‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 42 sur 106 · PC C · texte numérisé non relu

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A. H. G,, AS. d'Esp., cai-ton 41, officiers et agente en niieeion (original).

Senilhes au Bfinistrd de la guerre (extraits).

Fampelune, le 25 juillet 1837.

Monsieur le Ministre,

J'ai déjà écrit au général HaJÎepe et voua êtes instruit sans doute à l'heure qu'il eet que le général Eecalera avait affecté 20.000 piécettes à la légion sur les 125.000 qu'il a imposées à la ville de Fampelune, lors de son passage ; cette somme sera comptée aAi conseil d.'' administration dans trois ou quatre jours ; elle sera employée en bonne partie à faire le décompte des hommes libérés, qui attendent lee moyens de se mettre en route et qui grèvent sans nul profit les allocationb dévolues à la légion, ainsi que les faibles ressources dont peuvent disposer les autorités espagnoles : ces hommes sont au nombre de 240, je crois. Désormais, il ne sera plus guère possible de rien tirer de ces autorités, que le gouvernement laisse livrées à ellesmêmes sans jamais rien répondre à leurs vives et instantes réclamations : c'est donc à celui-ci qu'il faudra s'adresser pour obtenir des secours ultérieurs, et je doute qu'on parvienne à lui arradier un éou, quelles que soient ses promesses, tant qu'un emiprunt que les circonstances ne permettent pas de prévoir ne sera pas venu le tirer des embarras financiers qui Tétreignent. La situation de la légion ne peut donc que devenir de jour en jour plus critique ; les sacrifices faits par notre gouvernement ne sauraient y apporter qu'un adoiicissemcnt fort insuffisant et peut être assez mal apprécié; je crains qu'ils ne soient en pure perte, car je ne les vois pas agir sur le moral du corps comme un réactif; on les prend généralenaent au contraire docaxae une preuve de l'intention où serait le ministère français de maintenir les choses dans leur état actuel, et par suite comme un symptôme de la mort lente à laquelle seraient condamnés lee restes de la légion. Or, tout le monde attachant ici ses espérances à un changement de position ; tout le monde voulant, à tous risques et à tout prix, modifier une existence devenue à charge à chacun, il est à supposer que le moment arrivera où lee sentiments communs feront explosion et amèneront une dislocation que ma présenoe seule, avec les illusions qui s'y rattachaient, a pu retarder jusqu'ici. J'ai pris les officiers par tous les côtés accessibles ; j'ai usé près d'oux de tous les moyens qui, d'ordinaii-e, ont influence sur les esprits ; je les ai trouvés à peu près insensibles à tout devant l'idée fixe qui les domine, insensibles même à leur intérêt personnel que je leur ai présenté comme pouvant être éminemment compromis par des démarches inconsidérées : Je ne serais pas étonné que la plupart de ceux qui ont en France une des positions définies par la loi ne

priseent, oq d-éeespoir de cause, le parti de fie retirer en masse et d'aller, comme ils disent, réclamer la protection de cette loi.

Ce qui tend à entretenir et même à irriter œs dispositions, c'est que, vivant ensemble, isolés absolument des Espagnols, se contant mutuellement leui*s peines, cliacun s'exalte au récit de son camarade, à l'exposé de ses plaintes et de ses projets, et finit par se croire encore beaucoup plus malheureux qu'il ne l'est en réalité.

S'il y avait à leur tête un cheif puissant par son caractère, re> doutable par son énergie, influent par sa capacité, il aurait sans aucun doute arrêté les progrès du découragement et imposé le respect des convenances. Malheureusement M. Gros d'Avenas, honnête homme, brave militaire, n'a pas les qualités nécessaires pour acquérir et exercer, dans la position difficile où le hasard l'a placé, cet ascendant qui n'appartient qu'aux hommes supérieurs. 2Si, après avoir lu ce que j'ai déjà écrit dans mes précédentes lettres sur l'état moral du corps et avoir porté son attention sur ce qui précède, le gouvernement persiste à se maintenir dans le ttatu quo à l'égard de la légion, il serait d'une urgence icxtrême de lui donner un dief qui réunît toutes les conditions que j'ai énoncées plus haut : M. Gros d'Avenas vient de donner sa démission conditionnelle ; il faudrait qu'on pût l'accepter au plus tôt, et cela sans préjudice pour œ brave officier dont les longs et bons services méritent toute la sollicitude du gouvernement.

Si on ne prend de promptes mesures, il est à craindre que l'exemple de l'indiscipline espagnole n'agisse d'une manière fort dangereuee sur la légion ; il y a trois jours encore, le régiment d'' Afrique (1) s'est insubordonné à Pampelune, réclamant sa solde arriérée et proférant des menaces contre tous ses chefs qui cherchèrent leur salut dans la fuite. Ge mouvement fut calmé par des concessions immédiates que permit de faire le premier versement de l'emprunt forcé j mais de tels faits ne peuvent se passer impunément sous les yeux d'une troupe en proie à des souffranoee plus grandes encore, et qui n'est pas, comme la première, soutenue par le sentiment de patriotisme ou de nationalité.

Du reste, quand l'ennemi a paru sur la ligne de Zubiri en dernier lieu, le bataillon de la légion, à qui on a donné une demi-piécette par homme pour le faire marcher, s'est parfaitement conduit, et le gouverneur de Pampelune, qui remplit les fonctions de vice-roi, m'en a fait les plus grands éloges.

Je suis avec un profond respect, de Monsieur le Ministre, le très humble et très obéissant serviteur.

J. DE SSNILHSS.

(1) I*e régiment d'Afrique était une troupe espagnole. (Acte de t. A.)

DOCUMENTS C'ONTEMPOEAINS 539

Articla du journal « Ld Siècle >y

(lu 25 juillet 1837.

(Cet article est à reproduire ici, parce qu'il contient un document communiqué à ce journal par rambatsade d'Kspagne.)

On sait quel a été le sort de la légion étrangère ; ses services, pas plus que ses malheurs, ne peuvent être niés ; les réfugiée qui la compoGaient en grande partie avaient reçu l'hospitalité de la France et servi pour elle à Alger. Ils étaient devenus Français sous notre drapeau ; leurs rangs, d^aillcurs, s'étaient grossis d'une multitude de nos concitoyens, et ce sont des ofûcieirs sortis de notre armée qui les ooinmandaient ; les bulletins venus de la Navarre nous ont souvent entretenus des combats, des fatigues de cette brave légion ; mais ce n'est point seulement par la guerre qu'elle a été d^imée : les maladies, le dénuement, la misère et enfin la désertion, suite presque inévitable de tous ces maux réunis, l'ont peu à peu réduite à un bataillon incomplet et mutilé. A qui faut-il s'en prendre de ce triste résultat?

La part de responsabilité qui appartient à notre gouvernement frappera tout le monde et nous n'avons pas été des derniers à lui en demander compte. Pour la détourner de lui, ses défenseurs officiels ou officieux ont imaginé ds rejeter tous les torts sur le gouvernement espagnol. Celui-ci gravement inculpé a senti le besoin de se justifier, et, pour y parvenir plus sûrement, il a fait recueillir sur les lieux des renseignements authentiques desquels il résulterait d*une part, que les autorités espagnoles n'ont rien négligé pour diminuer les fatigues et les privations de la légion étrangère; de l'autre, que cette légion, qui n'a jamais compté plus de 6.000 hommes, en a perdu 1.510 par les désertions, et 1.376 par le licenciement.

Nous recevons de l'ambassade d'Espagne, avec prière de le publier, l'extrait d'une d/>pêche du général Iriarte, vice-roi de Navarre, datée de Pampelune le 16 juillet. Le public qui n'a oublié ni la mort de Conrad, ni les souffrances de ses compagnons d'armes, pèsera la valeur de ce document.

c( La force de la légion auxiliaire d'Alger passée au service d'Espagne Bo composait, quand elle y débarqua dans le mois d'août 1835, d'un général, un lieutenant-colonel, un major, 5 chefs de bataillon, lâ3 officiers et 4.021 soldats ; cette foTce a été divisée en 6 bataillons de 8 compagnies.

» Quand le général Lebeau prit le commandement de la légion, il ne fut suivi d'aucun renfort : le colonel Conrad amena environ 400 hommes; les augmentations que, successivement, a reçues la légion, forment, depuis son entrée en Espagne, un total de 169 officiera, 2.113 soldats, ainsi composés: 96 sergents promus au grade d'officiers : ils sont venus d'autres corps ; 1.352 soldats du dépôt, 69 employés en dehors du corps, 94 déserteurs qui ont été incorporés, 598 engagements volontaires; 12 prisonniers échangés: de manière

que le total de Teffectif de la lëjçion fut de 266 officiers et 6.134 soldats. Les diminutions qu'a éprouvées la légion dans le corps des officiers ont été : 90 ont quitté le service, 33 sont rentrés dans le régiment des lanciei's, un a passé à un autre corps, 28 sont morts, un a été fait prisonnier, 3 ont disparu. Total : 155.

» Sous-officiers et soldats : 9ô pergents ont été faits officiers, un est passé à un autre corps; 1.376 honunes ont été licenciée, leur temps fini ; 875 sont morts en guerre et dans les hôpitaux ; 73 condamnés à différentes peines ; 1.510 diéeerteurs ; 237 ont passé à la cavalerie; total: 4.199; reste 137 officiers, 1.985 soldats.

» Quand la légion sortit de Navarre à la poursuite diu prétendant, elle se composait de deux bataillons, deux escadrons, l'artil- Jcrie et Pambulance ; total : 1.710 hommes.

n A Huesca et à Barbastro elle a perdu un général, 3 officiers supérieurs, 26 officiers, 519 hommes entre morts, blessés, prisonniers et déserteurs ; 154 hommes ont été liœnciés à Berbegal à la suite de ces deux affaires.

)> La cavalerie, l'artillerie, l'ambulance et les soldats hors rangs sont restés à Saragosse et forment 8 compagnies qui suivent l'armée ; 850 hommes sont rentrés à Pampelunc.

» Fonds : lorsque la légion est entrée en Espagne, sa masse s'élevait à 196.344 fr. 42; le total de oe qui doit y être entré jusqu'à la fin de juin est de 517.540 fr. 50; il doit exister un fonds de 713.885 fr. 02 : donc 540.589 fr. 50 ont été employés en effets distribuiés à qui il appartenait.

» Il est dû aux officiers de la légion six mois de paye, et un seul mois aux soldats, ce qui forme, pour les premiers, une somme de 237.676 fr. 88 et, pour les seconds, 34.873 fr. 36.

» Les vivres ont été partout et toujours donnés aux soldats de la légion par préférence ; souvent campés avec les soldats espagnols sur le même terrain, ceux-ci ne recevaient que du pain, du lard et du vin, pendant qu'on distribuait à la légion du pain, de la viande et du vin; on a toujours cherché à diminuer ses fatigues de marche et à lui donner les meilleurs cantonnements ; et, chaque fois <|ue les chefs ont demanda un changement, on s'est empressé d'y faire droit.

» Quant aux récompenses, elles ont .été prodiguées à la légion ; le général Bemelle, ayant été autorisé à donner des décorations et des grades sur le champ de bataille, a eu la satisfaction de voir approuver tout ce qu'il a accordé à ceux qu'il en jurait dignes, et dans plusieurs faits d'armes où concouraient la légion et les troupes espagnoles, la première a reçu des récompenses^ tandis que les secondes ne recevaient que des preuves d'estime personnelle de leurs chefs (1). »

(1) De Senilhes communiqua cet article au général Harispe, dans une lettre qu'il lui écrivit de Pampelune le !•' août. Voici en quels termes il s'exprimait : (( Je vous envoie ci- joint rarticle du SièeU dont il (Iriarbe) est Tauteur, et dont je vous ai parlé hier; l«e officiers voulaient aller, en corps, donner un démenti à la plupart de ses assertions; je les en ai empêchés; mais ils se préparent à lui faire une réponse par la voie de la presse. Ces officiers, dans les circonstances où ils se trouvent, vivant dans

UOCTTkESTS CONTEHPOKAmS S41

A. H, G., AS. d*Esp., carton 44 (oopie certifiée conforme par le lieutenant-ookmel Gros d'Avenas, et jointe à sa lettre du 29 juillet 1837 ou Ministre de la guerre) (1).

Les officiers de la légion au rédacteur d'un journal.

Panipelune, le 27 juillet 1837.

