‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 4 sur 124 · DISTINCTIONS HONORIFIQUES · texte numérisé non relu

DISTINCTIONS HONORIFIQUES

Commandeur de la Légion d’honneur.

Officier de l’Instruction publique.

Croix de chevalier de l’Ordre du Sauveur, décernée par le roi Othon de Grèce, à son effigie, 1861 .

Grand cordon de l’Osmanié, avec plaque en brillants.

Grand cordon du Medjidié.

Grand cordon de Saint-Stanislas de Russie.

Grand officier de Sainte-Anne de Russie.

Grand cordon du Soleil et du Lion de Perse.

Grand cordon de Serbie, Saint-Savas.

Grand cordon de Bulgarie (ordre national du mérite civil).

Commandeur avec plaque de l’ordre de Saint-Jacques de l’Epée du Portugal (mérite scientifique et littéraire) dont il n’y a que 3o gradés : 25 Portugais et 5 étrangers.

Officier de Charles d’Espagne.

Officier du Nichan, Tunis.

Médailles d’01* et d’argent de l’imtiase (privilège).

Médaille d’or du Liakat (mérite).

Médaille des Beaux-Arts.

Médaille, pour le choléra, du ministère du Commerce et d’Agriculture de France.

Médaille de l’Assistance publique de France.

Médaille de l’internat.

Médailles de l’Exposition universelle de France pour les Beaux-Arts, 1867, comme membre du Jury.

Promu par iradé impérial, au titre de Pacha, Beyler-bey Paéssi, équivalent au grade de général de division.

PROLÉGOMÈNES

La science ne progresse qu'en se détruisant tous les 25 ans.

Pasteur.

La destinée des théories est d’être éphémere oujausse.

Poincaré.

L’œuvre que nous avons entreprise est tellement considérable qu’elle dépasse les efforts d’un seul homme, lors même qu’il y consacrerait tout son temps et qu’il ne se ménagerait aucune peine. Nous ne nous sommes aperçu de l’immensité du sujet qu’après avoir mis la main à la pâte, lorsque les recherches de plus en plus ardues, forcément incomplètes dans un milieu arriéré privé de bibliothèques, nous ont dessillé les yeux et démontré ce que notre tâche avait de téméraire et même de chimérique, si elle visait à la perfection.

Aussi, bien loin de nous cette prétention. Nous nous bornerons à un rôle bien plus modeste : à porter notre pierre à l’édifice, à consigner les faits les plus saillants, à notre connaissance, et le fruit de nos études personnelles.

Nous avons eu, néanmoins, le tort d’avoir trop compté sur nos forces que nous avons mesurées à l’étendue de notre bonne volonté. Les grands maîtres parisiens font souvent paraître de ces chrestomathies, trésors d’érudition et de science. Mais, sous leur haute direction, un essaim de jeunes savants rassemble les précieux matériaux en y mettant aussi le meilleur d’eux-mêmes, et collaborent activement pour ériger ces glorieux édifices qui constituent d’impérissables monuments scientifiques, traités, dictionnaires, compendia.

Dumas fils écrivait à son père : « Cher père, je suis seul à faire mes travaux. Je 11e dicte même pas; j’écris tout de ma main » (lettre transcrite par Jules Claretie, Le Temps, 8 décembre 1897).

Je suis absolument dans le même cas.

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Cependant de distingués confrères, d’éminents léprologues, observant dans les nombreuses contrées où ils dirigent des asiles ou des colonies de lépreux, en état d’étudier longuement et de suivre assidûment les malades confiés à leurs soins pendant de longues années, ont bien voulu répondre à notre appel et nous transmettre les résultats de leur expérience déjà publiés, souvent enrichis de recherches postérieures. Ils nous ont mis en état de voir comment ce terrible fléau mondial se comporte dans la localité où chacun d’eux observe, en se livrant, non à des vues de l’esprit, mais à des études cliniques, les seules, selon nous, capables de résoudre les graves questions en suspens. D’après nous, toute idée, toute notion que l’esprit se forme doit être enracinée dans les faits et non dans des théories creuses qui ne sont pas de taille à affronter les assauts de la clinique, c’est-à-dire l’épreuve du réel.

Nous avons inséré dans ce travail, avec impartialité, les opinions qui se combattent, pourvu que leurs conclusions fussent basées sur la bonne clinique, sur des observations méticuleuses pouvant édifier même le lecteur qui n’en a pas été témoin personnel et oculaire, tout en les soumettant au creuset d’une logique critique ; car la recherche de la vérité est l’ardent objectif de tous les hommes de science.

