troupes de la légion. La maison fortifiée avait été rendue le 27 vers midi; le commandant d'Avenas fut de retour à Lerida le 31 août.

Je sortis moi-même de Lerida le 2 septembre à la tête de quelques compagnies de la légion pour rejoindre le général Pastors à Balaguer (2). Mais la marche des factieux ayant nécessité la présence de cet officier général sur un autre point, je rentrai à Lerida, après avoir reconnu TaiTcga et Agramunt (3). Pendant ce temps la colonne sous les ordres du lieutenant-colonel Conrad et les troupes du général Pastors poursuivirent les factieux dans la Haute-Catalogne. Les troupes de la légion, disséminées sur plusieurs points de cette province, curent avec la faction plusieurs affaires brillantes.

Du 10 au 22 septembre, deux compagnies de la légion, commandées par le capitaine de Noue, soutinrent dans le bourg de Ia Sanahuja (4) plusieurs attaques sérieuses contre un parti considérable de factieux. Cette faible garnison n'a évacué ce bourg que sur l'ordre que je lui en ai fait donner, et avant de se rendre à Agramunt, point de réunion que j'avais désigné à tous ces détachements, le capitaine de Noue fut débloquer à Pons le lieutenant Bazaine, qui depuis plusieurs jours luttait avec vigueur contre la faction de Navarre au nombre de 3.000 hommes, avec sa compagnie seule.

Le 18 septembre, la garnison d'Artesa-di-Segre (5), forte de 150 hommes commandés par le capitaine Malle t, fut vigoureusement at-^ taquée par 700 ou 800 factieux. Une maison située sur un pont en avant du village, et servant d'avancée, était occupée par 30 hommes sous les ordres de M. Dumoustier. Ce jeune officier, après avoir lutté longtemps, et riposté à l'ennemi par une vive fusillade, craignant de manquer de munitions, essaya une sortie qui

(1) Au sud de Lerida«^ Orthographie parfois Gra/nadella, (Note de P. A.)

(2) Balaguer j au nord-est de Lerida, sur la Segre. {Note de P. A.)

(3) Tarrega et Agramunt, à l'est et au nord-est de Lerida, plus à l'est qi» Balaguer. {Note de P. A,)

(4) Sanàhuja, près du Llobregos, affluent de gauche de la Begre, au sud-est de Pons. (Note de P. A.)

(6) Artesa^iSegref sur la Segre, en amont de Balaguer, peu en aval de Pons. {Note de P. A.)

d'abord réussit; mais abandonné par le guide qui devait le diriger sur Artesa, il fut enveloppé et obligé de se rendre avec son détachement. Peu de jours après, ayant refusé de prendre du service parmi les rebelles, et ayant tenté de s'évader avec le sousofficier pris de service avec lui, ils furent tous deux fusillés. Les factieux obligèrent les soldats à marcher dans leurs rangs, et déjà piuaieurs sont parvenus à rejoindre la légion. Malgré cet échec, la garnison repoussa Tennemi avec vigueur, et il dut se retirer après avoir éprouvé des pertes sensibles ; de notre côté nous eûmes trois officiers et cinq soldats blessés.

Le 16 septembre, la colonne sous les ordres du colonel D. A. Niubo, composée de 600 Espagnols et de quatre compagnies de la légion commandées par le capitaine adjudant-major Ferrary, joignit à Malda une faction de 700 à 800 hommes, et força par une attaque vigoureuse la plus grande partie à se renfermer dans» le vieux château de Guimera (1). Les 17, 18 et 19 furent employés. malgré le feu de l'ennemi à des travaux de cheminement sur la place. Le 20, la garnison forte de 450 hommes se rendit à discrétion ; 60 à 80 d'entre eux, habitants des villages voisins, furent passés par les armes. Le colonel D. Antonio Niubo, dans son rapport, se loue du capitaine adjudant-major Ferrary et des troupes de la légion sous ses ordres, et leur attribue la majeure partie du succès. M. Ferrary, de son côté, cite avec distinction plusieurs officiers, sous-officiers et soldats, et notamment M. Kousset, ex-maréchal-deslogis chef d'artillerie, actuellement sous-lieutenant à la légion, qui tira le plus grand parti d'une pièce de 8 amenée avec peine devant la place.

Vers le 20 septembre M. le capitaine Aneth, qui était resté seul à Balaguer avec sa compagnie, repoussa avec vigueur l'attaque d'une faction de 400 à 500 hommes. Le commandant d'armes de cette place se loxie, dans son rapport, de l'activité et des bonnes dispositions de cet officier, qui n'eut qu'un seul homme blessé.

Ls 27 septembre, ayant appris qu'une bande de factieux couronnait un mamelon à une lieue et demie de Grenadilla, et avait attaqué le détachement envoyé en découverte, le: commandant Dumesgnil fit sortir de Lerida 400 hommes sous les ordres du capitaine des grenadiers Chariatte; l'ennemi fut abordé avec résolution. La position fut enlevée, et les factieux se débandèrent emportant leurs morts et leurs blessés ; de notre côté nous eûmes quatre blessés.

Depuis longtemps je me plaignais au capitaine général de la Catalogne de la manière dont on divisait et subdivisait les troupes de la légion. Un pareil état de choses devait amener la dissolution de ce corps. Voyant que cet officier général ne tenait aucun compte de mes observations, je m'adressai au Ministre de la guerre qui m'envoya ainsi qu'au général Pastors l'ordre de réunir la légion. J'envoyai des ordres formels au lieutenant-colonel Conrad et aux divers chefs de détachement, et je partis le 24 septembre pour Balaguer, que j'avais désigné pour rendez-vous général.

(1) Ouimera, à Pest de Lerida^ exactement au sud de Tarrega. {Note de F. A.)

J'envoyai M. le lieutenant-colonel Magnier à Agramunt pour chercher et conduire à Balaguer les effets que la colonne du colonel Conrad avait laissés dans la première de ces deux places.

Le 25, la colonne du colonel Conrad me rejoignit à Balaguer. Le même jour y arriva le colonel van Halen nommé commissaire près de la légion par le gouvernement espagnol en remplacement du brigadier Emilie, qui dut retourner à Saragosse, pour y remplir les fonctions de> chef d'état-major.

Les 28 et 29 septembre, les troupes de la légion qui toutes avaient rallié leurs bataillons, moins trois compagnies qui étaient restées à Tremp (1), se mirent en marche pour Barbastro en deux colonnes : la V^y forte de deux bataillons et de l'état-major, sous mes ordres; la 2*, forte de trois bataillons, commandée par le colonel Conrad.

La légion arriva à Barbastro dans les premiers jours d'octobre et y séjourna jusqu'au 15.

Du 4 au 5 octobre eut lieu la prise de vive force de la petite ville de Gerri (2), occupée par un parti considérable de factieux, par trois compagnies de la légion et quelques urbanos bous les ordres du capitaine Top in. Le gouverneur de Tremp, D. Ramon Dominguez, se loue dans son rapport sur cette affaire des bonnes dispositions prises par M. le capitaine Topin et de la résolution des troupes de la légion sous ses ordres.

Le 14 octobre, par suite d'ordres du capitaine général de l'Aragon, la division commandée par le colonel D. Rodriguez de Yeras, dite division du Haut-Aragon, et trois bataillons de la légion sous les ordres du colonel Conrad, durent se réunir pour opérer sur la Noguera, et poursuivre les factieux de la Catalogne.

J'avais reçu de la cour l'ordre de me rendre d'abord à Sos, puis à Jaca pour opérer le licenciement du corps des volontaires d'Isabelle II, sous les ordres de M. le colonel baron de Suaroe. Je partis de Barbastro pour Jaca le 15 octobre avec une escorte de la force d'un bataillon, sous les ordres du commandant Drouault, après avoir dirigé sur Monzon les ouvriers, les malades, et les effets que les troupe» ne pouvaient emporter avec elles. Le lieutenantcolonel Cros d'Avenas prit le commandement de ce convoi.