Monsieur lo Kédacteur,

C'*€st au moment où nous commencions à espérer de la justice des Chambres et des sympathies de la nation la fin de notre misère» qu'un homme, oubliant ce qu'il devait à la vérité, est venu donner un démenti public aux paroles bienveillantes de M. le général Lailemand. Oet homme que nous ne qualifierons pas pour le moment, a écrit une lettre auiei plate que mensongère, lettre à laquelle nous ne daignerions pas répondre si la position de M. Dumesgnil^ vis-àrvi& le gouvernement espagnol, ne donnait pas une certaine importance à ses écrits.

Dans cette lettre adressée à M. l'ambassadeur d'Espagne (2), cet officier vante la sollicitude du gouvernement de la Bcine, sollicitude qui aurait constamment veillé sur nous, puisqu'aujourd'hui, s'il faut le croire, il nous serait à peine dû un mois de solde ; en avançant le fait, M. Dumesgnil ment effrontément avec la conviction intime que le contraire a lieu. Il ment comme un infâme, car sa lettre accuse toute une masse d'hommes honorables d'avoir trompé la con.science du Boi et des Chambres, en exagérant des privations qui auraient à peine existé. M. Dumesgnil nous a mis dans le cas de le combattre ; nous le ferons avec plaisir : en détruisant ses assertions par des faits positifs, nous démasquerons un intrigant et nous prouverons encore une fois à la France combien il nous a fallu de force et de dévouement pour soutenir de si dures souffrances.

En exécution du traité qui cédiait la légion à l'Espagne, ce corps cessait -de faire partie de l'armée fraji^aise, le 27 juillet 1835, et

Toisiveté, passant leur vie à lutter oontre le besoin et à discuter sur leur position, exercent leurs facultés dans le vide, et, torturant sans cesse leur imagination, deviennent de plus en plus ergoteurs ; ils prennent Thabitude de la polémique, et oublient le métier de soldats pour apprendre celui de clubistes. » — Senilhes à Harispe, de Pampelune, 1«' août 1837. A. H. G. y Aff. d'Rsp., cai-ton 41, off. et agents en mission (copie).

Cl) Cros d'Avenas, ayant appris la résolution des officiers de la légion cVécrire la lettre qui va suivre, en exigea une copie qu'il envoya au Ministre en lui disant qu'il en approuvait le contenu quant au fond. Le Ministre de la guerre transmit la lettre des officiers et celle de Gros d'Avenas à son collègue d^es affaires étrangères. (Le Ministre à Harispe, 11 août 1837. A, H. G,, Aff. d'Esp., carton 44, minute.)

(2) Au oomte de Oampuzana. "

542 LA LÉGION ÉrEANGÈKE EX ESPAGNE

8e trouvait ainsi à dat«r de ce moment à la <^arge de l'Espagne. Cependant il ne perçut son premier payement que le 5 septembre suivant et la «(omme qui lui fut allouée était-elle encore au-dessous de nos besoins ; plus tard, ce fut le 16 décembre, un autre acompte fut mis à la disposition du chef de la légion ; cette somme couvrait seulement les dépenses jusqu'au mois do septembre inclue. Il s'ensuivit donc une dette réelle de deux mois de solde.

La même négligence se reproduisit dans les payements suivants, ce quti occasionna un accroissement pi'ogressif de la dette, à tel point que la somme due par le gouvernement espagnol à la légion s'élève aujourd'hui à plus de 760.000 francs.

Tel e&t le chiUre vrai et exact de ce qui nous revient.

On se demandera peut-être comment nous avons pu subsister si longtemps avec des moyens ci faibles : nous répondrons qu'il existait dans nos caisses la valeur en argent des masses d)e la troupe et que force fut à M. le général Bernelle de se servir do cette dernière ressource; et ici nous repousserons de toutes nos forces les insinuations malveillantes de M. Dumesgnil. Il est faux de dire que c'est à cette opération qu'est dû l'embarras financier dans lequel nous nous trouvons ; il est infâme de laisser planer un soupçon injurieux sur un conseil d'administration qui approuva la mesure .parce qu'il était de son devoir de céder à l'exigenoe du moment, parce qu'il valait mieux risquer une forte somme que de eompiomettre l'existcnoe d-'un corps qui rendait de vrais services. Ne devait-on pas espérer d'ailleurs que le gouvernement espagnol s'acquitterait de sa dette et qu'il nous serait bientôt possible de rempl?icer la valeur des masses?

Après le départ du général Bernelle, son remplaçant, M. le brigadier Conrad, trouva de nouvelles difficultés qu'il était impossible de franchir ; car toutes les ressources du corps étaient épuisées. Il nous fallait donc vivre d'expédients ; des dettes furent contractées envers des négociants de Pampelune, ce qui donna les moyens de payer quelques jours de solde à la troupe. Cependant l'embarras augmentait tous les jours ; il n'était pas possible de résister plus longtemps à la sollicitude oublieuse du gouvernement espagnol ; M. le brigadier Conrad se résolut enfin à une démarche.

Ici commence l'histoire des intrigues de M. Dumesgnil : cet officier, qui avait quitté la légion sous le général Bernelle, venait de rentrer au corps; il sut profiter du moment et obtint de M. Conrad, à force de paroles, de dévouement et de bassesses, d'être envoyé auprès du gouvernement de la Beine.

Il avait pour mission de peindre aux ministres «espagnols le fâcheux état de notre position ; il devait auBsi provoquer des secours d'argent pour le corps et des récompenses que plusieurs d'entre nous avaient dignement méritées «ur le champ de bataille. C'était là le but du voyage de M. Dumesgnil; a-t-il été atteintt Cet officier peut seul répondre à cette question ; seul il a obtenu de sa mission honneurs, décorations, grades et argent; seul, il a retiré de vieux et éclatants services les récompenses qui ne lui appartenaient pas : car il n'avait pris aucune part à nos travaux, car il avait toujours su éviter et les périls et les privations. Quels sont les moments où Dumesgnil s'est trouvé parmi nousî Au

commencement do la guerre, époque où la misère no pesait pas encore de ses mille maux. Quels sont les dangers qu'il a courue? Il a assisté à deux combats^ et noufi serons assez indulgents pour ne parler ni de son courage, ni de ses talents militaires. A-t-il donc le droit de s'établir juge de nos souffrances, celui qui ne les a pae connues I Est-il resté comme nous un des derniers sur la brèche et peut-il parler de cette agoniia ()hysi(|ue et m'oraJis sous laquelle nous devons succomber 1

Peut-il être une autorité, l'homme qui a calomnié son bienfaiteur le général £ernelle« chef dont les soldats ont conservé un brillant souvenir, parce que lui, M. Dumesgnil, commandant un bataillon^ s'est montré incapable sur le champ de bataille de Tirapegui. Cet officier est un de ces hommes sans consistance aucune qui ont beeoin poux vivre de jeter sur leur passage l'intrigue et l'infamie.

M. Dumesgnil a voulu se servir de nous comme d'un piédestal : qu'il y prenne garde, nous ne sommes pas d'humeur ni à supporter ses injrtirieuses assertions, ni à le prendre pour notre chef : qu'il cbaisifise d'autres soldats que nous! Ailleurs, il pourra trouver des iiommes plus faciles ; ici il ne rencontrera que haine et méipris. Pouvons-nous lui vouer un autre sentiment, nous qui l'avons vu l'apôtre de l'indiscipline, nous qui avons résisté à ses insinuations lorsqu'il prêchait la révolte contre le général Bernelle. Pouvonsnous compter sur la probité d'un officier qui fait désapprouver par un député à qui il a communiqué des renseignements les moyens de répression et un système de discipline que lui seul avait contribué à faire établir. M. Dumesgnil a agi comme un infâme et un fourbe ; il a menti à ses antécédents et à ses devoirs ; il a oublié des intérêts qui devaient lui être sacrés; il les a sacrifiés quand il a cru pouvoir tirer un avantage de leur sacrifice. Voilà l'homme cependant qui se fait l'organe, qui se dit l'agent de la légion ; c'est à lui que nous devons la continuation de notre agonie; car nous n'en doutons pas, elle aurait cesse depuis longtemps sans la lettre adulatrice qu'il a adressée à l'ambassadeur d'Espagne. Tels sont nos griefs contre M. Dumesgnil : nous venons de les exiposer dans une lettre bien longue ; mais nous espérons trop de votre bienveillance pour ne pas compter sur une entière publication : il s'agit ici pour noue d'une question d'avenir.

Recevez, Monsieur le Rédacteur, etc., etc.

Mallet, chef de bat. ; de Noue, chef de bat. ; Du- MONTEZ, major; Chenevard, capitaine trésorier; BoBTTO, It. ; Taeseac, It. d'ét-maj. ; Picot de Mokas, capitaine, membre du C*" d'Ad" ; Poulain, It. ; Lbveay, s.-lt. ; Reisch, capitaine ; Compèee, capitaine payeur ; de Douhet, It. ; Azan, s.-lt. ; Blansey, s.-lt. ; Qault, capitaine d'état-m. ; Hur- FORD, It. ; Hacquet, capitaine ; Gignoux, It.; Jules Bernelle, It. adj. -major; Cuny, s.-lt. ; Semer, s.-lt. ; Grant de Vaux, s.-lt. ; Scalabrino, s.-lt. ; TouFLET, It. ; Deletra, capitaine ; Luscher, cap. ; DE GuYON, s.-lt. ; Dreux, s.-lt. ; Pfandler, It. ; Bernelle Eugène, s.-lt. ; Constant, It. ; Gui- NODIE, 6.-lt. ; Eichacker, ch.-m. ; Barbey, It. ;

Landry, s.-lt. ; Fbbotti, It. ; Imsb, capitaine ; Cahen, It. ; Chariatte, capitaine ; Bravard, s.- It. ; L.\OARD£, s.-lt ; Borilacki, capitaine; Schmac- KER, 8.-lt. ; Destbz, 8.-1 1. ; Masson, it. ; Bbttini, 8.-lt. ; ÂLLEORE, It. ; Aneth, capitaine ; Favella It. ; WiERZBiNSKi, capitaine ; Jules Bbrnelle, s. It. ; Bendlé, 8.-lt. ; Bbrbet, s.-lt. ; Pbllet, It. Cletïb, It; ScHMiDT, It.; Courvoisier, s.-lt.; Clé ment, It. ; Buchel, s.-lt. ; Bourdilliat, capital ne; Iwangzrwbki, capitaine; Studingkr, capitai ne ; Monti, s.-lt ; Ferdinand, U. ; Schlbck, It MoNOTN, capitaine ; Courtois, capitaine ; Teckbl, s.-lt. ; Lemonnier, It. ; Cbccaldi, s.-lt; Guedin, It. Desjardins, It. ; Emile Bon, It. ; Dumont, a.-lt. Lehr, B.-lt ; Alvino, s.-lt ; Mogilnicei, s.-lt Damian, It, adjt-m. ; Reisch, It ; Rebibso, 8.-lt FoROT, It. ; Becker, s.-lt ; Bernelle, capitaine adjt-m., membre du C~' ; Pfersdorff, capitaine Gnone, capitaine M. d. C***; Peralo, s.-lt. ; Binder, It. ; Urbain, s.-lt

Certifié conforme à l'original :

Le Lieutenant colonel commandant la légion étrangère^ Cros d'Avenab.

Archives espagnoles de Segovie. Liasse : légion étrangère (original).

Les officiers de la légion française au Ministre de lu guerrOi

à Madrid*

[Les parties brûlées sont reprô-eatées par des crocbeU, les parties Illisibles par des r oints ; les noms doal ridentifleatlon ou la iecturo est douteuse sont suivis d'ua point d'interrogation] (1).

Pampelune, le 8 août 1837.

Exoellence,

Les officiers soussignés de la légion étrangère au service de Sa Majesté Catholique prennent la respectueuse liberté d'exposer à Votre Excellence qiie depuis longtemps ils attendent avec anxiété que Sa Majesté daigne prendre une détermination à Tégard des

(1) Une copie conforme signée par le lieutenant^oolonel Cix>s d'Avenas et existant aux A. H. G. a permis de ooimpléter entièrement le texte; mais cette copie porte : (( Suivent les signatures de 80 officiers de la légion étrangère », tandis que l'original porte effectivement les signatures {Note de P, A.)

débris de la siifidite légion, que la force numérique et surtout l'état de découragement complet des officiers, sous-officiers et soldats mettent dans r impossibilité absolue de rendre désormais aucun service à TEtat.

