‹ La Lèpre Dans L'Ancienne FranceChapitre 27 sur 32 · APPENDICES · texte numérisé non relu

APPENDICES

Appendice n° 1.

Nous, eüe sur ce meure délibération en nostre conseil, les choses dessusdictes considérées, de la vérité desquelles nous sommes deuëment adcertenez, voulans pourvoir aux reparacions desdictes Maladreries et la substancion en la seure demeurance des Ladres qui en y Celles doivent estre receuz, logiez, alimentez vous mandons et commectons que l’estat de toutes les Maladreries de Ladres estans ès fins et nettes de nostre-dicte Prévosté et Vicomté de Paris, vous en vostre personne, ou par tout autre personne convenable et nottable, à ce par vous commise, alliez voir et visiter tantost ces lettres veues, et yllec sachiez queles reparacions sont à faire ès dictes Maladreries et quel nombre de Ladres, quelz et dequeles nacions, villes et lieux doivent estre receuz en chascune d’icelles et comment ils y doivent estre alimentez, nourriz et logiez, etquels revenües appartiennent à ycelles; et ce fait en cas de malversacion, mettez en nostre main, comme souveraine ycelles Maladreries; ensemble les fruits et revenües à ycelles appartenant; et par et souz ycelle main, faictes faire les réparacions.. pourveez au gourvenement et logis des ladres qui de raison et par les fondactions d'ycelles Maladreries y doivent estre receuz, en faisant vuider realment et de fait tous autres Ladres étrangiers, ..… en les contraignant soy à retourner ès Maladreries des Marches desquel ails sont nez, par prison et autrement deuement, et au surplus, pourveez telement en ce, que aucuns Ladres quelz qu'ilz soient, ne entrent voisent ne viengnent, habitent ne conversent entre personnes saines en ladicte Prévosté et Vicomté de Paris, et enespecial en nostredicte Ville de Paris ().

(4) Cette lettre royale est adressée au prévôt de Paris et citée dans la thèse de Duliscouet, p. 13-14.

Appendice n° 2.

TROIS ÉGLISES ET TROIS primries (J.-K. Huysmans, p. 185 et suiv.).

Le saint Antoine est, en tant qu'homme, admirable de geste, de vocifération, de vie, et quand l’on à savouré l’amusant et le vertigineux ensemble, deux petits détails omis d’abord, situés au premier plan, comme £achés à chaque bout du cadre, vous arrêtent, car ils laissent à penser : l’un, à droite, est une feuille de papier sur laquelle sont tracées quelques lignes; l’autre est un être bizarre, assis, encapuchonné et presque nu, qui se tord de douleur près du saint.

Ce papier contient cette phrase : « Ubi eras bone Jhesu, ubi eras quare non aîffuisti ut sanares vulnera mea? » Ce qui peut se traduire : «Lorsque vous étiez là, mon bon Jésus, lorsque vous étiez là, pourquoi n'êtes-vous pas venu panser mes plaies?» =

Cette plainte, qui est sans doute criée par l’ermite dans sa détresse, est exaucée, car si l’on regarde tout en haut du tableau, l’on aperçoit une légion d’anges qui descendent pour délivrer la victime et culbuter les démons.

Et l’on peut se demander si cet appel désespéré n’est pas aussi poussé par ce monstre qui gît à l’autre extrémité du cadre et lève sa tête dolente au ciel. Est-ce une larve ? est-ce un homme ? En tout cas, jamais peintre n’a osé, dans le rendu de la putréfaction, aller aussi loin. Il n’existe pas dans les livres de médecine de planches sur les maladies de la peau plus infâmes. Imaginez un corps boursouflé, modelé dans du savon de Marseille blane et gras marbré de bleu et sur lequel mamelonnent des furoncles et percent des clous. C’est l’hosanna de la gangrène, le chant triomphal des caries !

Grünewald a-t-il voulu représenter dans ce qu'il y a de plus abject le simulacre d’un démon ? Je ne le pense pas. A considérer avec soin le personnage, l’on aperçoit qu'il est un être humain qui se décompose et qui souffre.

Et si l’on se rappelle que ce tableau vient, ainsi que les autres, de l’Abbaye des Antonites d’'Isenheim, tout s’élucide. Quelques explications sur le but de cet Ordre suffiront, je crois, pour déchifrer l’énigme.