Les opérations du licenciement des chasseurs d'Isabelle me retinrent à Jaca jusqu'au 10 novembre.

Ce fut dans cette ville que je reçus du colonel Conrad, commandant alors la division du Haut-Aragon, un rapport sur une affaire brillante que cette division eut à la Pobla (3) avec les factieux réunis de la Catalogne au nombre de 3.700 hommes. Ils s'étaient retranchés daas cette ville, qui fut enlevée après un combat opiniâtre, et malgré un feu très vif de leur part. Ils durent évacuer la ville au moment où les voltigeurs de la légion y entrèrent, et la cavalerie qui la tournait n'arriva pas assez tôt pour les couper. Les pertes des factieux furent considérables ; les nôtres s'élevèrent à 25 ou 30 hommes hors de combat, parmi lesquels M. le capitaine

(1) Tremp, près la Noguera Pallaresa, au nord de Lerida. (Note de P. A.)

(2) Gerriy sur la Noguera, au nord de Tremp. (Note de P. A.)

(3) Pohla, sur la Noguera, entre Gerri et Tremp. (Note de F, A.)

DOCUMENTS COXTEMPOSAINS 417

de grenadiers Angeli, blessé d'un grave coup de feu à la cuisse. M. le colonel Conrad, dans son rapport, se loue beaucoup de Tardeur dee officiers, soua-ofûciers et soldats soue ses ordres. Pendant toute l'action, la musique ne cessa de jouer, même sous le feu de l'ennemi, des airs patriotiques français et espagnols.

Je partis de Jaca le 10 novembre avec quatre compéignies de la légion pour Monzon, où j'arrivai le 14. Le capitaine général de TAragon m'ayant informé de la marche dune colonne de 4.000 rebelles navarraia commandés par Iturralde sur Verdun, je dirigeai le commandant Drouault sur Sos, avec 450 hommes à peu près de la légion, auxquels avaient été jointes deux compagnies provisoires des hommes provenant du corps licencié. D'après ses instructions, le commafidant Drouault devait coucher à Verdun. A son arrivée dans cettet ville, le commandant Drouault apprit que la colonne d'Iturralde devait y arriver le lendemain, et que des rations avaient déjà été commandées. Le commandant Drouault se retrancha à la hâte dans Verdun, et attendit l'ennemi avec résolution. Le lendemain, au point du jour, il déboucha des hauteurs voisines, et se présenta devant la ville. La contenance du bataillon fut telle qu' Iturralde n'osa pas attaquer Verdun, ni tenter le passage de TAragon et il se retira honteusement sur la Navarre. La conduite du bataillon commandé par M. Drouault lui mérita les éloges de M. le capitaine général de la province d'Aragon, et la reconnaissance des habitants de ce pays, qu'il a préservés d'une nouvelle invasion des Navarrais.

Le 16, arrivèrent à Monzon les bataillons sous les ordres du colonel Conrad. Je reçus dans cette ville l'ordre du Ministre de la guerre de diriger tous les bataillons de la légion sur Huesca, pour de là me rendre avec la division sous mes ordres dans les Cinco- Villas de l'Aragon et occuper Sanguessa dans la Navarre. Le colonel Conrad, avec deux bataillons, se mit en marche pour Huesca, le 18.

Je reçus du gouverneur de Tremp, Don Ramon Dominguez, une lettre à la^ date du 17 novembre, par laquelle il m'annonçait que la garnison de cette plaoe, forte alors de six compagnies de la légion sous les ordres du chef de bataillon Horain et qui depuis le 12 novembre repoussait avec vigueur les attaques réitérées d'une faction de Catalans et de Navarrais réunies au nombre de 2.500 hommes, était à la veille de manquer de vivres, que Teau lui était déjà coupée, et qu'en un mot elle se trouvait dans une position critique. Afin de préserver cette garnison d'un échec que, d'après les avis du gouverneur Dominguez, je devais croire prochain, et pour me conformer d'ailleurs aux ordres de la cour, j'envoyai le lieutenantcolonel Magnier, à la tête de dix compagnies de la légion secourir et chercher les compagnies bloquées. Le lieutenant-colonel Magnier eut à lutter avec les autorités espagnoles, qui prétendaient que ce point ne pouvait être évacué que sur les ordres du capitaine général de la Catalogne; mais ceux que je lui avais donnés étaient formels ; cet officier supérieur ee roidit contre tous les obstacles et remplit, à mon entière satisfaction, la mission difficile que je lui avais confiée. M. le commandant Horain ne cite que MM. Luscher, adjudant-major, et Bootz, fusilier, blecsés. Le 23 novembre, j'appris à Monzon que la faction navarraiee, Légion étrangère. 27

commandée par Guergué, fatiguée des échecs continuels qu'elle essuyait en Catalogne, se dirigeait sur Barbastro pour rentrer en Navarre. N'ayant que 300 ou 400 hommes avec moi, à Monzon, je ne pua marcher ce jour même sur Barbastro, où coucha la faction de Quergué, que je croyais d'ailleurs suivie de près par la colonne du Haut-Aragon, forte alors de deux bataillons, et commandée par le colonel Miranda.

Le 24, le 5® bataillon de la légion étant arrivé à Monzon, je partis pour Barbastro, dans l'intention de poursuivre Quergué, espérant que le colonel Conrad, qui se trouvait à Huesca avec deux bataillons, auiait eu connaiesanoe de sa marche, eb se porterait à sa rencontre. En effejt, lorsque j'entrai à Barbastro, vers les 6 heures du soir, une fusillade très vive se faisait entendre dans la direction d'Anguez, et le lendemain en marchant dans cette direction j'appris que le colonel Conrad avait eu à ce village une affaire très vive avec la faction navarraise, qui eût été entièrement dé' truite si la colonne du Haut-Aragon avait mis plus de célérité dans sa marche, et ne se fût point arrêtée à deux lieues d'Anguez, quoique entendant la fusillade. Le colonel Conrad et le chef de rebelles Quergué arrivaient tous deux à Anguez dans l'inteetion d'y coucher, et chacun ignorant la marche de son ennemi. A une portée de fusil seulement du village, le colonel Conrad fut averti par un habitant de l'approche de la faction. Il lança aussitôt quelques compagnies pour couvrir le village, et malheureurjoment une d'elles au moment où elle se déployait en tirailleurs fut chargée par une centaine de cavaliers et éprouva de grandes pertes. Les deux officiers MM. Erny et Sallot, le sergent-major, un autre sous-officier et plusieurs soldats furent tués. Un grand nombre furent dangereusement blessés. Avant de recevoir la mort, tous se défendirent avec un courage qui est encore aujourd'hui l'objet de l'admiration des Navarrais, qui eux-mêmes se conduisirent avec résolution et bravoure. Le colonel Conrad ne tarda pas à arriver avec le gros de sa colonne; l'action devint alors générale. L'ennemi, qui trois fois chercha à enlever le village, fut trois fois repoussé avec pertç et mis enfin en déroute. Nous eûmes dans cette affaire 2 officiers tués, 3 blessés, 15 hommes tués et 30 blessés. Les pertes de l'ennemi s'élevèrent à près de 100 hommes, parmi lesquels un officier de cavalerie qu'ils estimaient beaucoup.