N'ayant jusqu'à ce jour reçu aucune réponse aux nombreuses et justea réclamatfons qui ont été adressées, soit à S. M. la Reine, soit à son gouvernement et la position insupportable dans laquelle se trouvent placés les officiers soussignés leur impose le devoir d'informer Votre Excellence que si, persistant dans son abandon à l'égard de la légion, le gouvernement de Sa Majesté n'a pas statué sur le sort des militaires dont elle se compose d'ici au 10 septembre prochain, ils déclarent qu'à cette époque ils se considéreront entièrement déliés de toutes obligations envers le gouvernement de Sa Majesté Catholique ; qu'ils considéreront son silence comme l'acceiptation formelle de leur démission du service et que sans autre avis ils se croiront légalement autorisés à rentrer en France pour y faire collectivement auprès du gouvernement français la réclamation de leurs droits, tant sous le rapport de leur position militaire que sous celui de l'arriéré considérable de solde qui leur est dû.

Les soussignés ont également l'honneur d'informer Votre Excellence qu'une copie de cette lettre est adressée au gouvernement de S. M. le Roi des Français, afin qu'il n'ignore podnt que ce n'est qu'après avoir épuisé tous les moyens imaginables qu'ils se sont vus dans la pénible nécessité de recourir à ce dernier.

Ils ont l'honneur d'être avec le plus profond respect De Votre Excellence,

Les très humbles et très obéissants serviteurs.

De Noue, chef de bataillon ; Cousandieb, major ; J. Bernelle, capitaine adjudant-major ; Lus- CHER, capitaine de grenadiers; Aneth, capitaine de voltigeurs ; Gignottx, lieutenant de grenadiers; Bassin, capitaine ; Emile Bon, Boetto, lieutenants ; Imer, capitaine ; Jh. Tarseac, lieutenant état-major ; Perotti, lieutenant ; Flory, souslieutenant ; Landry, sous-lieutenant ; De Moras, capitaine ; L. Blansby, sous-lieutenant ; H. Le- VRAY, sous-lieutenant ; Lehr, sous-lieutenant *, Lagarde, sous-lieutenant ; Des Jardins, lieutenant; Bravard, sous-lieutenant; Azan, sous-lieutenant ; Hacquet, capitaine ; De Guyon, souslieutenant ; A. Barbey, lieutenant ; Destez, souslieutenant ; Peralo, sous-lieutenant ; J.-M. Clette; g. Goffour Degroot, capitaine; Rembel, sous-lieutenant ; Allègre, lieutenant ; Russel ; CuNY, sous-lieutenant ; Cahën ; Jules Bernelle, sous-lieutenant ; Cochois, sous-lieutenant ; Dreux, sous lieutenant ; Dumont, sous-lieu tenaut ; Fo- ROT, sous-lieutenant; A. Masson, lieutenant ; J. Bernelle, adjudant-major ; Roi, lieutenant ; Va- RiKER (?), capitaine ; Constant, lieutenant ; Schumacker, sous-lieutenant; Guedin; Peigonny (?); Légion étraDgère. 35

546 LA LÉGION £tAANGÈ£E EN ESPAGNE

Pfandleb, lieutenant ; E. Touflet ; Urbain ; Pio Red (î), major; Pruchel, (?); Coxtrvoisier ; Bendle ; Clément, lieutenant ; Pellet, soua-lieutenant ; Beeset, lieutenant ; Bambero, lieoitsnant ; Studinobr, capitaine; Schmeer, lieutenant; P...' capitaine ; Paw[. . .] ; Ferdinand, lieutenant ; MoNOiN, capitaine ; Bourdilliat, capitaine ; Mon- Ti, sous-lieutenant; Guinodie, sousr-lieutenant ; Lambert, lieutenant; D.-A. Oeccaldi, eoue-lieutenant; L. Combioe (?), capitaine; [ ];

GuEN... ; E. Bernelle, sous-lieutenant; H. Meylan ; Becker.

Â. H. G., Aff. d'Esp., carton 20 (original).

Ferrary au Ministre de la guerre.

Villaba, près Pampelune, 5 heures du soir, le 23 août.

Monsieur le Ministre,

J'ai l'honneur de vous rendre compte des événements qui viennent de se passer.

Les premier et second bataillons dea tiradores d'Isabelle seconde ainsi qu'un escadron fort de sept à huit cents hommee sous les ordres du colonel Léon Iriarte, ont quitté leurs cantonnements de Zizur- Mayor et Menor entre 9 et 10 heures du matin, se sont présentés dans le plus grand ordre à Tune des portes de Pampelune, ont forcé et arrêt.<^ la garde, et se sont établis militairement dans Tintérieur de la ville après s'être emparés de tous les postée.

Les autorités de la ville ont été appelées à ee réunir sur-le-champ à la Municipalité (1), soi-disant par ordre des sous-ofôciers de ces bataillons. Les autorités de la ville réunies ont fait appeler M. le colonel Iriarte ainsi que les officiers supérieurs des tiradores et les chefs dea corps composant la garnison pour les prier de leur donner des explications sur ce qui venait de se passer.

M. le colonel Iriarte ainsi que les deux chefs do bataillon des tiradores répondirent qu'ils n'étaient nullement responsables de ce qui se passait. Ce matin, ont-ils dit, à la prise d'armes les sous-officiers signifièrent aux officiers supérieurs ainsi qu'aux officiers du corps qu'ils étaient en état d'arrestation, mais qu'ils allaient leur rendre le commandement à condition qu'ils les conduiraient à Pampelune pour se faire payer leur arriéré de solde; dans cet état de choses et pour éviter les désordres, les officiers auraient repris le

(1) C'est-à-dire à l'Hôtel-de^Ville. (A'ofe de P. A.)

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commandement et conduit les bataillons à Pampelune ; du Teste, ont-ils ajouté, de plus amples explications pourront être données par le corps des sous-officiers.

On fit ansBitôt appeler les sous-officiers de ces bataillons, qui se présentèrent en ma^e devant les autorités avec iine arrogance inconcevable. Interrogée par elles, ils répondirent unanimement que ce mouvement avait eu lieu vu leur état de détresse, et que sur trois mois qui leur étaient dus, ils se contenteraient d'être payés d'un seul, et maintiendraient le bon ordre. Les autorités consentirent à cette demande, mais ce n* était pas là le but des sous-officiers; ils sortirent, et, quelques instants après, une nouvelle députation se représenta en disant qu'ils n'avaient nullement confiance dans les autorités qui commandaient à Pampelune, qu'ils voulaient ks démettre de leurs fonctions et en nommer de leur choix ; en effet, ils réunirent tous les pouvoirs d^ans les mains de M. le colonel d'artillerie Lapeigna (1). Pendant' que cela se passait à la maison de ville, des patrouilles de tiradores nommées ad hoc furent arrêter dans leurs domiciles respectifs plusieurs personnages respectables de la ville, entre autres le général Sar&field. Quelques instants après, le nouveau gouverneur, ayant pris suf lui de répondre aux demandes des tiradores, obtint de faire mettre en liberté les personnes arrêtées. Au moment où ces personnes rentraient chez elles, plusieurs furent assassinées, entre autres le général Sarsfield au milieu de la place de la Constitucion, et le colonel Mendivil chez lui. Dans rintervalle de cette scène tragique, une nouvelle députation des «ous-officiers de tiradores se présenta de nouveau aux autorités réunies à la maison de ville, dirent qu'ils exigeaient des conditions toutes autres que le paiement de leur solde, et qu'ils avaient chargé une commission de rédiger les articles d'un nouveau système de gouvernement. Le désordre étant devenu général, une partie des autorités rentra chez elle.

Dans œt état de choses, et après avoir moi-même assisté à toutes les réunions des autorit<és civiles et militaires espagnoles, j'ai réuni les débris de la légion dans les environs de Pampelune en m' adressant au chef supérieur qui commandait à Pampelune, afin de mettre ma troupe à sa disposition pour le bon ordre et la tranquillité. M. le gouverneur m'ordonna die garder mes cantonnements afin de mettre la ville à l'abri d'un coup de main que l'ennemi pourrait faire après ce désordre.

Il paraît, Monsieur le Ministre, que ce mouvement e^t dirigé par les chefs supérieurs et tout à fait dans le sens des exaltés qui veulent déclarer la province indépendante, ce qui fait que je resterai avec les débris de la légion l'arme au bras sans prendre aucune part dans cette insurrection, entre le parti de la Reine et celui des exaltés, et attendant vos ordres.

(1) Le capitaine Bazaîne écrit : « Le colonel Peiia » dans sa lettre du 29 août; une proclamation de (( La junta superior de Navarra » du 31 août porte comme première signature : <( Luis Garcia Piiïa » ; enfin une proclamation do même jour faite par le gouverneur militaire de Pampelune aux troupw» de la garnison est signée : « El gohernador : Pifia ». A, E. 6?., Aff. d'Esp., carton 20.

J'ai rhonneur d'être avec im profond respect, de Monsieur le Ministre, 1© très humble et dévoué serviteur.

Le Lieutenant- Colonel commandant les débris de la légiorii

Ferbary.

A. M, (?., Aff. d'Esp., carton 20 (original).

Ferrary au Ministre de la guerre.

Yiliaba, près Panipelune, le 27 août 1837.

Monsieur le Ministre,

J'ai rhouneur de vous adresser les détails de la suite des événements qui ont eu lieu à Pampelune.

La nuit a été aesoz tranquille, la ville fut continuellement illuminée ; sept ou huit personnes pourtant furent encore égorgées ; le calme règne aujourd'hui dans la ville. J'y suie allé oe matin pour donner avis à M. le colonel d'artillerie Lapeigna (1) que Ton venait de découvrir l'ennemi, que les factieux garnissaient la crête des montagnes situées en face de Pampelune, et afin de prendre les mesures nécessaires à la sûreté générale. C'est alors que M. le colonel Lapeigna me dit verbalement et officiellement que la province s'était déclarée indépendante ; que, désormais, elle s'administrerait seule et dirigerait elle-mé^me les opérations militaires, mais qu'indirectement pourtant elle reconnaîtrait le gouvernement de la Beine ; que, de plus, tou« les pouvoirs civils et militaires venaient d'être, sans sa participation, réunis dans ses mains, et qu'enfin la province allait se joindre à toutes celles qui avaient précédé ou allaient suivre son mouvement. De fortes contributions sont levées en ce moment même à Pampelune afin de solder une partie de l'arriéré de la troup?. On a fait une distribution d'effets et d'argent aux tiradores, qui sont ensuite sortis de la ville et ont été chasser les troupes factieuses qui ont promptcment battu en retraite.

Quant à moi. Monsieur le Ministre, n'ayant voulu dans cette circonstance jouer d'autre rôle que celui commandé par l'honneur et le devoir, et ne prêter en cas de besoin assistance quie pour l'ordre et la tranquillité, je suis resté renfermé dans Villaba après y avoir réuni les débris que je commande ainsi que tous les officiers, et j'ai veillé à ce que Tennemi, qui paraissait avoir connaissance de oe qui se passait à Pampelune, ne profitât pas du désordre d'un pareil moment pour tenter d'entrer dans la place, et venir changer ainsi cette scène en une <>oène bien plus sanglante encore. J'ai réussi en

(1) Pifia. (Note de P. A.)

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cela et je crois, Monsieur le Ministre, avoir dans cette circonstance, ainsi que tous mes officiers, dignement rempli ma tâche, et satisfait à rhonneur du nom français que nous représentons en E&pagne et dont nous avons établi la gloire au prix de tant de sang. Maintenant, Monsieur le Ministre, les officiers de la légion se demandent si envoyés par le Boi et la France pour soutenir le trône constitutionnel d'Isabelle seconde, on les laissera à la solde de la junte révolutionnaire de Navarre.

Au départ de ce rapport, le bruit court que le brigadier Iriarte, vice-roi de Navarre, à la tète de la division de la Ribera, menace de revenir à Pampelune afin de châtier les mutins des bataillons de tiradores, ce qui est cause que ces bataillons sont rentrés à Pampelune, s'y sont établis militairement et veulent s'y défendis en cas de besoin.

Pour moi. Monsieur le Ministre, toujours dans l'inaction et attendant vos ordres, j'ai l'honneur d'être avec un profond respect de Yotie Excellence le très humble et très obéissant serviteur.

Le Lieutenant-Colonel coînmandant les débris de la légion^

Ferrary.

A S. £. Le Ministre de la guerre,

J'ai l'honneur de prévenir Monsieur le Ministre que j'ai constamment envoyé et que j'enverrai toujours un duplicata des rapports que je lui adresse à M. le lieutenant général comte Harispe, commandant la 20" division militaire à Bayonne.

A. H. (?., Aff. d'Esp., carton 41 : officiers et agents en mission (original joint à la lettre de Senilhes au Ministre, du 2 septembre 1837).

Basaine à Senilhes*

Pampeiune, 27 août 1837.

