ÉPILOGUE
Le 2 décembre a confirmé une observation que j'ai exprimée bien des fois depuis février. Cette observation, c'est que le système représentatif n'a plus de partisans en France, ni dans la bourgeoisie ni dans le peuple. Cette partie de la bourgeoisie qui autrefois faisait la force du parti constitutionnel, a reculé vers le despotisme : le peuple est allé en avant; il désire quelque chose de mieux que la prétendue représentation nationale; il veut une nouvelle forme de l'interprétation sociale du droit, sans se rendre cependant un compte exact de ce qu'il désire.
Quant à moi , je n'ai jamais été surpris de l'abandon dans lequel je voyais tomber subitement, après 1848, le régime constitutionnel ; car ce système, en France, ne reposait que sur une erreur de la bourgeoisie, erreur que la foudre de février est venue dissiper brutalement et tout d'un coup. Pour établir ceci d'une manière incontestable, remontons un peu plus haut (1).
(1) Ce recul de la bourgeoisie vers le despotisme peut être observé même dans les pays qui n'ont pas été atteints directement par les dernières
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La révolution de 1789 avait doté la France du système représentatif qui peut-être aurait pu se maintenir durant quelque temps, comme il s'est maintenu durant des siècles en Angleterre, si la révolution n'avait pas pris dès son début le caractère bien tranché d'une révolution sociale. La noblesse et le clergé furent défaits et dépouillés au profit de la bourgeoisie qui, par la vente des biens nationaux qu'elle seule pouvait acheter, se substituait aux deux classes renversées en soulevant la juste indignation du peuple. Ce dernier qui, avant la nuit du 4 août, avait donné l'assaut aux châteaux, vit passer le prix de ses efforts dans les mains de ceux qui n'avaient été qu'entraînés, qui avaient même voulu enrayer ce mouvement révolutionnaire.
Ce changement dans la position sociale de la bourgeoisie nécessitait également un changement dans la politique. Au lieu de réclamer la liberté de la discussion , comme
révolutions. En Belgique les élections de 1852 ont été favorables au parti catholique, quoique jamais ce parti n*ait attaqué plus ouvertement la constitution. En Angleterre le journal the Times disait (en mai 1852), à roccasion du discours de lord Palmerston relativement aux dangers que court la constitution espagnole :
tt D*après nous, les formes du gouvernement constitutionnel n^ont pas de mérite superlatif on exclusif là oii la masse de la nation n*est pas résolue de cœur et d'âme à les employer et à les protéger La question
que se fait une nation, après que la fièvre d'enthousiasme est passée, est simplement si les institutions (constitutionnelles) donnent la meilleure forme de gouvernement qu'elle ait connue. A cette question la réponse n'est pas toujours affirmative, et nous ne sommes pas étonnés que les Grecs, les Napolitains et les Portugais ne soient pas toujours heureux dans un art qui demande tout Tesprit public et l'activité des Anglais pour échapper au ridicule ou à Vinsuccts. Nous ne cherchons pas quereUe à la chambre des communes de ce qu'elle est quelquefois faible et factieuse, mais il n*y a pas d'autre peuple en Europe qui eût considéré les actes de cette chambre, pendant cette session, sans se former une tout autre opinion que nous sur le mérite du gouvernement constitutionnel. »
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dans le temps où il s'agissait de battre en brèche le monde féodal, il fallait dorénavant frapper la discussion d'un coup mortel, sôus peine de se voir dépouiller à son tour par le peuple qui, certes, n'aurait pas manqué de tribuns assez énergiques pour se servir contre la fortune de la bourgeoisie des mêmes raisons de salut public que la bourgeoisie avait fait valoir contre le clergé et la noblesse.
Or, la libre discussion, c'est la réunion électorale, la liberté de la presse, le droit de réunion, la tribune nationale, l'essence du système représentatif enfin. Puisqu'il fallait tuer à tout prix la libre discussion, il fallait culbuter à tout prix le régime constitutionnel, et la bourgeoisie le comprenait à merveille et d'instinct.