La faction navarraise se retira sur Boléa, et réussit à rentrer en Navarre peu de jours après. Le colonel Conrad la poursuivit inutilement, ayant été obligé de s'arrêter un jour à Huesca pour reposer ses troupes et prendre des vivres. La colonne du Haut- Aragon s'arrêta à Huesca. A mon arrivée dans cette place, je me plaignis amèrement au capitaine général de T Aragon de la conduite du colonel Miranda qui trois fois, à Barbastro, à Anguez et enfin à Huesca, aurait pu joindre l'ennemi s'il eût mis plus de vigueur et de célérité dans sa marche, ou s'il eût obtempéré immédiatement aux invitations du colonel Conrad et aux miennes. Cet officier supérieur fut quelques jours après remplacé dans son commandement.

Le lieutenant-colonel Magnier me rejoignit à Huesca le 27 novembre. Le colonel Conrad se trouvait à Jaca avec deux bataillons. Je lui envoyai Tordre de se rendre dans les Cinco-Villas, et les

DOCUKENTS CONTEMPOSAINS 419

troupes que j'avais avec moi à Huesca quittèrent cette ville le 5 décembre pour la même destination.

Je partis le même jour pour Saragosse, afin de m'entendre avec le capitaine général de FAragon sur les mesures à prendre pour Toccupation de Sanguessa. Différentes affaires prolongèrent mon séjour à Saragosse jusqu'au 16 décembre. J'en partis ce jour-là pour les Cinco-Yillas, où se trouvaient réunis cinq bataillons de la légion, et le 23 décembre j'occupai Sanguessa avec la division sous mes ordres.

A mon arrivée à Sanguessa» je reçus du Ministre de la guerre Tordre de rejoindre Tarmée du Nord, et de me rendre immédiatement à Pampelune avec ma division. Je me disposais à exécuter œt ordre lorsque arriva, le 24, un aide de camp du général en chef Gordova, m'apportant l'ordre de suspendre mon départ de Sanguessa, et de me tenir prêt à poursuivre une colonne de Navarrais qui, d'après les avis qu'il avait reçus, devait chercher à pénétrer dans l' Aragon.

Depuis ce jour, je suis à Sanguessa avec trois de mes bataillons; deux autres occupent Thiermas et Verdun, passages qu'il importait de garder.

J'ai fait élever autour de Sanguessa quelques ouvrages de fortification passagère pour mettre cette place à l'abri d'un coup de main, et j'y attends de nouveaux ordres, espérant que ce délai permettra au 2® bataillon, que je n'ai pas encore pu arracher de la Catalogne, non plus que le dépôt principal de la légion, qui doit aller de Tarragone à Saragosse, de me rejoindre avant mon entrée en Navarre.

Tel est, Monsieur le Maréchal, l'historique succinct des opérations militaires de la légion étrangère depuis son arrivée en Espagne jusqu'à ce jour.

J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le Maréchal, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Maréchal de comp commanJatit supérieur

de la légion au service d^E$2^agne,

J. Bebnelle.

A. E. G,, Aff. d*Esp., carton n® 17 (copie envoyée par Hnrispe au Ministre).

Le grënëral Bernelle au général Harispe.

Gaboa (1), près Vitoria, le 17 janvier 1836.

La légion étrangère ayant pris part hier, 16, à une action qui a eu lieu dans la chaîne de montagnes près Vitoria, si bien repré-

(1) Il s'agit sans doute du village de Gamboa^ à quelques kilomètres nord-est de Vitoria, sur la route de Salinas.

420 LA l£gIOX ÉTRANGÈBE ex ESPAGNE

sentëe dans le tableau de la prise du convoi par le général Lejeune, j'ai cru de mon devoir de vous donner quelques détails sur cette affaire dont j'ai été spectateur et acteur, pour vous prévenir contre la fausseté des rapports que pourront insérer les agents de Don Carlos dans les journaux français.

L'armée marchait sur trois colonnes parties de Vitoria : celle de gauche, commandée par le général Espartero, a marché sur Villsr real ; celle du centre, que je commandais, suivait la route de Vitoria, et enfin la droite, commandée par le général Evans, avait la mission de faire des démonstrations contre le château de Guevara. La haute conception du plan du général en chef devait assurer des résultats décisifs; mais Fardeur des troupes de ma colonne les retarda; j'avais ordre de débusquer les forces ennemies qui occupaient la venta, ce qui fut immédiatement fait; mais l'ardeur et l'entraînement d'un bataillon espagnol et d'un de la légion qui seuls furent réellement engagés contre cinq bataillons carlistes les portèrent à enlever en peu de temps les deux positions formidables à droite et à gauche de la route que les factieux défendirent avec assez de tactique. Ces deux positions prises, la troupe les occupa militairement la nuit passée, et aujourd'hui, sans doute, les trois colonnes convergent sur celle de droite; il est probable que par la sagesse et la haute intelligence du général en chef nous pourrons porter aux ennemis un coup plus décisif.

J'ai pu remarquer dans cette affaire de la démoralisation dans les troupes carlistes par la résistance imparfaite qu'ils ont faite de positions extraordinairement fortes ; tandis qu'au contraire dans celles de la Reine il existe une ardeur incroyable et un dévouement sans bornes pour la Ecine et pour leur général en chef qui est leur idole.

Je vous prie, etc.

Signé : J. Bernellb.

A. H. G., Aff. d'Esp., carton 44 (traduction jointe au rapport de Bemelle au Ministre do la guerre à Paris, du 2 mars 1836).

L9 général Cordova au général Bernelle.

Quartier général de Lizasso, le 20 février 1836.

Les grands efforts que fait le Gouvernement pour terminer promptenient et heureusement cette longue et pénible lutte doivent être et sont efficacement secondés par les personnes que leur position sociale, leurs intérêts, leur rang et leur patriotisme ont identifiées avec la grande cause que la nation soutient.

Partant donc de ce principe et eu égard à ce que les grandes nécessités du Trésor public ne peuvent plus se couvrir par les moyens simples et ordinaires, j'ai cru pouvoir m'adreseer à vous pour vous prier de m'aider dans une entreprise qui sera très utile et glorieuse

DOCUMENTS CONTEKPOBAINS 421

si le patriotisme parvient à la réaliser par de faibles eacrifiocfl et de l'influence avantageuse de laquelle je suis très convaincu dans la guerre actuelle. C'est dans cette eapéranoe que je vous prie de vouloir bien prendre part à la souscription qui est ouverte danfi cette armée sous les auspices de l'auguste et généreuse Reine Régente du Royaume pour un nombre de 500 ou plus chevaux delK)nne qualité pour monter et équiper un brillant corps de lanciers polonais qui feront partie de la légion auxiliaire française et qui, par ses excellents éléments constitutifs, nous assure les mêmes succès qu'a toujours cfnp cette brillante troupe de cavalerie dans les guerres où elle s'est acquis la réputation mérita dont elle jouit en Europe. Cette institution excitera de plus une noble émulation dans les braves et vaillants corps de cette arme qui servent dans l'armée que je commande, où ila sont la terreur de nos ennemis.

Je me flatte que vous ne tromperez pas Tespoir avec lequel je me suis adressé à votre zèle généreux pour la cause du trône et de la nation, mais qu'au contraire non seulement vous contribuerez pour vous mais encore que vous seconderez par votre influence la réalisation de cette importante entreprise. C'est pourquoi j'ai l'honneur de vous adresser les conditions de oe.tte souscription.

J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération, votre très humble serviteur,

Signé : Général Coedova.

Pour traduction conforme :

Le Lieutenant-colonel chef d*état-major de la division auxiliavre française,

HORAIN.

A. H. G., AS, d'Bsp., carton 44 (original).

Bernelle au Maréchal Ministre de la guerre.

Quartier de Larrasoana, près Pampelune, le 2 mars 1836. (Rapport sur les opérations pendant le mois de février 1836.)