Mon Colonel,

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 25, et de vous remercier de toute la force de m^ cœur des sentiments bienveillants que vous voulez bien me témoigner : comptez sur la reconnaissance d'un jeune homme qui, depuis qu'il est entré dans le monde, n'a aimé qu'un seul homme, le brigadier Conrad ; vous aussi, mon Colonel, vous l'eussiez et l'avez regretté sincèrement; je me rappelle notre première entrevue après ce funeste événement ; vous me rendîtes fier de moi quand vous me dîtes que j'étais le plus bel héritage du général; cet héritage, mon Colonel, ne consiste pa« dans un dévouement sans bornes que je lui avais voué, que je

VOUS offre tout entier, malgré que j'aie juré il y a peu de temps que je ne m'attacherais jamaia aux hommes ; c'est un serment d'enfant qui tombe devant vos bontés.

Je suis eontent que le Ministre ait accordé votre juste demande ; mais je suis triste qu'il n'ait pas fait attention à moi ; de toutes manières je resterai au poste que vous m^avez confié jusqu'à nouvel ordre do votre part, et je me consolerai en pensant que je puis voua rendre quelques services.

Je serai très exact dans ma correspondance, et je me conformerai à ce que vous me prescrivez.

J'espère que vous aurez reçu mes lettres des 25 et 26, et d'après tout ce qui vient de se passer, je crains que votre brevet ne soit pas en sûreté avec le courrier; j'ai donc différé de vous l'adresser ; mais je saisirai la première occasion pour vous le faire parvenir.

La tranquillité commence à renaître ; mais cependant on est toujours sous l'influence do l'émeute militaire qui, plus j'en connais les détails, n'est pour moi qu'un mouvement mercantile (1) et malheureusement sans nationalité : il n'y a pour cela qu'à considérer la composition des tiradores, car la troupe de ligne est restée froide, et l'est encore ; la peur a fait agir les gardes nationaux, qui sont encore tout étonnés de ce qui est arrivé ; on ne sait pas quelle direction à donner à oe mouvement, quel en est le but. On a délivré aux tiradores seulement dea vestes, des souliers, des chemises et six semaines de solde arriérée; sont-ils contents, l'anarchie oesoera^t-elle ? C'est ce que je ne crois pas.

Dans oe moment, ce qu'il y a de plus clair, c'est qu'on épuise les ressources en argent, on gaspille les vivres; le crédit à l'étranger est totalement mort; que va devenir ce parti dans six semaines?

La position des officiers en mission devient de plus en plus critique, quel rôle doivent-ils jouer ? Ils ne peuvent cependant pas obéir à des autorités nommées par des révolutionnaires ; si le gouvernement ne prend pas une mesure, il semblera protéger les mouvements.

Les officiers, malgré tous les ordres qui ont été donnée, ce sont obstinés à rester en ville ; heureusement que notre tour n'est pas encore venu ; mais patience, nous ne sommes pas au bout : il ne faut qu'une étincelle provoquée par quelque enragé de Madrid, ou quelque vieille haine de V indépendance ou de SS (2).

Agréez, mon Colonel, les vœux que je forme pour que vous jouissiez d*une borne santé, et que vous soyez heureux pendant votre séjour dans notre belle France.

À. Bazaine.

Je vous remercie beaucoup de l'offre que vous me faites de manger chez vous ; ma pension est arrêtée pour quelque temps encore.

Je vous ai écrit les 21, 22, 23, 24, 25 et 26; comme vous ne m'accusez réception que de deux lettres, je crains que les autres ne vous soient pas parvenues.

(1) Les mots de cette lettre en italique figurent dans l'original en langage chiffré. (Note de P. A.)

(2) Chiffres non traduits. (Note de P. A.)

A. H, G., Aff. d'Bip., carton 20 (copie).

Harispe à Ferrary.

Bayonne, le 28 août 1837.

Je vous remercie de rempressement que vous avez mis à me transmettre la nouvelle du triste événement de Pampelune; j'approuve complètement la conduite que vous avez tenue dans cette circonstance.

Appelez autour de vous tous les officiers et tous les soldats de la légion, tâchez de les placer autant que possible dan^ un seul cantonnement afin d'avoir toute votre petite troupe sous la main. Exercez la plus grande surveillance de manière à ce que vos soldats ne soient travaillés par aucun parti et qu'ils ne servent d'in£trument à aucune passion politique. Vous ne reconnaissez en Espagne qu'un seul ennemi, c'est D. Carlos.

Si donc les restes de la légion étrangère se trouvaient trop exposés aux influences qui doivent encore agiter Pampelune; si vous pensiez même qu'il ne vous soit pas possible de vous rendre maître do votre troupe, vous la réuniriez et la conduiriez à Roncevaux et je prendrais alors les ordres du Ministre.

Comte Harispe.

A. H. G., Aff. d'Esp., carton 20 (origioan.

Ferrary au Ministre de la guerre.

Villaba, près de Pampelune, le 30 août 1837, 3 h. du soir.

Monsieur le Ministre,

J'ai Tbonneur de vous faire connaître Tétat de Pampelune après les événements précédents.

La ville est tranquille; mais elle est constamment occupée par les tiradores. Des impôts levés sur les habitants, on a payé les troupes formant la garnison de Pampelune (la légion seule en a été exceptée, malgré qu'il soit dû huit mois aux officiers et près de trois mois à la troupe). Envers et contre tout, les débris que je commande ont jusqu'à présent fait leur devoir ; mais l'état épouvantable de détresse et l'oubli complet dans lequel le gouvernement laisse ces malheureux restes de six bataillons, après tant de services et de combats, joints à la fausse et si dangereuse position dans laquelle

le gouvernement les lai693 placée aujourdliiii, peuvent d'un moment à l'autre les forcer à rentrer en France, si on n'y ax)porte un prompt remède, pour se placer bous la protection du gouvernement français.

J'apprends à l'instant qu'un des membres de la nouvelle junte de Navarre vient de partir pour Madrid.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monsieur le Ministre, de y. E. le très humble et très obéissant serviteur.

Le Lieutenant -Colonel commandant lez débris de la légion,

Fbbrabt.

Archives du général comte de Noue (brouillon) (1).

Ferrary an Ministre de la guerre espagnol, à Madrid.

Villaba, près Pampelune, le 30 août 1837.

Excellence,

J'ai l'honneur de porter à votre oonnaissanoe le récit succinct des événements qui viennent d'avoir lieu à Pampelune, événements dont Votre Excellence sera déjà sans doute informée, et qui ont rendu très critique la position de la légion qui dans cette circonstance comme dans toutes celles qui pourraient se présenter n'a pas voulu transiger avec son devoir, et s'est conduit comme elle devait le faire et le fera toujours. Faible, malheureuse et presque anéantie, la légion que j© commande sera pourtant toujours digne d'elle et de ses antécédents, et V^tre Excellence peui compter sur elle en toutes circonstances tant qu'il s'agira de l'honneur, du courage, du devoir et du dévouement à la cause constitutionnelle d'Isabelle seconde.

En l'absence du vice-itoi, deux bataillons de tiradores se présentèrent le 26 au matin, à l'une des portes de Pampelune, s'en emparèrent après avoir désarmé la garde et s'établirent militairement dans la ville. Les sous -officiers paraissaient diriger le mouvement. Dans la journée toutes les autorités furent changées et tous les pouvoirs remis à M. le colonel d'artillerie Lapefia (2).

Quelques excès furent commis. La province fut déclarée indépendante. Quant à moi, ne voulant faire servir ma troupe en cas de besoin qu'au maintien du bon ordre et de la tranqtiillité, j'avais rassemblé à. Villaba et dans les environs les débris de la légion, pensant que l'ennemi, qui pouvait être instruit de ce qui se passait à Pampelur.e, pourrait aussi se présenter pour tenter un coup de

(1) On ne peut affirmer que cette pièce ait été envoyée. {Note de F' ^')

(2) Pina. (Note de P. A,)

main, et qu'avanfc tout je devais veiller au salut de la place afin d'éviter de plus graads malheurs.

Mes prévisions ne tardèrent pas à s'accomplir : le 27 au matin rennemi couronnait les hauteurs de Pampelune. La légion que je fis tenir «tous les armes Tempêcha par sa contenance de rien entreprendre. J'en fiA de suite donner avis à Pampelune, et les bataillons de tiradores, après être sortis pour chasser l'ennemi qui battit promptement en retraite, rentrèrent immédiatement en ville. De fortes sommes levées sur les habitants ont été partagées entre les troupes ; la légion seule jusqu'à présent a été exclue de ce partage et n'a rien reçu. Les deux cent soixante-cinq mille réaux promis et annoncés à la légion, et pour lesquels j'ai déjà reçu plusieurs lettres d'avis de Madrid, non seulement ne sont pas encore arrivés, mais aucun indice, aucune certitude ne peuvent même faire prévoir si je les recevrai.

Pour moi, je renouvelle à Votre Excellence que les débris que je oommande seront aussi fermes dans leur devoir que dévoués à la cause constitutionnelle d'Isabelle seconde; mais l'état de détresse et l'oubli complet dans lequel le gouvernement laisse ces malheureux restes de six bataillons, après tant de services et de combats, joints à la fausse et si dangereuse position dans laquelle ils se trouvent maintenant placés, peuvent d'un moment à l'autre, si les ordres et les soins de Votre Excellence n'y apportent un prompt remède, les forcer à rentrer en France pour se placer sous la protection du gouvernement français.

C'est donc en attendant les ordres de Votre Excellence que j'ai l'honneur d'être son très humble et obéissant serviteur.

Le Lieutenant-Colonel commandant les débris de la légion^

Febrary.

.4. E, G., AS. d'Esp., carton 20 (copie).

Bazaine à Harlspe.

Pampelune, le 31 août 1837.

MM. Gurdin, lieutenant, et Bravard, sous-lieutenant, ont été assassinés à 11 heures dans la nuit du 30 au 31 au moment où ils rentraient chez eux: le 1"" a été frappé de quatre coups de couteau et n'est pas encore mort, le 2® en a reçu un seul et est mort quelques instants après ; une patrouille de garde nationale est heureusement arrivée sur les lieux de cette triste scène au moment où les meurtriers poursuivaient M. Gurdin ; elle fit feu, en tua un et s'empara de 7 hommes (3 tiradores et 4 soldats d'Afrique).

Si M. le lieutenant-colonel Ferrary avait' mis un peu plus de fer-

mbt6 pour faire exécuter l'ordre qu'il avait donné le 26, oe malheur ne serait pas arrivé. La vaille, je lui conseillai de donner <ud ordre du jour, qu'il aurait plus de force qu'un ordre verbal, et qu'au moins il serait à couvert si quelque chose arrivait; il n'en fit rien. Aujourd'hui il a été obligé de le faire et tous les officiers ont obéi sans exception ; aussi toute la légion est réunie et cantonnée à Yillaba et Huarte.

Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous en instruire dans ma lettre du 29, les bataillons qui occupent la ligne de Yal Carlos à Pampelune ne reconnaissent pas le nouveau pouvoir établi ici ; ils se sont mis en communication avec M. le brigadier Iriarte qui est toujours à Artajona par Lumbier.

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint la proclamation du gouverneur do Fampelune aux troupes ; elle a été publiée et affichée ce soir à 6 heures.

C'est presque un acte de repentir; il est de fait que les troupes ne paraissent pas vouloir les seconder ; je ne vois pas comment ils pourront se tirer de ce mauvais pas. Les officiers des tiradores ont tous signé une déclaration par laquelle ils s'engagent à supporter les conséquences qui pourront être la suite de ce qu'ils ont fait et de ce qu'ils feront; les sous<officiers ont également fait le même serment ; quant aux soldats, ils sont disposés à tout.

Beaucoup de bourgeois ont demandé des passeports pour France ; on les accorde k certaines conditions : de laisser quelqu^un .pour payer les contributions, et une autre personne pour garder la maison, qui doit avoir les effets et ustensiles nécessaires pour que l'on puisne y loger la troupe. Les églises et les boutiques ne sont pas encore ouvertes. Les portes de Pampelune à l'exception de celle Saint- Nicolas (direction de Tafalla) sont toujours fermées. L'ennemi avait hier deux bataillons et quelques chevaux à Echauri.

On ne sait rien du prétendant ni de Zaratiegui : la légion n'a pas encore reçu d'argent : les hommes sont tranquilles ; mais je crains que les discussions ne recommencent et dans ce cas les officiers courent grand risque de faire faction s'ils ne veulent pas recevoir la visite de MM. les factieux.

Signé : Bazaine.