Heureusement pour elle il y avait en France un homme qui savait apprécier avec une sûreté merveilleuse ses dispositions du reste fort transparentes. Cet homme, c'était Napoléon Bonaparte. Avec ce tact politique qui parait distinguer sa famille, Bonaparte s'empare de l'autorité et organise la France bourgeoise par cette législation des cinq codes qui vient d'être placée de nouveau sous l'égide usée de son nom. Cette organisation, il la défend par le silence, en renversant la tribune et en détruisant la presse. Le sabre règne ; il est le couronnement naturel de la France bourgeoise, comme Louis Bonaparte vient de le proclamer à l'instar de son oncle.
Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes bourgeois possibles sans ces guerres incessantes qui amenèrent la chute de l'Empire et la restauration des Bourbons. Le règne de Bonaparte avait valu à la bourgeoisie une possession tranquille de quinze ans, et comme celui qui a commis des fautes les oublie plus facilement que celui qui en a été la victime, le bourgeois se mit à rêver liberté, oubliant que la liberté fouille partout, se souvient de tout, et ne âche jamais sa proie, quoiqu'elle en ait quelquefois un peu
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Tair. Si la bourgeoisie craignait quelque chose, ce n'était pas d'entendre réclanaer par le peuple une nouvelle interprétation sociale du droit de propriété : c'était de la voir exiger par la noblesse, qui cependant se laissa dédommager par le milliard des émigrés tiré maladroitement des poches de la nation. Comment s'est-il pu faire que la bourgeoisie, chargée de ce second tort qui avait encore l'inconvénient de rappeler le premier, la spoliation, ait pu s'imaginer cependant que le libre examen, c'est-à-dire le régime constitutionnel, pourrait s'établir sans inconvénient pour elle?
C'était la hardiesse, l'outrecuidance du parvenu qui oublie son origine; aussi la punition ne se fait pas attendre. Le socialisme, resté vivant sous les ruines de la liberté, reparaît bientôt avec éclat; il attaque la propriété de front pendant que l'économie politique, ce serpent que la bourgeoisie a réchauffé dans son sein, la harcèle de flanc. C'est à peine si la bourgeoisie secoue un peu sa stupidité politique, pour réprimer la libre discussion là où elle déploie un excès de hardiesse ; c'est à peine si elle nous oppose la législation de septembre et la complicité morale. Encore faut-il attribuer plutôt à la cour qu'à la bourgeoisie ce retour risible vers le seul système qui puisse les sauver toutes les deux; et comme pour demander pardon à la Sottise de l'avoir méconnue un instant, la bourgeoisie cherche querelle à Louis-Philippe, comme elle avait cherché querelle à Charles X; elle refuse de reconnaître que sa cause est celle du despotisme et qu'en France surtout la classe qui possède, ne doit pas discuter mais écraser.
Il ne faut rien moins que la leçon de février, pour dessiller les yeux de l'aveugle bourgeois. Après la chute du trône il se voit perdu au milieu d'un peuple innombrable et armé, demandant la transformation de la propriété, du travail, de la famille, de toute la société enfin. La force
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matérielle lui a échappé. Il jette un regard suppliant vers la science et il remarque avec terreur qu'elle l'a abandonné, que dans toute cette phalange de savants illustres il ne se trouve qu'un seul homme qui, en principe, ose défendre la propriété au détriment du bon sens. Au bord de l'abîme il se réveille de son rêve brillant de liberté ; dorénavant il sera sage, il sera logique. A la place de la liberté il mettra l'autorité, à la place de la libre discussion le mousqueton et la mitraille. La République est modérée, humaine. Que lui importe ! il en profite pour la trahir; il faut briser ses hommes, tant pis pour eux s'ils sont assez simples pour se livrer. Ce n'est pas à eux qu'il en veut ; mais il médite le massacre du prolétariat armé, la destruction de la pensée. Eugène Cavaignac