Les opérations de la division auxiliaire française, pendant le mois de février 1836, dans la province de Navarre, ne sont pas ce qu'elles auraient dû être si la saison rigoureuse n'avait été sans cesse un obstacle aux combinaisons et aux mouvements des troupes. Quoi qu'il en soit, sa station dans les cantonnements ciaprès désignés a facilité la fortification des points principaux de la ligne de Pampelune à Eugui, dont j'ai pris le commandement par intérim, le 21 février, en Tabsenoe de M. le général baron de Mecr, vice-roi de Navarre.

Le 28 janvier, cinq bataillons de la légion (le 2« toujours à Lerida) ont quitté Yitoria et se sont rendus à Pampelune en passant

422 LA LÉGION £tBANGÈEE en ESPAGNE

par La Puebla, Haro, Cenicero, LogrofLo, Agoncillo, Lodosa, Larraga et Tiebae. Le 5 février, c'est-à-dire après neuf jours de marche, ils sont arrivés à Pampelune, en même temps que le dépôt principal de la légion venu de Tarragone, par Saragosse et Tafalla. La route de Yitoria à Pampelune a été très pénible à cause de la saison d'hiver, des pluies et des mauvaises routes : les soldats ont constamment montré beaucoup de courage et de dévouement et ont souffert avec unei admirable résignation toutes les privaiionfi ; un d'eux est mort de froid.

Le 7 février, à Pampelune, j'ai, conformément aux instructions de M. le Ministre de la guerre d'Espagne, organisé :

1° Trois compagnies de dépôt;

^ Une compagnie d'ambulance, dont la l'* section prend la dénomination d'ouvriers d'administration, et la 2* celle d'infirmiers ; les premiers sont les bouchers et les boulangère ; les hommes de la deuxième section sont porteurs de lances avec lesquelles ils encadrent une toile en forme de hamac, pour transporter les blessés du champ de bataille. J'ai été autorisé à placer dans les quatre compagnies de nouvelle formation les officiers ci-après désignés provenant du régiment d'Isabelle II, et qui m'ont paru dignes d'être conservés :

Capitaines : Chazot, de Colleville, Mille, Thomassin, Haequet. Lieutenants : Jusseau, Lichtnecker, Poussard, de Fleurana (1). Sous-lieutenants: Boussard, Lemonnier.

Le 9 février, la division a quitté Pampelune pour occuper sur la rive droite de la Esteribar (2), les villages de Zabaldica, Zuriain, LarrasoafLa, Urdaniz et Zubiri. Les travaux de fortification passagère ont commencé de suite sur les points de Zabaldica, Larrasoaûa et Zubiri. La ligne placée sous mon commandement est en outre occupée par deux bataillons espagnols, dont un à l'extrême droite tient garnison au village d'Eugui et l'autre forme une colonne mobile entre Zubiri et Eugui.

Le 14 février, j'ai accompagné à Saint- Jean-Pied-de-Port et sans escorte le général en chef Cordova; nous avons suivi la route de Saigos, Urtassun et la Royale Fabrique (frontière de France) (3). Le retour a eu lieu par le pont de la frontière, Val Carlos, Burguete, Espinal, Viscarret, Erro et Zubiri.

Le 16 février et en mon absence de Larrasoafia, un de nos avantpostes a été attaqué par un parti carliste qui fut repoussé. Le même jour, la division a fait un mouvement en avant par une conversion à gauche, dont le pivot était Yillaba, et a occupé pendant quarante-huit heures les villages de Burutain, Etulain et Ostiz.

Le 19, à mon arrivée, nous reprîmes nos anciennes positions et.

(1) Quelques noms sont mal orthographiés : de Fleurans est écrit àe Florence. (Note de P. A.)

(2) Hauto vallée de TArga, d'après la carte espagnole de CSoello (feuille de la Navarr*, Madiid, 1861; échelle l/200.000«). Le nom est écrit Estirvar dans le document.

(3) La Beat Fàbrica de Eugui, au nord d'Eugui, dan» la vallée (carte de Coello). (Note de P. A.)

DOCtTMENTS CONTEMÎPORAINS 423

malgré le mauvais temps, les travaux de fortification furent continués sur le6 points déjà indiqués.

Le S février, 4 ôompagnies du 2« bataillon de la légion à Lerida, 184 volontaires espagnols et 30 cavaliers, sous les ordres de M. Dumesgnil, chef de ce bataillon, dans l'importante et périlleuse position de Santa-Iiina, ont combattu plusieurs factions réunies de rebelles commandées par le chef Borjea, fortes d'environ 2.400 hommes et 40 lanciers. L'ennemi a été mis en déroute après avoir perdu 40 hommes et plusieurs officiers. Nous avons à regretter 4 hommes morts et 7 blessés, dont 1 officier.

M. le commandant Dumesgnil me fait connaître, dans son rapport, que les officiels, sous-officiers et soldats, le sont tous battus avec une rare intrépidité et ont plusieurs fois repoussé l'ennemi à la baïonnette; il signale ceux ci-après nommés comme s'étant particulièrement fait remarquer :

Gaucz, capitaine;

Bourdilliat, capitaine ;

Pacoret, sous-lieutenant (blessé);

Gort, grenadier ;

Kesse, sergent-major;

Cranc, fourrier;

Crêpé, soldat ;

Eysser, fourrier;

Bitschkoski, soldat.

Dans cette circonstance comme dans toutes les autres, où il a reneontré l'ennemi, M. le commandant Dumesgnil a fait preuve de bravoure et de talent, puisqu'il combattait des forces quatre fois supérieuree en nombre à celles sous ses ordres et dans une position difficile.

Le général en chef Cordova, par sa lettre du 22 février, témoigne sa vive satisfaction au 2^ bataillon, pour sa brillante conduite dans cette affaire; il s'attend à le voir bientôt réuni à la légion et vient de demander à la Reine la croix de Saint-Ferdinand de 2« classa pour son commandant, celle de 1" pour les officiers cités et 20 croix d'Isabelle II pour les sous-officiers et soldats qui se sont fait remarquer.

L'état sanitaire de la légion n'est pas trèc» satisfaisant ; c'est, suivant l'opinion des docteurs, le résultat des fatigues et de la saison rigoureuse, ainsi que des privations continuelles dans un pays épuisé de tout moyen de subsistance par suite de la guerre civile.

Le l*' mars, au matin, le général en chef Cordova est sorti de Pampelune avec partie des troupes espagnoles et se porte sur la gauche de la ligne que j'occupe. Je continue avec 5 bataillons de la légion et 3 espagnols à fortifier la ligne de Pampelune à la frontière de France et j'opérerai offiensivement ou défensivement suivant les circonstances et de concert avec M. le baron de Meer, vice-roi de Navarre, qui commande la réserve composée de quatre bataillons.

Le Maréchal de camp y eominandant la division auxiliaire française,

J. Berkelle.

424 LA LÉGIOX ÉTSAN'GÈBE EN ESPAGNE

A, H. G., Aff. d'Esp., carton 45 (demandes d'admission) (original).

Le général Bernelle au Ministre de la guerre, à Paria.

Larrafioana (Navarre), le 2 mars 1836.

Monsieur le Ministre,

Bien que je ne doute nullement que Votre Excellence ne Boit beaucoup mieux que moi informée de oc qui se passe dans ce malheureux pays et de ce qui s'y trame de contraire à ses véritables intérêts et à la tranquillité de T Europe, je croirais manquer à mon devoir si je ne faisais connaître à Votre Excellence, tandis qu'il est peut-être encore temps d'y porter remède, deux circonstances d'une haute importance qui, si elles se réalisaient, pourraient compromettre à jamais le gouvernement constitutionnel de S. M. la Reine Isabelle II et produire dans ce pays une secousse violente capable d'ébranler la France. L'une est la direction que prennent les élections qui menacent de donner une immense majorité dans le sens du mouvement; la seconde, qui est une suite et une conséquence de la première, la nomination au commandement en chef de l'armée du Nord du général Mina, en remplacement du général de Cordova.