A. E. G., Aff. d'Bsp., carton 20 (original).

Ferrary au Ministre de la guerre.

Viliaba, près Pampelune, le !•' septembre.

Depuis ma dernière lettre, la tranquillité paraît se rétablir à Pampelune; les autorités composant la junte de Navarre sont en pourparlers avec les chefs qui commandent les différentes colonnes

christines occupant Oroos-Mourryii et autres villages, aûn de fi'eatendre sur le nouveau régime gouvernemental qu'ils veulent donner à la province. Le général Carondelet, récemment nommé vice-roi de Navarre, est arrivé à Artajona où se trouvait le brigadier Iriarte, gouverneur de Pampelune ; les troupes de ces deux généraux ont quitté ce cantonnement pour occuper ceux que je viens d'avoir l'honneur de vous faire oonnaître.

Les bataillons de tiradores occupent toujours Pampelune et, quoique les débris de la légion renfermés dans leurs cantonnements de Yillaba et Huarte soient toujours restés étrangers à ce mouvement, deux officiers français de la légion (MM. Bravard et Gurdin), qui se trouvaient à Pampelune dans la journée du 30 août, ont été assassinés dans les rues : le 1*' est mort et le 2fi dangereusement blessé.

Quant à l'état de détresse, mon Général, il est toujours le même et jusqu'à présent la légion n'a rien reçu ; mais au !•' payement 160 à 180 soldats libérés seront immédiatement dirigés sur Franoe. Le gouverneur vient do mettre en liberté 21 hommes de la légion qui étaient aux galères, 19 seulement partent pour la France munis d'un passeport qui leur a été délivré.

C'est toujours en attendant vos ordres, Monsieur le Ministre, que j'ai l'honneur d'être de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur.

Le lAeutenant'Colonel commandant les débris de la légion,

Fbbeary.

A. H. G., Aff. d'Esp., carton 41 : officiers et agents en mission (original).

Senilhes au Ministre de la guerre.

Cour-Cheverny, près Blois (Loir-et-Cher), le 2 septembre 1837.

Monsieur le Ministre,

Je m'étais absenté de Pam^pelune lors du départ die M. le sousintendant Behaghel, (par suite de l'autorisation que voua aviez bien voulu m'en donner : M. le général Harispe voius a informé de mon arrivée près de lui. Ainsi que je l'avais exprimé, je comptais rester sur noire frontière, où j'avais à la fois la facilité de (prendre les eaux minérales dont l'usage m'était recommandé ; de recueillir, de coordonner et de vous transmettre les documente fournis par mes nombreuses correspondances espagnoles ; et de me trouver incessamment prêt à exécuter les ordres qu'il plairait au gouvernement de me donner : j'avais à cet effet laissé toute ma maison à Pampelune soufi la conduite de M. le capitaine Bazaine et d'un secrétaire, chargée en outre de me tenir au courant de ce qui se passerait sous leurs yeux. Cependant M. Behaghel m'ayant proposé de m'emmener dans

sa chaise de poste faire une visite à ma famille dams les enviroDfi de Blois, je ne sus pas résister au plaisir qui m^ëtait offert et qui ne devait ajourner que d'une huitaine l'exécution de mes projets.

Il était dès lors convenable que Monsieur le Ministre fût instruit que je me irouvaisi pour trois ou quatre jours dans le voisinage de la capitale, et à portée de recevoir ses ordres; je priai M. Behaghel de l'en informer et d'ajouter que les cdroonstances qui me faisaient désirer de hâter le plus possible mon retour dans les Pyrénées me priveraient de me rendre à Paris, bien que ma présence y fût sollicitée par des affaires personnelles, à moins que Monsieur le Ministre ne me fît l'honneur de m'3' appeler.

M. Behaghel me mande aujourd'hui que M. le Ministre désire que j'attende ses ordres avant de me remettre en route pour retourner SUT la frontière, et qu'il me fera connaître directement ses intentions à cet égard après que je lui aurai écrit. Cette circonetanoe qui^ en tout état de cause, doit retarder mon départ de cinq ou six jours, me permet d'aller m'oocuper à Paris des affaires dont je faisais un abandon très préjudiciable à mes intérêts et me met aussi dans le cas d'aller recevoir en personne les communications dont Monsieur le Ministre voudra m' honorer. Je serai à Paris après-demain matin en même temps que ma lettre, et je prie Monsieur le Ministre de m'adresser ses ordres rue Saint-Lazare, n^ 90, où je demeure : je serai heureux qu'il me mette à même de donner de nouvelles preuves de zèle et de dévouement, et de témoigner ainsi, de la manière la plus digne du gouvernement du Eoi, ma vive reconnaissance pour l'augmentation de traitement qui vient de m'ôtre accordée.

La veille de mon départ de Pampelune, il y eut entre le malheureux colonel Mendivil et moi une conversation dont je n'eus pas le temps de vous rendre compte et que je me proposais de Vous rapporter dès mon arrivée ici : deux jours se sont écoulés depuis, sans que j'aie donné su^te à ce projet, ayant appris tout d'abord les tristes événements survenue à Pampelune et ayant pensé dès lors que les documents antérieurs qui pouvaient faire présager cette déplorable catastrophe devaient désormais être sans imiportance. Il n'est pas impossible toutefois que le gouvernement du Roi mette quelque intérêt à connaître la part que les agitateurs faisaient à la France dans les mouvements révolutionnaires qu'ils préparaient. Je vais donc répéter ce qui me fut dit par le colonel Mendivil, chef d'état-major de la vice-royauté, bien que M. le sousintendant Behaghel vous l'ait sans doute sommairement raconté.

J'étais allé faire une visite à cet officier supérieur et, ne l'ayant pas trouvé chez lui, je l'accostai sur la place pour prendre congé de lui et lui recommander les personnes de ma. maison x>cndant \ mon absence.

« Vous nous quittez, me dit-il, j'espère que ce n'est pas pour longtemps, malgré tout ce qui s'est passé naguère.

» — Comment ! Que s'eat-il donc passé? répondis-je.

» — J'oublie que vous ne pouvez en être instruit, et je m'en réfère, en parlant ainsi, plutôt à mes intentions qu'à ma mémoire, car je n'ai pas encore donné suite au projet que j'avais de vous tout conter, les bonnes relations que nous avons toujours eues ensemble et

DOCUMENTS OONTEMPOEAINS 537

Famitié qui nous liait tous deux au général Iribarren me font un devoir de la franchise avec vous ; je serai plus que franc, je Berai confiant, car je sais où vont mes paroles; elles sont recueillies par un homme d'honneur et de loyauté, et de plus par un ami sincère de la nationalité espagnole. Voua venez, mon ami, vous et M. l'Intendant, d'échapper à un grand danger. Il y a ici des sociétés secrètes qui conspirent avec celleB de Barcelone et de Saragoeee et veulent se mettre à leur unisson : le vice-roi Iriarte et le colonel d'artillerie PeiSa (1) sont des agents et des instruments de ces sociétés, dans lesquelles la haine de la France est jurée en même temps que la haine de la Royauté; on préparait en Catalogne et en Aragon un mouvement révolutionnaire dirigé dans le sens de ces deux passions dominantes, et le vice-roi de Navarre s'était mis en mesure de faire simultanément une démonstration analogue ; il avait pour mission spéciale de compromettre l'Espagne avec la France de telle sorte qu'une rupture diplomatique (]^vînt imminente et indispensable entre ces deux puissances : à cet effet, il avait sourdement soufflé le feu de révolte dans les rangs des corps de partisans (les tiradores et fiajiqueadores d'Isabelle), tous composés de gens sans aveu, la plupart anciens contrebandiers, voleurs de grand chemin et repris de justice ; pour laisser à ces misérables la liberté de oansommer les méfaits qu'il en attendait, il avait fait sortir de la place le régiment de Malaga, qui est animé du meilleur esprit, en le remplaçant par le régiment de Yalladolid connu par son indiscipline et son insubordination. Le plan était d'abord de proclamer un acte d'adhésion aux principes des juntes insurrectionnelles des provinces de l'Est, et ensuite de massacrer le représentant du gouvernement français à l'armée espa-gnole, ainsi que l'intendant qui lui avait été récemment adjoint, » — - Mais, dis-je, comment avez- vous été instruit de tout celai » — Vous pensez bien, répondit-il, que je n'avais paa été mis dans le secret ; mais oe secret, que divers symptômes me faisaient déjà soupçonner, je le surpris parce que je me trouvai assister fort involontairement, et à l'insu des interlocuteurs, à une conversation qui avait lieu entre le vice-roi, le colonel Pefia, et un de vos amiSf ou du n^oins de vos assidus, le secrétaire général de la vice- royauté. Celui-ci faisait des objections sur les intentions homicides qu'on lui montrait à votre égard. C'est bien grave, ceci, observait-il ; M. de Senilhes jouit d'une grande influence près du général en chef, qui recommande sans ce»?£e pour lui toute déférence ; il a l'estime de la population ; il est en grande considération dans l'armée : de plus il représente son gouvernement dans la spécialité de ses attributions, et sa mort peut nous attirer de la part de celui-ci de terribles et funestes vengeances. — M. de Senilhes, reprit le vice-roi, ne nouB inspire assurément aucune haine comme individu ; c'est à son caractère qu'on en veut, car, agent d'un gouvernement qui nous désire et nous fait du mal, il ne ipeut que le mal, surtout depuis qu'on lui a envoyé un intendant pour le sv^rveiller ; mais, au surplus, une question personnelle n'est rien dans un état de choses si ^rave : loin de redouter l'irritation de la France (qui certes ne nous fera pas la guerre quoi qu'il arrive), nous devons nous attacher à

(1) Pina. {-Note de P. A,)

558 LA LÉGIOX ETSANGÈSE EN ESPAGNE

la provoquer; il importe de nous brouiller avec cette puifi6ance, de lui faire une telle injure qu'elle soit forcée de rompre avec nouB toutes relations diplomatiques^ et d'arriver ainsi à empêcher la continuation de l'influence désastreuse qu'elle a exercée jusqu'ici sur notre gouvernement, influence qui a confitamment modifié et amolli nos hommes d'Etat en leur faisant tout sacrifier au leurre d'une intervention ou d'un appui qui ne se réaliseraient jamais que pour la ruine de la liberté : à cet effet la mort du colonel de Senilhes et celle de l'intendant sont nécessaires; cette mort est résolue, elle aura lieu ; seulement il faut tout disposer de manière à ce qu'on puisse affirmer pour les niais et les timorés qu'elle a été le résultat fatal et imprévu d'une de ces aveugles impulsions qui surgissent du sein de l'émeute. — Très bien, répliqua votre ami, vous m'avez convaincu de cette nécesi^ité; nous allons faire en sorte que nos victimes ne se doutent de rien;... et le soir même lui et le vice-roi voua comblaient, en ma présence, d^ témoignages d*amitié ; le colonel Pefla seul ne put ae contraindre à dissimuler aes eentiments haineux.

» Ceci, continua Mendivil, me mit sur la voie et me donna la clef d'une multitude de dispositions bizarres et insolites, dont j'avais vainement demandé compte, et de quelques symptômes que j'avais remarquée dans certains corps de la garnison. Je ne pouvais rien près de l'autorité supérieure; mais je croyais devoir compter sur le régiment de Bujalance, dont le chef était mon ami ; j'allai réclamer l'appui de celui-ci pour prévenir les malheurs dont nous étions menacés, et j'en obtins l'assurance qu'il m'accorderait son concours : une garde de deux comjpagniee devait être établie,, au premier tumulte, devant la porte de votre maison, où je vous aurais invité d'avance à recueillir M. l'intendant. Depuis, les choses changèrent par suite de l'ajournement apporté dans les projeta des révolutionnaires de Barcelone, et je me déterminai de mon côté à ajourner la pénible confession que j'avais à vous faire de nos hontes et de nos misères : j'ai eu tort, car vous êtes homme à entendre tout cela sans en tirer des conséquences générales contre notre honneur national,

» — S'il en est ainsi, dis-je, je ne m'absente pas ; car je veux être à même de protéger les miens, et je saurai bien faire reculer les assassins devant oette cocarde tricolore dont l'inviolabilité a commandé le respect à de plus audacieux que votre lâche et indigne viceroi.

» — Oh ! il n'y a pas lieu, reprit-il, de se prémunir dès à présent contre la prochaine exécution du plan que je viens de vous exposer: les conspirateurs désappointés en ont au moins pour trois semaines avant de renouer les fils de leurs odieuses machinations... »

Hélas ! le malheureux Mendivil se trompait en cela sous quelques rapports ; et cinq ou six jours après cette conversation, il devait lui-même être victime de ces misérables qu'on avait voulu déchaîner contre nous : c'est un événement qui m'a profondément affligé.

