La législation directe par le peuple et ses adversaires
Le livre que je présente à la démocratie universelle n'est pas un travail d'ensemble ; il est né peu à peu, en partie des événements, en partie de la polémique que j'ai été forcé de soutenir contre quelques hommes influents qui aujourd'hui, éclairés par l'histoire lugubre des derniers temps, déploreront peut-être autant que moi que, dans le moment où il s'agissait pour la démocratie de se transformer pour une nouvelle vie, ou de périr misérablement, sans gloire et sans dignité, ils aient pu être assez aveugles pour me combattre et accumuler ainsi obstacle sur obstacle contre la régénération de notre parti.
A Dieu ne plaise que je veuille ici les rendre responsables de ce qu'ils ont aidé de toutes leurs forces à amener. Je les adjure seulement d'admettre sans appel le jugement que l'histoire, dans notre cause, a prononcé. Le gouvernement représentatif a été tué le 2 décembre. Sous les yeux de la première nation de l'univers, et dans sa forme la plus parfaite, il a succombé ignominieusement, succombé par sa propre incapacité et plus particulièrement encore
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par rincapacité des représentants de la démocratie qui, dans le moment décisif, offrent la dictature militaire à Louis Bonaparte, à l'homme qui, dans notre temps, estTincarnalion la plus complète du despotisme, puiscju'il est le despotisme sans l'auréole de la légitimité et de la prédestination, et que pour ses créatures les plus zélées il ne peut être qu'un monstrueux abus de la force. Quel terrible enseignement pour la démocratie! Puisse-t-elle enfin comprendre que la logique des événements suil toujours de près celle de l'esprit général du Peuple, que celte indomptable logique, du moins, ne connaît pas de transactions. Aujourd'hui la démocratie traquée et décimée ne marche que sur des ruines. Essayera-t-elle de reconstruire de nouveau l'édifice renversé d'une décevante et éphémère représentation du peuple? Des architectes aussi malavisés peuvent compter qu'ils ne trouveront pas d'ouvriers pour entreprendre avec eux ce travail de Sisyphe. N'ont-ils pas été abandonnés déjà, lorsqu'ils voulaient, non refaire avec une peine infinie, mais étançonner seulement l'édifice chancelant, comme un château de cartes, sous le souffle de Louis Bonaparte?
C'est ce que nous avions prévu, mes amis et moi. Pendantun voyage faità travers une grande partie de laFrance vers la fin de 1849, j'avais été eff'rayé de la profonde et juste désafl'ection dans laquelle était tombée une forme de gouvernement que je crois détestable, mais que je préfère naturellement, et de beaucoup même, au régime despotique, le seul système gouvernemental que la nation française avait appris jusqu'alors d'opposer aux parlements.
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Méprisé, haï même de presque tout le monde, et sans défenseurs dans le peuple, me disais-je, le système représentatif n'a même plus la force de Tinertie qui maintient ce qui existe parce qu'il existe; ce système ne peut plus être la base d'opération d'aucun parti. Vouloir le maintenir, serait une véritable démence; ce serait se jeter tout droit dans les griffes de Louis-Napoléon. Il est temps de rallier la démocratie autour d'un autre drapeau qui réveillera l'enthousiasme et puisse être déployé à l'heure suprême contre un prétendant dont le rare et excessif bonheur est de ne plus rencontrer dans la lice que l'ombre d'un adversaire. Renversons, en un mot, le régime représentatif POUR nous, afin qu'il ne soit pas renversé CONTRE nous.
C'était, toute conviction intérieure à part, la seule bonne politique à suivre. Il nous restait deux années pour raviver et transformer la démocratie. Deux années ! c'était assez, si nous réussissions à faire pénétrer nos idées dans le cœur de tous ceux que le peuple avait l'habitude de considérer comme ses chefs de file ; c'était trop peu, si ces hommes politiques étaient au-dessous de leur tâche et fermaient leurs yeux à l'évidence. On sait le reste. Nous nous mîmes à l'œuvre. Un mouvement immense se produisit au sein de la démocratie ; nous fûmes appuyés chaleureusement par des esprits d'élite, et combattus avec acharnement par d'autres. Louis Blanc et Proudhon mettaient au service du vieux monde gouvernemental le poids de leur renommée démocratique, le premier pour conserver cette immonde vieillerie, le second pour la détruire, comme il prétend, par elle-même. Dès lors le vieux
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inonde devait l'emporter pour quelques années. La démocratie qui, le 2 décembre, aurait pu se sauver par l'énergie d'une croyance nouvelle et logique, se traînait à une défaite certaine, inévitable, sous le cauchemar horrible d'une de ces situations politiques qui se dessinent toujours fortement en faveur de celui qui sait ce qu'il veut, contre celui qui ne sait ni ce qu'il veut ni ce qu'il doit vouloir. On demandait au peuple de sauver au prix de son sang une institution qu'il détestait foncièrement et avec raison ; car, qu'on ne l'oublie pas : c'est la majorité qui fait l'institution ; la minorité n'est que le revers de la médaille sans entrer pour la moindre chose dans sa valeur.
L'holocauste est consommé maintenant. Qu'avec l'ancienne démocratie tombe sa doctrine. Que le peuple expulse des rangs de ses amis tous ceux dont les avis et les efforts tendent à faire sortir de sa tombe le système représentatif, première cause de l'insuccès de 1848 et delà fin à jamais regrettable de 1851. Depuis l'heure solennelle qui, le 2 décembre, a sonné le glas de leur parti, ils n'ont plus le droit de nous opposer la prétendue impossibilité de notre système gouvernemental ainsi que ses dangers. L'impossibilité et les dangers étaient là où nous les avions indiqués. Faudra-t-il donc un troisième 18 brumaire pour le leur faire comprendre?
C'est à nous, membres de lajeuneetvéritabledémocratie, de commencer à notre tour l'œuvre de la rénovation sociale que les démocrates parlementaires ont dû abandonner et qui les a écrasés dans sa chute. Nous réussirons, amis ! car à tout un peuple tout est possible.
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