Il n'a sans doute pas échappé à votre haute pénétration que les nominations de proeuradores se font presque toutes dans le sens du mouvement; les conséquences d'une Chambre ainsi composée se devinent facilement, par l'expérience de ce qui s'est passé naguère à Barcelone, Saragosse, Valence, Cadix, etc. Dans ce cas, je crois pouvoir l'assurer, la Reine Régente quitterait Madrid à la tête de sa garnison, et viendrait se réfugier au milieu de son armée héroïque et fidèle qui, depuis le commencement de cette guerre, a déployé un caractère de fidélité et de patriotisme si admirable; elle se conservera telle, je n'en doute pas, tant que le général Cordova sera à sa tête. Mais qu'arriveraif>il s'il était remplacé alors par son compétiteur ? La Reine oserait-elle faire dans ce cas la démarche dont je parlais plus haut? Je livre à votre haute sagesse toutes les réflexions que fait naître cette, supposition.

Depuis longtemps, le parti exagéré met tout en œuvre pour faire donner au général Mina le commandement de l'armée d'opérations : dans quel but? L'essai qu'il a fait du commandement a eu des résultats trop désastreux pour qu'on pense un moment que ce sont ses talents militaires qui motivent ce choix. On craint le bon esprit qui anime l'armée, fanatique de son général qui la dirige, la tient dans sa main et la maintiendra toujours en dehoi*s des intrigues politiques, de son général sous les ordres duquel elle ne sera jamais l'instrument d'aucun parti, mais le refuge de l'honneur en Espagne, comme lee armées françaises l'ont été à l'époque de notre Révolution... Le reste se devine assez... Aussi aucun dégoût, aucune calomnie ne sont épargnés à cet homme supérieur qui seul a compris et deviné la guerre dans ce pays et qui seul peut et doit y

mettre fin malgré tout... Je le déclare dans la conviction intime de ma conscience, Cordova est dans les circonstances actuelles, non seulement Thomme de TEspagne, mais encore l^homme de l'Europe ; car qu'on n'oublie pas cette vérité : si la France, elle seule le peut, ne s'empresse pas d'étouffer cette lutte cruelle, les coups de fusil qu'on tire depuis deux ans dans la Péninsule sont une semence qui germe et qui mûrit tous les jours, et dont la récolte retombera incessamment sur l'Europe entière; la France est à la tête de la civilisation constitutionnelle et la première elle est placée de manière à ressentir les réactions du gouvernement despotique ou démagogique qui remplacerait indubitablement en Espagne le gouvernement constitutionnel de la Reine si l'on ne vient promptement et ouvertement à son secours.

Après ce court exposé auquel je ne puis ni ne dois donner un plus grand développement, qui d'ailleurs serait inutile devant Votre Excellence, je prends la liberté de la supplier instamment de me faire connaître ce que moi, officier français, faisant toujours partie de l'armée française et étant envoyé en mission en Espagne par le Roi des Français, je devrai faire, ainsi que tous les militaires de tous grades sous mes ordres qui sont dans la même position que moL

Lorsque nous avons consenti à venir en Espagne momentanément, c'était avec l'intention bien positivement énoncée de soutenir et défendre le gouvernement constitutionnel en Espagne, en harmonie avec le nôtre, tel enfin qu'il existait lors de notre débarquement dans la Péninsule; si le gouvernement était remplacé par le despotisme ou le républicanisme, je sais bien ce que j'aurais à faire comme particulier ; mais comme chef d'un corps composé en grande partie de Français ou d'hommes qui ont adopté la France comme leur patrie, le gouvernement français ne me donnerait-il pas des instructions qui me dirigeraient dans une position aussi difficile?

Et dans le cas où le général Mina serait mis à la tête de l'armée dont la légion fait partie, quelle serait la position d'une troupe française sous les ordres et à la discrétion d'un chef qui ne dissimfule pas son antipathie invétérée contre tout ce qui porte le nom de Français ? Encore dans ce cas, ma détermination comme particulier ne serait pas douteuse ; mais que deviendrait la légion dans une semblable position ?

C'est dans la position unique et toute spéciale dans laquelle je me trouve, ayant une responsabilité si effrayante qui pèse sur ma tête, que je crois devoir chercher à mettre cette responsabilité à couvert autant que possible, en vous signalant à l'avance un état de choses duquel les plus grands désastres peuvent résulter, s'il n'y est apporté promptement et opportunément remède par les moyens que lui dicteront la haute sagesse et l'expérience de Votre Excellence.

Dans le même but, je ne dois pas dissimuler à Votre Excellence les appréhensions que fait naître en moi le séjour prolongé en Catalogne, entre Saragosse et Barcelone, de mon 2® bataillon ; Votre Excellence connaît les éléments dont se compose la légion sous mers ordres ; sous mes yeux je réponds, même dans les circonstances les plus difficiles, de la conduite de tous ; mais éloignés de moi, exposés à des séductions auxquelles ils seront très accessibles si, comme eela

426 LA LÉGION éTAANGÊRE EN ESPAGNE

fio pratique ordinairement, on leur parle au nom de la liberté^ il en serait tout autrement.

Je me contente de livrer ces courtes réflexions aux méditations de Votre Excellence, qui devinera les motifs pour lesquels je ne . m'étends pas davantage sur un sujet aussi grave et d'une si haute portée.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre Excellence, Monsieur le Ministre, votre très humble et très oHéissant serviteur.

Le Maréchal de eampy commandant la division auxiliaire française,

J. Bernelle.

P.-iS'. — J'écris dans le même sens à M. l'Ambassadeur de France.

A. E. G., AflF. d'Esp., oorresp., carton 17 (copie jointe à la pière n® 18).

ORDRE DU joua DE LA DIVISION .*

Quartier général de Larrasoaâa, 7 mais 1886. Imprimée dans le texte du volume, chapitre Vif, page 169.

A. H. G., Aff. d'Esp., Oorresp., carton 17 (copie jointe à une lettre d'Harispe au Ministre).

Le général Bernelle au lieutenant-général Harispe.

Larrasoana, 24 mars (1836).

Connaissant tout Tintérêt que vous portez à la cause que nous défendons en Espagne et particulièrement à ce qui concerne la légion, je m'empresse de voue apprendre qu'hier, ayant appris par le vice-roi que le 3* bataillon de Navarre et celui des guides venaient d'avoir avec lui un engagement et qu'ayant été repoussés ils cherchaient à traverser la rivière de l'Arga, j'envoyai un de mes bataillons sur le passage que je jugeai qu'il devait prendre et me dirigeai avec un autre sur Zubiri pour attendre les événenements : sur les huit heures, une demi-heure après mon arrivée, je me mis en marche, entendant une vive fusillade dans la direc-

I>OCnU£NTS CONTEMFOEAINS 427

tioa de Inigo (1) ; arrivé sur les hauteurs, je fis exécuter un changement de direction à gauche, jugeant par le bruit de la fusillade que les Bebelles devaient être en retraite. Ce mouvement me réu£sit parfaitement : au moment où ma tête de colonne débouchait sur les hauteuis, quelques cavaliers et les officiers de mon état-major chargèrent l'ennemi et amenèrent trente prisonniers que je fis fusiller finrle-champ, puisque nous sommes réduits à une guerre sans quartier, car vous devez savoir que les factieux fusillent indistinctement tous les étrangers au service de la Reine d'Espagne. Les Rebellée ont eu 3 officiers tués, plusieurs blessés, 120 à 130 soldats laissés sur le champ de bataille. Les deux bataillons Bont entièrement dispersés et démoralisés : beaucoup ont abandonné leurs armes et jusqu'à leurs souliers pour fuir avec plus de rapidité; les deux tiers sont perdus pour l'armée de Don Carlos qu'ils ne pourront rejoindre. Nous avons été assez heureux pour venger le bataillon d'Africa sur l'emplacement même oii il avait essuyé son échec. Quant à nos pertes, je ne puis encore vous transmettre des données bien certaines ; mais, d'après les renseignements qui me sont parvenus, nous avons eu 3 officiers blessés, dont un assez grièvement, 12 hommes tués et autant de blessés.