se fait l'exécuteur des hautes œuvres de la bourgeoisie ; on lui donne la dictature. Mais il se trouve que Cavaignac n'est pas à la hauteur de la mission qu'on lui confie ; c'est un homme qui n'est bon à rien ni en liberté ni en despotisme. Il ne comprend pas les désirs intimes de la bourgeoisie. Il emprisonne bien quelques écrivains, mais il n'anéantit pas complètement la liberté de la presse. Au milieu de la bataille il ne va même pas jusqu'au saccagement de quelques imprimeries, comme les bourgeois de M. Vieyra après la facile journée du 13 juin. Il impose bien de grandes restrictions au droit de réunion, mais il le respecte jusqu'à un certain point. La bourgeoisie a beau embrasser le garde mobile, Cavaignac ne devine pas que c'est un signe des temps , que c'est l'adoration du fusil; il laisse discuter librement l'assemblée, maintient le suffrage universel, et, pour comble d'incapacité, permet qu'on le discute, lui, l'autorité; — il rabaisse le pouvoir jusqu'à se courber devant la réélection. Aussi la bourgeoisie a-t-elle le bon esprit d'abandonner ce despote manqué, cet hermaphrodite politique, et de jeter ses yeux sur Louis Napoléon. Celui-là du moins
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est d'une forte race ; il a les antécédents d'un homme qui n'a que son épée et ne se fie qu'à elle ; d'ailleurs il doit chérir les traditions de la tyrannie impériale. Les partis ont disparu depuis longtemps ; il n'y a plus de légitimistes, plus d'orléanistes : il n'y a que les adulateurs de la force brutale. Quand on est soi-même sur le point de rouler dans l'abîme, a-t-on encore le loisir de s'occuper de la fortune des Bourbon, des Joinville? Quelques vieux intrigants seuls s'imaginent avoir encore derrière eux des partisans de Henri V et de la maison d'Orléans; ils conduisent une armée imaginaire , comme ce seigneur ruiné allait à la chasse dans son appartement tapissé de sujets de vénerie et de paysages.
Louis Napoléon se montre digne de la confiance du bourgeois efl'arouché. Il ose tout, et la bourgeoisie d'applaudir! Il se joue de tout, et la bourgeoisie d'applaudir plus hautement encore! Qu'a de commun avec la morale la force qu'elle veut faire régner dans l'intérêt de son salut? Le 2 décembre enfin, elle est son complice jusqu'à ce point que jamais le monde n'a vu un tel délire d'adhésions, de basses flatteries, de conversions scandaleuses et subites, opérées sous la pression de l'opinion bourgeoise plutôt que sous celle de la nécessité. Chacun fait bon marché de ses anciennes convictions, de la religion du cœur, parce que l'opinion générale dans les classes supérieures de la société encourage, facilite, justifie, commande cette turpitude.
Et que dire maintenant de ces républicains déconcertés, de ces démocrates qui s'en vont par le monde accuser le peuple désarmé depuis 1848, de n'avoir pas voulu se battre pour le maintien d'institutions qui l'avaient livré au despotisme? Que dire de ces révolutionnaires qui espèrent dans la bourgeoisie, qui s'imaginent que cette bourgeoisie à peine sauvée va se jeter dans l'opposition contre l'homme devant lequel la reconnaissance lui fait fléchir le genou ?
Ne vont-ils pas jusqu'à soutenir que les bienfaits de Bonaparte, jetés à pleines mains sur la propriété, consommeront la ruine de cette propriété? Naïveté charmante, qui n'a d'égale que cette bonhomie avec laquelle on s'approche de la propriété, pour lui persuader que le socialisme et la démocratie ne sont pas sa négation et qu'elle doit fraterniser avec nous ! Eh quoi ! vous qui avez essayé de ce jeu ridicule depuis 1848, vous n'apercevez pas encore que c'est peine perdue, et que le bourgeois moqueur continue à lire la Patrie et le Constitutionnel qui, pour lui, sont et doivent être le type de la raison et de la bonne politique ! Pour l'avenir il n'y a plus moyen de tromper le bourgeois, de lui faire faire fausse route ; il est et il restera le suppôt du pouvoir dont il a dix fois plus besoin que le pouvoir n'a besoin de lui !
