‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 6 sur 124 · ANTIQUITÉ DE LA LÈPRE · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ DE LA LÈPRE

ment la maladie dans ses foyers actifs et qui n’ont pas le sens, — je puis hasarder le mot, — le flair clinique, commettent des erreurs de diagnostic fréquentes et regrettables.

On a prétendu que le critérium est la constatation du bacille spécifique, sans lequel il ne peut y avoir de lèpre. Erreur profonde et bien fréquemment commise! Au début de la lèpre, excepté dans la forme tubéreuse, et encore, le bacille fait absolument défaut, principalement dans la lèpre maculeuse, la nerveuse, la mutilante. Et alors on nie la lèpre et l’on qualifie la maladie tout autrement. De sorte que si la biopsie, l’examen du sang et du mucus nasal ne fournissent pas le bacille lépreux, des spécialistes même éminents, nient la lèpre et font fausse route. De telles erreurs ont été commises même au sein delà Société de Dermatologie de Paris où nous étions seul de notre avis combattu par tous nos éminents collègues. On se basait sur ce que le bacille n’a pu être constaté. Il fit son apparition au bout de deux ou trois ans, lorsque la lèpre avait bien évolué et devint reconnaissable par tout le monde au seul aspect du malade. Et alors, ces même savants collègues rectifièrent leur premier diagnostic avec contrition. Enfin l’apparition de nouvelles maladies, soi-disant méconnues jusqu’à présent, syringomyélie, maladie du Morvan, et même la paralysie progressive de Duchêne de Boulogne, a souvent contribué à faire méconnaître même la lèpre classique. J’ai les mains pleines de tels faits ; j’en ai publié plusieurs.

Voilà les raisons plausibles qui me font dire qu’il y a énormément bien plus de lépreux dispersés sur la surface de notre terre qu’on ne le pense.

Un jeune médecin de l’Hellade fit paraître, en 1902, un travail sur la lèpre, dans lequel il récapitule l’énumération des léprologues exerçant dans les diverses contrées, et arrive ainsi au chiffre total, pour l’Eurôpe, de 45oo. Ce nombre est bien insuffisant. Je n’entre donc pas dans les détails de son énumération.

Le Dr Dom Sauton, qui entreprit de nombreux voyages en pays lépreux, s’occupa sérieusement d’énumérer, autant que possible, les lépreux des contrées qu’il visita. Il estime à plus d’un million les lépreux dispersés sur la surface du globe. Nous pensons de notre côté que leur nombre dépasse du triple ce chiffre. On en sera persuadé parla lecture de ce livre.

On voit donc que l’étude de la lèpre constitue un des plus sérieux problèmes de la vie sociale, et qu’elle est de toute actualité. Ce fléau règne partout plus ou moins, d’une manière endémique ou sporadique. 11 y a bien peu de contrées qui en sont épargnées. Je vais emprunter à la remarquable brochure de notre distingué confrère, en les rectifiant parfois, les chiffres qu’il a recueillis personnellement dans son apostolat humanitaire et scientifique ( De l'assistance aux lépreux à l'époque actuelle en France et à l'étranger, Dom Sauton, Masson, 1900).

La situation faite à ces malheureux, gémissant sous les plus dures souffrances morales, et sous les tortures physiques les plus cruelles, abandonnés, méprisés, maltraités, persécutés par la société, reniés même par leurs parents les plus proches, est déchirante et mérite d’émouvoir les cœurs compatissants. Il faut les voir de près, les fréquenter, vivre dans leur intimité, cueillir leurs confidences, pour comprendre leur géhenne. On compara leur supplice à celui de saint Laurent qui fut martyrisé sur un gril ardent ! On en brûla même de vivants et des lépreuses avec leurs enfants ! Faut-il mentionner ce qu’a dit la femme de Job à son mari? « Maudissez Dieu et mourez », il ne reste que cela à faire.

Fm Europe, Dom Sauton ne concède que 38 lépreux à l’Allemagne. 11 y en a certes bien plus, car on a constaté dernièrement, 34 cas à Mémel, i3 à Hambourg et selon le D1' Blaschko, il y en a d’autres (Congrès de Londres, 1896). Le Pr Jolli, le Charcot de Berlin, a présenté à la conférence sur la lèpre de 1896, un syringomyélique qui, séance tenante, fut reconnu lépreux. Si la lèpre échappe aux professenrs des maladies nerveuses, aux Facultés de Paris et de Berlin, n’est-on pas autorisé à proclamer qu’elle passe souvent méconnue en Allemagne, en France, et partout?

En Autriche, outre les i33 cas constatés par Newmann en Bosnie-Herzégovine, il y en a en Hongrie, Galicie, Dalmatie, les Carpathes, Bucovine, un nombre indéterminé. Il en est de même du Tyrol. Nous avons vu à Constantinople quelques lépreux de ces provenances. En Bessarabie, on n’a jamais compté ses nombreuses victimes; selon Ehlers, il y en aurait près de 800 en tout dont i5 à l’île Méléda.

En Espagne on évalue le nombre des lépreux à 700 (?) mais jamais on n’en a entrepris la statistique officielle, exacte. II

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