ANTHOLOGIE
Antiquité de la lèpre, synonymie et statistique. — La lèpre est une maladie mondiale qui a régné dès la plus haute antiquité, chez les peuples les plus primitifs, et qui continue à sévir, plus ou moins, dans toutes les contrées des deux hémisphères. Ses diverses dénominations prouvent son universalité.
C’est tout d’abord la Kushta des Indes ; Zind, Paésô Pîsî , Pisaga des anciens Perses (selon le savant Darmesteter, professeur au collège de France) ; le Zaraath du troisième livre de Moïse (maladie tuberculeuse et ulcéreuse de la peau) est rendu par le mot lèpre dans la traduction grecque de la Bible de septante, faite par 72 Juifs d’Égypte, sous Ptolémée Philadelphe, 3oo ans avant Jésus-Christ ; c’est le morbus phéniciens des Phéniciens, l’éléphantiasis græcorum, la leucé d’Hippocrate (Littré), Lépra Arabum, Jusdan, lèpre, ladrerie mal de Saint Lazare, Maalzeu des Allemands, Spedaskld (Scandinavie), Léprosy des Anglais, Melaatshneïd (Hollande), Likthria (Islande), Ngerengère (Nouvelle Zélande), Lova (Grèce moderne), Morphea, Feu de Saint Antoine du Mexique et de E Amérique Latine, Malrosse de Cayenne, Kisruen de Siarn, Kakoba, Djendzam, Baassi de Surinam, Carash Djuzam, Barra de l’Afrique, Ruesta Costa (Indassan), Piségé de la Perse actuelle, Miskinlik des Turcs, Por ou Koss des Arméniens, etc.
1. Aujourd’hui la ladrerie consiste en l’envahissement des chairs de l’homme ou d’un autre animal par les larves de certains tænias. C’est la cysticercose. La ladrerie des animaux a été connue dans les temps les plus reculés ; mais celle de l’homme n’a été observée qu’au xvne siècle.
Zambaco. Anthologie. i
On a soutenu que le mot lèpre vient de l’indien Lap qui signifie maladie d’écailles, lépides. Hippocrate s’en servait aussi, mais pour désigner les dartres.
Quel serait le chiffre approximatif des lépreux dans l’univers? Cette évaluation ne saurait être faite avec précision. Car dans la plupart des contrées une telle statistique n’a jamais été même tentée. Elle est absolument impraticable dans les pays barbares. J’ajouterai que, même là où elle a été entreprise par ordre des autorités, elle fut toujours incomplète et intérieure à la réalité; et cela pour plusieurs difficultés insurmontables. Bien des lépreux se dérobent et sont même cachés par leurs familles, principalement dans les rangs aisés et riches de la société, pour s’épargner une tache divulgatrice, une tare qui rejaillit sur toute la parenté. En outre, la lèpre, dans ses débuts, échappe absolument aux malades eux-mêmes, à leur entourage et même aux médecins qui ne se sont pas appliqués à l’étude de la maladie d’une manière spéciale, voire même dans ses foyers les plus actifs, ainsi que nous l’avons constaté maintes fois. La lèpre même manifeste est souvent prise pour une tout autre affection, savoir pour une maladie cutanée vulgaire, invétérée et le plus souvent pour la syphilis. De telles bévues, du moins temporaires, sont commises encore par des médecins instruits qui n’ont pas l’expérience voulue sur la matière. Souvent la lèpre débute par des phénomènes qui induisent facilement en erreur les non-initiés : le pemphigus, un exanthème érysipéloïde, une pigmentation, des panaris, des légères atrophies des muscles interosseux des mains ou des régions thénar et hypothénar, des mots perforants, etc. ; signes initiaux dont la signification peut facilement échapper au médecin non léprologue.
Enfin dans les formes atténuées et frustes, le diagnostic est si difficile que même les gens du métier peuvent se tromper. J’ai tant de fois vu la lèpre méconnue par des confrères éminents et, j’avouerai dans l’intérêt de la vérité, par des princes de la science, même par les éminents médecins de l’hôpital Saint-Louis de Paris, que je reste très indulgent pour les confrères non spécialisés (Voir de ces erreurs illustres de diagnostic dans mon livre Les Lépreux ambulants de Constantinople. Masson, Paris, 1897).
Les dermatologues sont, certes, moins exposés à méconnaître la lèpre. Néanmoins ceux qui n’ont pas étudié longue-