Je sais bien que l'on va crier à l'exagération. La position de la bourgeoisie, dira-t-on, n'est pas aussi désespérée qu'elle doive se fondre sans retour dans le parti du despotisme ; la propriété bourgeoise n'est pas si près de sa mort que la libre discussion la tuerait dans un clin d'œil. Vous ne voulez pas croire la parole d'un démagogue : écoutez donc l'économiste qui se proclame avec raison le seul soutien de la propriété dans la science. Oui, le seul !
« Voici donc, dit Bastiat, la gradation des coups qu'a subis la propriété au nom de ce principe faux, selon moi, vrai, selon les économistes^ socialistes, communistes, égalitaires, à savoir : les agents naturels ont ou créent de la valeur. Car il faut bien le remarquer, c*est une prémisse sur laquelle toutes les écoles sont d'accord. Leur dissidence consiste uniquement dans la timidité ou la hardiesse des déductions.
« Les économistes ont dit : la propriété (du sol) est un privilège; mais il est nécessaire, il faut le maintenir.
« Les socialistes : La propriété (du sol) est un privilège;
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mais il est nécessaire, il faut le maintenir en lui demandant une compensation (le droit au travail).
« Les communistes et les égalitaires : La propriété (en général) est un privilège, il faut la détruire (1). »
Et Bastiat prouve par Adam Smith, Buchanam, Ricardo, Mac-Culloch, Scrope, Senior, Florez Estrada, J.-B. Say, Blanqui et Garnier : qu'il ne calomnie pas l'économie politique et qu'elle établit en principe que « l'ouvrier et l'entrepreneur sont payés , de par f équité, pour des services qu'ils rendent ; le propriétaire, de par la loi, pour des services qu'il ne rend pas (2). » Il prouve encore que l'économie politique reconnaît avec Garnier : que si les plus hardis novateurs ne font autre chose que proposer le remplacement de la propriété individuelle par la propriété collective, « ils ont bien, ce nous semble, raison en droit humain,» mais qu'ils « auront tort pratiquement tant qu'ils n'auront pas su montrer les avantages d'un meilleur système économique... »
Tu ériges là une faible barrière, économiste! dans un temps où le prolétaire éprouve l'envie de regarder en face les prétendues nécessités et de les retourner dans tous les sens de sa large main. Ne doit- elle pas être grande, la perplexité de la bourgeoisie réduite à son unique défenseur, mort sans avoir pu gagner pour sa doctrine un seul économiste de renom. Et maintenant ne vous semble-t-il pas que la propriété montre du tapt politique en désertant la discussion et en faisant pour l'avenir de la « dernière raison des rois, » du canon, « la dernière raison de la bourgeoisie? »
Concluez donc bien une fois dans votre vie, républicains ! L'enjeu en vaut la peine.
(1) Harmonies économiques, au chapitre : Propriété foncière.
(2) Idem.
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Nous voulons transformer la propriété elle travail, et la bourgeoisie ne veut pas que nous les transformions. Elle ne peut pas lutter contre nous avec les armes de l'esprit; la science Ta abandonnée. Que lui reste-t-il donc encore? Rien, rien que la force!
Mais la bourgeoisie, me dit-on, est de sa nature frondeuse ; elle fera de l'opposition malgré elle. Je vous renvoie à l'histoire que l'on ne paraît guère connaître. Elle nous dit : que chaque classe fait de l'opposition contre ce qui est au-dessus d'elle, et cela aussi longtemps qu'elle n'est pas menacée dans son existence par la classe qui se trouve au-dessous d'elle. Ce moment arrivé, elle se tourne avec ses anciens adversaires contre le nouveau combattant qui vient de paraître. C'est tout naturel : chaque classe veut bien partager l'influence de la classe supérieure, puisque cela lui est avantageux ; — elle ne veut pas partager avec la classe inférieure, parce que cette opération ne peut que lui faire perdre.
La noblesse a lutté contre l'omnipotence des rois tant qu'elle n'était pas ébranlée elle-même par la bourgeoisie. Dès que la bourgeoisie l'attaque, elle devient plus royaliste que le roi; elle exagère l'omnipotence du maître.