Malgré les assurances qui m'étaient données, je voulue cependant, avant mon départ, mettre les officiers des cadres de la légion, logée isolément dans Pampelune, à l'abri des coups des assassins, et j'invitai le colonel d'Avcnas à ordonner qu'ils allassent immédiatement s'établir dans le cantonnement du bataillon. Cet ordre fut donné en effet ; mais j'ai appris depuis que ces officiers,

DDCUMENTS CONTEMPORAINS

donnant carrière à Tesprit d'opposition et même d'insubordination qui règne parmi eux, s'étaient empressés de réclamer près du viceroi oontre cette mesure et en avaient obtenu la révocation. Je ne sais ce qui adviendra de la perfide concession qui leur a été faite ; mais la lettre ci-jointe de M. Bazaine m'en fait craindre de déplorables résultats. Les lettres précédentes dont me parle cet officier sont restées sans doute entre les mains du général Harispe, qui doit les ouvrir pour y puiser les renseignements propres à vous être communiqués : le brevet dont il fait aussi mention est celui de commandeur d'Isabelle la Catholique, arrivé cinq mois après ma nomination.

Monsieur le Ministre verra par les détails qui précèdent quel est à notre égard l'état de l'opinion dans le parti qui cherche à s'emparer violemment du pouvoir; il y trouvera aussi un document de plus pour juger de l'état d'anarchie dans lequel est plongé aujourd'hui ce malheureux pays et pour apprécier les chances respectives des deux forces rivales qui le divisent et le déchirent.

Quant à moi, je n'y vois qu'un concours de circonstances ou d'incidents propres à hâter le dénouement que j'ai depuis si longtemps prévu et annoncé, et qui doit, à mon avis, placer prochainement l'Espagne tout entière sous le areptre de don Carlos : c'est une opinion qui a été en dernier lieu corroborée par un ensemble de faits tellement concluants qu'ils [entraînent] (1) avec eux leurs conséquences fatales et in-évitable<3 : l'exposé complet et raisonné de la situation qui en est ressorti ne serait peut-être pas dénué d'intérêt; je le soumettrai avec emprecsement à Monsieur le Ministre, pour peu qu'il veuille bien m'en indiquer le désir.

Je prie Monnieur le Ministre d'agréer l'hommage de mon profond respect.

Le Commissaire du gouvernement à V armée de Sa Majesté Catholique^ J. DE Senilhes.

A. E. G. y AS, d'Esp., carton 20 (original).

Ferrary à Harispe.

Tilîaba, près Pampelune, le 4 septembre 1837.

Mon Général,

La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 28 ne m'est parvenue que le 30 au s^oir par suite de l'interruption des courriers par l'un et l'autre partis.

(1) Ce mot est omia dans l'original. (Note, de P. il.)

560 LA LÉGIOX ÉTBANGÈEE EK ESFAGIŒ

C'est, avec une bien vive satisfaction que j'ai vu approuver par vous toute ma conduite dans ces circonstances difficiles. Grâce nxtx mesures que j'ai prises^ au concours dévoué de MM. les officiers, et au bon esprit qui ne cesse d'animer tous les individus du corps, j'ai pu le garantir de toute influence politique, et comme il vit sur sa bonne renommée, je ne crains pas pour l'heure même des dangers afisez sérieux de la part des Carlistes pour nécessiter, aux termes de votre lettre, ma retraite sur Roncevaux; mais je ne vous dissimulerai pas que des éventualités peuvent mettre d'un moment à l'autre ks restes des braves sous mes ordres dans le plus imminent danger.

Quoique soumis et dévoués à leurs chefs qui ne leur parlent jamais qu'au nom de la France, les soldats, dont la patience a été mise à une rude épreuve par une privation de solde aussi prolongée, ne seront peut-être pas toujours à l'abri des tentatives si un parti, pour se les attirer, leur offre quelque chance assurée de payement, le dépari successif de beaucoup d'officiers augmentant tous les jours leur inquiétude.

D'un autre côté on dit que quelques bataillons carlistes menacent de repasser TEbre pour rentrer en Navarre ; sans doute ils profiteront des divisions qui existent entre les christinoe pour attaquer les environs de Pampelune et peut-être la ligne de France ; si cette route m'était fermée, je n'aurais plus qu'à tenir jusqu'à la dernière extrémité dans Villaba ou à me retirer sur les glacis de la place, dont je n'attendrais pas une protection bien efficace, vu le désordre qu'une vive attaque introduirait dans une garnison sans discipline.

Au reste, je me suis préparé à mon départ par tous les moyens possibles : la cavalerie étant à Logrofio, l'artillerie à Miranda, a^c le général Escalera (1), je n'ai plus de matériel ; ne pouvant emporter le magasin du corps avec moi, l'officier comptable peut en un quart d'heure le remettre aux autorités espagnoles. Je n'ai laissé à rhôpital qu'une douzaine d^hommes hors d'état de quitter le lit; les débris de la légion occupent les deux villages de Huarte et Villaba; le deuxième seul le aéra après le départ des congédiés que je vais expédier en France, étant enfin parvenu à pouvoir leur payer quinze jours sur trois mois qui leur sont dus. Devant penser à la sûreté personnelle de MM. les officiers sans troupes, j'ai formé une compagnie sacrée sous le commandement du plus ancien chef de bataillon, qui présente un effectif de 80 baïonnettes ; l'armement de MM. les officiers a été complété aujourd'hui (2).

(1) Dans la minute qui existe aux Archives du général de Novë, il y a : <( avec la division d*Escalera ».

(2) Tout un paragraphe de la minute a été omis dans la lettre Cûvoyée à Harispe. Voici son texte :

(i Maintenant, mon Général, se présente paur moi une question délicate. Suis-jo seul jugft sous ma responsabilité personnelle de l'opportunité du départ de la légion ? Doîs-je Teffectuer, si je le juge à propos, en prévenant ou sans prévenir? et qui dois-je prévenir? Le gouvernement de Madrid, qui ne me donne pas signe de vie, la Junte souveraine de Kar varro, ou le commandant de la R-ibera, qui m'a écrit de ne pas la reconnaît re sans s'occuper en rien de moi? J*oserai vous demander à œ sujet vos ordres positifs. »

DOCUMENTS CONTEMPOBAINS 561

Youfi parieraisrje auâsi de notre horrible détresse ; oserais- je vous rappeler qu'il nous est dû près de huit oent mille francs et que, dans la position où se trouve le gouvernement espagnol^ il ne nous reste presque aucune chance d'être payé de lui.

Moi, ainsi que tous les officiers qui comprennent l'importance de la mission qui leur a été confiée par la France, nous tous qui avons versé notre sang avec tant d'enthousiasme pour une cause aussi belle, nous ne désirons qu'une chose, c'est de ne pas perdre le fruit de tant de travaux par une mauvaise fin. Nous n'entrons pour rien dans les considérations politiques qui ont accéléré la dissolution d'un corps jugé par tous digne d'un meilleur sort; mais ce que nous voulons fermement, c'est qu'il termine sa carrière d'une manière honorable et c'est avec douleur que nous verrons ce but nous échapper si par un moyen quelconque le gouvernement français ne vient pas pécuniairement au secours de ce reste de braves ; et c'est, je n'hésiterai pas à le dire, le «eul moyen à employer pour conserver le corps indépendant de tous les partis. Demain 48 hommes libérés et 8 officiers vont rentrer en Franco.

J'ai l'honneur d'être, mon Général, et dans l'attente de nouveaux ordres de votre part, Votre très humble et obéissant serviteur.

Le Lieutenant' Colonel commandant les débins de la légion,

Feerary.

A, H. G., Aff. d'Esp., carton 20 (original).

Ferrary à Harispg.

Villaba, près Pampelune, le 6 septembre 1837.

Mon Général,

J'ai l'honneur de vous rendre compte que, venant d'avoir une entrevue avec le gouverneur de Pampelune, il vient de me communiquer les nouvelles suivantes :

Les dissensions paraîtraient être terminées entre les troupes cbristines qui se trouvaient aux environs de Pampelune et celles qui avaient fait l'insurrection ; toutes auraient consenti à embrasser la mêmie cause sous le commandement du lieutenant^énéral Cabrera, depuis quelque temps à Pampelune, et qu'ils viennent de nommer vice-roi de Navarre, en conservant aussi à M. le colonel Lapefia (1) le poste de gouverneur de Pampelune, qu'il occupe depuis le 26 du mois dernier.

Demain 7 septembre, toutes les troupes qui jusqu'à présent

(1) Le colonel Pina. (Note de P. A)

Légion étrangère. ^

n^avaient pas voulu reconnaître les nouveaux chefs, doivent se rendre près de la place, où le vice-roi Cabrera, accompagné du gouverneur Lapefia, les passera en revue, et une part:e d'entre elles entreront ensuite immédiatement en ville.

Etranger et impassible dans cette nouvelle ciroonstanoe, comme je le suis depuis le commencement des événements, j'attendrai toujours vos ordres, mon Général, ne cherchant qu'à prévoir et éviter Des dangers dont nous paraissons devoir bientôt être menacés par la rentrée en Navarre de forces carlistes bien supérieures aux nôtres.

C'est dans ces sentiments que j'ai l'honneur d'être, mon Général, avec le plus profond respect, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Lieutenant'Colpnél commandant les débris de la légion^

Febbaby.

Archives du général comte de Noue (original).

Ferrary à de Noud.

Villaba, 10 septembre 1837, 9 heures du soir.

Mon cher Commandant,

Je reçois votre leti^re à 8 heures du soir. Je commence d'abord par vous faire compliment de la contenance ferme et impassible du bataillon marchant sans tirer un ooup de fusil soue le feu de l'ennemi ; je ne vous fais au^ne recommandation, je connais trop votre manière de servir : seulement vous sentez aussi bien que moi qu'il est nécessaire autant que possible de tenir tout votre petit bataillon sous la main et d'éviter de le voir dispersé en tirailleurs.

Demain matin je me rendrai chez le vice-roi pour vous ravoir le plus tôt possible. J'ai eu ce matin avec lui une conversation fort longue, je . n'ai pas cédé un pouce de terrain, et je crois que la solde se ressentira en bien de cette petite sortie par une poignée d'hommes improvisée.

Nous sommes ici sur le qui-vive et je désire autant que vous nous voir réunis.

Adieu, mon cher Commandant; prudence, fermeté, courage, je ne vous recommande rien de tout cela; vous le possédez, mais seulement bonne chanoe je vous souhaite.

Tout à vous,

Le LieUtenant-Oolonel commandant la légion,

Fbbraby.

P--S, — Tenez-moi toujours autant que possible au courant de tout ce qui vous arrivera.

DOCUMENTS CONTEMPOEAINS 863

A. H. O., Aff. d'Esp., carton 20 (original).

Ferrary à Harispe.

Villaba, près Pampelune^ lo 14 septembre 1837.

Mon Général (1),

En réponse à la lettre du 10 septembre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je m'empresse de vous témoigner toute la satisfaction que j'ai éprouvée par l'assurance que vous me donnez de votre approbation pour la conduite que j'ai tenue dans ces ciroonst^jices délicates.

La prudenoe, la fermeté et l'intérêt des malheureux débriie de la légion fieront lee «eules bases de ma conduite ; je leur fais espérer que leurs services et leurs souffrances, joints à l'appui que vous voudrez bien leur prêter, pourront peut-être amener le moment où ils seront récompensés d'avoir accompli jusqu'à la fin les ordres de la France.

Le lieutenant-général Cabrera ayant cru devoir, par suite des rapports qu'il avait reçus , faire une expédition contre l'ennemi , m'envoya l'ordre de marcher le 10 à la pointe du jour avec les débris de la légion. Je me rendis auprès de lui pour lui . représenter que mes hommes, fort peu nombreux d'ailleurs, manquaient absolument de tout; qu'ils étaient sans solde, sans chaussures et ne recevaient pas même exactement les vivres; il ne voulut se rendre à aucune de ces raisons, me promit de l'argent qu'il ne donna pas, et me dit qu'il lui importait beaucoup d'avoir les hommes de la légion pour l'expédition.

Voyant cela, je ne pus que lui répondre que les soldats marcheraient à l'ennemi nu-pieds s'il le fallait, car je ne voulais pas, mon Général, que l'on pût assumer sur moi la responsabilité dV voir fait manquer une expédition qui .pouvait avoir des résultats heureux.