Un avis que je reçois à l'instant m'apprend que les 9* et 10* bataillons de la faction qui se trouvaient à Esain, environ à une demi-lieuo du champ de bataille, ont été tellement terrifiés par le récit des premiers fuyards qu'ilâ n'ont pas osé bouger pour secourir les deux bataillons en déroute.

Les bataillons du colonel Léon Iriarte et les paysans des vallées frontières que j'ai mis en campagne m'ont déjà ramené yin grand nombre de fuyards; toutes les nouvelles que je reçois me confirment ce que j'ai eu l'honneur de vous dire plus haut sur la démoralisation et la désorganisation de ces deux bataillons.

Signé : Général Bernellb.

A, H. Q.y Aff. d'Esp., carton 44 (copie jointe au rapport de Bernelle au Ministre, du l*' avril 1836).

Le général en chef CordoTa au général Bernelle.

Quartier général de Yitoria, le 30 mars 1836.

Excellence,

J'ai vu avec le plus grand plaisir par le rapport de Votre Excellence du 25 courant le nouveau jour de gloire que les braves

(1) Sur la hauteur entre la vallée de Zubiri et la vallée d'Erro, c'està-dire entre Ydoyeta et Linzoin. Le nom n'est pas porté sur la carte de Capitaine. (Note de P. A.)

LA LÉGION ÉTSAN6ÈEE EN ESPAGNE

troupes de votre belle division ont ajouté aux armes de la Beine notre souveraine.

Votre Excellence voudra bien exprimer à sa division, en mon nom, la haute estime que je leur professe et de laquelle ils se sont rendus dignes par leur brillante conduite pour la journée du 24.

J'approuve 1* avancement et les décorations conférés par Votre Excellence sur le champ de bataille pour les faits d'armes les plus distingués et je transmets par ma dépêche de ce jour votre rapport à Sa Majesté et la supplie de vouloir bien donner des ordres pour qu'on envoie les brevets et diplômes des méritants. J'enverrai également sans retard à Sa Majesté la proposition de récompenses que m'a adressée Votre Excellence et je dois espérer qu'elle sera revêtue de la royale approbation de Sa Majesté.

Dieu garde, etc.

Pour copie conforme :

Le Lieutenant-colonel chef cPétat-major de la division française^

HORAIN.

A. H. 0., Aff. d'Esp., Corresp., carton 17 (copie jointe à une lettre d'Harispe au Minisire).

Le général Bernelle au général Harispe.

Larrasoafia, le 30 mars 1836.

Mon Général,

J'ai reçu cette nuit la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sous la date du 28 courant^ avec les pièces qui y étaient jointes; soyez assez bon pour agréer les expressions de ma vive reconnaissance pour les démarches que vous avez eu la bonté de faire dans l'intérêt du corps que je commande et qui, j'oee le dire, n'est pas entièrement étranger h ceux de France et de son armée. Je suis fier, mon Général, d'avoir mérité votre approbation, vous, juge si compétent, dans une affaire qui a en effet eu de beaux résultats, mais qui en eût eu de bien plus décisifs si j'avais eu seulement cinquante cavaliers.

Il faut que je me sois mal expliqué dans la lettre que je vous ai écrite bien à la hâte, le 24 au soir, à mon retour à mon cantonnement. Je dois rectifier quelques détails dans l'intérêt de qui de droit.

1® M. le général de Meer suivait en effet les bataillons carlistes depuis deux jours, sans cependant les avoir joints; le 23 au soir, ce général, avec la brigade de réserve, composée de trois bataillons de la garde, un bataillon de Bourbon, bataillons doubles, et

DOOITMENTS CONTEMPORAINS 429

trois escadrons de lanciers de la garde, a couché à Hurdoz (1), et Tennerci à Errera (2), c'eat-à-dir© à une lieue et demie ou deux lieues au plue. Le 24, jour de Taffaire, le vice-roi a séjourné audit Hurdoz et eat rentré le lendemain 25 à Pampelune, passant par le champ de bataille, Zubiri, etc., etc.

9? Les prisonniers ont été fusillés au moment même où ils ont été pris, sur le champ de bataille même, conformément à Tordre du jour ci- joint (3) ; tout en gémissant comme vous, mon Général, de la nécessité où je me trouve placé d'adopter de pareilles mesures, je ne pense pas que personne à ma place puisse faire autrement : comme étrangers à l'Espagne, nous sommes exceptés du traité d'échange conclu entre le prétendant et le gouvernement espagnol, par lord Ellict ; il existe à ce sujet une ordonnance de Don Carloe qui ordonne aux militaires de son armée de ne nous accorder aucun quartier ; c'est en vertu de cette ordonnance et surtout de leur inclinaison naturelle, que depuis notre entrée en Espagne les factiecux ont fusillé tous les militaires de la légion qu'ils onb faits prisonniers, en petit nombre heureusement, après les avoir abreuvés d'humiliations et à la suite des tourments les plus horribles.

En Catalogne, un détachement de trente hommes, commandé par un officier (le malheureux fils du général Dumoustier, qui, dans la garde impériale, portait le surnom bien mérité de nouveau Bayard)^ a été pris : après les avoir promenés dans les campagnes nus et la corde au cou, pendant plusieurs jours, ils ont tous péri dans les tourments, à l'exception de deux soldats qui se sont échappés par la frontière de France et sont venus nous annoncer la fin nialheiureuse de leurs camarades.

A l'affaire qui a eu lieu le 6 mars à Lussez entre deux compagnies de la légion et quatre compagnies factieuses d'une force double et soutenues par deux bataillons, huit voltigeurs qui s'étaient abandonnés à leur ardeur ont été faits prisonniers et fusillés deux jours après.

Le jour de l'affaire du 24, cinq voltigeurs faits prisonniers de la même manière ont été hrtUés vifs; quelques blessés tombés au milieu des ennemis ont été achevés impitoyablement sur le champ de bataille, à l'affaire du 24, etc.

Vous concevez, mon Général, combien de pareils actes d'atrocité, connus de tous, doivent exaspérer des soldats tels que ceux qui composent la légion étrangère, et combien il serait difficile, je dirais même dangereux, de faire des prisonniers. Dans une pareille position, il me semble que le gouvernement français devrait faire d'énergiques représentations au gouvernement de la Reine, pour réclamer de lui d'exiger de Don Carlos que la légion étrangère provenant de France, faisant partie de V armée régulière espagnole, soit comprise dans le traité fait par lord Elliot, ou que ce traité soit annulé pour tout le monde. Aucun des Carlistes ramassés après l'affaire, soit par les militaires de la légion, soit par ceux

(1) Village à Test de Pampelune, un peu au sud de Zay.

(2) Errea n'est pas porté sur la carte de Capitaine; ce village se trouve à environ 1 kilomètre au nord-ost de Zay (d'après la carte de Coello).

(3) Cet ordre du jour est la pièce n9 15.

de Don Léon Iriarte, 5ioit par les habitants, et qui m'ont été amenés, n'ont été mis à mort : ils ont tous été mis à la disposition du vice-roi, à Pampelune.

Ce que vous faites connaître au gouvernement français de la nécessité de recruter la légion sous mes ordres, et les moyens quo vous lui proposez pour arriver à ce but sont d'une haute portée et pour preuve nouvelle que rien n'échappe à de certaines capacités.