La bourgeoisie a été frondeuse à son tour tant qu'elle ne connaissait pas la crainte du prolétariat. Le peuple s'est dressé menaçant devant elle : il est naturel qu'elle imite la manœuvre de la noblesse, qu'à son tour elle se fasse plus despotique que le despote. Et en lisant ces lignes, n'entendez-vous pas un bruit confus de voix bourgeoises, s'élevant contre l'amnistie, glorifiant la sévérité et demandant la mise en accusation de tout ce qui pense?
Je dirai plus. La bourgeoisie voudrait se prêter de bon cœur à la transformation du travail et de la propriété que l'instinct de conservation lui suggérerait de ne pas se fier au système représentatif. Ce n'est pas par la décision de quel-
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ques centaines d'individus que Ton peut transformer la propriété et le travail, accomplir cette œuvre gigantesque. Où nous mènerait la résistance de plusieurs millions groupés contre quelques centaines de parlementaires? Mon Dieu ! c'est facile à deviner : à la guerre civile et finalement au massacre des propriétaires. L'histoire n'est-elle pas là pour le prouver? Qu'a servi à la noblesse le sacrifice accompli dans la nuit du 4 août au sein de l'assemblée nationale? Mécontents du vote parlementaire, les nobles organisèrent la résistance qui les a conduits à leur perte, comme elle aurait pu les conduire à la victoire^ Mais quelle que dût être l'issue, le massacre et la terreur étaient nécessairement au bout.
Évitez, républicains, de créer une raison d'être au pouvoir sorti du 2 décembre. Tant que vous n'avez pas une méthode à l'aide de laquelle vous pouvez arriver à la solution du problème, il est de l'intérêt de l'humanité que la propriété ne soit pas tiraillée inutilement; le maintien nécessaire de la propriété actuelle devient donc la véritable raison d'être de l'autorité sans bornes de Louis Napoléon, car ce maintien utile et nécessaire ne peut être obtenu que parla tyrannie et la force.
Il n'y a qu'un nwyen de transformer le travail et la propriété sans massacre et sans spoliation. Ce moyen, c'est de résoudre le problème— non par une décision parlementaire que les intéressés restés en dehors des discussions et des votes ne peuvent ni comprendre ni respecter—mais par une décision de tous les intéressés, c'est-à-dire de tout le peuple assemblé dans ses sections. Contre une majorité de 18 ou 19 millions on se sent impuissant; on élude par conséquent la guerre civile et son inévitable cortège d'horreurs.
Avec le secours de qui, républicains, voulez-vous donc refaire les parlements? Est-ce avec le peuple, puisque la
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bourgeoisie vous fait défaut? Utopie! le peuple est encore plus perspicace que la propriété; il n'a jamais eu confiance dans votre assemblée. Le 18 mai, quelques jours après sa convocation, il a voulu la dissoudre; dans les journées de juin il l'a combattue à outrance; le 15 juin il a abandonné même ses éléments les plus respectables; le 2 décembre il l'a huée comme un anachronisme. Et si le peuple n'aimait pas l'assemblée, l'assemblée le lui rendait avec usure. Quelles violences, quelles abominations n'a-t-elle pas commises ! Jamais, non jamais l'homme du peuple n'en perdra le souvenir. Il y a d'ailleurs des gens qui se chargeront de les ranimer, ces souvenirs, de ne pas les laisser périr.
En vérité, démocrates parlementaires, vous êtes de pauvres logiciens ! Vous parlez d'assemblées, et depuis le 20 décembre la base de toute assemblée, l'élection politique est morte ! N'est-ce pas de vos rangs que partent ces flèches empoisonnées qui atteignent de droite et de gauche le suffrage universel? Qu'est-ce que l'enfant qui offense le flanc qui l'a porté, le républicain parlementaire qui offense le suffrage universel? C'est un scélérat s'il n'est pas un idiot.
Pour n'être ni l'un ni l'autre vous n'avez qu'une seule chose à faire : ne plus appliquer le suffrage universel aux personnes qu'on ne connaît pas, qui changent, ou qui résument, comme Louis Bonaparte, toute une situation inextricable, excluant toute liberté d'appréciation; l'appliquer aux choses, aux faits que chacun peut approfondir avec le secours des lumières de tous. Cette application du suffrage universel, c'est la Législation directe par le peuple.