Je fis donc un dernier effort et parvins à réunir 350 hommes, officiers compris, dont 100 sous-officiers. Ce petit bataillon manquant de tout, le seul de la colonne qui n'eût pas été payé, obéit sans murmurer et arriva juste à temps pour décider en faveur de nos troupes une action qui s'était engagée à deux heures de Pampelune, en avant d'Astrain où trois forts bataillons ennemis sortis d'Echauri étaient venus s'établir et couronner les hauteurs (2). Le brigadier Garcia lui-même commandait l'ennemi.

(1) Ferrary envoya le même jour la copie de cette lettre au Ministre de la guerre à Paris, en lui écrivant : <( Je supplie V. E. de vouloir bien la peser attentivement et prendre en considération la position des malheureux débris de la légion qui, depuis si longtemps, souffrent en silence et recevront la mort plutôt que de désobéir aux ordres de la France. » A. n. (?., Aff. d'Esp., carton 20 (original).

(2) Asirain, sur la route de Pampelune à Puente-la^Reyna. (Note de P. A.)

On devait continuer Texpédition ; mais lo capitaine Ulîbarri qui commande la colonne de la Ribera, forte de cinq bataillons, refusa d'obéir aux ordres du viceroi de Navarre (Cabrera), sous prétexte ! quiil avait d'autres instructions du gouvernement de Madrid. Il est

; probable maintenant que l'ennemi profitera de cette circonstance

! pour reprendre l'offensive dans tous les environs de Pampelune,

J car la division règne parmi les chefs christinos.

{ Quant à mes hommee, dénués de tout, il leur est impossible de

[ continuer à marcher et surtout au milieu dee troupes payées, ce à

quoi pourtant on veut les obliger. Le petit nombre d'entre eux laissé à Yillaba est dans une position fort dangereuse, car si, comme à tout instant cela peut arriver, on vient l'attaquer, il ne lui reste qu'à mourir à son poste.

Voyez et pesez vous-même, mon Général, dans quel état presque désespéré et au-dessus de tout ce qu'on peut dire se trouve la légion. Ma fermeté ne se démentira pas un instant et tout oe qu*il sera humainement possible de faire, je le ferai ; mais je ne réponds pas de 00 qui pourra arriver dans une circonstance si périlleuse.

Puis-je espérer, mon Général, que vous voudrez bien m' appuyer? Oui, je l'espère, car quoique en pays étranger nous sommes Français et vous avez toujours prouvé que vous l'étiez de cofeur et d'action.

C'est dans cette espérance et dans l'attente de votre réponse que j'ai l'honneur d'être avec respect, mon Général, votre très humble et obéissant serviteur.

Le Lieutenant-Colonel commandant la légion étrangère,

Ferrary.

Archives du général comte de Noué (original).

Ferrary à de Noud.

Villaba, 15 septembre 1837.

Mon cher Commandant,

Je leçois à l'instant votre lettre. Je m'attendais presque à l'entrée à l'hôpital de M. Stockeim ; je voua envoie pour le remplacer M. Paivret et le capitaine Borkacki en remplacement du capitaine Wern.

Je ne pense pas que vous ayez beaucoup de mal à entrer à Etchaourin (1), et quoique je sors persuadé que vous n'aurez pas une

(1) C'est Echauri qu'il faut lire sans doute, ou plutôt il s'agit d'une redoute établie par les Carlistes entre Echauri et Belasquain pour défendre le gué sur l'Arga qui se trouve entre ces deux villages. (Noie de 1\ A.)

DOCUMENTS OONTEHPOKAINS 565

affaire bien chaude^ je vous recommande cependant d'avoir toujours votre bataillon sous ia main.

Quant aux hommes congédiés qui font partie de votre bataillon, et dont le nombre s'élève, je crois, de 20 à 25, lorsque vous serez cantonné, envoyez-les-moi et je les ferai partir pour France.

Adieu, mon cher Commandant, à voiia je n'ai besoin de faire aucune recommandation, je suis entièrement tranquille.

Tout à voue,

1j^ Lieutenant-Colonel commandant la légion,

Ferrary.

P.'S. — Mille choses au vieux baron (1) de la part du secrétaire (2) ; il lui souhaite (3)...

Archives du général comte de Noué (original).

Ferrary à de Noué.

Villaba, 16 septembre 1837.

Mon cher de Noue,

Je vous fais d'abord mon sincère compliment de votre expédition de ce matin, quoique vous n'ayez pas tiré un coup de fusil (4).

Demain entre 11 heures et midi je »erai à Pampelune. Vous m'apporterez un état nominatif dee hommes qui, ayant droit à leurs congés dans le mois de septembre, consentiront à partir sans argent. Ceux dont le congé ne serait pas encore établi iront l'attendre à San-Pedro et y entreront le jour que je vous désignerai demain.

A demain donc ; en attendant, bon plaisir et bonne chance.

Tout à vous,

Le Lieutenant-Colonel commandant la légion^

Ferrary.

P,'S. — Le secrétaire (5) aurait bien du plaisir à porter lui-

(1) Le vieux baron, c'est de Noue, (^oie de P. A.)

(2) Le secrétaire de Ferrary, qui éci-ivait ses lettres, était lo jeune souslieutenant Guyon; il ajoutait là im F. S, personnel. {Note de P. A.)

(3) Le deuxième feuillet de la lettre manque. (Note de P. A.)

(4) Le capitaine Bazaine fait un récit très ironique de cett« expédition dans une lettre à Senilhes, de Pampelune, 16 septembre 1837, 10 heures du soir. Les constitutionnels allèrent jusqu'auprès de la redoute carliste d'Echauri et se retirèrent sans avoir tiré un coup de fusil. A. A. G,, Aff. d'Esp., carton 20 (copie).

(5> Le jeune Guyon, selon un travers fort répandu à cette époque, so faisait appeler (( de Guyon », et signait même avec le titre de baron; il paraît avoir été assez lié avec de Noue, qu'il appelait (( le vieux baron », et arec do CoUeville. {Noie de P. il.)

même la réponsô ; mais il est occupé d'un travail qui ne peut se remettre et auquel il est occupé sans relâche depuis ce matin. H renouvelle au vieux baron tous ses souhaits et ses souvenirs et lui envoie une lettre de Colleville que le vaguemestre vient à l'iiustant de lui apporter pour lui.

A. H. G., Aff. d'Esp., carton 20 (copie).

Ferrary au Ministre de la guerre, à Madrid.

Jaca, le 16 octobre 1837.

Monsieur le Ministre,

Je n'ai cessé, depuis les derniers événements de Pampelune arrivés en août dernier, de voue entretenir de la fausse position de la légion et de sa détresse.

Différentes promesses de m'envoyer des fonds et un silence absolu ont été les seules récompenses aux services rendus par le corps à la cause d'Isabelle seconde. Néanmoins, fidèle à son devoir, ne sachant que vaincre ou mourir, il n'a pas voulu céder aux insinuations de partis qui tant de fois ont cherché à se l'attirer. Les différente petits gouvernements qui se sont succédé à Pampelune (les juntes) n'ont pas su dissimuler leur ressentiment .pour une si honorable conduite ; ils ont oublié que la légion les a sauvés d'un coup.de main que l'ennemi a tenté pour s'emparer de la ville, et qui, sans sa contenance dans les premiers jours de révolte, aurait eu un plein succès, et qu'elle n'a connu et ne connaîtra d'autre ennemi en Espagne que le prétendant.

Elle ne pîouvait et ne devait rester plus longtemps dans la fausse position politique et militaire dans laquelle les événements de la guerre l'avaient plongée.

Seule des troupes de Navarre continuellement en première ligne, elle s'est vu toujours refuser par le gouvernement de Pampelune le moindre acompte de solde, tandis qu'on a payé en partie les autres troupes, et que par votre ordre dernier la légion devait être désormais comprise par le payeur général pour les mêmes répartitions de solde accordées aux autres corps.

Toutes ces circonstances et l'état d'exaspération des officiers et soldats m'ont contraint de me décider à conduire, avec le consentement du: gouvernement de Pampelune et par des marches hardies à travers les bataillons ennemis, la légion à Jaca, où j'ai lieu d'espérer que M. le Ministre ne tardera pas à provoquer de Sa Majesté une décision quelconque à l'égard de ce corps qui, après avoir combattu et rendu de grands services à l'Espagne, a été complètement abandonnée II est dû aux soldats quatre mois de solde et neuf à MM. les officiers.

Il e&t donc de toute justice, Monsieur le Ministre, de faire aligner la solde aux restes d'un corps de braves qui s'est sacrifié pour la cause de la Heine, et de ne point le contraindre à abandonner un parti qu'il a si bien défendu en rentrant en France pour y demander le payement du sang versé.

J'attends la décision de S. M. la Reine, ne pouvant vous répondre, si on y apporte le maindre retard, des événements qui pourront arriver.

J'ai l'honneur d^être avec un .profond respect, Monsieur le Ministre, votre très humble et obéissant serviteur.

Le Lieutenant-Colonel commandant supérieur les débria de la légion étrangère,

Ferbaky.

A. H, G. y Aff. d'Esp., carton 44 (original).

Ferrary à Harispe.

Jaca, le 29 octobre 1837.

Mon Général,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur do m'adreseer en date du 22 octobre, ainsi que la copie de la lettre de M. le Ministre de la guerre datée du 10 courant. Je ne manquerai pas de me renfermer strictement dans son contenu autant que les événements me le permettront et je vous remercie, mon Général, de m'avoir tracé par V06 sages conseils la marche à suivre dans la position actuelle du corps que j^ai l'honneur de comtmandor.

Je suis parvenu à calmer les esprits ; j'ai été même plus loin en faisant reparaître sur le champ de bataille les débris de oette légion expirante. L' Aragon manquant de troupes, l'ennemi, qui occupe la vallée du Roncal et qui l'a désarmée en grande partie, se proposait d'y entrer, ayant pris position à l'extrême frontière de la province. A la demande des autorités que la panique gagnait déjà, je n'ai pas hésité un instant à disposer d'une poignée de braves qui me reste et un petit bataillon de 280 hommes privée de tout secours a marché depuis quelques jours vers la vallée du Roncal pour tranquilliser oe ï>ays. D'après la nouvelle que je viens de recevoir, l'ennemi parait s'être retiré et rentré dans l'intérieur de la vallée.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, mon Général, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Lieutenant-Colonel commandant supérieur les débris de la légion étrangère^

Febraby.

568 lA LÉGION ÉTBANGÈ&E EN ESPAGNE

A. H. (?., Aff. â'E«p., carton 20 (copie signée par Ferrary et envoyée par

lui au Ministre).

Ferrary à Harispe.

Jaoa^ le 23 novembre 1837.

Mon Général,

J'ai rhonneur de vous informer que le 21 du courant, à 8 heures du soir, je fus appelé chez M. le Gouverneur, qui m'ordonna de lui prêter sur-le-champ main-forte avec la troupe sous mes ordres, vu qu'une révolte était prête à éclater dans l'intérieur de la citadelle en effet. J'ai réuni à l'instant la compagnie sacrée, ainsi que 80 sousofficiers ou soldats et avec cette poignée de monde je n'hésitai nullement d'entier à 9 heures du soir dans la citadelle, tandis que les restes des débris de la légion cantonnés aux environs de Jaca arrivèrent en toute hâte pour m' appuyer.

Vers 10 heures on désarma une compagnie tout entière du régiment de Soria qui faisait partie de la garnison et on arrêta en outre un officier et plusieurs sous-officiers et soldats qui, dit-on, étaient les plus mutins et qui devaient pendant la nuit se rendre maîtres de la citadelle ainsi que dee autorités, dans le but de dicter la loi et dans le sens qu'ils Tenteadaient (exaltés) ; mais heureusement la présence de la légion et sa promptitude à s'emparer des postes dans l'intérieur de la citadelle firent échouer le projet des révoltés et maintenant, mon Général, il parait que tout est rentré dans l'ordre.

Je viens de recevoir du gouvernement espagnol un acompte de 125.000 francs sur les 798.000 qui sont dus au corps, et je m'en vais faire aligner une partie de la solde arriérée aux officiers et soldats.

Je dois également vous prévenir, mon Général, que je vais diriger sur France les hommes libérables dans le courant du mois de novembre, auxquels il sera payé trois moia de solde à la frontière.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, mon €ténéral, votre très humble et très dévoué serviteur.

Le Lieutenant-Colonel commandant supérieur les débris de la légion étrangère^ Ferbart.

DOC01I£irrS CONTEHFOBAIMS 569

Imprimé dans Bernelle et CoHeirille, Histoire de l'ancienne légion étrangère, p. 358-359 et p. 479.

Les officiers de la lé^on au général Bernelle.