C'est surtout de la cavalerie tenant à la légion dont j'ai le besoin le plus indispensable ; le gouvernement espagnol, à (|ui je la réclame depuis que je suis en Espagne, a fait auprès de celui de France des demandes pour qu'il lui soit cédé trois cents chevaux avec lesquel:) ge formaient deux escadrons avec lee excellents cavaliers, surtout polonais, que j'ai avec moi. C'est sur ce point, mon Général, que je vous prie d'attirer l'attention de M. le maréchal Maison. Je vous ai envoyé dans le temps le projet de souscription ouvert par le général Cordova; le gouverneknent espagnol, par des motifs que je ne dois pas approfondir, a été très froid pour appuyer ce projet, qui montrait les sympathies du général en chef et de l'armée pour la légion auxiliaire française et surtout pour la nation polonaise. Dans ma légion, on s'est emparé dA cette idée; les officiers, sous-officiers et soldats, connaissant tout le prix que j'attache à cette formation, et ayant plusieurs fois reconnu la nécessité impérieuse d'avoir Vfie cavalerie à nous, se sont empressés de répondre et d'aller au delà de l'appel qui leur a été fait : d'un commun accord, ils ont tous abandonné un arriéré de solde de 1835, montant à 52.000 francs; c'est avec cette somme que j'ai commencé mon organisation. Le général Cordova m'aide 2)er8onnellemefit, mais je n'irai pas loin si les deux gouvernements ne viennent pas à mon secours.

A force d'instances et de démarches énergiques, j'ai enfin obtenu la rentrée de mon 2* bataillon ; il est arrivé avant-hier à Pampelune et vient se réunir à moi sur la ligne, le 1" avril.

Bernellk

A. E. G. y Aff. d'Esp., carton 44 (original).

Le général Bernelle au Ministre de la guerre, à Paris.

(Rapport sur les opérations de mars 1S86.)

Larrasoaiia, le 1«»* avril 1836. *

La légion étrangère française au service d'Espagne a, pé^ndant le mois de mars, continué la fortification des points principaux de la ligne de Pampelune à la frontière française et se trouve dans les mêmes positions que celles indiquées au rapport du mois de février dernier. Les villages de Zabaldica, Anchoriz, Larrasoaiia, Urdaniz et Zubiri sont retranchés et à l'abri de toute surprise de

la part de rennemi, dont les avant-postes sont en vue des nôtres depuis un moie environ. Les rebelles occupent la vallée d'Ulzama (1) au nombre d'environ 3.000, et cherchent quelquefois, mais en vain, à inquiéter nos gardes avancées et les convois venant de Pampelune.

Le 6 mars, la 5* compagnie du l*' bataillon destinée à protéger 15 tirailleurs espagnols partis de Zubiri pour aller faire des fourrages au village de Lescaros (2) (près de Zubiri) a chassé deux fois les factieux de cette position, quoiqu^ls fussent bien supérieurs en nombre; mais l'ennemi étant reparu avec quatre compagnies et appuyé de deux bataillonfi fit une manœuvre pour tourner notre troupe qui était très exposée, quand arriva à son secours la compagnie de voltigeurs du l***" bataillon, qui attaqua les rebelles à la baïonnette, ouvrit le passage à la compagnie du centre qui était presque enveloppée, et de concert ces deux compagnies prirent une position défensive. Le feu dura trois heures sans interruption et avec beaucoup d'ardeur de la part de nos soldats; la nuit seule y mit un terme. Nous perdîmes un sergent et huit hommes dont trois furent faits prisonniers et fusillés par les factieux; ceux-ci eurent plus de vingt hommes hors de combat.

Le 21 mars, le général Bemelle a fait faire une reconnaissance jusqu'à Yiacarret et placer des postes intermédiaires pour protéger l'arrivée des denrées et marchandises venant de France destinées à la subsistance ou à l'habillement des troupes de la Reine. Les communications sont donc bien établies.

Le général Bernelle a livré un autre combat avec succèu aux troupes du prétendant, le 24 mars, et dont le résultat eût été plus brillant s'il eût eu de la cavalerie, ou encore si la division de réserve commandée par le baron de Meer, vice-roi de Navarre, dont il suivait les instructions, se fût mise en mouvement, ainsi qu'il devait y compter.

D'après les avis de ce général (3) sur la marche de l'ennemi, le général Bernelle a fait partir de Zubiri à 5 heures du matin le 4« bataillon de la légion pour aller occuper les hauteurs qui dominent 06 point, et il avait prescrit qu'à la même heure cent hommes du 1"" bataillon du 2* léger espagnol ec porteraient à Fernandorena. (4) pour renforcer ce poste intermédiaire.

Le 3* bataillon de la légion était échelonné, pour empêcher le passage de la rivière enti*e Zubiri et*Urdaniz, et les commandants des autres points avaient les mêmes instructions.

Le même jour et à la même heure, le 6« bataillon de la légion et le général ont quitté Larrasoafia pour se porter sur un des points de la ligne oii l'ennemi pourrait tenter de passer, ou suivant les

(1) La vallée d'Dlzaina, partie inférieure de la vallée de Lanz (d'après la carte de Ooello).

(2) Il s'agit sans doute de Leranoz, qui, sur la carte de Coello, est un village au nord-ouest et près do Zubiri ; il est aussi porté sur la carte de Capitaine, mais au nord d'Urt«ssun I Dans son récit de la Sentinelle, (Mleville le place a à une demi-lieue de Zubiri » ; c'est là son emplacement.

(3) En interligne : u du général de Meer, vice-roi de Navarre ».

(4) Femandorena n'est pas po«rté sur les cartes; il se trouve au nordest de Zubiri, sur la chaîne. {Note de P. A.)

circoiiAtances appuyer le 4* bataillon. A peine tout était-il arrivé à Zubiri que la fusillade la plus vive se fit entendre dans la direction des hauteurs occupées par le 4* bataillon ; il se dirigea promptement vers ce point, et il comprit au bruit des détonations que Tennemi attaqué vigoureusement et repoussé se retirait sni le côté gauche du village d'Âcareta (1). Connaissant bien la position du bataillon qui était engagé; sachant en outre, d'apiès les avis du vice-roi, que la division de réserve qui avait couché à Urobs devait avancer, mouvement qui n'a pas eu lieu et on ne sait pourquoi, le général Bernelle se porta sur les hauteurs de Escharo, pour couper la retraite aux rebelles au nombre de deux bataillons (le bataillon des guides et le bataillon requêté) qui par suite des combinaisons devaient tomber en notre pouvoir, si comme il a été dit plus haut, ils avaient été suivis par la division de réserve, et que le bataillon espagnol, commandé par le colonel Iriarte, se fût porté sur leur droite. Le mouvement du général Bernelle produiftit pourtant l'effet qu'il en attendait et jeta [la terreur] dans les rangs ennemis, qui, se voyant ainsi tournés, se mirent dans le désordre et la déroute la plus complète. L'avant-garde du 5* bataillon, au pas de course dans la montagne, précédée de Tétat-major de la division, et au milieu de la neige et d'une pluie qui tombait par torrents, arriva assez à temps pour faire à l'ennemi 30 prisonniers, qui furent fusillés sur-le-champ, pour user de représailles envera les factieux qui ne font jamais de quartier aux militaires de la légion faits prisonniers.

Le 6* batailJon bientôt rallié poursuivit l'ennemi jusqu'à un ravin profond qui favorisa sa fuite, mais dans un désordre tel qu'il dénotait la défaite et la démoralisation les plus complètes; enfin dans 1* impossibilité de poursuivre l'ennemi, les 4* et 5" bataillons rentrèrent dans leurs cantonnements respectifs. La pert« des Rebelles est au moins de 200 hommes, dont 130, parmi lesquels plusieurs officiera, sont restés sur le champ de bataille.