Que tous ces aimables et dignes confrères reçoivent l’expression de ma vive reconnaissance. Plusieurs d’entre eux m’ont fourni des documents si précis qu’ils imposent au lecteur la persuasion que la lèpre agit d’une manière contradictoire, de telle ou telle façon sur les lieux respectifs. En comparant entre eux tous ces remarquables travaux, on se voit obligé d’admettre que les allures, la gravité, le danger de propagation, varient selon des contingences, et diffèrent d’après les contrées et les diversités ethniques.

L’étude de la lèpre dans l’univers constitue donc une œuvre qui embrasse dans une large vue d’ensemble, son évolution à travers le monde et les divers organismes humains. Cette étude, composée d’abord d’observations locales, permet de se livrer ensuite, par la comparaison des similitudes et des dissemblances, à un travail de synthèse concluant.

Pour lutter avec succès contre cette pandémie mondiale, sœur des grandes faucheuses, — la tuberculose et la syphilose — les médecins, les philanthropes et les pouvoirs publics, doivent col-

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laborer incessamment, afin de modifier, par leurs efforts combinés, la vie des collectivités qui sont exposées à ses attaques.

Nul ne doit ignorer que près de quatre millions d’êtres, mutilés, estropiés, cadavres ambulants en putréfaction, d’après l’expression réaliste de saint Basile, gémissent désespérés dans les affres d’une lente et cruelle agonie !

Cette publication a aussi pour but d’exciter la compassion générale et de faire converger pour l’extinction du fléau, tous les efforts bienfaisants, toutes les bonnes volontés, combinées, conformément aux exigences de la civilisation et de la solidarité humaine. Dans cette lutte assidue et synergique il incombe à chacun d’offrir son contingent personnel d’après son cercle d’action et dans la mesure de ses moyens.

Il est à espérer que grâce à l’amélioration progressive de l’état social, du prolétariat, la lèpre disparaîtra de la surface de notre planète, si cruellement éprouvée pendant les siècles passés de barbarie, d’ignorance et d’insouciance pour la misère profonde où croupissaient les populaces d’antan, conditions si favorables à l’exaltation de la virulence du mal qui, dans son apogée, peut aussi atteindre les classes les plus fortunées.

La conclusion bien réconfortante qui ressort d’une manière lumineuse de l’étude concrète des faits cliniques puisés à toutes les sources, dans toutes les contrées, c’est que partout où la plèbe a pu être arrachée à la misère et à toutes ses fatales conséquences, la lèpre a de plus en plus reculé d’une manière prodigieuse et qu’elle finit par disparaître même, sans la moindre intervention de la thérapeutique médicale. L’amélioration du bien-être et des conditions hygiéniques enfreint bien plus sa propagation et oppose à la maladie une barrière autrement infranchissable que l’isolement et les inhumaines tracasseries, inspirées par la doctrine de l’ultra-contagionnisme. Tous ces procédés anachroniques aboutissent à des applications cruelles et parfois à des actes sauvages. On en verra d’horribles exemples dans le courant de ce travail ; ces scènes féroces constituent une insulte à la civilisationd u xxe siècle. En un mot l’amélioration de l’état social du tiers état est le moyen le plus certain, le plus efficace pour déterminer sûrement et prochainement l’extinction définitive de la léprose, à l’instar de la tuberculose.

L’historique de la lèpre est, selon nous, de la plus haute

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importance. Il fournit de précieux renseignements sur la propagation de la maladie par les peuples émigrants et conquérants, par les marées humaines envahissantes, qui transmettaient partout sur leurs parcours leurs us et coutumes, leurs déïtes, voire même les affections dont elles étaient profondément affligées. Ces études ethnologiques éclairent d’une vive lumière l’origine et l’expansion de la lèpre dans l’univers.

Pour établir ses itinéraires, il a fallu faire de nombreux emprunts à l’histoire des guerres, des conquêtes, des colonisations des peuples antiques. On verra à mesure que ce ne sont pas là d’inutiles digressions. L’histoire générale de la lèpre et celle des nations de l’antiquité sont si connexes, si intriquées ensemble qu’on ne saurait les dissocier. D’ailleurs l’attention de tous les peuples, même des plus primitifs, fut attirée sur cette calamité mondiale de tout temps, même aux âges les plus reculés de l’humanité.

Nos recherches historiques, fastidieuses en apparence, se justifient donc par la lumière qu’elles projettent sur l’étude de notre sujet. Chemin faisant, le lecteur sera convaincu de cette nécessité absolue et il nous saura gré d’avoir rafraîchi ses souvenirs de l’histoire antique si attrayante, si utile même à la science médicale.