(Sans lieu ni date, présumée de Jaca, deuxième quinzaine de novembre,

Général,

£n replaçant sur vos épaulettes les étoiles (1) qui les décoraient lorsque vous marchiez à notre tête aux combats d'Arlaban, de Tirer pegui, de Zubiri et d'Inigo, votre souvenir se eera sans doute reporté vers cette légion étrangère à qui, comme générai, vous avez su procurer une part de gloire déêormais inséparable de la vôtre. La légion ne peut pas vous oublier non plus, mon Général, puisque l'époque de votre commandement fut pour elle la plus brillante et la plus heureuse et que si, aujourd'hui réduite, mutilée, presque anéantie, elle a su conserver tous ses droits à Testime générale, c^eet qu'elle n'a perdu aucune de vos traditions, c'est qu^elle a constamment suivi le chemin que vous lui avez tracé.

Le petit nombre d'officiers restés sur la brèche n'a donc pu apprendre, sans le plus vif plaisir, que Sa Majesté vous avait enfin rendu justice, et dans l'expression unanime de leurs félicitations ils espèrent que vous y verrez la preuve de leurs sentiments de profond respect et d'entier dévouement.

Ferrary, colonel commandant supérieur des débris de la légion ; Mallet, de Noue, Meyer, chefs de bataillon ; Cousandier, major ; Eichaoker, chirurgien-major ; SCHULTZ, ViLLAR, PlO-PlO, MoN-

TANARi, Aramburo, aidôs-majors ; de Guyon, lieutenant à l'état-major ; Compère, Imer, Mongin, Chazot, Axtdonnbau, Studinger, Aneth, Courtois, Pfbrbdorf, Reisch, Welker, Karacewicz,

BORKASKI, BOURDILLIAT, FeYER, PiTAUX, ClOOS-

MANN, Casanier, de Moras, Coppée, capitaines ; Pfandler, Favella, J. Bernelle, Ferdinand, MoKRBwsKi, Pacoret, Peigneux, Boetto, Lib-

BERMANN, CONSTANT, FOROT, TOUPFLET, BamBERG,

Barbey, Hurford, Binder, Grand de Vaux, Cahën, Stockeim, lieutenants; Bettin, Rebisso, Prestat, Laqarde, Landry, Thomas, Guinodie, Laoarde, E. Bernelle, Latil, Gayer, Cochois, Bembel, Monti, Cruzel, Courvoisier, Azam, Zepfel, Schmakbr, Bendlé, Dumont, Scalabrino, sous-lieutenants (2).

(1) Bernelle fut nommé maréchal de camp le 11 novembre 1837. (Note de P. A.)

(2) Les orthographes des noms ont été reproduites telles qu'elles sont imprimées, mais Tid^itification est facile à l'aide de l'index. (Noie de P. A.)

A, H. G., Aff. d'Eep., carton 20 (copie).

Bazaine à Harispe.

Panipeluiie, 19 novembre 1837.

j L'instruction du procèe des tiradores a |été terminée Jiier, et

I aujourd'hui, à 2 heures, < l'exécution a eu lieu sur les glacis inté-

j rieurs de la citadelle, en présence des 11 bataillons logés en ville

I et de la garde nationale. Le colonel Léon Iriarte, un comman-

I dant, un lieutenant et 3 sergents sont ceux qui ont été passés par

I les armes : les débats ont prouvé que le but de cette insurrection

était de déclarer la Navarre indépendante. Tout s'est passé dans

le plus grand ordre et le pluô grand calme ; pas une voix ne s'est

j élevée, ni du peuple ni do la troupe, en faveur des coupables;

I cependant Iriarte avait dans oe pays beaucoup de partisans et

une grande inâfuence : il est mort bravement, a crié qu'il était in-

' nooent, et a été fusillé par derrière, ainsi que les cinq autres.

Quatorze sergents ou «oldats ont été également condamnés à mort; mais il est probable que cette peine sera commuée en quelques années de présidée (1); on m'a assuré que les plus coupables avaient réussi à s'échapper avant l'instruction de l'affaire (2).

Voici, jusqu'à présent, oe qu'il y a de décidé relativement aux troupes qui doivent opérer en Navarre.

16 bataillons, 1.000 chevaux, une batterie de campa^e et une de montagne doivent composer l'armée de cette province, sous le commandement d'Ulibarri ; le 2* de la. garde doit faire partie de ce corps. Le brigadier D. Diego Léon doit commander la division de la Hibera.

Le général Ulibarri, livré à lui-même, aura fort à faire pour obtenir des résultats ; il y a un an, l'armée de Navarre, à 2 ou 3 bataillons pr^s, était aussi forte, avec cette différence que la ligne de Pampelune à la France était établie, que les vallées protégées par cette ligne avaient pris les armes ; que les jeunes gens de ces vaJlées, qui étaient à la faction, étaient presque tous rentrés ; qu'enfin ces vallées assuraient les communications avec l' Aragon, permettaient d'en tirer quelquefois des ivivres, et étaient un obstacle

(1) Les presidios, ba^es espagnols de la côte marocaine, à Ceuta pitr exemple. (Note de P. .^1.)

(2) Le général comte de Lucliana vint à Pampelune et réunit un conseil de guerre composé d'officiers généraux qu'il présida lui-même; par une sentence en date du 14 novembre (publiée aux annexes par Pirila. tome rV, p. 397-398), ce conseil condamna à mort le colonel don Léon Iriarte, le commandant don Pablo Barri cal, chef du 2* bataillon de tiradores, et plusieurs sergents; les officiers, sous-officiers et soldats furent punis de destitution, de bagne, d'emprisonnement. Voir Pirala, t. IV, pagefî 255-256. ÇSote de P. A.)

DOCUMENTS CONTSMPOEAINS 571

presque insurmontable pour les petites expéditions carlistes qui auraient voulu aller en Catalogne ; et cependant, avec tous ces avantages, cette armée a dû livrer souvent des combats très meurtriers pour maintenir seulement ce qui existait; enfin, elle a toujours été sur la défensive; 2 ou 3 fois seulement dies démonstra^ tions ont été faites sur Estella, et toujour» l'ennemi, avec moins de monde, rendait ces d.émonstration8 sans résultat.

Que penser maintenant des avantages réels que pourra obtenir une armée d^égale force et devant opérer avec des données bien moins favorables 1

D'après ce qu'on dit, le général Espartero doit s'en retourner à Vitoria ; je ne crois pas cependant qu'il quitte cette province sans faire quelque chose.

On m'a assuré à l'état-major général que l'infant D. Sébastien avait été blessé dans une insurrection qui avait éclaté; qu'il avait mis Zaratiegui et plusieurs autres chefs aux arrêts de rigueur, pour n'avoir pas maintenu la discipline, et ne l'avoir pas secondé en engageant les soldats à faire une nouvelle expédition en Castiile ; qu'enfin la plus grande désunion régnait parmi les che& carlistes.

Le prétendant a accordé un réal par jour, de pension, à tous le j officiers et soldats qui l'ont suivi constamment dans la dernière expédition.

Depuis trois jours quatre cavaliers factieux se sont présentés ici : ils avaient de bons chevaux, et étaient bien vêtus. Vingt cavaliers de l'escadron d'Osma, d'après ce qu'on m'a dit à l'état-major, se sont également présentés à Larraga.

L'armée du général Espartero est bien pour la discipline ; la solde de la troupe est au courant dans beaucoup de corps ; quant aux officiers, ils reçoivent de temps en temps un demi-mois. Les vivres Kont touchés régulièrement, de bonne qualité, et la ration est composée moitié de viande et moitié de riz. M. Caricairi, qui est arrivé, il y a peu de jours, de Madrid, est venu, à ce qu'il m'a dit, annoncer au général Espartero que le gouvernement venait de passer un marché avec sa maison, afin d'assurer les vivres pour six mois.

La cavalerie est en très bon état; j'ai ét^ étonné de voir les chevaux si bien portants; j'ai su après que pendant plus d'un mois de la dernière campagne ils touchaient double ration d'orge tous les jours.

M. le colonel Wylde a l'intention d'aller en Angleterre; il doit laisser ici un de ses officiers pour suivre les opérations d'Ulibarri, qui, je crois, sei^nt assez importantes cet hiver.

Signé : Bazaine.

S72 LA LÉGION ÉTRANGÈBE EX ESFAGNB

A, H. G., AS, d*Esp., carton 20 (original).

Ferrary à Harispe.

Jaca, le 23 décembre 1837.

Mon Cténéral,

Je m'empresse do porter à votre connaissance que je viens d'obtenir de Sa Majesté la Reine les pensions de retraite des militaires de tous grades de la légion étrangère, qui ont si vaillamment combattu, et qui se trouvent inutiles au service par suite des événements de la guerre.

S. M. la Heine a ordonné que ces pensions seraient payées par son Ministre l'ambassadeur à Paris, pour ceux qui désirent rentrer en France.

Dans quelques jours, je dirigerai sur France les braves qui ont si dignement mérité ces honorables récompenses.

S. M. la Heine a daigné également me nommer cfolonel commandant la légion étrangère.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, mon Général, votre très humble et très dévoué serviteur.

Le Colonel commandant supérieur les débris de la légion étrangère,

Ferrary.

Archives espagnoles de Segovie. Liasse : légion étiangère (original).

Le commissaire des ^erres Galant au Ministre de la ^erre

espagnol.

(Les parties brûl<î6s sont représentées par des crochets.)

DHISION AUXILUn FRA.'VCESA COmSARIA DR GUERKA.

Madrid, le 5 février 1838.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de porter à la connaissance de V. Ex. que le conseil d'administration de la l^ion auxiliaire française vient de m' informer que sur un ordre de S. Ex. le général Alaix, vice-roi de Navarre, en date du 31 décembre dernier, il a été prescrit au capi-

DOCUMENTS CONTEMPOEAINS o7J

tain« d'habillement de ce corps, qui se trouvait à Pampelune avec quelques militaires blessés et la compagnie hors rang, de remettre au commissaire des guerres principal de cette place les magasins, contenant et renfermant les effets de toute nature qui lui appartiennent. Cet acte illégal a été exécuté malgré la résistance [

] Mon profond respect pour l'autorité m'empêche de qualifier l'acte arbitraire et illégal dont je viens de parler; maie, Monseigneur, mon devoir de fonctionnaire chargé de l'administration de la légion française m'impose la loi de protester officiellement contre lui, en suppliant Votre Excellence de donner immédiatement des ordres afin que oe corps rentre dans la légitime possesetion de ses magasins. C'est un acte de justice que je réclame avec confiance de votre noble caractère et de votre sollicitude paternelle pour tous les braves qui composent l'armée dont vous êtes le premier organe !

Je ne puis terminer ma protestation contre la mesure qui m'y contraint sans ajouter à Votre Excellence que nulle autorité ne peut ni .ne doit enlever à un corps ses magasine d'effets, surtout lorsque ces effets sont la propriété des braves qui ont généreusement et honorablement versé leur sang pour les prospérités de l'Espagne et bien plus encore (il faut bien le dire), lorsque cee effets leur ont été envoyés par la France pour alléger leur profonde misère.

Oe court exposé suffîra, j'ose l'espérer, pour convaincre Votre Excellence de la juste cause que mes respectueuses observations viennent défendre ; aussi, plein de confiance dans sa décision, je suis persuadé que la légion française sera mise en possession de ses effets (l)i <}oi^^ on ne pourrait réellement la dépouiller sans une injustice déplorable dont les conséquences ne sauraient se prévoir si, malgré ma prière, je me vois dans la cruelle situation de rendre compte de cette mesure au ministère français, ce qui m'affligerait profondément et au dernier degré.

J'ai l'honneur, etc.

Le Commissaire des guerres d^ la légion auxiliaire française en mission près du gouvernement,

A. Galant.

Calle Gorguera, n<* 13.

P,.S, — J'ai également rendu compte de cette mesure à M. l'intendant général de l'armée, qui ne m'a pas encore répondu.

(1) Un inventaire de ces effets, dressé par l'intendance militaire espagnole, en espagnol, est joint à ce dossier et porte en tête :

« Provincia de Navarra. Plaza de Pamplo-na. — Légion estrangera. Estado de Iob efectos de vestuaxio y otros obgetos entrogados el 2 de enerode 1838 aï Sr. ministro principal de Navarra, en conformidad de la* ordenes de 8. E. el Virrey de esta Provincia. »

A. H. G,, Aff. d'Esp., carton 44 (copie eignée par Ferrary et jointe à sa lettre à Harispe du 20 juillet 1838).

DIVISION AUXILIAIRE FBAZSÇAISfc.

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