Le chef factieux El-Rojo, qui jouit d'une grande réputation chei les siens, a été grièvement blessé, et on assure que sa blessure eii mortelle ; cette perte, d'après l'opinion des Espagnols, est grande pour l'ennemi, qui faisait le plus grand ca9 de oet homme adroit et plein de connaissances sur les localités du pays.

La perte de la légion est de 40 hommes tués et 32 blessés ; parmi ces derniers sont cinq officiers, dont Tétat ne donne aucune crainte lies factieux nous ont abandonné beaucoup d'armes, quelques ch^ vaux et des bagages.

Cette brillajite affaire a eu pour résultats : la démoralisation et la dispersion complète des deux bataillons ennemis; d'avoir vengé le bataillon d'Africa (espagnol), sur le même terrain oîi il avait essuyé un échec, et nos soldats prisonniers lâchement fusillés par Tennemi qui méconnaît tout sentiment d'humanité et les lois de la guerre.

Le 2* bataillon de la légion est arrivé le 28 mars, venant de L^ rida, après avoir parcouru les routes de Saragosse, Tafalla et Panp élu ne, où il restera deux jours avant de prendre ses cantonnements.

(1) Sans d<Aito Agorreta de la carte de Ooello, an nord d'Ydoycta, cotre Ydojeta e< Linzotn. (Xotc de P. .4.)

DOCUMENTS CONTEMFOEAINS 433

L'organisation de la cavalerie se fait avec toute l'activité possible, oeitte dernière affaire ayant fait sentir au général de quelle importance elle est dans les combats, où l'ennemi nous en oppose toujours.

Le Général commandant la division, J. Bebnelle.

A. H. (/., Aff. d'Esp., carton 16 (copie).

Le général Bernelle au général Harispe.

Quartier général de Larrasoaûa', le 15 avril 1836.

Mon Général^

Conformément au désir que vous nous avez manifesté, j'ai Thonneur de voufi adresser le résumé exact des pertes en hommes qu'a éprouvées la légion sous mes ordres, • depuis son débarquement en Espagne; j'y joins une situation détaillée par cantonnement et par portions de corps, afin que vous puissiez vous faire une juste idéo de la force réelle de ce corps et de sa situation.

Il est à remarquer que dans le nombre des déserteurs, en Catalogne et en Navarre, il y en a plusieurs qui rejoignent succèssivenient et qu'on a portés déserteurs, seulement parce qu'ils sont restés en arrière dans les différentes marches, ou qu'ils n'ont pas rejoint, après le délai fixé par leurs feuilles de route, en sortant des hôpitaux. Quelques-uns restent aussi dans les villes où on lee retient en aiteudant des escortes, soit dans les hôpitaux où ils sont entrés de nouveau; l'administration espagnole n'est pas assez bien établie pour nous tenir exactement au courant de oes mutations.

Vous serez surpris, j'en suis persuadé, mon Général, qu'un corps comme la légion étrangère, dont la composition vous est parfaitement connue, n'ait pas eu davantage de déserteurs dans la position spéciale où elle est placée depuis huit mois; connaissant l'esprit changeant de mes hommes, surtout des Italiens et des Belges, si bien nommés pieds poudreux, la crainte de la désertion a été l'une de mes plus grandes craintes, lorsque je suis venu en Espa- V K^e avec la légion composée d'hommes, qui même en Afrique désertaient en grand nombre, pour aller trouver les Bédouins, où ils étaient traités comme de vraies brutes. Aussi c'est à prévenir la désertion que je me suis principalement appliqué, en employant les moyens indiqués, justice, sollicitude, soins scrupuleux de leur faire accorder tout ce qui leur revient par les règlements, d'un côté ; de l'autre punitions sévères et exemplaires au moment où la faute a été commise. Aussi puis-je répondre actuellement que la Légion éliUDgère. 2S

434 LA LÉGION ÉTEANGèRE EN ESPAGNE

désertion est entièrement extirpée; il faut aussi obsi&ryer que des quatre-vingt-trois hommes supposés en désertion la moitié au moins ont déserté lorsqu'ils avaient commis des délits passibles d'un coijseil de guerre ; il y a plue, c'est que, depuis que je suis en E&pagne, les 60us-ofûciers et soldats qui d'abord n'y étaient venus qu'avec la plus grande répugnance, attendu, disaient-ils, que l'engagement qu'ilfl avaient contracté était pour servir la France, et non une autre puissance eans même les consulter, ces mêmes hommes ont en grande majorité, de leur pleine et entière volonté, contracté un nouvel engagement; chaque jour il s'en présente encore de dix à quinze pour cela 1

Si, comme je le désire bien vivement, le gouvernement français active par les moyens qu'il a à sa disposition le recrutement de la légion par des engagements contractés en France par des Français, je pense qu'il serait très utile de faire filer sur Saint-Jeon- Pied-de-Port, oà je les ferai prendre par des officiers et sous-officiers, tous les engagés nés étrangers qui se trouvent en ce moment soit à Pau, soit dans tout autre dépôt. Peut-être Tamalgame d'en^ gagés volontaires français avec des étrangers déserteurs et souvent pis encore produirait-elle un mauvais efEet sur nos compatriotes et en éloignerait-elle une partie. Je livre ces réflexions à votre prudenoe éclairée et à votre sagesse ; mais une vérité qui pour moi est axiome, c'est que, pour servir T Espagne efficacement et dans ses véritables intérêt», c'est aujourd'hui et non demain. Les déserteurs étrangers qui tous sont anciens soldats pourraient, dès le jour de leur arrivée, entrer en Espagne et remplacer en partie mes pertes, celles surtout occasionnées par la formation de la cavalerie, tous les cavaliers étant pris dans l'intérieur de la légion.

Dans le cas que vous approuveriez ce projet» je vous serai très reconnaissant de vouloir bien donner des ordres pour qu'il reçoive la plus prompte exécution et me faire savoir quand je pourrai envoyer chercher à Saint-Jean-Pied-de-Port ces militaires étrangers qui en ce moment sont à Pau, faisant partie du bataillon qui s'y organise.

Agréez, etc., etc.

Bigné : Le Général Bebnelle.

DOCUMENTS COXTEMPOKAINS 435

A. H. (?., AflF. d'Esp., carton 45 (copie jointe à la lettre de Benielle à Harifipe, du 15 avril 1836).

Légion étrangère.

Etat présentant l effectif dudit corps à l époque du 15 avril 1836 ai^ec la baluTice des gains et pertes en sous-officiers et soldats depuis son débarquement en Espagne,

L'effectif de Tétat-major et des 6 bataillons au débarquement à Tarragone, le 17 août 1835, était de 4.021

Débarqués à Tarragone, le 21 septembre, venant du dépôt de Toulon 329

Débaïqués à Tarragone, le 21 septembre, venant d'Alger 84

Débarqués à Tarragone, le 23 novembre, venant d'Alger 200

Détachement arrivé à Lerida* le 18 septembre, provenant des hommes engagés volontairement en France 1T7

Provenant des bataillons des chasseurs d'Isabelle II, le 3 novembre 264

Venus de France et d'Afrique et incorporés isolément 179

Total 5.254

Hommes morts sur les divers champs de bataille 117

Hommes morts à l'hôpital par suite de blessures ou maladies, passés par les armes ou condamnés à des peines

infamantes 38oJ

Hommes restés en arrière dans les différentes courses de f

la légion en Catalogne, en Aragon et Navarre et qui > 671

rejoignent peu à peu 14

Déserteurs en Catalogne 46

Déserteurs en Navarre 37

Sous-officiers promus officiers 51

Bentrée en France par congé de réforme ou libérations. 26

Kbste 4.583

A ajouter les hommes portés ci-dessus en déserteurs et qui comptent encore à l'effectif 83

Partant, le 15 avril 1636, l'effectif est de 4.666

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