Le grand Littré a dit quelque part : « La science de la médecine, si elle ne veut pas être rabaissée au rang de métier, doit s’occuper de son histoire et soigner les vieux monuments que les temps passés lui ont légués. »

La multiplicité des faits bien observés sont le matériel de la science, a dit un grand maître (Bouchard). On y trouva l’invitation à penser et le loisir de réfléchir. Ces judicieuses paroles s’appliquent sans contredit à l’étude de la lèpre qui parfois se comporte, si différemment dans certaines localités que, sans l’appui de faits documentaires, ses allures si disparates ne rencontreraient que des incrédules quant à l’essence unique de ces nombreuses manifestations souvent peu dessinées, larvées et si frustes que l’affection a pu échapper même aux princes de la science.

Si l’on compare entre eux les lépreux de divers pays, on est surpris de voir qu’une maladie, bien que partout identique quant à sa nature, présente parfois des dissemblances bien

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tranchées et disparates quant à sa morphologie, son évolution et sa durée.

D’autre part les points similaires dans les diverses contrées conduisent à des synthèses qui ne doivent pas être non plus par trop compréhensives. Car il faut toujours dégager attentivement tant les relations que les dissidences. On ne peut se dissimuler que, pour opérer un si délicat triage, on doit s’armer d’une grande patience et user de tact et de sagacité.

Ainsi dans certaines localités, les réactions sont très prononcées, et très tapageuses ; tandis que dans d’autres, les lésions les plus graves ne déterminent la moindre révolte, n’incitent aucune lutte de la part de l’organisme, lors même qu’un membre tout entier, frappé de mort, se détache spontanément du corps ! c’est que chez certains sujets et chez certains peuples torpides, la sensibilité, tant physique que morale, est très émoussée et même nulle. Un nègre subit une amputation chirurgicale — en dehors de la lèpre dont le caractère général est l’hypoesthésie et même l’anesthésie — sans narcose, sans souffrances, sans lamentations. C’est là une question de psychisme, de même que la mentalité ethnique et les sens imaginatifs. Les lépreux des peuples imbus de fatalisme supportent stoïquement leur cruel sort, avec la plus grande résignation, le sourire sur les lèvres, en répétant: cela devait avoir lieu, c'était écrit , là-haut.

Enfin certaines races sont plus enclines à contracter la lèpre; tandis que d’autres paraissent jouir d’une vraie immunité. Les peaux rouges auraient ce privilège. Or le léprologue généralisateur doit tenir compte de toutes ces conditions et contingences.

Les observations détaillées des malades apportent l’évidence. La vraie science doit toujours baser ses conclusions sur des certitudes et non sur des suppositions. La narration impartiale des faits, avec abnégation de toute théorie, débarrassée des routines et des traditions, transforme les observations en documents inébranlables, irrésistibles, d’où ne sauraient s’évader ni la réalité, ni la vérité. Les discussions scientifiques ont pour but de démontrer la vérité et non de donner satisfaction aux parties en opposition de vue. Les conclusions ainsi inférées imposent d’éclatantes conséquences. La théorie est fascinante mais la clinique est captivante et obligatoire; car seule elle conduit à l’application. En médecine on ne sau-

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raitse prévaloir des paroles de Platon que la plus belle science est la plus inutile. C’est là la raison plausible pour exiger des faits cliniques bien observés, lorsqu’il s'agit de proclamer une opinion qui peut retentir sur les mesures à prendre et sur le sort de ces malheureux parias. « Une des tâches habituelles qu’accomplit l’histoire est de créer et de propager de longues erreurs dont on ne peut triompher définitivement, que par la stricte observation des faits (Le Bon, Les lois psychologiques de l’évolution des peuples).

Enfin pour terminer, nous répéterons que nous ne nous faisons aucune illusion sur les nombreuses lacunes que présente ce travail, lacunes qui seront comblées, nous l’espérons, dans l’avenir par quelque travailleur plus jeune, plus actif, bien doué et bien placé pour solutionner d’une manière définitive les questions en litige, tant au point de vue scientifique que social.

En tout état de choses, on ne saurait nous refuser le mérite d’avoir imprimé la première impulsion dans cette direction. Nous ne revendiquons que cette infime récompense que le lecteur bienveillant nous accordera certes en toute justice en accueillant avec faveur ce modeste travail destiné à lui épargner de longues recherches et à ménager son temps, en lui fournissant l’assemblage d'opinions et un résumé des plus importants travaux sur la léprose jusqu’à ce jour.

Yale.

Zambaco.

Byzance, novembre 1910.

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