L'Ordre des Antonites ou des Antonins fut fondé en 1093 dans

le Dauphiné par un seigneur nommé Gaston, dont le fils, atteint du mal des ardents, fut guéri par l’intercession de saint Antoine. Il eut pour raison d’être de soigner les malades férus de ce genre d'affection. Placé sous la règle de saint Augustin, il s’étendit rapidement dans la France et dans l'Allemagne, et il devint si populaire dans ce dernier pays qu’à l’époque même où vivait Grünewald, en 1502, l’empereur Maximilien [* lui donna comme témoignage d'estime le droit de porter dans son blason les armes de l'Empire, en y adjoignant le Tau bleu que, sur leur costume noir, ses moines devaient, eux aussi, porter.

Or, ainsi qu'il a été dit plus haut, un couvent d’Antonites gîtait en ce temps-là — il était déjà vieux d’un siècle — à Isenheim, et le mal des ardents n'avait pas disparu. Ce couvent était done un hospice, et nous savons, d’autre part, que ce fut son abbé ou, pour parler le langage technique usité dans cet institut, son précepteur, Guido Guersi, qui commanda ee polyptique à Grünewald.

L'on s'explique aisément dès lors la place que saint Antoine, le patron de l'Ordre, occupe dans cette série; l’on comprend aussi le réalisme terrible de Grünewald et les chairs méticuleuses de ses Christs évidemment copiées sur les cadavres de la chambre des morts de l’hospice, et la preuve est que le Docteur Richet, examinant au point de vue médical ses Crucifiés, note que «le soin de détail est poussé jusqu’à l'indication de l’auréole inflammatoire qui se développe autour des petites plaies »; l’on comprend surtout l’image peinte d’après nature dans la salle des malades, de cet être dolent et affreux de la Tentation, qui n’est ni une larve, ni un démon, mais bien un malheureux atteint du mal des ardents.

Les descriptions écrites qui nous restent de ce fléau sont d’ailleurs, de tous points, conformes à la description du peintre, et les médecins qui ignorent l’aspect de cette affection heureusement périmée pourront aller étudier le travail des tissus attaqués et des plaies dans le tableau de Colmar (1).

Le mal des ardents, appelé aussi feu sacré, feu d'enfer, feu de saint Antoine, apparut dans l’Europe, qu'il ravagea, au x° siècle. Il tenait de l’ergotisme gangréneux et de la peste; il se manifestait

(1) Deux médecins se sont occupés de cette figure : M. Charcot et M. Richet. L'un, dans Les syphilitiques dans l’art, voit surtout en elle l’image du mal dit «mal de Naples »; l’autre, dans L’art et la médecine, hésite à se prononcer entre une affection de ce genre el la lèpre (Note de Huysmans).

par des apostèmes et des abcès attaquant peu à peu tous les membres, et, après les avoir consumés, il les détachait, petit à petit, du tronc. Tel il nous est détaillé, au xv° siècle, par les biographes de sainte Lydwine, qui en fut atteinte. Dom Félibien, de son côté, dans son Histoire de Paris, en parle et dit, à propos de l'épidémie qui bouleversa la France au xn° siècle : :

«La masse du sang était toute corrompue par une chaleur interne qui dévorait les corps entiers, poussait au dehors des tumeurs qui dégénéraient en ulcères incurables et faisaient périr des milliers d'hommes.

» Ce qui est, en tout cas, certain, c’est qu'aucun remède ne parvenait à enrayer le fléau et qu'il ne fut souvent conjuré que par l’aide de la Vierge et des Saints. »

Appendice n° 3.

Voici, à litre documentaire, d’après Dom Anger, la liste des rituels qui nous sont parvenus :

1° Rituel d'Amiens, D. Martène, De antiquis ritibus, I, cap. x, col. 1003-100#.

2 Rituel de Châlons (1573-1598), D. Martène, 1bid.

3° Rituel de Bourges et de Sens, D. Martène, ibid.

4° Rituel de Bayeux, imprimé en 1627, par l’ordre de l’évêque Jacques d’Angennes.

5° Ritue] de Clermont et de Saint-Flour, 1490, Du Cange, Leprosi.

6° Rituel de Paris, édité en 1697.

7° Rituel de Reims, édité par l’ordre de Réginald, archevêque de ce diocèse, 1414 (il a été copié sur le rituel de l’Abbaye de Saint- Aubin d'Angers), D. Martène.

8° Rituel de Rennes, imprimé à Rouen (un exemplaire se trouve à la Bibliothèque municipale de Vitré, et l’autre au Grand Séminaire de Rennes).

9° Rituel de Saint-Brieuc, conservé au Grand Séminaire de cette ville, imprimé à Reims en 1608.

10° Rituel de Sens imprimé chez Jean Savine, par ordre du cardinal de Pellevé, 1570-1572.

41° Troyes, Statuts de Jean Léguisé, évêque de Troyes, mort en 1495.

12° Riluel de Tulle (voir Trévédy, Séparation des lépreux).

Appendice n° 4.

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